‹ Les colonies animales et la formation des organismesChapitre 25 sur 102 · Maodry^n êertuUxria^ Ehrb. — 4. UoeUa virescenSj Ehrb · texte numérisé non relu

Maodry^n êertuUxria^ Ehrb. — 4. UoeUa virescenSj Ehrb

neuses et très remarquables, les unes par la régularité de l'arrangement des individus qui les composent, les autres par l'importance que prennent chez elles les parties secondaires sécrétées par les Infusoires pour se constituer un abri. Gomme les Anthophysa et les Codosiga^ les Poteriodendron (fig. 19, n"4) sont pédoncules ; mais ici le fouet vibratile est en dehors de la collerette qui

Edmond Perribb. 9

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l'entoure dans d'autres genres, et chaque individu a son pédoncule particulier ; c'est par une série de bifurcations successives que se forment ces colonies charmantes par leur parfaite symétrie. Les pédoncules des Dendromonas (fig. 19, n* 1 ) sont disposés de manière

Fig. 18. — INFUSOIRES FLAGELLIFÈRES. — 1. RhipUodendron tplendidum, Stcia. — 2. Cephahthamnium Cyelopum,Slt\a, — 3. Anthophyaa végétant t Slein. (D'après Stein.)

à porter au même niveau tous les individus et à constituer ainsi des espèces de corymbes.

Une urne membraneuse, transparente, à peine visible, un pédoncule plus ou moins allongé, voilà les seules parties qui viennent compliquer les colonies que nous venons d'étudier : la cellule flagel-

lifère en est toujours rélément le plus volumineux Chez les Wiipidodendron (fig. 18, n** 1), Tlnfusoire habile un tube plus ou moins courbe, épais, granuleux, peu transparent, dont la longueur croit constamment et qui s'allonge si bien que son propriétaire n'occupe

g. 19. — INFUSOIRES FLAGBLLIFÈKBS.^1. Dendromona* virgmia, Weise. — 2. Cladomonas fruttadoMo, CSteio. — 3. Phalantterium digUatum, Slein. — 4. PoUriodeudron peiiQlatMm^ S^'i», (D'après Stein.)

plus qu une partie insignifiante de sa longueur. Plusieurs de ces tubes s'accolent l'un à l'autre de manière à former de gracieuses touffes, épanouies en éventail. Les Cladomonas (fig. 19, n* 2) construisent des tubes analogues, mais divisés en ramifications

dichotomiques. L'habitation prend une importance plus grande encore chez les Phalansterium (fig. 4, n** 3) que Ton trouve logés au sommet de grandes massues gélatineuses, Jiantées les unes sur les autres et se disposant en arborescences plus ou moins compactes.

Ainsi non seulement les Infjisoires flagellifères sont aptes à vivre en communia se grouper en colonies, mais encore ils peuvent, sans rien perdre de leur caractère primitif, compliquer ces colonies de parties accessoires volumineuses, vivantes en apparence et qui ne sont guère cependant que le résultat d'une sorte d'exsudation de rinfusoire. On passe graduellement de formes simples, comme les Euglènes ou les Salpingœca^ à de véritables cités d'Infusoires, cités bâties en commun, où chaque individu conserve son indépendance, au même degré que peuvent le faire les citoyens d'une ville les uns par rapport aux autres. De même aussi que dans une ville les maisons et les édifices sont infiniment plus volumineux que les habitants, nous voyons, dans ces colonies d'Infusoires flagellifères, l'habitation former souvent une masse infiniment plus considérable que la masse totale des êtres actifs à qui elle doit son origine. Ce renversement du rapport de grandeur entre l'essentiel et l'accessoire a une importance qui mérite d'être signalée ; nous le retrouverons dans d'autres cas où il aurait pu devenir embarrassant si sa possibilité n'était pas nettement démontrée par les faits que nous venons d'exposer.

11 arrive quelquefois que les individus composant ces colonies se détachent et vont fonder ailleurs de colonies nouvelles. Il suffit d'observer quelque temps un Rhipidodendron pour voir ce phénomène se produire. Aussi toute colonie contient-elle un assez grand nombre de tubes abandonnés par leur hôte ; mais quand la plupart des Infusoires sont encore là, une merveilleuse activité règne dans ce petit monde ; l'eau ambiante, constamment fouettée par les flagellum vibratiles, circule rapidement autour de lui, apportant sans cesse l'air nécessaire à la respiration et les matières alimentaires que chaque Infusoire saisit au passage.

Les colonies à! Anthophysa^ de Codosiga^ d'Uvella, de Dino-bryon, etc., sont évidemment formées d'éléments exactement cor-

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respondants à ceux qui constituent un Volvox^ une Stephanosphœra ou une Magosphœra, Il y a pourtant entre ces deux ordres de colonies une différence importante : dans celles de la première espèce, chacun des individus composants conserve, nous Tavons vu, d'une façon complète sa personnalité ; il ne contracte avec ses voisins qu'une union en quelque sorte mécanique, il en est tout à fait indépendant au point de vue physiologique ; personne certainement n'aura l'idée de considérer ces colonies comme ayant une individuaUté propre. Il en est tout autrement des Volvox et des organismes voisins ou des Magosphœra. Là l'individu paraît être l'assemblage de cellules ciliées ou flagellées que nous avons décrit plus haut : les cellules composantes ne sont que des individualités secondaires, subordonnées, concourant ensemble au maintien de rindividualité plus élevée dont elles font partie. Toutes ces cellules sont d'ailleurs exactement semblables entre elles, jouent exactement le même rôle, se comportent exactement de la même façon. Toutes portent en elles-mêmes comme l'effigie de l'individu complexe dont elles font partie ; toutes sont également aptes à le reproduire avec les particularités qu'il présente, et, dans ce groupe, la reproduction consiste essentiellement, en effet, en ce que chacune des cellules composant un individu, s'isole et se partage ensuite de manière à reconstituer un organisme semblable à celui dont elle s'est détachée.

Quelquefois l'organisme des Infusoires flagellifères se complique notablement, sans s'élever cependant au-dessus de la valeur d'une simple cellule. Dans les CeraHum, dont la figure 4 de la page 70 représente un individu capturé par une Protomyxa^ dans les Peridinhtm le corps est couvert d'une carapace bizarrement découpée, dont les fentes laissent apparaître des bandelettes de cils vibratiles coexistant avec les flagellum. Les Peridinium sont phosphorescents; ils se développent quelquefois en telle abondance que, malgré leurs dimensions absolument microscopiques, ils peuvent rendre les vagues lumineuses sur de vastes étendues. Une phosphorescence .de la mer exclusivement due à des Peridinium a ét^ observée par Ehrenberg, en 1869, dans la baie de Naples.

C'est, du peste, un organisme assez voisin de ces Infusoires, mais de taille beaucoup plus grande, la Noctiluca miliaris qui produit le plus ordinairement dans nos pays le brillant phénomène de la phosphorescence de la mer. Sa forme est sensiblement sphérique : toutefois, un sillon d'une certaine profondeur s'étend le long d'un de ses méridiens et du fond de ce sillon part un tentacule mobile que l'on a comparé au (lagellurri des Infusoires. Au pied de ce tentacule se trouve une fossette profonde, à demi recouverte par une sorte de lèvre garnie de cils vibratiles, et portant en outre à sa face inférieure Aenx/lag€llum{Rg. 20, n*** 1 et 6). La paroi du corps des Noctilucpies est membraneuse et résistante ; elle constitue une vésicule à l'intérieur de laquelle se trouve un noyau d'où rayonne un réseau protoplasmique, toujours en mouvement. On pourrait comparer ces êtres bizarres à des Radiolaires dont tout le protoplasme serait contenu à l'intérieur de la vésicule centrale. Les Noctiluques ont été étudiées avec soin par MM. de Quatrefages, Busch, Huxley, Webb, Brightwell. Dans ces derniers temps, Cienkowski et M-. Charles Robin se sont occupés de leur reproduction : elle a lieu soit par simple division, soit par formation de zoospores en tout semblables à ceux des Radiolaires (fig. 20, n*** 2 et 3). Chaque Noctiluque fournit, suivant le moment où s'arrête la segmentation de son contenu, 256 ou 512 zoospores ; cette fécondité explique comment le nombre des individus est quelquefois assez considérable pour donner à l'eau de la mer une apparence laiteuse. Souvent deux Noctiluques s'accolent l'une à l'autre au moment de la production des zoospores, qui semble hâtée par cette sorte d'accouplement (fig. 16, n*** 4 et 5) ; mais il reste encore beaucoup d'obscurité sur la véritable nature et le degré d'importance de ce rapprochement qu'on a quelquefois considéré comme un acheminement vers la reproduction sexuée.

Ces phénomènes de reproduction montrent que les Noctiluques sont déjà des êtres plus élevés que les Infusoires /laçellifères proprement dits. Doit-on les considérer comme des animaux? Évidemment elles ne présentent pas beaucoup plus que les Myxocètes les caractères propres au règne animal : ce sont des êtres équivalents à une seule cellule, mais la cellule a pris ici une taille

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considérable el s'est singulièrement éloignée de la forme typique qu'on lui connaît dans les organismes plus élevés.

En présence de tous ces faits, en présence des discussions sans fin qui ont surgi parmi les naturalistes, du désaccord qui existe encore entre eux au sujet de la place que doivent occuper dans nos méthodes les êtres dont nous venons de retracer l'histoire, il est bien évident que la délimitation des deux règnes, déjà si difficile à établir au point de vue physiologique quand on ne considère que les formes supérieures, est tout à fait impossible à tracer quand on descend aux formes inférieures des deux séries. Nous arrivons des deux côtés, par les transitions les plus ménagées, à des êtres cpii se ressemblent et que Ton peut à volonté regarder comme les plus simples dès animaux ou comme les plus dégradés des végétaux. Toute discussion sur la place que doivent occuper ces êtres est absolument inutile : ils ne sont ni des végétaux ni des animaux. Ils ne présentent aucun des caractères qui nous permettent de distinguer ceux-ci de ceux-là ; ce sont des matériaux non encore ébauchés. Leurs analogues dans les âges les plus reculés du monde se sont modifiés et groupés de manière à former deux séries divergentes dont ils ont été le point de départ, mais on ne peut les faire entrer eux-mêmes dans Tune ou l'autre de ces séries; ils appartiennent à la fois à toutes deux; ils forment comme un pont entre les deux Règnes organiques, et c'est pourquoi Hœckel a récemment proposé de les réunir dans un règne à part, le Règne BES Pbotistes.

Les deux idées que le Règne animal et le Règne végétal se confondent insensiblement l'un avec l'autre, qu'il existe entre eux un règne intermédiaire, participant de leur double nature, sont loin d'être nouvelles. Aussi anciennes que la science elle-même, elles ont eu tour à tour leurs partisans. Les formes de passage des uns, celles qui, suivant les autres, devraient former le règne intermédiaire, ont nécessairement varié beaucoup à mesure que s'étendaient les investigations des naturalistes. Aristote considérait déjà les Ascidies, les Anémones de mer et les Éponges comme faisant le passage aux végétaux. Au seizième siècle, Freigius proposait, le pre-

mier, d'établir un règne intermédiaire entre les animaux et les végétaux ; au dix-huitième siècle, l'idée de ces organismes intermédiaires revenait sans cesse dans les écrits des naturalistes. Buffon pense que les trois Règnes sont insuffisants pour contenir toutes les productions de la Nature : il est ainsi bien près d'en créer un quatrième. Le nom de Zoophytes ou d'Animaux-planteSj imaginé

Mg. SO. — NOCTILUQUES. — 1. Notiluea miliartM, — 2 et 3. Sporei fl&gellirèret de U mèine. — 4 et 5. Phases diverses de U conjugaison des noctiluques. — 6. Portion de noctiluque montrant le silkm méridien et les flagelluro qui sont à la l>ase du tentacule.

parPallas pour désigner les Coraux et les organismes analogues, implique la même idée ; mais Linné fait des Zoophytes un simple groupe de sa classe des Vers, tandis que Treviranus entend désigner par ce mot un règne véritable.

A propos du Corail, Donati écrit en 1758 (1) la phrase suivante :

(0 Essai sur l'histoire naturelle de la mer Adriatique, eh. vu, fig. 50 (Traduction italienne de Pierre de Hondt, La Haye).

« Vous voyez ici une végétation de plante et une propagation d animal; jugez donc si le Corail appartient à Fun ou Fautre de ces deux règnes, ou s'il ne faut pas le placer dans un règne mitoyen. »

Et soixante ans plus tard, Bory de Saint- Vincent s'élève contre les naturalistes « qui attachent beaucoup d'importance à distinguer le végétal de l'animal, distinction aussi vaine, aussi peu nécessaire à connaître que celle qu'on supposerait exister entre deux bandes de couleurs de Tarc-en-ciel. » Le même naturaliste réunissait dans un règne des Psychodiaires tous les êtres ambigus, Polypes, Éponges, Infusoires, et cherchait à montrer comment s'effectuait leur passage aux animaux et aux plantes véritables.

La plupart de ces êtres, dont la nature paraissait encore douteuse en 1825, ont trouvé leur place dans l'un des deux Règnes ; mais les progrès accomplis par la science ne nous ont pas montré plus nettement pour cela qu'à nos prédécesseurs la ligne de démarcation tant de fois cherchée par eux. Si personne ne doute plus que les Coraux, les Éponges, un grand nombre d'Infusoires même soient de véritables animaux, il reste au-dessous d'eux un nombre immense d'êtres vivants que rien ne rattache aux animaux plutôt qu'aux végétaux et dont il faut renoncer à assigner la place dans Tune des deux grandes divisions primordiales de nos systèmes. C'est de ceux-là seulement que Hœckel compose son Règne de Protistes.

Réunir dans un même groupe tous les êtres de nature douteuse, affirmer ainsi l'existence de formes qui ne peuvent trouver place dans les deux grands Règnes organiques, peut avoir certains avantages ; mais est-il bien nécessaire d'élever au rang de règne ce groupe de transition? S'il est déjà difficile, disons mieux, impossible, de distinguer par une définition précise les deux premiers règnes l'un de l'autre, comment donner une définition plus exacte du troisième, qui doit les toucher par tant de points? Si nous ne pouvons décider dans un grand nombre de cas entre les deux alternatives que nous offraient les anciennes méthodes, comment pourrons-nous mieux décider dans la méthode nouvelle, qui nous en offre une troisième? Faudra-t-il prendre pour caractère du troisième règne l'hésitation même que provoquera dans notre esprit Fêtre qu'il s'agira de clas-

ser? Le Règne animal et le Règne végétal sont au moins parfaitement distincts dans leurs régions supérieures, mais que penser de ce règne des Protistes, qui devra confronter d'une part à l'empire inorganique et se relier d'autre part à chacune des deux grandes divisions de l'empire organique? Pourquoi paraître considérer comme un domaine particulier ce qui n'est que la ligne de séparation de deux domaines ; pourquoi voir une œuvre à part dans ce qui n'est tout au plus qu'une préface ? Le confluent àe deux rivières a-t-il jamais été pour personne une rivière distincte ? Fait-on un être particulier du tronc qui supporte les deux branches maîtresses d'un arbre ?

Nous acceptons volontiers le mot Protiste comme un adjectif exprimant l'extrême simplicité d'organisation des êtres les plus inférieurs ; mais il nous semble d'autant plus impossible de créer pour ces êtres un règne particulier, que la plupart d'entre eux ne sont pas exactement intermédiaires entre les animaux et les végétaux et manifestent une tendance bien nette soit vers les uns, soit vers les autres. Les transitions sont d'ailleurs tellement insensibles, que Hœckel se trouve conduit à ranger parmi ses Protistes les Infusoires ciliés, en qui bien peu de naturalistes refuseront de voir de véritables animaux, et les Champignons, que nul n'avait songé jusqu'ici à distraire du règne végétal (1). Les Protistes sont bien, comme le disait Rory de Saint-Vincent, cette zone indécise qui sépare deux couleurs de l'arc-en-ciel et qu'on ne saurait définir, parce qu'elle passe sans qu'on puisse saisir ses limites aux deux couleurs qui l'avoisinent. Ils sont comme le vestibule des deux grands Règnes organiques, mais non pas un règne distinct.

Si maintenant, résumant les faits que nous venons d'exposer, nous essayons de mettre plus nettement en lumière les rapports qui unissent les Protistes soit entre eux, soit aux végétaux et aux ani-

(i) Le règne des Protistes tel qu'il est défini par Hœckel comprend les MoNÈREs, les Amibes (sous le nom de Lobosa), les Gr^igarines, les Infdsoib^ FLA6ELL1 PÈRES, les Gatallactes (Magosphœra)^ les Infusoires ciliés, les Infusoires SUCEURS (Acirmta), les Labyrinthulées, les DiATOMèEs, les Champignons, les Myxomycètes, les Rhizopodes (Poraminiféres, Héliozoaires, Radiolaires), en tout quatorze classes.

maux proprement dits, nous pouvons tracer le tableau suivant de leur évolution :

Au plus bas degré de Téchelle, immédiatement au-dessus des Monères, se montrent des êtres protoplasmiques dont Thomogénéité n'est troublée que par la présence d'un noyau et d'un nucléole. Leur protoplasme est libre, sans membrane d'enveloppe, et son contour peut prendre toutes les formes possibles. Tels sont les Amibes, qui se reproduisent par une simple division en deux parties, à laquelle prennent part le noyau et le nucléole aussi bien que le protoplasme.

Un premier progrès est réalisé lorsque ce protoplasme devient apte h sécréter une enveloppe membraneuse au sein de laquelle il se divise de manière à donner naissance à des zoospores plus ou moins nombreux. L'enveloppe est-elle de nature albuminoïde, l'organisme qui l'a produite se rapproche du règne animal ; estelle, au contraire, de la nature de la cellulose, l'organisme tend à se rapprocher du règne végétal. Les substances albuminoïdes sont toujours plus ou moins flexibles, la cellulose est résistante ; il suit de là que les mouvements du protoplasme pourront encore se manifester au dehors dans le premier cas ; ils cesseront d'être apparents dans le second. C'est pourquoi tous les animaux sont capables de se mouvoir, tandis que le plus grand nombre des végétaux sont toute leur vie immobiles. La tendance vers le règne végétal s'accuse encore si, dans le protoplasme, se déposent des granules d'amidon ou une matière colorante verte ou rouge, comme on le voit dans beaucoup d'Infusoires flagellifères. Si la matière colorante n'apparaît pas, l'indétermination subsiste et l'on peut tout aussi bien rattacher les formes qui en sont dépourvues au règne animal, qu'au rameau du règne végétal représenté par les Champignons. Les Myxomycètes sont le dernier terme du passage des Protistes proprements dits aux Champignons. Au contraire, les Euglènes,' les Astasies et autres Infusoires flagellifères colorés nous conduisent directement aux Algues vertes ou rouges, et par celles-ci aux végétaux les plus élevés et les mieux caractérisés.

Quant au passage aux animaux, il s'établit d'une façon si naturelle qu'il faut un certain effort d'esprit pour ramener au règne vé-

gétal les êtres qui viennent de nous occuper. On croirait d'abord devoir les classer dans le Règne animal, et de fait les premières formes franchement animales du monde organique sont infiniment plus près des Protistes que les premières formes franchement végétales. Le protoplasme, quelque paradoxal que cela paraisse, a dû moins se modifier, nous l'avons vu, pour produire les premiers

Fig. 21* — GHëGàULNES. — i. Hoplorhynchia oligaeanthta, A. Schneider. — 2. ClepsUrina blaitûrum, Schneider. — 3. Kyste de la même etpèce émettant set spores. — 4, 5, 6, 7. Phases diverses du développement de la Gregaritta gigantea, B. Van Beneden, du homard.

animaux que pour produire les premiers végétaux. Ceux-là ont peut-être précédé ceux-ci dans Tordre d'apparition .

Les Grégarines, découvertes en 1826 par Léon Dufour, nous montrent à leur tour comment peut s'opérer la transformation des Monères en individus cellulaires, c'est-à-dire en individus dont le protoplasme contient un noyau et est entouré d'une membrane.

Les Grégarines adultes se composent de une ou deux cellules dont Tantérieure est parfois surmontée d'un appendice caduc servant peut-être d'organe de fixation (fig. 21 , n* 1) ; toutes sont parasites. On les trouve par petits amas (de là leur nom de Grégarines) dans rintestin d'un très grand nombre d'Insectes, dans celui des Taupes, dans la cavité du corps de certains Vers, dans les organes reproducteurs des Lombrics, qui en sont presque toujours bourrés. Elles ont été étudiées avec soin par Lieberkûhn, Edouard Van Beneden et Aimé Schneider. A une certaine période de leur existence, elles s'entourent d'un kyste résistant ; quelquefois deux Grégarines s'unissent pour s'enkyster en commun. Dans tous les cas, le contenu du kyste se divise bientôt et se transforme en une foule de petits corps que l'on ap{)ellc de^pseudo-navicules, parce qu'ils ont chacun la forme d'une petite navette. Bientôt de longs tubes (I) se développent à la surface du kyste (fig. 21 , n*3), les pseudo-navicules s'y engagent et sont ainsi mises en liberté. Sous l'influence de l'humidité, l'enveloppe extérieure de ces petits corps se rompt; il en sort une petite masse protoplasmique douée de mouvements amiboïdes. M. Edouard Van Beneden a étudié le développement de ces corps amiboïdes chez une Grégarine gigantesque {Gregarina gigantea)^ de près d'un centimètre de long, qui habite l'intestin du homard (fig. 21, n® 4). La masse protoplasmique, après s'être mue pendant quelque temps d'une façon irrégulière, ne conserve plus que deux pseudopodes (fig. 21, n** 5) : l'un d'eux est rigide, immobile; l'autre est, au contraire, flexible et sans cesse agité d'un mouvement vermiculaire. Ce dernier se détache bientôt; il ressemble alors tout à fait à un petit ver, à une petite filaire sortant de l'œuf (fig. 21, n"* 6 et 7). Itfaiô l'examen le plus attentif ne saurait y faire reconnaître la moindre trace d'organes : c'est une véritable Monère, là pseudofilaire de M. E. Van Beneden.

Bientôt cependant, dans sa région moyenne, apparaît une petite tache claire qui grandit peu à peu. Il semble qu'une sorte de départ se fasse dans la masse protoplasmique, qu'une partie plus cohérente, plus réfringente se précipite et se condense dans la région

(1) Aimé Schneider, Contribution à V histoire des Qrégarines. Archives de zoologie expérimentale, t. IV, 1875.

centrale : c'est Torigine du noyau, dont le mode de formation serait ainsi presque mécanique. La Monère, pourvue d'un noyau, est devenue une cellule. La cellule, pour être parfaite, n'a plus qu'à s'entourer d'une membrane ; une simple modification physique de la couche la plus externe du protoplasme suffit à produire ce phénomène et la jeune Grégarine se trouve ainsi achevée. On a contesté que les pseudo-navicules fissent partie du cycle d'évolution des Grégarines; quelques naturalistes voient en elles de simples parasites des Grégarines enkystées ; mais cela ne remet nullement en question la partie de l'histoire embryogénique des Grégarines qui les relie, par l'intermédiaire d'une phase où elles sont de véritables Monères, à la masse protoplasmique qui produit les pseudofilaires : M. Edouard Van Beùeden n'a pas observé, en effet, les pseudo-navicules de la Gregarina gigantea.

Ainsi le passage graduel des animaux et des végétaux aux Monères se trouve établi de la façon la plus complète. Nous voyons les Monères se transformer en individus plus complexes; ceux-ci vivent d'abord à l'état de simples cellules, capables de revêtir successivement plusieurs formes ; mais bientôt ils acquièrent une aptitude nouvelle, celle de s'associer. Les cellules nées les unes des autres demeurent unies en véritables familles dont les membres conservent cependant une grande indépendance réciproque, comme on le voit chez les Dinobryorij les Anthophysa^ les Codosiga, etc. Souvent même, comme chez les Rhipidodendron et les P/ialansterium, l'union des individus semble n'avoir lieu que par l'intermédiaire de parties secondaires dont la masse est considérable et qui viennent compliquer la colonie d'un élément important. Mais les membres de la famille peuvent aussi, par un progrès nouveau, contracter une union plus int'me et constituer alors de véritables individus poly cellulaires, composés d'aiUeurs de cellules toutes semblables entre elles, comme les Volvox et les Algues voisines ou les Magosphœra, Toutes les cellules faisant partie de cette individualité nouveUe sont aptes à la reproduire, contiennent en elles-mêmes la loi de son développement et la transmettent à leur descendance. C'est là une conséquence nécessaire de ce fait que la

reproduction des cellules n'a jamais lieu que par une simple division. Les parties qui proviennent de cette division sont forcément identiques à la ceUule-mère et en possèdent par conséquent toutes les propriétés chimiques ou physiologiques, y compris celles qui déterminent son mode d'évolution. 11 y a donc une raison toute mécanique de cette grande loi d'héréditéj en vertu de laquelle chaque organisme transmet à sa descendance ses caractères hérités ou acquis : L'hérédité est la conséquence inéluctable du mode de reproduction des éléments constitutifs des êtres vivants. Nous aurons à développer plus complètement celte proposition.

Les éléments constituant une société ou colonie sont primitivement tous semblables entre eux; plus tard demeurent associés des éléments dissemblables, provenant cependant les uns des autres, représentant les phases successives que peuvent revêtir certains êtres monocellulaires, jouant dans l'association des rôles différents, vivant chacun pour son compte, mais accomplissant aussi au profit commun certaines fonctions qui leur sont propres. De là naît une variété plus grande : la colonie, au lieu d'être comparable à une association d'échoppes d'ouvriers travaillant chacun pour soi, semble devenir une vaste usine où la puissance de production se développe rapidement dans des proportions considérables.

Le but commun vers lequel tendent tous les efforts, c'est la conservation de la colonie, l'accroissement de sa prospérité ; toutes les activités se coordonnent pour atteindre ce résultat. La colonie revêt par cela même le caractère d'une unité supérieure au service de laquelle semblent travailler les individus associés ; elle constitue ce que nous appelons un organisme; toutes ses parties, liées entre elles par une solidarité de plus en plus grande, finissent par devenir inséparables. Ce ne sont plus les parties, c'est la colonie ellemême qui mérite désormais le nom d'individu.

Depuis longtemps déjà les physiologistes, étudiant les organismes les plus élevés, sont arrivés à voir en eux des sociétés d'êtres unicellulaires. Ils comparent volontiers le fonctionnement de ces sociétés à celui des sociétés humaines, inversement les hommes politiques aiment à rapprocher les conditions d'existence des nations de celles des êtres vivants. L'étude de l'évolution graduelle du Règne

animal donne à ces comparaisons une saisissante réalité. Tous les organismes supérieurs ont été d'abord, nous espérons le prouver, des associations^ des colonies d'individus semblables entre eux. Un procédé simple et constant a suffi pour réaliser l'effrayante complexité des animaux les plus élevés : c'est la transformation des colonies en individus. Des lois rigoureuses , toujours les mêmes, ont présidé à cette transformation; elles ressortiront naturellement de la série des faits dont l'exposition va suivre.

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