PREFACE. XXVII
et les espèces fluviales voisines. Ainsi non seulement la même espèce peut présenter, suivant les circonstances, deux modes de di^veloppement différents {Pœcilogonie, Giard), mais encore ces deux modes de développement peuvent se fixer et caractériser des espèces vivant dans des conditions différentes.
L'accumulation dans Tceuf d'une quantité considérable do matériaux nutritifs n'est pas sans influer sur les formes successives que revêt Tembryon. Non seulement celui-ci doit se loger dans un espace plus restreint, mais encore il se comporte comme un parasite à Fégard de sa réserve nutritive et, en raison sans doute de son inertie, n'acquiert que tardivement ses organes locomoteurs. Il y a là une adaptation à des conditions de milieu, témoignant que Tembryon est capable d'en subir d'autres; effectivement les embryons pélagiques, par exemple, acquièrent fréquemment des organes temporaires qui ne sont nullement un legs des formes ancestrales, et qui disparaissent lorsque la vie de l'embryon se rapproche du genre de vie de l'adulte ; il y a alors développeinent adaptatif ou armozogonie. C'est là un nouvel écueil pour la détermination des affinités, d'autant plus que la tachygonie et r armozogonie ne sont nullement exclusives Vune de Vautre, Les formes embryonnaires ne sont donc pas seulement des effigies fugitives des formes ancestrales ; elles sont fonction de deux variables, Xhérédité et \adaptation\ celle-ci peut imprimer un certain temps des caractères tout spéciaux à l'embryon, mais la première finit généralement par l'emporter, et par conduire l'embryon à une forme identique à celle qui aurait été obtenue directement si Tarmozogonie n'était pas intervenue.
GoJiOMORPHOSEs. — Il arrive cependant que certaines formes embryonnaires adaptatives, comme celles qui résultent d'un arrêl de développement, sont conservées et deviennent l'origine de groupes zoologiques nouveaux. C'est le cas pour les Alcyonnaires parmi les Coralliaires, pour les Didemniens et surtout les Appendiculaires parmi les Tuniciers. S'il n'est pas établi que les monstruosités dues à des causes accidentelles puissent devenir la souche
xxviii PRÉFACE.
de formes animales nouvelles, il est au contraire constant que par le jeu normal de r embryogénie^ les formes vivantes peuvent être modifiées aussi bien dans le sens régressif que dmis le sens progressif. A ces modifications de formes dues au mécanisme embryogénique même, on peut donner le nom de gonomorphoses. L apparition de la corde dorsale des Vertébrés peut ainsi s'expliquer par une gonomorphose. La segmentation du corps de ces animaux, leurs cils vibratiles, la constitution de leur appareil rénal primitif, leur appareil circulatoire complètement clos, autorisent à penser qu'ils dérivent des Vers annelés : ils sont surtout caractérisés par le volume exceptionnel et la position dorsale de leur système nerveux. (]hez eux le système nerveux et le mésoderme ont un développement tachygénétique. Le premier se forme par invagination de Texoderme qui repousse devant lui Tentoderme. De chaque côté de la région de Tentoderme ainsi refoulé, deux évaginations entodermiques ébauchent le mésoderme. La croissance rapide de l'invagination nerveuse et des évaginations mésodermiques épuise bien vite les matériaux nutritifs contenus dans la région entodermique qu'elles avoisinent. Les cellules de cette région dégénèrent et constituent le cordon inerte connu sous le nom de corde dorsale, commun à tous les embryons de Vertébrés, et qui fournit au squelette de l'adulte un axe de formation. D'autre part, le précoce développement du système nerveux occupant sur la ligne médiane toute la longueur du corps, a déterminé la migration graduelle de la bouche vers la face du corpsprimitivementdorsale, pour maintenir sa bouche tournée vers le sol, l'animal a dû imprimer à la région antérieure de son corps des torsions dont l'embryogénie de YAmphioxus raconte toutes les étapes jusqu'au moment où cet orifice ayant atteint la ligne médiane hémale, le Vertébré a pris définitivement ^une attitude inverse de celle du Ver et constitué sa face neurale à l'état de face dorsale. Le Vertébré s'est ainsi retourné, grâce à une série d'automorphoses.
La loi de reproduction totale. — Dans ces dernières années, de nombreux efforts ont été tentés pour expliquer comment les