‹ Les colonies animales et la formation des organismesChapitre 2 sur 102 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

la lutte pour la vie et de la sélection îiaturelle ne vise que les transformations ultimes des êtres vivants. Elle suppose forcément l'existence des êtres entre lesquels la lutte va s'établir ; elle constate leur variabilité, et explique comment de la lutte même résultent dans les rangs des combattants des vides, grâce auxquels le monde organisé se fragmente en groupes isolés, dont les membres sont capables de transmettre, sans grand changement, leur propre forme à leur descendance. Ces groupes sont ce qu'on nomme les espèces, Darwin nous montre, en un mot, comment il se fait, par exemple, que les chiens et les chats soient devenus incapables de se mêler entre eux, et comment, grâce à cette absence de mélange, le type chien et le type chat se conservent dans la nature ; mais il ne nous explique pas autrement que par des variations prétendues spontanées^ comment le type chat et le type chien ont été réalisés.

C'est là pourtant le véritable problème du transformisme, celui que Lamarck avait génialement posé, au début de ce siècle et dont, faute de matériaux, il n'avait fait qu'entrevoir la solution.

Les matériaux sont aujourd'hui, pour ainsi dire, surabondants; les investigations des naturalistes ont été, surtout depuis trente ans, conduites avec une ardeur et une précision qu'il y a peu d'espoir de surpasser désormais ; toute la question est de coordonner les faits si minutieusement recueillis, suivant une méthode qui en fasse apparaître la filiation naturelle, et conduise par cela même à la détermination de leurs causes. Dans sa Morphologie générale et dans son Histoire de la création naturelle^ et dans d'autres écrits, Haîckel a le premier tenté une coordination de ce genre ; le premier, depuis Lamarck, il a essayé de dresser un arbre généalogique du règne animal. Mais quel que soit l'intérêt des rapprochements qu'il établit, il se borne à tracer des filiations en s'appuyant sur des ressemblances anatomiques et surtout embryogéniques, sans déterminer d'une manière précise la cause initiale de la complication actuelle des organismes et des aspects si divers qu'ils présentent. L'explication des formes organiques ne prend évidemment un intérêt poignant, que si nous arrivons à découvrir quelque propriété commune à tous les êtres

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vivants, à qui l'on puisse, avec vraisemblance, attribuer cette fonction de catise^ quant à l'évolution organique. La notion de causalité est cependant une de celles dont, par une opposition singulière avec les physiciens, les naturalistes se passent le plus volontiers. Appuyés sur les moindres ressemblances anatomiques ou embryogéniques d'origine souvent inconnue, ils admettent volontiers les transformations les plus extraordinaires, sans se préoccuper de rechercher si elles sont explicables par une cause quelconque; c'est pourquoi, rien que dans ces dernières années, des hommes, tous éminents, ont pu, au hasard de leurs recherches, faire descendre indifféremment les Vertébrés des Tuniciers (Kowalevsky), des Arachnides ou plus précisément des Scorpions (Patten), des Crustacés (Gaskall), des Némertes (Hubrecht), des Vers annelés (Balfour, Semper), des Entéropneustes (Bateson).

La possibilité de pareilles divergences suppose, sans conteste, l'insuffisance des principes sur lesquels reposent encore les spéculations des naturalistes, incapables de distinguer, d'après ces principes, ce qui est possible de ce qui ne Test pas.

La notion de causalité domine, au contraire, cet ouvrage, et les animaux y sont envisagés non pas comme des êtres définitivement réalisés et qu'il n'y a plus qu'à comparer entre eux, mais comme des organismes en voie de complication ou de simplification continuelles, et dérivant les uns des autres par suite de l'exercice constant de facultés fondamentales, nettement définies. Naturellement les grandes lois relatives à la constitution des organismes, les conceptions générales, auxquelles avaient conduit les méthodes de comparaison de ces organismes considérés à l'état statique, arrivent à leur place. La loi de la répétition des parties entrevue, par Buffon et Bonnet, appliquée par Goethe à l'explication de la constitution des Végétaux et du squelette des Vertébrés, étendue par Dunal, Moquin-Tandon et surtout Dugès à la constitution des animaux, la conception du polyzoïsme des Vertébrés qui en est la conséquence ultime, formulée par Durand et de Gros, la loi de la division du travail physiologique si habilement développée par Henri Milne-Edwards, la théorie cellulaire de Schleiden et de Schwann, celle de l'indépendance des éléments anatomiques dont

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Claude Bernard fit la base de la physiologie, la théorie des gênérations alternantes de Steenstrup, la loi de la superposition de r embryogénie à fanatomie comparée et à la phylogénie ou généalogie des formes actuelles, aperçue déjà par Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, énoncée par Serres, son disciple, et, sous une forme plus moderne, par Fritz MûUer, toutes ces intuitions, toutes ces généralisations qui ont marqué autant d'étapes, autant d'ères de discussion, tout au moins, dans la marche des sciences naturelles, gardent chacune sa place ; mais elles ne sont plus la sinlple constatation de faits d'essence inconnue; elles apparaissent avec leur raison d'être, et se trouvent reliées en un seul et même système. En même temps, s'évanouissent les objections qu'on leur a faites et qu'ont tenté de renouveler contre ce livre ceux qui n'ont pas compris qu'il était non pas l'exposé d'une théorie d'imagination, mais l'application d'une méthode, la méthode explicative des physiciens. Ces objections ont été récemment réfutées (i ).

Plastides et MÉRiDEs. — On a cru un moment qu'il existait une substance vivante, sorte de composé complexe, instable, de carbone, d'hydrogène, d'azote, d'oxygène et de quelques autres corps simples, substance qui se retrouvait toujours la même et toujoui-s diverse chez les organismes ; c'était le protoplasma^ pour Huxley la base physique de la vie. On ne sait s'il a jamais existé des êtres ainsi formés d'une seule substance, mais les innombrables recherches dont la constitution des êtres animés a été l'objet ont établi que, dans la nature actuelle, de nombreuses substances, toutes vivantes au même titre, étaient associées pour constituer les plus simples d'entre eux. On ne sait pas davantage si jamais de pareilles associations ont pu croître indéfiniment et se] développer en masses informes, de volume quelconque, comme aurait pu être la gelée primordiale d'Oken ou le prétendu Bathybius si célèbre il y a une trentaine d'années, mais toutes les observations précises de notre temps s'accordent à reconnaître que de nos jours, les substances vivantes élémen-

(1) E, Perribr, Le mécanisme de la compHcatiœi organique (Revue générale des sciences, 30 avril i897).

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