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qui en est le signe extérieur, sont éliminées les parties usées du noyau ; une telle interprétation ne s'applique pas à l'élément mâle. Mais si partant de l'identité primitive des éléments reproducteurs, on admet que l'élément mâle s'est différencié suivant les règles de la tachygenèse, par une division du noyau de plus en plus précoce, calquée sur celle des éléments où s'accumulent des réserves, mais arrivant à se produire avant que le noyau ait travaillé, on comprendra tout à la fois l'extrême réduction du protoplasme de cet élément, son incapacité à former des réserves et l'aptitude de son noyau à compléter celui de l'élément femelle.
La génération sexuée et l'apparition de l'espèce. — Quoi qu'il en soit, l'apparition de la reproduction sexuée entraîne avec elle une conséquence importante. Des éléments issus de deux individus différents concourent désormais à la formation d'un œuf; par ce fait, les variations similaires des deux individus se renforcent, les variations en sens opposé se neutralisent ; le champ des variations se limite, par conséquent, et se limite d'autant plus que la sélection naturelle tend à faire disparaître toutes les variations inutiles ou désavantageuses. Aussi la descendance d'un même couple tend-elle à se scinder, sous l'influence indirecte de milieux différents, en lignées distinctes, si lentement variables depuis que nous les observons, qu'il nous a été impossible d'enregistrer leurs modifications, rendues évidentes par la paléontologie. Il arrive un moment où ces lignées sont incapables de se mêler entre elles ; elles constituent alors les espèces dont Darwin a si bien développé le mode de formation. Nous touchons avec cette question de la formation des espèces, aux limites du domaine purement scientifique que nous avons tenté d'explorer.
La formation du moi; la sociologie. — Mais il est un autre problème d'ordre plus philosophique qui se mêle avec une insistance obsédante à toutes les questions traitées dans cet ouvrage. En somme, les organismes de rang inférieur que nous avons désignés sous le nom de mérides sont des associations de piastides; tout organisme de rang plus élevé est une association
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de mérides. Plastides et mérides conservent toujours une certaine indépendance dans Forganisme qu'ils édifient par leur association et il peut même arriver que dans un tel organisme un certain nombre de mérides se groupent de manière à pouvoir se détacher de l'ensemble et mener une existence indépendante (p. 201, 260, 439, 451). Gomment Tunité de conscience apparaît-elle et se développe-t-elle dans ces associations, au point de faire naître en nous cette notion si forte du moi ?
Existe-t-il, d'autre part, quelque rapport entre la façon dont se sont formés et constitués les organismes, et celle dont se constituent les sociétés humaines qu'on leur a si souvent comparées? Est-il possible de tirer de ces comparaisons quelque choee de précis qui nous permette de prévoir l'avenir de nos sociétés, d'en régler l'ordonnance et de justifier les contrats sur lesquels elles reposent par une connaissance exacte des rapports de la biologie et de la sociologie? Telles sont les graves questions qui apparaîtront comme le couronnement de ce travail.
Le seul fait qu'elles apparaissent en telle place, suffit à démontrer que les sciences naturelles sont par elles-mêmes la plus haute, la plus impartiale, la plus certaine des philosophies. Et ce livre établira qu'elles ne nous prêchent pas seulement la lutte pour la vie ; elles nous montrent le succès dans cette lutte, le progrès dans la puissance, résultant de l'association; elles nous enseignent que dans toute association prospère, les éléments associés, tout en gardant les uns vis-à-vis des autres une liberté qui est la condition nécessaire du progrès, demeurent unis par d'incessantes condescendances, et confirment la place toujours plus élevée que prend, parmi les vertus sociales, la pratique de la solidarité,
i" novembre iH97.