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PRÉFACE. XXV

Tachtgenèse ou accélération embryogénique; patrogonie, tachy- GONiE ET ARMOZOG0NIE. — Le fait que le développement embryogénique saccomplit ordinairement dans un temps très court relativement à la durée de la vie de Tanimal adulte, et qu'une succession de caractères qui ont été élaborés depuis l'apparition de la vie est réalisée en quelques semaines témoigne d'ailleurs du raccourcissement extrême de la durée de chacune des phases essentielles traversées par l'organisme pour arriver à son état actuel. Ce raccourcissement constitue le phénomène de Vaccélération embryogénique ou tachygenèse. L'histoire embryogénique des Siphonophores et surtout celle des Tuniciers en fournissent des exemples frappants, parce qu'ils se présentent sous une forme tout à fait inattendue, mais en fait, la tachygenèse est le principal agent modificateur de l'embryogénie de tous les êtres vivants. Lorsqu'elle dépasse certaines limites, elle peut arriver à rendre tout à fait illusoire la loi fondamentale de la répétition de la généalogie par Tembryogénie. Il est impossible de dire, en effet, d'un Mammifère ou même d'un Vertébré quelconque : V embryogénie d'un animal n'est que sa généalogie abrégée^ car à aucune des phases quïl traverse avant son éclosion, l'embryon d'un Vertébré n'est en état de mener une existence indépendante, bien que les formes ancestrales aient toutes été capables de se suffire elles-mêmes. Il est tout aussi impossible d'admettre que l'organisation interne des ancêtres et les procédés histologiques de transformation d'une forme dans une autre aient été conservés : dans le cas extrême, par exemple, où des phagocytes détruisent brusquement les anciens tissus qui sont remplacés par d'autres issus de bourgeons spéciaux, comme c'est le cas dans les métamorphoses des Insectes, il est bien certain que nous sommes en présence d'un procédé de développement tachygénétique tout différent des procédés primitifs de transformation lente, bien quil en dérive (1), et il en est de même, ainsi que l'a fait remarquer M. Giard, chaque fois qu'un organe embryonnaire entre rapidement en dégénérescence graisseuse. L'un des problèmes

(t)E. Pebrikr, Traité de zoologie^ p. 1225.

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essentiels de Tembryogénie est donc de déterminer les lois de la lachygenèse. Or il n'y a pas pour cela deux moyens ; il faut de toute nécessité : l'* user de tous les matériaux que nous fournit la nature actuelle pour essayer de reconstituer, dans ses grands traits, la chaîne des formes adultes, dans Tordre probable de leur apparition ; 2"* étudier le développement des types dont Téclosion est le plus précoce, dont les formes embryonnaires successives, toujours libres, ont d'autant plus de chances de ressembler aux formes ancestrales, qu'elles rappellent davantage les formes adultes des séries précédentes, et constituer ainsi ce qu'on peut appeler V embryogénie normale ou patrogonie du groupe ; 3° comparer à cette embryogénie normale les embryogénies accélérées ou tachijgonies. Cette méthode conduit à un certain nombre de règles que nous avons récemment exposées (1). La connaissance de ces règles est absolument nécessaire, si l'on veut tirer de l'embryogénie quelques renseignements sur les affinités des êtres ; c'est pour ne l'avoir pas compris que les embryogénistes ont introduit dans plus d'une partie de la science, d'inextricables confusions.

La tachygenèse atteint, en général, son maximum d'intensité chez les types à éclosion tardive. La réalisation dans l'œuf d'un organisme complexe n'a du reste pu se poursuivre qu'en raison de l'accumulation dans le vitellus d'une quantité suffisante de matières alimentaires. Le degré de tachygenèse dépend, dans une large mesure, de la quantité de matériaux ainsi rassemblés ; rien n'est plus probant à cet égard, que les différences présentées dans leur mode de développement par \q^ Palœmonetes, proches parents des Crevettes communes. Le Palœmonetes variam^ fréquent sur notre littoral, peut vivre indifféremment dans les eaux salées et dans les eaux douces. Les variétés marines ont de petits œufs nom. breux et se développent à peu près comme les Crevettes ; les variétés d'eau douce ont de gros œufs, peu nombreux, et l'éclosion dos jeunes est beaucoup plus tardive. La même différence apparaît lorsqu'on compare entre elles les espèces marines de ce genre

(i) E. Perrier, Rapport sur le concours pour le prix Serres en 1896. Compte rendu de V Académie des sciences.

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