CHAPITRE IV
LES PREMIËBS HÉRITIeIrS DES MONÈRES.
Les Radiolaires etlles Foraminifères.
Examinant un jour les dépôts vaseux qui se forment dans les sources minérales de Franzenbad et de Carlsbad, en Allemagne, rillustre micrographe Ehrenberg ne fut pas peu étonné de les trouver presque entièrement constitués par des corpuscules siliceux, souvent d'une grande élégance, toujours de forme bien déterminée et qui ne pouvaient avoir été produits que par des êtres vivants. Poursuivant ces recherches dans les dépôts analogues, il reconnut qu'une foule d'entre eux étaient formés de semblables éléments. Bientôt même des assises géologiques puissantes, celles de la craie, lui fournirent des carapaces d'êtres microscopiques en telle abondance que la masse des autres fossiles semblait presque insignifiante relativement à la leur. Des îles tout entières, les Barbades, par exemple, ne sont, pour ainsi dire, que les gigantesques ossuaires d'un monde aussi merveilleux par la petitesse de ses citoyens, que par leur infinie variété et leur innombrable multitude. Suivant Max-Schultze, l'once de sable du port de Gaëte ne contient pas moins de un million et demi de ces squelettes invisibles, qui peuvent cependant s'accumuler en quantité suffisante pour faire des montagnes.
D'une délicatesse de structure qui défie les plus habiles artistes, d'une richesse de formes qui surpasse tout ce que l'imagination la plus vive pourrait concevoir, ces squelettes se rattachent à deux types bien distincts. Tantôt ils sont formés par de petites loges sphériques ou ovoïdes, ou diversement contournées, empilées de façon à former des chapelets, des spirales, des pyramides, ou des figures bizarrement capricieuses, (fig. 8 et 9) ; les parois de ces loges et les cloisons qui les séparent sont, en général, criblées d'une multitude de petits trous ; les loges possèdent en outre une ouverture spéciale et la substance qui forme leurs parois est du calcaire. Tantôt, au contraire, le squelette est constitué soit de sphères treillissées, emboîtées les unes dans les autres comme celles que fabriquent certains artistes chinois, soit de longues aiguilles réunies par l'une de leurs extrémités, libres sur le reste de leur étendue ou reliées entre elles par une admirable dentelle pierreuse ; d'autres fois enfin ce squelette se réduit à de petits corpuscules épars en forme d'ancres, d'érignes ou de crochets ; souvent se rencontrent des formes qui rappellent un casque à pointe et les différents thèmes sont variés de la manière la plus étrange, avec une profusion devant laquelle l'esprit demeure confondu (fig. 10 et 11). Dans tous, la substance qui constitue le squelette n'est autre chose que la substance même du cristal de roche, la silice.
On désigne les êtres qui sécrètent les squelettes calcaires, perforés, à plusieurs loges, ceux du premier type, sous le nom de Polythalames ou de Foraminifères ; ceux qui forment les squelettes siliceux, treîUissés, du second type, sous celui de PolycysHnes ou de Badioltrires.
En présence de Textrême complication de leurs parties solides, on serait tenté de croire que ces êtres sont eux-^nèmes fort compliqués, malgré Texiguïtc de leur taille. Quelifues naturalistes distingués, de Haan, Lamarck, Latreille, d'Orbigny, de Fénissac, avaient eu cette idée. Frappés de la ressemblance que présentent parfois les coquilles microscopiques des Foramînifères, avec celles de certains mollusques marins d'un iype fort élevé, ces savants avaient cru que les Foramînifères étaient eux-^mêmes des Mollus-
qam. Bs les cemûdéraient eomme des représentants microscopiques dn groupe auquel appartiennent les Pieuyresy les Seiches^ tes Calmars^ les Nautiles^ les Spirules, ou encore les fossiles, parfois gkgantesfuesy ammis sous le nom d'Ammonites. Ils avaient été confirmés daas leur manière de voir p«r ce fait que Touyerture des loges des Foraaiinifëres donne passage, quand Tanimal est vivant, à une multitude de bras présentant une Tague ressemblance a^ec cewL d'un Nautile. Cependant un examen plus comf^et, fait à Faide d^instruments suffisamment grossissants, conduit bien ¥Îte à une tout autre opinion.
Les bras souvent de couleur orangée, que Tanimal émet en grand nombre par Torifice de sa coquille^ ne montrent nullement la fixité de forme qui caractérise ceux des Poulpes ; non seule^ ment on les yoit s'aUonger et se raccourcir incessamment, mais encore ils se diTisent de mille manières, leurs ramifications se soudent entre elles quand elles se rencontrent et leur ensemble forme souvent des réseaux irréguliers dont les mailles s'ouvrent ou se rétrécissent sans cesse, dont la configuration cbange d'une manière continuelle. Les soudures qui s'établissent entre les dLyerses ramifications^ ne sont pas une simple apparence : en examinant 9^ec soia ces prétendus bras, oa reconnaît qu'ils sont parcourus par des courants de granules ; arrivés au point où les soudures se manifestent^ les granules passent ioadifféremment d'un bras à l'autre, montrant ainsi qu'il y a. entre ces bras une continuité bieft réelle, qu'il y a non seulement contact, mais encore fusion complète de leur substance.
Quelle peut donc bien être cette substance apte à se ramifier ainài à l'infifii, à se souder avec elle-méjne,. à s'étaler en uni réseau détieat ou àse;ramasaec en un mince grumeau, laissant, eomme un liquide^ s'établir des cousants dane sa propre masse, sensibles, eontnelile et cepemlant boottogène, vivante et cependant semr blablfi à ime goutte mucilagineuse dépourvue de toute stvuebure?
Cette substance, nous la connaissons, nous l'avons déj4 vue constituer toutes lesMbnères et les êtres qui s'en rapprochent le plus ? C'est elle encore qui forme les Radiolaires et les Foraminiferes : c'est le Protoplasme. On doit surtout à notre illustre cora-
patriote Dujardin d'avoir établi cette vérité. Ce sont les Foraminifères et les Radiolaires qyà lui fournirent la première idée de sa théorie du Sarcode, dont nous avons déjà parlé : c'est à Dujardin qu'on doit d'avoir démontré que les prétendus bras de ces êtres ne sont que des prolongements sarcodiques, des pseudopodes analogues à ceux des Monères. Dujardin comparait ces pseudopodes au chevelu d'une racine de végétal ; de là le nom de Rhizopodes (1) sous lequel il réunit nos architectes microscopiques. Les pseudopodes des Foraminifères et des Radiolaires jouissent d'ailleurs exactement des mêmes propriétés que ceux des Monères et des Amibes. Ils arrêtent, par leur simple contact, les Infusoires ou les petits Crustacés qui viennent se frôler contre eux, les saisissent, les enveloppent de leur réseau mucilagineux, les dissolvent, s'incorporent leur substance qui est entraînée par la circulation protoplasmique dans la masse sarcodique principale où pénètrent même parfois des particules solides. Il n'est donc pas douteux qu'il ne s'agisse ici d'une véritable substance protoplasmique.
Dans la masse sarcodique d'un Foraminifère, les recherches les plus minutieuses, celles toutes récentes de Hertwig, par exemple, n'ont pu faire découvrir autre chose qu'un noyau tel que celui des Amibes ou des Actinophrys^ noyau qui se déplace dans chaque individu à mesure que le nombre de ses loges augmente.
La structure des Radiolaires est un peu plus compliquée. Au centre de leur corps — qui ne dépasse pas, du reste, la grosseur d'une tête d'épingle — le microscope montre, noyée dans le protoplasme, une capsule membraneuse, dont le contenu est parfois segmenté en masses polyédriques plus ou moins opaques. Il y a continuité entre le protoplasme contenu dans la capsule et celui dont elle est enveloppée ; les spicules et les aiguilles siliceuses traversent souvent ses parois pour se réunir à son centre, mais elle n'a aucun rapport direct avec le squelette proprement dit. On trouve aussi dans la masse sarcodique des corpuscules réfringents, de couleur jaune, qui paraissent être de véritables cellules, contiennent de l'amidon, et sont eux aussi indépendants du squelette.
0) De J'^a, racine, tt^ùç. pied. — LiUéralcment: animaux à pieds en forme de racine.
Dans certains types, de taille relativement un peu plus considérable, il existe plusieurs capsules centrales (1). On doit considérer ces formes comme résultant de la réunion de plusieurs individus ordinaires qui ont mis en commun leur protoplasme. Elles sont aux Radiolaires ordinaires à peu près ce que les Myxodyctium sont aux Protomyxa; ce sont des Radiolaires composés. Il est fort probable qu'il existe aussi des Foraminifères composés et peut-être doit-on considérer chaque loge d'un Foraminifère comme un individu distinct, de sorte qu'il n'y aurait de Foraminifères simples que les Foraminifères uniloculaires tels que les Lagenulina (fig. 8, n* 5), en forme de petite bouteille, les Vertebralina en forme de bâtonnets ou les Conmspira (fig. 9, n* 3), en forme de spirale. Les Foraminifères à plusieurs loges seraient des Foraminifères composés, de véritables colonies de Foraminifères uniloculaires. De fait, les Nodosaires^ les Dentalines^ les Cristellaires^ les Frondicu- /aires, les Flabellines^ etc., représentées dans les figures 8 et 9 des pages suivantes, semblent n'être que des colonies de Lagenulina diversement groupées, et l'on trouve entre elles toutes sortes de formes de passages. D'autre part il existe aussi tous les intermédiaires possibles entre les formes compliquées telles que les Spiroioculines ou les Quinqueloculines^ et les formes plus simples, telles que les Triloculines^ les Biloculines et les Miliolines. Ce sont donc des formes qui semblent être provenues les unes des autres par l'adjonction graduelle d'individus nouveaux aux individus primitifs, suivant des lois d'ailleurs très variables.
Une seule objection peut être faite à cette manière de voir. D'après Hertwig (2), chaque Foraminifère ne contiendrait qu'un seul noyau qui se déplacerait à mesure que le nombre des loges augmenterait. S'il en est ainsi, chaque coquille, malgré la multiplicité de ses loges, ne contiendrait qu'un seul individu, équivalent à une cellule : c'est un point qui demanderait de nouvelles recherches.
Quoi qu'il en soit, dans les deux groupes des Foraminifères et des Radiolaires le protoplasme accuse des propriétés chimiques
(1) Tels sont les genres Colloz(nimy Sphxrozoum, dépourvus de squelette, CoUospkœra et Siphonosphrxa où il existe un squelette pour chaque capsule.
(2) Jenai$che Zeitsehrift fur Naturwissenschaftj 1876.
bien distioctes, pui3que dans un cas iX enlève d£ la silice à Feaii ambiante pour la laisser déposer dajas sa masse, tandis (pie dans FaMtre c'est du, qarbonaie de chaux qui est sécrété par une substance en tout semblable en apparence à la première.
Oapoucirait supposer que cette diSérence tieat sujrtout à, ce que las êtres qui la préseni^ent viveal dans des conditioj^ différentes. Lps Foramini£ëi?es babitent en effet le plus* souY.eni le fond de la meir et rampent lentement sm: les< tiges et les frondes de& ajlguiss sous-marines; les Raidiolaires se rencontrent, au contraire ^ eu abondance à la surface des eaux où Us flottent par légions in^ nombrables» Mais on ne Yoit pas pourquoi ces habitudes, pourraient injQiuer sur la nature chimique d^s produits solides que les Rhi^opodes déposent dans leur substance. D'ailleurs^ ces petits ètoes sont loin d'être ainsi parqués dans des domaines différents. Plusieurs Foraminifères aiment précisément à se trouver parmi les troupes flottantes de Radiolaires : telles sont les PulvinuUnes^ les Glpbigérines (fig. 8, n* 2), ou encore les Hastigérines. Ces dernières, avec leur carapace spbérique, criblée de trou3 régulièrement dis* posés et surmontée d'une multitude dépin^s longues et grêles, reproduisent même d'une manière frappante la physionomie.de certains Radiolaires : on les rangerait certainement dans ce dernier groupe, si leur coque n'était exx^Iusivement calcaire.
D'autre part, les dernières expéditions d'e^^ploration sous^ms^rine ont montré que dans diverses régions de l'Atlantique et du^ Pacifique le fond de l'Océan était formé par un fin limon exclusivement composé soit de Foraminifères, soit de Radiolaires vi^^nls formant des dépôts en tout analogues à. ceux qui ont cgastitué la craie. Le genre de vie n'est donc pour rien dans. la. nature des sécrétions solides du protoplasme, et c'est bien, par un véritabb, choix, ou, si l'on vaut^ par une sorte d'affinité élective de. ce corps^ qu^ prennent oai^çanee des dépôts de silice dans un cas, des dér pdts.de carbonate de chau?i dans Tautre. Quelqp^s. Foraminifères présentent dui reste des spicules siliceux, tandis q^e le squelette de certains Radiolaires peut contenir du calcaire. Il existe enfin des Rhizopodes tout à fait dépourvus de squelette, tels quelles Amibes, VActinophryssol, VActinosphœriumEichhornii; d'autres ont le corps
recouvert eu tout ou en partie par une membrane alhummoido. Chez les Arcelia^ assez semblables aux Amibes^ cette mfembrane recouTie la région dorsale ; chez les Lagynis^ (foi se mttaehent de près, ans Feraminifàres, elle a la forme d'une petite bouteille doni le goulot livrerait passage aux pseudopodes ; chesî les^ GrviK fftta(fig. 8, n^ 1) le protoplasme déborde par le goulot et entaure la
K^ 8. -^F(AA4EllUfàR£S DiYfiRgh — 1. Qr^mia ovifomâê, Dpj. ~ 2. GlokigenuarImiMdeÊs d^Ocv higaj. '- 3. An^imaUna hemisphxricay Terquem. — 4. Bosalina anomala, Terquem. — 9. Lagenutaa coiiata, Yiliiamson. — ^i.Dtn:alim piMCM^o, d^rbigay. — 7. CrittêUaria trimngnkbriê^ Ttt'
paroi exiérieure de la membrauie^ émettlsint de toutes* parts dos» pseudopodes, rayonnants. Souvent cette m^embrane^ est: c^aUet d'agglutiner des grains de sable, de petites coquilles^, et le Rhiiopode babite alors une maison assez semblable à celle que dansrao8^ cours d'eau savent se construire les larves de Phryganes.
C'est le cas des Diffltigia ou de YHœckelina gigantea, dont il a été précédemment question.
S'il est étrange de voir des substances, si semblables entre elles en apparence, être le siège de phénomènes chimiques aussi différents que ceux qui supposent la formation de squelettes calcaires ou siliceux ou celle de simples membranes enveloppantes, il Test bien plus encore de voir les parties solides qui se déposent dans ces substances affecter d'un type à Tautre des dispositions à la fois très régulières et éminemment variables.
Chez les Foraminifères, le squelette est en général réduit à une coquille qui enveloppe le protoplasme ; les chambres ou loges qui s'ajoutent l'une à l'autre pendant la croissance peuvent naître de diverses façons ; cependant les formes produites se rattachent en somme à des types assez simples, mais qui ne sont pas soumis à une grande symétrie. Chez les Nodosaires, les Dentalines (fig. 8, n* 6), les Frondiculaires, ces chambres se disposent bout à bout, en ligne droite ou légèrement courbe ; chez les Cristellaires (fig. 8, n* 7), elles se disposent également en files, mais s'insèrent sur le <:ôté les unes des autres et sont de plus en plus grandes, de manière à figurer un commencement de spire. Il en est de même chez les Flabellines, mais^ ici les dernières loges sont en forme de chevrons et à cheval sur les deux faces latérales des loges de la première série; avant le développement des loges en chevron, les jeunes Flabellines sont de véritables Cristellaires ; elles passent aux Frondiculaires lorsque la spirale primitive est très courte. A leur tour, les Frondiculaires ne se distinguent des Nodosaires que parce que dans ces dernières la séparation des loges est à peu près plane, tandis que dans les premières chaque loge pénètre toujours plus ou moins dans la suivante.
Dans le groupe des Miliolides, les loges poussent alternativement à droite et à gauche de la loge primitive. Quand chaque nouvelle loge recouvre au moins la moitié de la loge précédente, on ne voit jamais que la dernière et l'avant-dernière loge, quel que soit le nombre de celles qui se sont superposées; c'est le caractère des Biloctilines. Si la dernière loge ne recouvre qu'à peu près le tiers de celle sur laquelle elle naît, trois loges sont toujours apparentes ; la
section de Fensemble qu'elles forment est triangulaire : on a alors le'genre Triloculine. Dans tous les autres cas, toutes les loges qui se superposent sont plus ou moins visibles, au moins sur un côté dcjla colonie : on a donné le nom de Quinqueloculines aux formes dans lesquelles on voit deux loges d'un côté et trois de Tautre, celui de Spiroloculines aux formes dans lesquelles ces nombres sont
«I- 9. .FORiMIIflFÈRES DIVBRS. — 1. MUiola tenera, Hat SchuUxe. — i. Ilotalia veneta, Mtx SchulUe. — 3. Cornuspira planorbi», Max SchulUe.
dépassés, celui de Milioles (fig. 9, n^ 1) enfin aux espèces dans lesquelles on aperçoit sur les deux faces de la coquille le même nombre de loges. Mais tous ces types sont étroitement reliés entre eux. Les loges des Globigérines (fig. 8, n" 2), des Anomalines (fig. 8, n* 3), des Rosalina (fig. 8, n* 4), des Rotalia (fig. 9, n« 2), ont une tendance bien manifeste à se disposer en spirale ; ce sont certai-
aeineni les espèces de ce genre qui avaient conduit d'OirbigAy à comparer les Foraminifëres aux Céphalopodes. Les plufe complexes de ces êtres sont les Niu»inulites, formés d'une muUibade de loges disposées en spirale serrée et pouvant atteindre. IsscliineiH sions d'une pièce die ciaq francs. Quelques espèces vivantess». ks Orbitolites^ rappellent encore de nos jours^ la dimensioa et Taf^par rence des Nummulites. Mais ces dernières ont disparu après avoir eu une ère de prospérité telle que leurs débris forment presque à eux s
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nir, et dont les formes^ {4us variable» encore que ceBes des carapaces des Foraminiferes, sont les plus étonnantes que le règne animal puisse offrir. Ce sont d'abord de simples spieuLes âliceux irrégulièrement branchus, qui se disposent sans ordre autour de la sphère centrale, comme chez les Thalassosphères; ces spicules devianufint plus nombreux, s' enchevêtrent de mille Caçoas, se soud^Qt les uns aux autres et finissent par former un tissu, spongieux soutenu de place ea place par des spicules plus forts an fo'rme de flèches barbelées, conkme chez les SpongospAj^€L, ou par une charpente régulière comme le disque figurant un crible à mailles rectangulaires des SponfOêteriseus,
fisns le groupe des Acanthométrides, les pièces principales du galette Boni de longues aiguilles prismatiques qui se réunissent lovées Jiu centre de la capsule sp^bérique et divergent ensuite, réguliëTemeaoJt espacées Tune de l'autre. Ordinairement ces aiguilles serrent de support à des pièces accessoires qui peuvent demeurer isolées, oonstititaiit ainsi une «érie de boucliers supportés chacun
F%. iO.— làJiiOLAniES. — 1. Amehnocoiigs dreumtewia, Hscbtfl. — i, AmphièomShê htêefmemmta
Rcckel. — 3. Acanthometra elastiea, Uœckel.
par une aiguille qui traverse «on ceMre, oosnine chez les Xiphacantka^ ou s'unir -enire elfes et former ainsi une ou plusieurs sphères continues, emboîtées les unes dans les autres, comme chez les Dorataspis (fig. U, n** 1). Les épines des Acanthometra ne portent pas d'appendices, et celles de VAcanthomeita elastica (fig. 10, n* 3) sont flexibles comme du verre filé. Quelque-
94 LES COLONlliS ANIMALKS.
fois une épine prend un développeineat beaucoup plus considérable que les autres et figure une sorte de double glaive dont le milieu serait occupé par la masse protoplasmique suspendue elle-même à des épines plus petites : les Amphilonche (fig. 10» n*2) présentent d^une façon bien nette cette élégante disposition qiw reproduisent avec diverses variantes les Diploconus et quelques autres genres. Dans la famille des Pansoleniées, chez les Aulacantha^ par exemple, les grandes aiguilles sont creuses et leur axe est traversé par un filament protoplasmique qui vient s'épanouir au dehors.
Ailleurs, le squelette est formé par une sphère ou par plusieurs sphères concentriques constituées chacune par une dentelle siliceuse dont les mailles présentent souvent une régularité absolument géométrique. La charpente sphérique des Heliosphœra^ des Arachnosphœra et de quelques autres types, est ainsi formée de mailles hexagonales parfaitement égales, et de sa surface s'élancent vers l'extérieur des épines rayonnantes, diversement ornementées, qui ajoutent encore à l'élégance de ces charmants objets.
Enfin deux types méritent une mention toute particulière. Chez l'un, dont les ^i/cAtVoma (fig. 11, n* 2) donnent une bonne idée, les parties solides sont planes : autour d'un disque circulaire viennent se placer trois ailes s'élargissant graduellement vers Textérieur et formées, comme le disque central, d'arcs de cercle concentriques que relient des barres transversales. Une dentelle de cristal de roche remplit l'intervalle des trois sections et le tout est compris entre deux disques siliceux, percés de trous dont chacun correspond aux mailles du tissu intermédiaire. Ces dispositions éprouvent des modifications diverses ; les arcs de cercle des trois sections en forme d'ailes peuvent être remplacés par un tissu réticulé (1); les mailles du tissu qui les séparent peuvent, au contraire, se régulariser et se disposer en séries concentriques (2) ; les ailes, au lieu d'aller en s'élargissant du centre à la périphérie (3), peuvent affecter la forme d'un pétale de fleur, s'allonger, se raccourcir, se
(1) Euchitonxa Kôllikeri, Hœckel.
(2) Euchitonia Leydigii, Hœckel.
(3) Euchitonia Beckmanni, Hœckel.
bifurquer, se rétrécir ou s'élargir jusqu'à se toucher, ce qui arrive chez les Rhopalastt^um, On passe ainsi à des genres où tout le squelette consiste en un disque formé de mailles disposées en séries concentriques (1) ou de cercles également concentriques coupés par des rayons qui se prolongent en pointes aiguës (2). A ces
Fif. tl.— RADIOLAIRES. — l. Doratuspis polyancystra, Hœckel. — î. Euchitouia Beckmannif B*ekeL — 3. Spores spicuiifères de Collozoum. — 4. Spores sans spiculcs de CoUosoum.
genres en correspondent d'autres où la disposition circulaire est remplacée par la disposition spirale (3).
On peut considérer les Arachnocorys (fig. 10, n* 1) comme représentant, dans ce qu'il a d'essentiel, le second type : une sorte de
(\) EtuihUonia Kôllikerif Hœckel .
(2) Stylodyciia.
(3) Daeo^a, Operculina, Styhspira.
casque surmonté d'une pointe et entouré d'épines, une large Tisîère continue, s'évasant à partir de l'ouverture du casque, offrant ordinairement trois arêtes qui s'allongent en aiguillons, hérissée elle aussi de nombreuses épines, voilà la forme fondamentale à laquelle se rattachent tous les Cyslidés. Faites varier les proportions relatives de la tète du casque et de sa visière, augmentez ou diminuez le nombre des épines et des pointes, effacez ou exagérez la saillie des arêtes, et vous aurez toutes les formes qui appartiennent à ce groupe singulier. On comprend qu'un pareil squelette suppose des modifications assez profondes dans la disposition des parties molles des Radiolaires qui les présentent, La vésicule centrale, divisée chez eux en trois parties en forme de poire, correspondant à chacune des arêtes du squelette, se transporte en effet à l'un des pôles de la masse protoplasmique ; c'est elle que coiffe directement la tête du casque siliceux ; quant au protoplasme, il continue à envoyer de toutes parts ses pseudopodes mobiles et ramifiés.
Comment prennent naissance des squelettes à la fois si variés, si élégants et si compliqués ? La première idée est de rechercher dans les parties molles s'il n'existe pas quelque structure spéciale qui détermine le dépôt du calcaire ou de la silice dans des régions déterminées. La peau de la plupart des animaux a une tendance bien marquée à s'encroûter de substances solides ; beaucoup de pièces du squelette des Vertébrés n'étaient au début que des plaques dermiques osseuses qui ont été graduellement entraînées à Viniérieur. Ne pourrait-on pas voir dans la coquille des Foraminifères une production analogue soit à la coquille des Mollusques, soit à la carapace des Crustacés, soit au test des Oursins ? Mais chez tous ces animaux il existe une peau véritable ; celle-ci, recouvrant des organes demi-solides, d'une forme déterminée, affecte par cela même une forme nettement définie. Chez les Foraminifères, au contraire, le sarcode est absolument mou, presque liquide, et de plus constamment en mouvement ; on ne voit guère comment une telle substance aurait pu servir de moule aux coquilles si variées et à formes si arrêtées qui le recouvrent. L'existence de certaines espèces qui ne sont jamais revêtues que d'une peau molle
conduit à se demander si la formation d'une enveloppe membraneuse ne précède pas toujours rapparition du calcaire ; mais on n'a aucune observation précise sur ce point. D'ailleurs ce n'est pas toujours à la surface que se montre l'appareil protecteur; chez certaines Gromia^ où il demeure membraneux, on le voit ordinairement enveloppé d'une couche assez épaisse de protoplasme. D'où vient ce protoplasme? S'est-il répandu autour de la membrane après que celle-ci s'est constituée à la surface de la jeune Gromie ? Cette membrane s'est-elle formée au contraire dans l'épaisseur même du protoplasme? C'est là ce que nous ignorons et l'on peut espérer qu'une fois ces problèmes secondaires résolus, le problème plus général de la formation des coquilles chez les Foraminifères sera considérablement éclairci.
Les Radiolaires sont encore plus embarrassants. Ce n'est plus à la surface de leur protoplasme, c'est presque toujours dans l'épaisseur même de leur substance que se déposent les particules solides, qui forment leur admirable squelette. Or là, point de conditions particulières, point de structure apparente, qui puisse expliquer l'apparition de dépôts siliceux en un point plutôt qu'un autre. Le plus souvent c'est autour de la capsule centrale que se construit le treillis cristallin, mais à distance cependant, de sorte que l'intervention directe de cette capsule dans sa production est au moins fort douteuse, et ne saurait être invoquée, dans tous les cas, que pour la partie la plus intérieure du squelette. Toutefois cette capsule peut avoir une autre influence indirecte : sa membrane est percée de pores très petits, par lesquels communiquent ensemble la couche externe et la couche interne de protoplasme qu'elle sépare. A travers ces pores s'établissent, sans doute, des courants protoplasmiques dont la direction est constante ; à chaque courant dirigé vei's l'extérieur correspondent nécessairement des contre-courants en sens inverse; dans certaines régions ces deux sortes de mouvement se neutralisent et là, plus facilement qu'ailleurs, peuvent prendre naissance des dépôts de particules solides. Est-ce ainsi que se forment ces fins canaux siliceux dont l'axe, dans un grand nombre de genres, est occupé par un cordon sarcodique ? Les déplacements moléculaires que produisent les actes incessants d'assimilation et
Edmond Peau 1er. 7
le désassiiîiilation dont le protoplasme est le siège, impriment forcément à sa masse des mouvements complexes, dont la circulation protoplasmique n'est sans doute que Tun des effets ; le conflit de ces mouvements détermine-t-il dans le protoplasme vivant des lieux de ropos relatif, comparables, dans une certaine mesure, aux lignes nodales des surfaces vibrantes? Seraient-ce là les points où prennent naissance les dépôts solides? Il faut bien supposer quelque chose d'analogue car, de même que dans un liquide sans cesse agité, aucune cristallisation régulière ne saurait se produire, on ne voit pas comment des charpentes solides, aussi géométriques que des cristaux, pourraient se former dans un milieu dont toutes les parties seraient en mouvement.
D'autre part, quand on se rappelle l'admirable complication des fleurs de glace qui constituent les flocons de neige, quand on se rappelle que la forme cristalline de la silice dérive, comme celle de la glace, du prisme hexagonal régulier, et appartient par suite, à celui de tous les systèmes cristallins qui se prêle au plus grand nombre de combinaisons symétriques, on ne peut se défendre de l'idée que les lois de la cristallisation ne soient pour quelque chose dans l'arrangement des faisceaux d'aiguilles et des mailles hexagonales que l'on retrouve si fréquemment dans le squelette des Radiolaires. A la vérité, nous ne trouverons plus à appliquer ici les lois mathématiques de la cristallographie. La régularité, qui frappe dans certaines formes, s'amoindrit ou disparaît dans des formes évidemment voisines ; mais ces perturbations ne sont pas inexplicables. Les cristaux né présentent une grande régularité que lorsqu'ils apparaissent et se développent dans des milieux bien fluides et en repos ; or le protoplasme est toujours plus ou moins visqueux et toujours en mouvement. En outre, les recherches de Harting ont démontré, depuis quelque temps déjà, que la présence de substances albuminoïdes dans une liqueur apportait un obstacle tout particulier à la formation des cristaux, substituait notamment à leurs faces planes et à leurs arêtes, des lignes et des surfaces courbes, comme on en observe si souvent dans les concrétions solides qui se forment au milieu des tissus des êtres vivants ; or le protoplasme est certainement analogue, au point de vue chimique,
à une substance albuminoïde. Tout cela contribue, sans aucun doute, à masquer la part qu'il faut attribuer h la forme cristalline de la silice dans les productions dont nous cherchons à entrevoir Texplication.
Comment d'ailleurs espérer actuellement une explication précise et définitive de phénomènes résultant de Taction combinée des forces du monde minéral et de celles qui émanent des substances vivantes, que nous connaissons si peu ? Que savonsnous de la mécanique intime de la vie ? L'étude du mode de fonnation des carapaces cristallines des Radiolaires, de leurs rapports avec les mouvements protoplasmiques, n'est-elle pas de nature à nous apporter quelques révélations sur cet obscur mystère? L'avenir le dira. Mais il se dégage des faits acquis une conséquence importante; c'est que, sous une identité apparente, les protoplasmes les plus semblables entre eux, tels que ceux des Radiolaires, cachent une diversité inouïe de propriétés et d'aptitudes, aussi bien au point de vue chimique qu'au point de vue physiologique. A mesure que l'on avance dans ces études, on comprend de moins en moins comment peut s'accorder la diversité infinie que nous constatons à chaque pas avec l'hypothèse que le protoplasme n'est qu'un simple composé chimique. L'esprit se refuse de plus en plus énergiquement à ne voir en lui qu'une seule et unique substance : il conçoit, en un mot, des protoplasmes mais non pas un protoplasme.
On s'est demandé comment naissent, se développent et se reproduisent les étonnants architectes dont nous venons d'esquisser l'histoire. Malheureusement les recherches qui ont été faites dans cette direction n'ont donné jusqu'ici que fort peu de résultats. Dujardin, Max Schultze ont vu chezles Troncatulines des corps reproducteurs que Stretill Wright considère comme des œufs ; Schneider a décrit chez les Milioles une sorte de reproduction sexuée, et il a pu suivre les premières phases du développement de quelques espèces; mais ce sont là des observations isolées qui ne permettent aucune généralisation.
On est un peu plus avancé en ce qui concerne les Radiolaires
grâce aux recherches de Hertwig. A un certain moment, les pseudopodes et le protoplasme qui entourent la capsule centrale disparaissent peu à peu ; le contenu de celle-ci se divise en une multitude de petits corps sphéroïdaux, puis la capsule se rompt et ces petits corps apparaissent sous forme de globules munis d'un filament mobile, constamment agité et qui leur sert d'appareil locomoteur. Nous retrouvons, par conséquent, persistant avec une remarquable.ténacité, l'élément reproducteur que nous avons déjà rencontré chez les Protomyxa^ les Myxastrum^ les Protomonas et autres Monères. Seulement le zoospore est ici pourvu d'un noyau et contient même parfois une concrétion minérale, d'apparence cristalline (fig. 11, n*' 3 et 4). Il est probable que 'ces zoospores après avoir nagé quelque temps à l'aide de leur fouet vibratile, émettent des pseudopodes et se transforment directement en Radiolaires.
En somme, la reproduction des Rhizopodes ne diffère pas d'une simple division du parent en un nombre variable d'individus nouveaux. Ceci va nous donner Texplication d'un phénomène des plus remarquables, dont tous les naturalistes qui ont voulu étudier ces êtres, ont été frappés.
Les Foraminifères sont innombrables, et cette épithète s'applique tout aussi bien aux formes qu'ils peuvent revêtir et que l'on serait tenté d'appeler spécifiques qu'aux individus eux-mêmes. Des naturalistes éminents ont consacré un temps considérable à l'étude de ces formes : William Carpenter, en Angleterre, a essayé de classer les foraminifères vivants, et a publié un gros volume in-4* qu'il a intitulé modestement : Introduction à F étude des Foraminifères. En France, le savant doyen de nos géologues, M. Terquem, a consacré toute une série de beaux mémoires à l'étude des foraminifères fossiles. L'un et l'autre arrivent à cette conclusion qu'il est impossible de tracer une limite à la variabilité de leurs formes : on peut passer de l'une à l'autre par les transitions les plus ménagées. Aussi Carpenter nlicsite-t-il pas à dire qu'il n'y a pas d'espèces parmi les Foraminifères, mais seulement des séries de formes se rattachant toutes plus ou moins à un nombre, très grand du reste, de types souvent unis entre eux de mille manières. Il arrive même à montrer que les types ac-
tuellement vivants se relient d'une façon continue aux types fossiles, que, parmi ceux-ci, les fossiles d'un terrain passent insensiblement aux fossiles du terrain précédent, de sorte qu'on peut remonter par des séries ininterrompues jusqu'aux formes les plus anciennes. Le type Foraminifère a ainsi subi à travers les âges d'innombrables variations, sans cependant présenter aucun progrès notable dans son organisation. Les formes primitives ont donné naissance à une infinité de formes, toutes reliées entre elles, sans que les séries produites de la sorte aient cessé d'être distinctes.
Quoique moins explicite, M. Terquem exprime à peu près la même idée :
« L'instabilité des espèces, dit-il (1), est inhérente, non aux ornements plus ou moins simples ou compliqués, mais bien à la forme des coquilles et au mode d'agencement de leurs loges... Quand l'espèce a épuisé tout son système de variations, elle acquiert les caractères d'une autre espèce et finalement, de variations en variations, l'espèce perd les caractères typiques du genre pour produire ceux d'un autre genre.
« C'est en effet ce qui se produit dans les Margimdines^ qui finissent par se confondre avec les Cristellaires ; ceux-ci, de leur côté, dans leurs variations non moins fréquentes, tendent à se rapprocher des Marginulines et il n'est plus possible d'établir la limite exacte où un genre commence et où l'autre cesse ; il y a fusion complète. »
Plus loin (2), M. Terquem montre que les coquilles biloculaires de l'oolithe inférieure, semblables aux Biloculines « deviennent d'une manière insensible des Triloculines, que celles-ci passent de même aux Quinquéloculines, etc. » Dans le seul genre Marginu- Une, pour la seule localité de Fontoy, il ne décrit pas moins de 194 formes, qu'il ramène à 33 espèces, susceptibles peut-être, dans son opinion, d'être réduites à 2 ou 3. Malgré cela, M. Terquem ne croit pas à une variabilité indéfinie ; son opinion est tout entière contenue dans cette phrase de l'illustre conchyliologiste
(I) Premier mémoire sui* les Boraminifères du système oolithique, — Metz, 1867. — p. 44 et suivantes.
(î) Page 329.
Deshayes : « Nous ne pensons pas que les espèces soient modifiables à rinfini, comme sembleraient l'indiquer les opinions de Lamarck ; nous croyons qu'elles le sont jusqu'à une limite déterminée à laquelle l'espèce s'éteint plutôt que de recevoir de nouvelles modifications, les conditions de son existence étant enfin parvenues à leur extrême limite. »
M. Terquem nous dit lui-même que chez les Foraminifères, les limites de variations sont assez étendues pour permettre à une espèce de passer d'un genre à un autre, pour permettre à deux genres de se fusionner ; son opinion ne diffère donc pas beaucoup de celle de Carpenler. Parker et Ruperl Jones vont beaucoup plus loin en admettant chez les Foraminifères une variabilité indéfinie.
En somme tous les savanls qui se sont occupés de classer ces êtres reconnaissent que leurs formes n'ont aucune fixité ; ils diffèrent seulement sur le point de savoir si les séries que Ton peut établir entre elles convergent toutes vers une même forme primitive, ou vers plusieurs formes indépendantes.
Tout récemment le professeur Haeckel, dléna, a eu à examiner une riche collection de Radiolaires recueillis par le Challenger pendant son expédition de draguages. A priori^ il avait demandé cent planches in-4** pour figurer les formes, fort nombreuses déjà, qu'il croyait avoir reconnues comme distinctes. Un examen plus approfondi lui a montré que ces cent planches lui permettraient tout juste de figurer les types principaux. Il existe entre ces types une quantité infinie de formes intermédiaires ; rien ne permet de Jes répartir en espèces malgré l'apparente régularité de leurs parties solides qui semblerait donner prise à des caractéristiques précises.
L'espèce n'existerait donc pas non plus parmi les Radiolaires.
Il suffit pour rendre compte de ces conclusions, si étranges au premier abord, de rapprocher les conditions de la reproduction des êtres inférieurs qui nous occupent, des conditions de la reproduction des organismes les plus élevés parmi les végétaux et les animaux. Là la reprodyction nécessite, en général, le concours de deux individus différents ou, tout au moins, d'éléments bien différents d'un même individu. Dans l'acte de la fécondation, les caractères personnels des individus tendent à se neutraliser, les caractères qui leur sont
communs, les caractères spécifiques tendent à primer les autres , aussi l'espèce se maintient avec des caractères à peu près constants et dont la limite de variation, encore à déterminer, assez restreinte pour chaque période géologique, peut cependant être considérée comme indéfinie quand on embrasse la série des temps.
La génération sexuée n'exclut pas chez un grand nombre d'animaux et chez la plupart des végétaux un autre mode de repro duclion, dans lequel une partie quelconque, détachée d'un individu, est apte à se constituer en un individu nouveau. Les végétaux, par exemple, se reproduisent non seulement par graines, mais encore par bouturage, par marcottage, etc. Or personne n'ignore que, dans ce dernier cas, les jeunes présentent non seulement tous les caractères spécifiques, mais encore tous les caractères essentiellement personnels de Tindividu d'où ils proviennent. C'est ainsi que les jardiniers conservent et multiplient les innombrables variétés qu'ils ont réussi à obtenir, soit dans les plantes d'ornement, soit dans les arbres à fruits. Toute variété peut être reproduite à un nombre d'individus aussi grand qu'on le veut; elle sert elle-même de point de départ pour réaliser des variétés nouvelles dont rien ne limite le nombre.
Chez les Rhizopodes, ce que nous savons actuellement nous autorise à penser que la génération sexuée n'existe pas. La reproduction n'est donc chez eux qu'un véritable bouturage : toutes les variations individuelles se conservent par conséquent, et s'accumulent avec le temps, modifiant sans ceîse les formes primordiales, écartant les unes des autres les formes issues d'un même parent, rapprochant d'autres formes d'origine différente, établissant ainsi mille liens accidentels d'un type à l'autre. L'influence héréditaire qui, dans la génération sexuée, tend à perpétuer la constance des formes, semble ici se mettre au service de l'influence modificatrice des actions extérieures dont elle contribue à maintenir l'effet. L'espèce ne peut donc se fixer. Théoriquement, elle ne saurait exister pour des êtres dépourvus de génération sexuée et les faits sont, on vient de le voir, parfaitement d'accord avec la théorie.
D'autre part, les variations que les propriétés du protoplasme
peuvent éprouver sous Taction des circonstances extérieures, ne sauraientici être maintenuesdansune direction déterminée, comme cela peut avoir lieu pour des organismes supérieurs, entre lesquels la lutte pour la vie est ardente, la sélection naturelle par conséquent très rigoureuse, le perfectionnement rapide. L'ornementation du test d'un Foraminifère, la forme des spicules d'un Radiolaire, leur disposition même, ne sauraient assurer un avantage bien considérable à la masse protoplasmique qui les sécrète. Toutes ces masses sont à peu près équivalentes au point de vue de l'activité vitale. On ne voit pas en elles de cause de progrès. Leurs formes, malgré leur inconstance, tournent donc constamment dans le même cercle. Les types originels se conservent aussi bien que les variétés qui en dérivent : c'est pourquoi des formes analogues de Rhizopodes se retrouvent à la fois parmi les fossiles les plus anciens et dans la faune actuelle.
Nous n'apercevons ici aucune des conditions auxquelles Darwin attribue la formation des espèces élevées; comment expliquer, ce qui est pourtant nécessaire, dans la théorie de l'évolution, que ces espèces dérivent des formes simples dont nous venons de parler, puisque ces formes semblent vouées à une éternelle infériorité? Faut-il admettre qu'au moment où ils ont pris naissance, les premiers protoplasmes possédaient chacun déjà une faculté d'évolution spéciale, qui a permis aux uns de produire, sous l'action stimulante des agents extérieurs, les êtres vivants les plus hautement organisés, tandis que d'autres n'ont guère pu s'élever au-dessus de leur condition primitive? Cela n'aurait rien d'absurde. L'œuf des animaux actuels, même les plus élevés, est plus simple que la plupart des Rhizopodes. 11 n'est lui aussi qu'une petite masse de protoplasme, enfermée dans une mince membrane et contenant un noyau et un nucléole. Cet œuf possède pourtant une faculté d'évolution dont la nature nous échappe, que nos sens ne nous permettent pas de définir et qui l'entraîne, à travers mille transformations, vers un but précis, déterminé. Mais certaines particularités physiologiques nous permettront bientôt d'assigner des causes plus simples aux premiers phénomènes de l'évolution organique.
Laissant de côté les Schizomycètes, ces petits êtres homogènes, à protoplasme cohérent, qui jouent le rôle de ferments, les Monères appartiennent à deux groupes bien distincts. Dans Tun, dont les Protamibes sont le type, les pseudopodes sont relativement à la masse commune, courts, épais, arrondis au sommet, ne se soudent jamais entre eux, et semblent plutôt des lobes du protoplasme que des appendices. Dans le second groupe, au contraire, les pseudopodes sont allongés, minces, grêles, pointus, susceptibles de se diviser à Tinfini comme le chevelu des racines d'un arbre et de se souder temporairement entre eux quand ils se rencontrent (1). Chacun de ces groupes, contenant du reste des formes qui peuvent n'avoir entre elles aucun rapport génétique, a donné naissance à un groupe correspondant de Rhizopodes.
Un phénomène d'une importance considérable, puisqu'il semble avoir été nécessaire à la formation des éléments anatomiques, des cellules qui constituent les organismes les plus élevés, l'apparition d'un noyau au sein de la masse protoplasmique a marqué le passage ^es Protamibes aux Amibes {Amœba), sans autres modifications dans la forme ou les propriétés physiologiques. L'Amibe, comme le Protamibe est un petit grumeau gélatineux dont les contours changent sans cesse et qui se nourrit en englobant dans sa substance des particules solides. De temps à autre, on voit se former en un de ses points une vésicule limpide qui grossit lentement, puis se vide tout à coup, déversant à l'extérieur le liquide qu'elle contient ; c'est la vésicule contractile que l'on retrouve dans un grand nombre d'organismes inférieurs et dont les pulsations rythmiques se produisent à des intervalles suffisamment réguliers pour qu'on ait cherché dans leur durée, un caractère distinctif des espèces. On peut voir en elle le premier rudiment d'un appareil d'excrétion. Par son intermédiaire le protoplasme se débarrasse de la trop grande quantité d'eau et des substances inutiles qu'il contient; bien qu'elle se creuse en un point à peu près fixe, la
(I) Hœckel a désigné respectivement ces deux groupes sous les noms de Lobùtnonères et de lûiixommèresj littéralement Monéres-lobes et Monéres-
vésicule contractile manque de parois propres et ne peut être considérée comme un véritable organe.
Quant au noyau, la petitesse de ce corps s'opposera sans doute toujours à ce qu'on ait des notions précises sur sa composition chimique ; on sait seulement qu'il est, comme le reste du protoplasme, de nature albuminoïde. Mais il possède cependant des propriétés chimiques spéciales. On trouve un noyau dans toutes les cellules animales ou végétales, au moins pendant leur période de reproduction par division ; il est tantôt plus brillant, tantôt plus pâle que la masse qui Tentoure, tantôt plus limpide, tantôt granuleux ; quelquefois, il n'est possible de le mettre en évidence qu'à l'aide de réactifs, comme l'acide acétique, qui éclaircit la substance environnante ou de matières colorantes comme le carmin qui le teint plus fortement en rouge. Ces phénomènes suffisent à montrer que le noyau des cellules n'est pas chimiquement identique au protoplasme, dans lequel il est plongé.
Ses propriétés physiologiques sont également bien distinctes et d'une haute importance. Dans certaines cellules, pendant la période de repos, le noyau paraît enveloppé d'une membrane; mais pendant que les cellules se divisent, il est nu et prend une part importante à leur division. On avait vu depuis longtemps qu'il se segmentait comme elles et semblait même provoquer la reproduction en se partageant le premier. Des découvertes récentes dues surtout à M. Herman Fol, de Genève, et au docteur Bûtschli, sont venues préciser son rôle durant ce phénomène. On le voit alors s'allonger, se décomposer en fibrilles et former finalement une sorte de fuseau au sommet duquel les granules du protoplasme viennent se disposer en étoiles rayonnantes rappelant un peu ces étoiles que la limaille de. fer forme aux pôles d'un aimant. Puis le fuseau s'effile en son milieu et se divise, les étoiles s'effacent et leur partie centrale, avec l'extrémité correspondante du fuseau, devient un nouveau noyau. Nous devons renoncer, pour le moment, à expliquer ces singuliers mouvements du protoplasme ; mais tout indique qu'ils ont le noyau pour point de départ, preuve incontestable de l'importance désormais prépondérante de cette formation nouvelle.
Les Amibes conduisent à des formes plus élevées qui se distinguent par la transformation d'une partie de leur substance en membrane protectrice. Chez les Arcella^ où cette membrane recouvre une moitié du protoplasme, il ne peut plus se former de pseudopodes dans cette moitié; le petit être se meut donc à Taide de la moitié opposée qui repose dès lors constamment sur le sol : ainsi se constituent une région dorsale et une région ventrale. Les Dif/lugia, à membrane dermique agglutinante, les Quadrula, chez qui cette membrane présente un élégant quadrillage, sont, parmi les Rhizopodes, les termes les plus élevés de la série qui a pour point de départ les Monères du premier type.
Ce sont des Monères du second type qui ont donné naissance aux Foraminifères et aux Radiolaires dont le protoplasme reproduit toutes leurs propriétés. Leur développement s'est fait en deux sens différents suivant que le corps s'est revêtu ou non d'une enveloppe. Les Lieberkhiinia^ avec leur mince membrane, leur corps s' allongeant en une sorte de bras d'où partent les pseudopodes, les Gromia enfermées dans leur membrane comme dans une bourse, sont les premiers termes de l'évolution qui a conduit aux Foraminifères, tandis que nous trouvons dans les Actinophrys et les Actinosphœrium de nos eaux douces des formes analogues aux ancêtres des Radiolaires.
Les Actinophrys ne sont pour ainsi dire que des Protogènes pourvues d'un noyau et d'une vésicule contractile ; elles se reproduisent, comme les Monères, par simple division en deux parties. Fort abondantes dans les eaux stagnantes, elles y font un grand carnage d'infusoires et de petits crustacés. Les Actinosphœrium (fig. 3, n* i , page 69) ont les mêmes mœurs et à peu près la même apparence ; mais leur taille est beaucoup plus considérable : on les aperçoit facilement à l'œil nu, ce sont de petites pelotes gélatineuses, de la grosseur d'une tête d'épingle. Leur partie centrale, plus obscure, renferme un grand nombre de noyaux et simule déjà le contenu de la capsule des Radiolaires. La ressemblance avec les Radiolaires s'accuse davantage chez les Acanthocystis de Carter, et quelques autres genres, également d'eau douce, qui possèdent de fi'nsspicules siliceux, disposés en rayons comme ceux
des Acanihomètres, ou épars comme ceux des Thalassosphères. On trouve même chez les Clath^lina, les Astrodisculas et les Byalolampe une coquille siliceuse, treillissée, rappelant celle des Héliosphères, et Cienkowski a démontré que les Clathrulina se reproduisent au moyen de zoospores. Les Clathrulina présentent, avec la Protophnja ou Hœckelina borealis une curieuse analogie : elles vivent, comme elle, fixées à Faide d'un pédoncule aux objets submergés.
Il ne manque à ces êtres, pour être de véritables Radiolaires, ju'une capsule centrale et les corpuscules jaunes, contenant de amidon, si généralement répandus dans ce groupe. Par tout le reste de leur structure, ils établissent de la façon la plus graduelle le passage des formes relativement si compliquées des Radiolaires aux formes si élémentaires des Monères à pseudopodes réticulés. En présence des légions infinies de Rhizopodes qui doivent leur origine à ces dernières, il semble que la postérité des Monères à pseudopodes courts et massifs ait été bien peu de chose. Ce n'est là qu'une apparence. On ne trouve dans les organismes supérieurs aucun élément dont le protoplasme présente les caractères du protoplasme des Foraminifères ou des Radiolaires. Au contraire, dans ces organismes, divers éléments passent au moins temporairement par la forme amiboïde. Chez THomme même, les globules blancs du sang conservent tous les caractères des amibes. Nous sommes ainsi amenés à penser que si les organismes inférieurs qui ont pour type le protamibe sont aujourd'hui si peu nombreux, c'est que la plupart se sont élevés rapidement dans l'échelle organique pour en atteindre les sommets.
Une qualité ^de leur protoplasme, bien peu importante au premier abord, parait leur avoir préparé ces hautes destinées : c'est précisément l'impossibilité où se trouve ce protoplasme de donner naissance à de fins pseudopodes. Entourées de leur chevelure vivante, qui surgit de tous côtés, les Monères à fins pseudopodes sont toujours maintenues à distance les unes des autres. Leurs masses principales peuvent rarement arriver à se rencontrer. Leur protoplasme dès que sa division commence, se frange de outes parts comme une étoffe qu s effie et dans laquelle n'a prise
aucun point de suture. Les mouvements des pseudopodes, sans cesse occupés à se ramifier de plus en plus, tendent à rendre à chaque instant plus fragiles les liens qui unissent temporairement les masses nées les unes des autres, ou celles que le hasard fait rencontrer. Les Myxodictyum^ les Monobia^ voilà le seul genre de colonies, lâches et sans cohérence, livrées sans défense à toutes les actions destructives, que de tels êtres peuvent former. L'apparition d'une membrane enveloppant le protoplasme, même en partie, faciliterait une association moins imparfaite ; mais la surface sans cesse mouvementée des Monères à pseudopodes réticulés se prête mal au développement des membranes protectrices qui abritent le protoplasme des cellules d'un grand nombre d'organismes inférieurs.
Il en est tout autrement chez les Monères amiboïdes. Leurs pseudopodes courts, lents à se former, permettent le contact sur de larges surfaces; une communication intime peut s'établir entre les deux individus qui se touchent, préparant ainsi la vie coloniale. Qu'un grand nombre d'individus s'unissent ; ils formeront une masse compacte ; leurs moyens d'union seront suffisants pour leur permettre une certaine résistance aux forces qui tendraient à rompre l'association. Ce sera déjà un commencement d'organisme. Sur ces corps aux mouvements paresseux et peu marqués des membranes pourront s'étendre, suffisamment perméables pour ne pas s'opposer aux échanges nécessaires à la nutrition, limitant néanmoins les individus, cimentant leur union au moyen des exsudations qui traversent leur épaisseur et constituant de nouveaux moyens de défense, à l'abri desquels pourront se produire les phénomènes les plus merveilleux de l'évolution organique. Ainsi, pour employer une heureuse comparaison de Hseckel, tandis que les MonèreS à pseudopodes réticulés se dépensaient à former le frêle gazon d'une prairie, les Monères amiboïdes ont fourni les semences de deux arbres gigantesques, dominant tout l'empire organique : le règne animal et le règne végétal.
Si les animaux et les végétaux sont vraiment sortis de cette humble origine, nous devons retrouver des traces de leur parenté primitive, car le progrès n'est que bien rarement le partage de tous les enfants d'une même famille. A côté de ceux qui ont esca-
no LES COLONIES ANIMALES-
ladé les plus hauts degrés de la hiérarchie, nous pouvons espérer retrouver quelques retardataires qui n'ont pu s'élever beaucoup au-dessus de leur condition première. Peut-être même chez les plus haut parvenus dans des directions différentes, pourrons-nous découvrir quelques caractères communs, parchemins à demi effacés qui nous donneront le moyen de remonter jusqu'aux premiers ancêtres. 11 est donc d'un haut intérêt, au point de vue delà doctrine de la descendance, de savoir s'il existe au-dessus des Rhizopodes des formes plus franchement animales ou plus franchement végétales, par lescpielles cependant se touchent les deux Règnes, de rechercher même, si les conditions de la vie sont aussi différentes qu'on le suppose, dans les provinces les plus éloignées de l'Empire organique.
Cette étude, si elle nous donne un résultat positif, doit par une conséquence naturelle nous apprendre comment les premiers organismes se sont formés et quelles ont été les causes des premières divergences qui se sont produites.