DANS LE PACIFIQUE
Les ambitions coloniales allemandes ne se bornèrent pas au Continent Noir. Dès 1880, plusieurs* commerçants, secondés par des hommes politiques, cherchèrent à constituer un domaine colonial allemanddans le Pacifique. Une « compagnie de la Nouvelle-Guinée » fut fondée, mais l’Angleterre, poussée par l’Australie, prit ombrage de cette expansion allemande. A la suite de démêlés diplomatiques, Herbert de Bismarck se rendit, en mars 1885, à Londres pour négocier un arrangement au sujet de la Nouvelle-Guinée. Le résultat de ces entrevues fut que l’Allemagne obtint la partie nord de la Nouvelle-Guinée et les îles du nord et que les Carolines et les Marshall entrèrent dans la sphère d’influence germanique. Les Samoa, Tonga, Salomon et les Nouvelles-Hébrides ne devaient être occupées par aucune des deux puissances. Cet accord anglo-allemand fut complété par une nouvelle tractation, signée le 10 avril 1886, qui donnait à l’Empire pleine possession sur les Iles Bougainville, Choiseul, Isabelle du groupe des Iles Salomon.
La Nouvelle-Guinée devient le «Kaiser Wilhelmsland » et la Nouvelle-Bretagne «Bismarck Archipel».
Depuis 1878, l’Allemagne avait obtenu la signature de traités concernant les Iles Marshall, Ellice et Duke of York, ainsi que le droit d’établir une station de charbon à Jaluit.
Les Carolines avaient été attribuées à l’Espagne à la fip du xve siècle par le Pape Alexandre VI ; mais les Espagnols ne prirent jamais la peine de s’y établir et des colons étrangers s’y étaient installés librement. Lorsqu’en 1875 le Gouverneur des Philippines voulut faire valoir les droits de souveraineté de l’Espagne, l’Angleterre et l’Allemagne protestèrent en commun, le 4 mars 1875.
La note resta sans réponse et le commerce étranger continua à être tracassé dans ces îles, ce qui provoqua une nouvelle protestation anglaise. L’Espagne déclara alors, le 3 janvier 1877, borner ses prétentions à l’Archipel des Sulu.
Le 7 mars 1885 intervient un arrangement entre l’Allemagne, l’Angleterre et l’Espagne. Il fut reconnu que cette dernière conserverait l’Archipel des Sulu, où le commerce allemand et anglais devait
rester libre, des droits ne devant être prélevés que dans les ports où une administration effective était entretenue; l’Espagne renonçait par contre à toute prétention sur le nord de Bornéo.
Aucun doute ne subsistait alors sur l’indépendance des Caroline s qui, fin avril 1885, furent réservées à la sphère d’influence allemande, en même temps que les Iles Marshall, par la convention anglo-allemande relative au Pacifique. Le gouvernement allemand se décida à étendre son protectorat à ces îles, de même qu’aux lies Brown et Providence. L’Espagne en reçut notification le 6 août 1885.
Or,' dès le printemps de 1884, le gouvernement espagnol avait envoyé un navire de guerre aux Carolines, pour y hisser, le pavillon espagnol. Le conflit, qui s’engagea à ce sujet, prit une certaine acuité. L’Espagne proposa alors de s’en remettre à l’arbitrage du Pape. Bismarck ayant accepté, Léon XIII reconnut à l’Espagne les Carolfnes et les Palaôs, avec obligation d’y instituer une administration qui assurerait la sécurité des entreprises européennes. L’Allemagne obtenait pour ses nationaux pleine liberté de commerce de pêche et de colonisation, ainsi que le droit de créer une station navale. Les deux puissances intéressées acceptèrent la décision rendue par le Pape le 17 décembre 1885.
C’est le 15 octobre 1885, qu’eut lieu îaprisedepossession de Jaluit et peu après celle des autres îles du groupe, y compris les îles Brown et Providence, puis, en 1888. celle de Pleasant Island, lorsque se fut constituée, le 21 janvier 1888, la Jaluit Gesellschaft. société commerciale, qui prit à ses frais l’administration de tout ce domaine.
Ainsi tout en persévérant dans la politique de modération coloniale, Bismarck constituait, malgré sa répugnance, un véritable empire d’outre-mer allemand. Modestement, sans éclat, il arrondissait le domaine colonial germanique; par des tractations habiles et par de souples manœuvres, il évitait tout conflit trop aigu, s’effaçant quand il le fallait, s’inclinant devant les désirs d’autrui, ou la décision du pape. Bismarck réussit à doter l’Empire de colonies importantes et l’o'n a pu dire que si, en 1884-1885, M. de Bismarck avait posé les fondements de l’Empire colonial allemand en s’accordant avec la France, c’est en se rapprochant plutôt de l’Angleterre que de 1885 à 1890, il avait délimité et consolidé cet empire.