L’ALLEMAGNE, PUISSANCE COLONIALE
continua pas moins à être poursuivie par la malchance; divers revers l’assaillirent, ses navires firent naufrage, des années de mauvaises récoltes se succédèrent, des difficultés d’obtenir de la main-d’œuvre surgirent et, enfin, pour comble de malheur, des épidémies s’abattirent sur l’île.
Grâce au concours gouvernemental des routes furent percées et la population autochtone amenée peu à peu vers les comptoirs. L’hinterland fut exploré. Il semblait qu’à partir de 1904, la période critique était passée et que l’on allait obtenir dans cette colonie, sinon la réalisation de bénéfices, tout au moins la récupération des efforts précédemment accomplis.
La mise en valeur des îles Marshall se poursuivit plus paisiblement. La Compagnie de Jaluit fit d’excellentes affaires et put s’assurer d’un service d’une ligne de vapeurs avec les autres îles allemandes et Sydney, prolongée en 1901 jusqu’à Hong-Kong. Malheureusement pour la colonie, les privilèges de la Compagnie de Jaluit furent jugés préjudiciables au commerce australien. Le contrat du 10 avril 1886 fut dénoricé par l’Empire qui, à partir du 1er avril 1906, prit à son compte l’Administration des îles Marshall.
La Compagnie de Jaluit se trouva réduite à n’être plus qu’une entreprise purement commerciale, mais c’était une entreprise en voie de développement constant.
En 1899, une nouvelle colonie vînt s’ajouter au domaine Colonial allemand dans l’Océan Pacifique, elle était formée des îles Carolines, achetées à l’Espagne. Au point de vue administratif, les Carolines furent rattachées, en juillet 1899, au protectorat de la Nouvelle Guinée. Peuplées d’éléments indigènes très maniables, ces îles furent très facilement organisées et l’Allemagne en tira, fort peu de temps après leur acquisition, des bénéfices certains, ainsi que le démontrent les chiffres suivants de la situation économique : en 1900, les Carolines exportaient pour 264.000 marks, et importaient pour 459.000 marks, six ans plus tard, les exportations de ces îles étaient doublées et passaient à 459.000 marks, les importations suivaient la même progression et atteignaient 1.089.000 marks.
Cependant dans ces dernières années, la domination allemande était difficilement supportée ; il fallut recourir en 1906 au désarmement de la population des Carolines Orientales. Mais dans ces
possessions allemandes la révolte couvait, les rapports allemands signalent à ce sujet, avec quelque amertume que, malgré toutes les mesures prohibitives, les Japonais introduisent par contrebande dans ces îles des armes et des munitions.
Albert Zimmermann donne la version ci-après, version dont nous ne critiquerons pas le bien-fondé dans ctes quelques pages, de la mainmise allemande aux Samoa : en novembre 1884, le consul allemand passa avec le Gouvernement de Samoa un traité donnant des garanties de sécurité à ses nationaux. Le roi Malictoa, tiraillé entre tes influences anglaises et américaines, ne tint passes engagements. Des vaisseaux de guerre allemands durent mettre à terre des compagnies de débarquement à Apia et déclarèrent en janvier 1885, prendre possession de ce groupe d’îles.
Cependant devant les énergiques protestations des consuls anglais et américains et le vif mécontëntement qui s’éleva en Nouvelle- Zélande, le Gouvernement impérial désavoua l’action de ses marins.
En mars 1887, des «partisans» anglo-américains attaquèrent le> contingents allemands.
A la suite de cette agression, l’Empereur fit savoir à Washington, le 7 août 1887, que, si des réparations et des garanties pour l’avenir ne lui étaient pas données, une intervention armée aurait lieu aux Samoa et, dès le 25 août, la dite intervention s’effectua : Malictoa fut détrôné et remplacé par Jamasese, que les Américains se refusèrent, du reste, à reconnaître. Un prétendant fut suscité par ces derniers, Mataafa. Dès lors, la guerre civile régna à l’état endémique, entre les partisans allemands soutenus par le consul, le docteur Knappe, et les indigènes anglophiles, le consul impérial perdit toute mesure et Bismarck dut le rappeler.
La seule solution possible fut de trouver en une conférence internationale, un remède à cette situation inextricable. C’est ce qui se fit à Berlin, en avril 1889, où les représentants des États intéressés, Angleterre, États-Unis, Allemagne, décidèrent, dans un accord signé le 14 juin 1889, que les îles Samoa seraient indépendantes et neutres. Une commission internationale fut chargée de régler les différents litiges élevés concernant principalement les questions de propriété.
l’allemaone, puissance coloniale
Les indigènes des Samoa ne s’en tinrent pas à une rigoureuse observation de la convention de Berlin de 1889 et les luttes intestines se continuèrent dans nie. Des opérations navales durent être entreprises pour sauvegarder les intérêts des blancs par les Anglo- Américains en mars 1899. La question de l’indépendance des Samoa était de nouveau mise à l’ordre du jour. L’Allemagne signa deux Conventions, l’une, celle du 14 novembre 1899, avec la Grande- Bretagne, l’autre, du 2 décembre 1899, avec les États-Unis. La majeure partie des Samoa fut reconnue comme colonie allemande. En ce qui concerne les demandes d’indemnités émanant de particuliers, elles furent soumises à l’arbitrage du roi de Suède. Celuici rendit sa sentence en faveur des Allemands, le 11 octobre 1902.
L’acquisition des Samoa fut une source d’illusions pour l’Allemagne, vu le rapport médiocre de ces îles éloignées et où la main-d’œuvre fait défaut.
Les écrivains coloniaux d’Oiitre- Rhin n’assimilent pas le territoire de Kiao-Tchéou, concession accordée en 1897 par la Chine à une colonie. Ce territoire n’était pas administré par le Ministère des Colonies mais par le Département de la Marine, l.’octroi de la concession de Kiao-Tchéou permettait- au rêve allemand d’hégémonie navale de s’accomplir. Le port de Tsing Tao, dans l’esprit des pangermanistes, devait servir de base aux efforts entrepris pour transformer le Pacifique en un immense lac germanique. Le Département de la Marine dépensa sans compter des millions afin de transformer la baie de Tsing Tao en une base navale « kolossale. » Le mouvement maritime et commercial de ce port a suivi, depuis 1900 jusqu’à l’échéance fatale de la prise d’assaut de la forteresse par les armées japonaises, une marche des plus rapides dont la comparaison des chiffres suivants du commerce général en 1907 et en 1911 peut donner une faible idée : 87.977.000 marks en 1907 et 195.233.000 marks en 1911. L’Allemagne pensait drainer vers Tsing-Tao tout le commerce de la Chine Centrale : dans ce but, dès le 1er juin 1904, était ouverte à l’exploitation une ligne ferrée partant de ce port et atteignant Tsinanfou, capitale du Chantoung, Tsinanfou, centre de trois voies ferrées l’une vers Tien-Tsin et Pékin, l’autre vers Nankin et le sud et la troisième vers le centre, vers Ghomtefou.
De la Démission de Dernburg à la Guerre
La chute du chancelier de Bulôw entraîna en juin 1910 celle de son coassocié von Dernburg. Les questions coloniales sortaient de plus en plus du domaine étroit où elles avaient été confinées pour entrer dans l’orbite du vaste plan allemand de domination mondiale que la déclaration de guerre a révélé aux yeux de tous. Les plus hautes ambitions étaient à l’ordre du jour : l’affaire d’Agadir, le traité franco-allemand du 11 novembre 1911 n’étaient que des prodromes d’événements plus considérables et plus importants.
Envisagé au point de vue strictement colonial et africain, le traité du 11 novembre 1911, permit au Cameroun allemand de s’arrondir aux dépens de notre Afrique Équatoriale Française, et d’atteindre par les- deux célèbres antennes les bords du Congo. En vertu de ce traité, le Cameroun allemand s’avançait jusqu’au cours même du Congo et de l’Oubangui, occupant ainsi 275,000 kilomètres carrés de la colonie du Moyen Congo. Par la première de ces coupures, les territoires de l’Oubangui français étaient séparés du Moyen Congo par un quadrilatère dont le côté sud est formé par la Lobaye. La seconde coupure, plus considérable que la première, comprend tout le territoire qui s’étend entre la Likouala à l’ouest, et la Likouala aux herbes à l’est. Par contre près du Tchad, l’Allemagne nous abandonnait un territoire dit « le bec de canard» -de l’Oubangui.
Yon Dernburg avait été remplacé par le sous-secrétaire von Lindequest qui démissionna pour protester contre la signature du traité du 4 novembre 1911. Le gouverneur des Samoa, le Dr Soif, lui succéda. Le Dr Soif fut tant que dura le, régime impérial pendant la guerre, non un ministre sans portefeuille, mais à portefeuille vide par suite de l’occupation graduelle des colonies germaniques par les troupes alliées.
L’effort allemand énergiquement mis en branle par von Dernburg, se continuait avec vigueur à la veille de la guerre. Au point de vue politique indigène, une ère de calme avait succédé aux périodes critiques des années précédentes ; peu à peu, l’administration aile-