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L’ALLEMAGNE, PUISSANCE COLONIALE

Création de l’Administration coloniale allemande

Jusqu’en 1889, le Gouvernement impérial s’efforça, dans la mesure du possible, de ne pas intervenir directement dans les questions coloniales et surtout dans l’œuvre ardue de l’organisation administrative des territoires nouvellement acquis. Bismarck, en effet, tant qu’il avait tenu dans -ses mains les rênes du pouvoir se « défendit d’imiter la méthode de colonisation française qui consiste, disaitil, à annexer d’abord des territoires, à y installer des garnisons et à chercher ensuite à y introduire le commerce sans y parvenir». D’après lui, le ((marchand d’abord, le soldat après.» (1) Or, en l’espèce, le marchand c’étaient de grandes compagnies commerciales. Ce sont ces tiers que le gouvernement allemand chargea, au début, d’administrer ses colonies.

« Lors des prises de possession dans l’Afrique et dans l’Océan Indien (1884-1885), le Gouvernement impérial avait agi avec beaucoup de prudence et de réserve. Il ne songeait pas à fonder lui-même des établissements de colons, mais en laissait la création à l’initiative privée et se bornait à leur accorder sa protection en prenant possession des territoires vacants où se fixaient ces établissements. Même dans /’ organisation et la règlementation de ces colonies le Gouvernement se montra d'une circonspection extrême ; s’il avait adopté une politique coloniale énergique, il aurait eu à craindre l’opposition du Reichstag; de plus, il voulait éviter des conflits extérieurs, notamment avec l’Angleterre qui, dès le début des entreprises coloniales de l’Allemagne, avait pris une attitude

(1) Pierre Alype. La provocation allemande aux Colonies , page 61.

hostile» (1). Aussi, apparut-il nécessaire d’administrer indirectement les colonies allemandes, c’est-à-dire de créer dans ces dernières de grandes sociétés coloniales à chartes, constituées sur le modèle de la Compagnie dos Indes Orientales Britanniques ou de la Compagnie des Indes Orientales Néerlandaises. Il était tout naturel dans ces conditions de confier au seul ministère des Affaires Étrangères, non la gestion administrative, pour ainsi dire inexistante, mais les fonctions de tutelle des compagnies coloniales qui avaient la charge d’administrer les 'colonies.

Les événements ne permirent pas de laisser plus longtemps au Ministère des Affaires Étrangères , ce contrôle lointain et élégant. Il était manifeste que les Compagnies coloniales allemandes ne « rendaient » pas ce que Bismarck en avait attendu : financièrement et administrativement, elles avaient, dès 1889, échoué dans l’œuvre entreprise. On s’a'perçut vite que l'Empire lui-même devait, dans une très large mesure, prendre en mains la direction des affaires coloniales.

Au Cameroun et dans l’Ouest Africain allemand, il ne fut pas possible de créer des compagnies viables. Les compagnies formées pour l’exploitation et l’administration des territoires de l’Est africain allemand et de ceux de la Nouvelle-Guinée ne fonctionnèrent que quelques années. Ces sociétés furent dans l’impossibilité de mener à bien la tâche qui leur était confiée.

Au lendemain même de la chute de Bismarck, en avril 1890, une direction spéciale coloniale «la Kolonialabteilung », fut créée au Ministère des Affaires Étrangères. L’Empereur plaça à sa tête le Dr Kranel. C’est de cette époque que date l’apparition du « Deutsches Kolonialblat ».

L’autonomie de cette section coloniale du Ministère des Affaires Étrangères fut accentuée par un texte du 9 juin 1890. Un chef énergique fut placé à sa tête, le Dr Paul Kavser.

Le Ministère des Affaires étrangères ne pouvait pas faire face avec ses seuls moyens à la réalisation du programme nouveau, et on dut constituer auprès de lui, le 10 octobre 1890, un conseil

(1) Bulletin de Colonisation comparée 1911, 20 sept. Le développement de la politique coloniale allemande, parle baron Karl Von Stengel, page 384.

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composé de 19 techniciens, chargé d’étudier les questions coloniales, le Kolonialrath. L’article 4, des instructions du Chancelier en date du 10 octobre 1890, instituant le Kolonialrath, détermine ainsi le rôle et la fonction du dit conseil :

« Le conseil colonial se réunit sur la convocation du Chancelier d’Empire, sous la présidence du chef de la division coloniale du département des Affaires étrangères ou du fonctionnaire de la division coloniale chargé de le suppléer.

« Il donne son avis sur toutes les affaires qui lui sont soumises par la division coloniale et est compétent pour prendre des décisions à l’égard des propositions de ses membres. »

Ce Conseil se réunit pour la'première fois le 1er juin 1891. Selon Zimmermann, cette assemblée devait « faire contrepoids au Reichstag, où les compétences coloniales, ne se rencontrent qu’accidentellement. »

Le rôle de la « Kolonialabteilung » devint de jVlus en plus prépondérant, s’ingérant toujours davantage dans les questions réservées jusqu’alors à la compétence des diverses compagnies à chartes.

Obéissant à une loi pour ainsi dire fatale dans l’histoire coloniale, l’action de l’État allemand se substitua à celle des compagnies privées. Par la force même des choses, la puissance du Pouvoir central absorba un à un les organismes indépendants auxquels avait été confiée la gestion du domaine colonial allemand, organismes qui étaient, du reste, matériellement incapables de faire face à ce que l’on demandait d’eux. Aussi à la suite de pertes financières et devant l’impossibilité de lutter contre les révoltés indigènes avec efficacité, la Deutsch Ostafrikanische Gesellschaft renonça, dès le 1er juin 1891, à la Charte de concession signée par cette Compagnie avec le Gouvernement en 1885.

La Compagnie de l’Est Africain allemand ne pouvait, en effet, arriver par ses seules ressources à pacifier les vastes territoires soumis à son obédience. Le major Wissmann, chargé delà pacification, était entré en campagne avec un trésor de 2 millions de marks, puis avait demandé 2 nouveaux millions, auxquels s’ajoutèrent bientôt 4 millions 1/2. Au printemps de 1891, le calme fut partout rétabli, à la suite de nombreux combats ayant coûté la vie à 21 Européens et à 151 soldats indigènes.

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Le 20 novembre 1890, l’État passa un arrangement avec la Compagnie qui fut autorisée à contracter un emprunt de 10 millions 1/2 de marks.

A partir du 1er janvier 1891, l’Empire se charge de l’administration et garantit 600.000 marks par an à la Compagnie pour l’amortissement de son emprunt.

La Compagnie de l’Est Africain avait désormais vécu comme compagnie privilégiée, le territoire étant administré directement par l’Allemagne. C’est ce qu’indiquait la proposition déposée sur le bureau du Reichstag par le Gouvernement d’après laquelle les troupes de l’expédition Wissmann étaient transformées en troupes de protectorat rattachées à la Marine impériale. En février 1891. le Reichstag sanctionna le projet.

M. V. Sodèn fut alors nommé Gouverneur et le lieutenant V. Zelewski commandant de la force armée. Un magistrat fut désigné comme juge supérieur, les financés et les douanes furent organisées sur de nouvelles hases, s’inspirant des décisions prises le 2 juillet 1890 par la Conférence du Congo.

La Compagnie de l’Est Africain n’eut plus que des attributions commerciales.

Quelques années plus tard, en 1899, l’Empire prenait à son compte l’administration des territoires de la Neu Guinée Compagnie. Quant à la Compagnie dite de l’Ouest Africain, elle n’eut d’existence que sur le papier, et dès 1887, les comptoirs fondés par M.. Lüderitz, au nord du fleuve Orange, avaient été mis sous le protectorat impérial.

Le Développement de l’Administration Coloniale sous le Directeur Colonial, le Dr Kayser (1890-1896)

Placé à la tête de la Section coloniale du Ministère des Affaires Étrangères, le Dr Kayser voulut faire une œuvre durable. Jusqu’ici l’effort colonial allemand avait été pour ainsi dire diffus, procédant par à coups, sans programme précis. Les Compagnies de colonisation n’av'aient pas pu remplir leur rôle. L’État seul pouvait réaliser ce miracle : la création d’un empire colonial allemand. Or. avant toute chose, se rappelant le mot fameux que «sans de bonnes

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finances, il n’y a pas dé bonne administration, *> le DrKayser, pour mener à bien la tâche entreprise par lui, voulut s’appuyer sur des budgets stables. Aussi, dès 1891, nous voyons inscrit au projet du budget du Département des Affaires étrangères pour 1892 des chapitres spéciaux visant les colonies du Togo, du Cameroun et Sud-Ouest Africain. A ces chapitres s’ajoute, en 1894, celui du budget de l’Est africain allemand. Autant que possible, le Gouvernement allemand fidèle à ses principes laissait aux mains des Compagnies concessionnaires la gestion financière des domaines à elles concédés, afin de soulever le moins de critiques ou de discussions possibles de la part du Reichstag. C’est ainsi qu’aux lies Marshall et en' Nouvelle-Guinée les frais d’administration furent à cçtte époque supportés par les compagnies.

L’examen des budgets impériaux de cette période permet de constater -que le Togo et le Cameroun étaient dans une situation normale au point de vue financier, par contre, le Sud-Ouest Africain et l’Est Africain étaient en déficit.

Appelés à discuter les budgets précités, le Reichstag critiqua, en 1894, les méthodes de colonisation. Des propos peu amènes furent échangés et pour peu le Parlement allait refuser les crédits coloniaux pour l’exercice. 1895-1896. Il fallut une énergique intervention, le 11 décembre 1894, du Chancelier d’alors, M. de Hohenlohe. Répondant à une vigoureuse attaque du député Richter qui démontra que dans la colonie de l’Est Africain, l’Allemagne n’importait que 1/40 de son importation en Argentine et que chaque Allemand établi dans cette colonie revenait à 10.000 marks annuellement pour le budget de l’Empire, M. de Hohenlohe proclama qu’à l’heure actuelle, l’Empire s’était engagé dans une politique coloniale déterminée et qu’il allait de son honneur et de sa réputation de ne pas reculer:

Nous sommes loin des hésitations bismarckiennes et de l’indifférence en matière coloniale du successeur de Bismarck, le chancelier Caprivi. L’ambition çoloniale allemande s’affirme.

A dater de ce jour, les efforts se coordonnent, en effet, en vue du but à atteindre; un ordre impérial du 12 décembre 1895 met fin à l’antagonisme latent existant entre des gouverneurs et les commandants de troupes des protectorats, ceux-ci sont placés sous les

ordres du chef de la colonie; le Conseil colonial est réorganisé, le 1er mai 1895, les crédits inscrits au budget de 1896-1897 sont considérablement relevés.

Aussi, lorsque le 19 octobre 1896, le Dr Kayser prit sa retraite, il pouvait, avec un légitime orgueil, dresser un intéressant tableau des résultats obtenus par sa ténacité et par son travail. De deux millions de marks qu’était pour l’exercice 1890-1891, la contribution de l’Empire pour les colonies, celle-ci atteignait neuf millions cinq cent mille marks pour l’exercice 1896-1897. Le commerce général des colonies allemandes était passé de 20 millions de marks en 1890 à 30 millions de marks en 1897. L’administration avait réalisé la pose d’un câble de Hambourg à Dar-es-Salam, et avait pu signer avec des Compagnies de navigation des contrats avantageux, assurant des services réguliers de paquebots avec les possessions d’outre-mer germaniques. Plus de 60 entreprises coloniales avaient pris naissance et fonctionnaient dans les possessions d’outre-mer allemandes. Le Dr Kayser, dans l’exposé publié par lui concernant sa gestion, se félicitait de voir l’idée coloniale faire petit à petit son chemin dans le public; au Deutsch Kolonialblatt s’ajoutent, en effet, à cette époque, deux autres journaux coloniaux.

En effet, durant cette période de 1890 à 1897, les diverses possessions allemandes avaient vu leur développement économique se préciser. Dans l’Est Africain, aux opérations militaires brutalement conduites par le colonel von Schele, puis par le Dr Peters, succéda la mise en pratique d’un plan de développement économique; une ligne de chemin de fer fut concédée en 1891 et la convention financière, permettant la construction de ce rail, fut signée le 11 mars 1895. Le major Weissmann ébaucha une organisation de la propriété foncière. Au Cameroun, il en fut de même ; des expéditions furent lancées de 1891 à 1896 dans l’intérieur, l’arrière pays fut pacifié, mais, en même temps, sous la vive impulsion du Gouverneur V. Puttkamer, on activa la construction, des routes et des ports. Les indigènes peuvent défendre leurs intérêts devant une institution nouvelle : les tribunaux d’arbitrages. Les brutalités des agents allemands furent, à la suite de l’intervention du Reichstag, punies. De cet ensemble de mesures, il résulta un accroissement du commerce de plus d’un milliard de marks

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de 1891 à 1896. Cette progression du mouvement commercial eut sa répercussion heureuse sur les finances de la colonie, dont les revenus atteignirent en 1896, 1.177.400 marks.

La Compagnie à charte du Sud-Ouest Africain fut, dès 1889, à bout de ressources, 292.000 marks furent votés en 1891 et en 1892, par le Reichstag, à -titre de subvention. En 1893, l’administration fut forcée d’intervenir directement dans les affaires de cette colonie. A la suite d’une révolte des Hottentots de fréquents envois de troupes eurent lieu. Le Sud-Ouest Africain commença à être connu du public allemand, des entreprises locales se fondèrent, des compagnies suspectes attirèrent également l’attention par leurs faillites retentissantes, bref, cette colonie sortait de l’inconnu, son commerce progressait, sinon sensiblement, du moins d’une façon honorable.

Au Togo, grâce à l’excellent esprit des populations, l’administration locale put donner toute son activité aux questions économiques, une convention douanière fut signée avec l’Angleterre, des routes, des ports furent construits, la colonie fut reliée par le télégraphe avec la Côte-d’Or et le Dahomey.

Aux îles Marshall, les entreprises allemandes se développèrent d’une manière modeste, mais très satisfaisante, la Compagnie de Jaluit fit de bonnes affaires. Il n’en fut pas de même en Nouvelle- Guinée dont la Compagnie eut toutes les malchances et dont les expériences furent désastreuses. Malgré l’appui du Gouvernement, malgré l’aide portée par la société de navigation, le Lloyd, qui avait une subvention de 250.000 marks pour maintenir la ligne Singapoor-Nouvelle-Guinée, cette Compagnie renonça, en 1895, aux droits qui lui avaient été concédés. Sous l’administration directe de l’Empire, cette colonie parvint enfin à réaliser de notables progrès.

De la Section Coloniale au Ministère des Colonies

Autant, dans les années qui précédèrent la période de 1896 â 1907, la politique allemande coloniale est timide et hésitante, autant au contraire elle s’affirme pendant cette période. On sent une

volonté de plus en plus marquée des pouvoirs publics de réaliser une oeuvre précise. Dans cette période, on voit grandir l’autorité de la section colonialeJ du Ministère des Affaires étrangères, à tel point que ce service se transforme, en 1907, en un véritable Ministère des Colonies.

^ L’importance des questions coloniales apparaissait d’année en année plus considérable. Des efforts très louables furent faits par le baron von Ricbtofen, chef de la section coloniale, pour réaliser des réformes radicales dans l’administration locale et mettre fin au règne de l’arbitraire et des aventures. Ceci obtenu, le Gouvernement impérial signa avec la France un traité de délimitation du Togo et du Dahomey, le 23 juillet 1897.

C’est de cette époque que date la mainmise allemande sur Kiao-tcheou et le Chantoung. Prenant prétexte de l’assassinat de deux missionnaires de la congrégation de Steyl, une force navale apparut dans la baie de Kiao-tcheou et y débarqua un corps expéditionnaire en 1897. « Quelques mois plus tard se concluait avec la Chine le traité de Schan-toung, un des actes les plus importants de l’histoire contemporaine de l’Allemagne, acte qui nous assurait notre place au soleil d’Extrême-Orient, sur les rivages pleins d’avenir de l’Océan Pacifique. » C’est en ces termes que le prince de Biilow dans son ouvrage sur la politique coloniale allemande, expose les avantages de la Convention sino-allemande du 6 mars 1898 donnant à bail pour quatre-vingt-dix-neuf ans la baie de Kiao- Tcheou et son port : Tsing-Tao.

A partir de 1898, l’Allemagne devient fougueusement colonisatricè. La politique coloniale représente le centre de la pensée des dirigeants, elle pénètre même les masses populaires. L’Empereur prend une part active à ce mouvement, jusqu’ici réservé à un petit cercle d’initiés, il devient comme le champion de l’expansion coloniale et maritime; c’est de cette époque que date l’anathème jeté à la face d’Albion « Notre empire est sur l’eau», c’est de cette époque que date aussi l’encouragement impérial donné aux Compagnies de navigation et aux compagnies coloniales. En 1898, Guillaume II reçoit le «Napoléon sud-africain», sir Cecil Rhodes, en 1898, également, a lieu le retentissant voyage en Palestine.

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. Les visées allemandes se précisent; l’Océan Pacifique semble upe zone d’influence recherchée. L’Empereur acheta, le 12 février 189b, à l’Espagne, pour 25 millions de pesetas : les Carolines, les Mariannes et les Palaos, puis signa, quelques mois plus tard, un traité avec l’Angleterre qui renonce aux îles Upolu et Sarviaï, l’Allemagne acquiert à titre définitif l’île Bougainville aux Tongas et l’île Buka aux Salomons.

Les masses populaires s’éveillèrent aux idées coloniales au point d’être profondément émues des bruits d’atrocités commises au Cameroun par le Dr Wagner et en Afrique du Sud-Ouest par le prince d’Aremberg. Le Parlement fut violemment agité par ces scandales et ne vota les crédits coloniaux en 1900 qu’à une infime majorité.

Dans les années qui suivirent, l’attention générale fut de plus en plus portée vers les questions maritimes et coloniales ; l’accroissement continu du mouvement commercial allemand et de la flotte germanique, la campagne de Chine contre les Boxers, la terrible révolte des Herreros en 1904, tout concordait, en effet, à attirer les regards vers les questions d’outre-mer.

Une violente opposition ne tarda pas à se manifester néanmoins au sein du Reichstag contre les projets gouvernementaux en faveur des colonies, opposition qui avait comme motif principal les lamentables échecs de la campagne contre les Herreros. Les questions coloniales devenaient un terrain de luttes parlementaires et permettaient au parti socialiste de faire une obstruction systématique au gouvernement. Le budget de 1906 ne fut que très péniblement voté, et, en mai 1906, le Reichstag refusa le vote des crédits demandés pour la réalisation d’un programme de chemins de fer coloniaux, la création d’un ministère des Colonies et l’envoi de troupes en Afrique du Sud-Ouest. Pour la première fois, le Gouvernement considéra comme capitales les questions coloniales, et mit à la tête de l’administration des colonies allemandes une personnalité énergique, M. Bernarhd von Dernburg. Bien plus, décidé à briser la résistance parlementaire sur le terrain colonial, l’Empereur, par un coup de force hardi, dissout le Reichstag.

Les Colonies allemandes sous la direction du Ministre Dernburg (1906-1910)

Le seul fait de la dissolution du Reichstag à propos de crédits coloniaux est symptomatique du progrès réalisé en Allemagne par l’idée coloniale. Ce qui l’est davantage, c’est que les élections de cette époque renforcèrent la majorité gouvernementale, prouvant ainsi que les électeurs avaient compris l’importance qu’il y avait à maintenir et même à développer le domaine colonial allemand. Les élections de 1906 donnèrent au gouvernement une majorité certaine. Les crédits coloniaux refusés par la précédente législature ne pouvaient pas l’être par un Parlement nouveau.

Appuyé pard’assentimènt même du pays, Bernardh von Dernburg avait les coudées franches pour donner à la colonisation une vigoureuse impulsion. Les crédits demandés lui furent accordés, et, toutes difficultés étant aplanies de ce côté, Dernburg activa la réalisation de son plan d’expansion coloniale.

Tout d’abord un vaste programme de travaux publics fut élaboré et mis sur le chantier. A l’appel vibrant du ministre des Colonies les capitaux allemands se portèrent résolument vers les colonies, et, pendant les années 1907 et suivantes, furent fondées de très nombreuses entreprises coloniales.

De multiples efforts sont, faits durant les années qui s’écoulent de 1897 à 1907. Il y a là un travail de mise au point remarquable et qui, sans se rebuter aux difficultés de chaque jour, est parvenu à des résultats précis et indéniables. « Ce fut la période -r- relativement- courte — de grande prospérité des colonies allemandes». Si l’on peut qualifier les années s’écoulant de 1880 à 1897 de période d’expansion coloniale, il est juste de dénommer la décade de 1897 à 1907 de période de « préparation à la mise en valeur des colonies, marquée par de nombreuses explorations, par l’établissement de stations d’hygiène et de cultures tropicales, par un ensemble d’études économiques et de travaux préparatoires, entrepris sous la direction du Kolonial-Wirtschaftliches Komitee (Comité économique

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