‹ Les colonies animales et la formation des organismesChapitre 24 sur 102 · I2Î LES COLONIES ANIMALES · texte numérisé non relu

I2Î LES COLONIES ANIMALES

dépendantes, et effectuant sans cesse des mouvements amiboîdes. Mais bientôt tout se régularise : les cellules s'effilent vers le centre du kyste, et prennent la disposition rayonnée que nous connaissons; elles cessent de produire des mouvements amiboîdes, sauf à leur surface. Là même, les pseudopodes qu'elles émettent cessent de devenir rétractiles tout en continuante se mouvoir; ils fo^ ment ainsi le revêtement de cils vibratiles de la sphère. Enfin le kyste se rompt; une nouvelle Magosphœra est mise en liberté.

L'histoire du développement des Magosphœra nous montre un fait intéressant : la transformation des pseudopodes sans forme déterminée, essentiellement transitoires, en quelque sorte accidentels, de la masse amiboïde, en organes nettement définis, de forme constante, les cils vibratiles. Répandus dans le règne animai tout entier, jouant un rôle important dans l'économie des êtres les plus élevés, chez l'homme même, où ils revêtent d'une couche continue la trachée artère et les bronches, ces organes ne sont que de simples prolongements du protoplasme cellulaire qui, tout en perdant la faculté de changer de forme, conserve cependant la faculté primordiale de se mouvoir.

Les naturalistes qui considèrent la matière verte comme caractéristique des végétaux, seraient disposés à ranger les Magosphxra dans le règne animal ; mais nous avons vu combien ce caractère a peu de valeur. Les Magosphœra sont donc des êtres absolument ambigus, et cela ne veut pas dire, remarquez-le bien, que si les naturalistes ne savent actuellement où les placer, ils pourraient néanmoins se décider un jour ; cela signifie tout simplement qu'en réalité les Magosphœra ne sont ni des animaux ni des végétaux; elles sont composées des mêmes matériaux qu'eux, mais ces matériaux n'ont encore acquis ni le mode de groupement, ni les caractères qui les distinguent dans les deux règnes.

On peut en dire tout autant de cette curieuse LabyrirUhula ma- ^Tocystis découverte par Cienkowski, à Odessa, sur des pilotis enfoncés dans la mer. C'est une sorte de réseau muc[ueux, dans lequel peuvent glisser, en tournant sur elles-mêmes, des cellules couleur jaune d'œuf, tantôt isolées, tantôt groupées en amas irréguliers,* plus ou moins considérables. Le mode de reproduction et

de déyeloppement des Labyrinthules est encore peu connu. Leurs mouTements et l'absence totale de matière yerte dans leurs tissus, tendraient à les rapprocher des animaux ; mais ces caractères se relrouTent chez les Myxomycètes que Ton pourrait prendre aussi, pendant la plus grande partie de leur existence, pour des animaux, et que la considération de leurs organes de reproduction oblige cependant à regarder comme de simples Champign ons.

FSf. 15 — MTXOHYCÈTES. — 1. Réseau protopltsmique du Didymium leueopu9 pendant sa phase aaiboide. — S. Sporange fermé d'Arcjfria inearnata. — 3. Sporange après l'émission des spores et 1b sortie du capiUitium encore adhérent aux parois de l'organe. (P'après Sachs.)

Le type du groupe des Myxomycètes est un organisme qui se déyeloppe abondamment pendant Tété sur les amas de copeaux de chêne ou de hêtre désignés par les fabricants de cuir sous le nom de tannée. Cet organisme est lui-même bien connu : c'est le Chamingrum de la tannée ou fleur du tan; les botanistes rappellent

jEthalium septicum. 11 forme des masses muqueuses orangées, d'un assez grand Yolume, et que Ton voit émettre de toutes parts des prolongements analogues aux pseudopodes des amibes ; ces prolongements sont aptes à se souder entre eux, de manière que la masse entière a presque toujours une apparence réticulée semblable à celle dont le Bathybius nous a déjà fourni un exemple. Grâce à ses mouvements protoplasmiques, cette masse se déplace assez rapidement, elle englobe des matières étrangères, les dissout et se nourrit par conséquent tout à fait à la façon d'un animal. La figure 15 (n* 1) représente le réseau protoplasmique d'un champignon voisin le Didymitim leucopus. Arrive la fin de l'été, tout change : à la surface du tan se montrent des espèces de gâteaux ayant quelquefois jusqu'à 30 centimètres de diamètre et 2 centimètres d'épaisseur. Ces gâteaux sont d'abord d'un beau jaune, et deviennent ensuite bruns ; ils sont formés d'une sorte d'écorce rugueuse, au-dessous de laquelle se trouve un feutrage très serré de tubes anastomosés en réseau. Chacun de ces tubes en contient d'autres, beaucoup plus fins, formant un nouveau réseau dans les mailles duquel sont emprisonnées les petites semences sphériques, les spores qui doivent reproduire YjEthalium. On donne le nom de capiltitium (fig. 15, n* 3) aux tubes minces qui sont développés autour des spores, celui de sporanges aux gros tubes qui les contiennent. La croûte colorée qui protège ces tubes chez les jEthalium manque dans la plupart des autres genres ; chez les Physarum les tubes sont eux-mêmes indépendants les uns des autres ; ils sont remplacés par de petites sphères isolées chez les Arcyria (fig. 15, n. 2) ; enfin le capillitium est absent chez les Licea et les Cribraria. Dans tous les cas, c'est la masse muqueuse tout entière des Myxomycètes qui se métamorphose en organe de fructification. La croûte rugueuse qui forme, chez les jEthalium^ la paroi externe de l'organe, n'est autre chose qu'une portion de cette masse dans laquelle se sont rassemblées toutes les substances solides étrangères que contenait le protoplasme au moment de la fructification. Cette sorte d'épuration est l'indication du début de la phase reproductrice.

Les spores de Myxomycètes mises dans l'humidité se gonflent;

leur paroi éclate, et leur protoplasme, devenu libre, manifeste aussitôt des mouvements amiboîdes ; peu à peu cependant sa forme se fixe. Tune de ses extrémités s'effile en un long cil mobile à Taide duquel le zoospore ainsi constitué, peut nager dans le liquide ambiant. Ces zoospores se reproduisent plusieurs fois par division ; finalement un certain nombre d'entre eux reprennent l'apparence amiboïde, se fusionnent et constituent de la sorte un jeune Myxomycète qui n'a plus qu'à grandir pour refaire la masse protoplasmique dont nous avons parlé tout d'abord.

Lorsque, durant cette longue série de phénomènes, la sécheresse intervient, les zoospores ou les jeunes Myxomycètes qui résultent de leur fusion s'entourent d'une membrane d'enveloppe, s'eyikystent et attendent ainsi le retour de l'humidité ; dans ces mêmes circonstances les masses protoplasmiques de taille déjà considérable se résolvent en une infinité de petits corps sphériques, enfermés chacun dans sa membrane et aptes à reproduire autant de nouveaux individus.

Rien de tout cela évidemment ne permet de conclure à la nature végétale des Myxomycètes : au contraire, leurs mouvements, leur mode d'alimentation tendraient à les faire considérer comme des animaux. Des botanistes éminents tels que de Bary et Rostafinski, ont soutenu successivement cette dernière opinion, Tun en 1866, l'autre en 1873; mais d'autres naturalistes ont prouvé que le passage des Myxomycètes aux véritables Champignons se faisait d'une façon insensible. Suivant Famitzine et Woronine, les Myxomycètes passent aux Ceratium d'une part, aux Polypores de l'autre par le Ceratium hydnoides et la Polysticta reticulata. M. Maxime Cornu a établi en outre leur passage aux Saprolégniées, petits Champignons parasites des matières animales en décomposition, par l'intermédiaire des Chitridium, eux-mêmes parasites des Saprolégniées. En présence de liens aussi multiples, il est impossible de séparer les Myxomycètes des Champignons, il faut voir en eux Ja forme de ce groupe la plus rapprochée de l'état initial des organismes, ou, suivant une expression courante parmi les naturalistes, de l'état non différencié, correspondant à une époque du dévelopf^ement de la vie où il n'y avait encore ni végétaux, ni

animaux, mais des êtres protoplasmiques ayant en eux la puissance de le devenir.

Il est digne de remarque que nous retrouvons chez les Myxomycètes, succédant Tune à l'autre, trois formes que nous avons déjà eu presque constamment l'occasion de signaler : l"" la forme amibotde^ dans laquelle une masse protoplasmique dépourvue de toute membrane d'enveloppe se meut en modifiant sans cesse son contour, soit qu'elle produise de grêles et minces pseudopodes comme chez les Rhizopodes^ soit qu'elle se découpe en lobes arrondis plus ou moins profonds comme chez les Amibes ; i!" la forme ovulaire^ dans laquelle la masse protoplasmique devient sphérique, s'entoure d'une membrane et subit, ainsi abritée, diverses modifications généralement en rapport avec les phénomènes de reproduction ; 3* la forme flagellifère représentée par une petite masse ovoïde de protoplasme munie d'un long filament, constamment en vibration, qui sert d'organe locomoteur.

Ces deux dernières formes ont dans la plupart des êtres que nous venons d'étudier une plus courte durée que la première, tout au moins n'attirent-elles pas autant l'attention parce que les œufs sont immobiles, parce que les œufs et les zoospores sont de petite taille. La forme ovulaire, quelle que soit sa durée, ne peut d'ailleurs être considérée que comme transitoire, car elle implique une période de repos apparent qui est, en réalité, une période d'élaboration interne préparant le passage de la forme amiboïde à la forme flagellifère. 11 n'en est pas de même de cette dernière qui se fixe à ce point que les zoologistes ont dû former une classe spéciale des Infusoires flagellifères.

Ces Infusoires, tous microscopiques, mais féconds au point de colorer de grandes masses d'eau, sont les Monades des anciens auteurs ; on en connaît aujourd'hui un grand nombre d'espèces qui pullulent dans toutes les parties du globe. Les uns sont pourvus d'un seul /lagellum ou fouet vibratile, les autres en ont deux ; la plupart possèdent une vésicule contractile (fig. 17, n* 1) analogue à celleque présentent les Amibes, lesActinophrys et divers autres Rhizopodes, vésicule qui se retrouve même chez quelques spores d'algues.

Une faut pas confondre leslnfusoiresflagellifères avec leslnfusoires ciliés, tels que les Stentor (fig. 16, n"" 4), dont l'organisation est plus élevée et dont le corps est reyêtu d'un grand nombre de cilsvibratiles.

La forme et la couleur des Infusoires flagellifères sont extrêmement variables. Les Phacus (fig. 16, n"" 2) sont aplatis en forme de feuille, lesEuglènes (fig. 16, n*3) allongées en forme de bâtonnet, les Astasies (fig. 16, n** 1) sont ovoïdes et peuvent être considérées comme des cellules de Volvocinées qui vivent toujours indépendamment les unes des autres au lieu de s'associer en colonies comme celles des Stephanosphœraj des Gonium ou des Volvox proprement dits.

Certaines espèces sont colorées en vert et Ton peut les considérer comme des végétaux unicellulaires, d'autant plus que les Astasies se revêtent, pendant un certain temps, d'une enveloppe de cellulose ; d'autres, comme VEuglena sanguinea, VAstasta hœmatodes (fig. 16, n* 1) présentent une couleur d'un rouge vif. Plusieurs organismes de ce groupe contribuent à la coloration rouge que présente parfois la pluie ou la neige, coloration attribuée jadis à du sang par le peuple effrayé. La Monas prodigiosa, également de couleur rouge, se développe assez fréquemment sur les substances amylacées ; on en a vu sur du pain, sur des hosties et l'on a considéré l'apparition des taches sanguinolentes que produit quelquefois sur ces dernières l'accumulation de myriades de ces petits êtres comme des manifestations non équivoques de la colère divine. On doit àEhrenberg d'avoir définitivement montré la cause de ce phénomène prétendu miraculeux.

Beaucoup d'Infusoires flagellifères sont dépourvus de toute matière colorante. S'il est permis de rapprocher des algues ceux de couleur rouge ou verte, les Infusoires flagellifères incolores pourraient être rapprochés des Champignons; mais, d'autre part, rien ne saurait empêcher de les classer parmi les animaux, et nous verrons qim'en fait, ils se rattachent très étroitement à certains éléments (constitutifs des Eponges. Quelques-uns de ces organismes sont remarqoiables par l'apparition, à la base de leur flagellum, d'une sorte de collerette membraneuse, figurant un entonnoir suivant Taxe duquel le flagellum serait disposé. C'est un des caractères du

genre Salpingœca, Diverses Salpingœca sécrètent un étui membraneux, en forme d'urne, dans lequel elles habitent, telle est la 5a/vingœca Clarkii, Butschli(fig. 17, n* 2).

Assez souvent un certain nombre dlnfusoîres s'associent pour

Fig. 16. — INFUSOIRES FLAGELLIFÈRES. — l.il*/a5ia A«taa/orfe*, Khrb. - 2. Phaeus tongicauda^ Ehrb. » 3. Euglena desesj Ehrb. « INPUSOIRES CILIÉS. — 4. Stentor polymoiyhus, Ebrb.

former des colonies. Des cellules semblables à des Salpingœca s'accolent-elles au nombre de huit à douze, en ligne droite, elles constituent les Codonodesmus de Stein. Les Anthophysa (fig. 18, x)^'S)^i\Q%Cephalothamnxum (fig. 18, n' 2) forment de gros capitules sphériques à l'extrémité de tiges plus ou moins ramifiées el

flexueuses; les Uvella (fig. 17, n* 4), qui sont colorées en vert et les Codosiga (fig. 17, n* 1), qui sont incolores, se disposent en bouquets au sommet d'un long pédoncule. Les Dinobryon (fig. 17, n' 3), dont chaque individu possède un étui qui lui est propre, vivent en colooies ramifiées, arborescentes, d'une grande élégance. Plusieurs espèces forment des colonies relativement volumi-

'ig* *7. - ux individus de

gu«he bu, BûUchli. -.

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