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CHAPITRE PREMIER

LES ÉPOflGES ET LA FORMATION DE L^INDIYIDUALITÉ ANIBfALE.

Pendant leur période d*activité, les êtres que nous avons étudiés jusqu'ici se montrent sous deux formes fondamentales : l"" la forme amiboîde dans laquelle le protoplasme nu peut produire, sur toute sa surface, des appendices temporaires d'aspect essentieUem'ent variable, les pseudopodes ; 2* la forme ciliée ou flagellifère dans laquelle le protoplasme, souvent contenu dans une enveloppe, s'étire en un ou plusieurs longs filaments, les fiagellum, fouets ou cik vibratiles^ seuls capables désormais d'exécuter des mouvements et ne cessant jamais de battre d'une façon rythmique l'eau qui les entoure.

D'ordinaire la même monère, le même protiste peut revêtir successivement ces deux formes, après avoir traversé une phase de repos que l'on peut appeler la phase ovulaire, en raison de la ressemblance ou même de l'identité que pendant cette phase l'être considéré présente avec l'œuf des animaux. On se souvient, en effet, que les Protomonas, les Vampyrella, les Myxastrum, les Protomyxa^ les Radiolaires, les Myxomycètes s'enkystent après avoir vécu plus ou moins longtemps sous la forme amiboîde, puis qu'à l'abri de son enveloppe protectrice, leur substance se divise en zoospores monociliés qui s'échappent du kyste et nagent librement

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dans le liquide ambiant. Sous ces deux formes, plusieurs individus peuvent s'associer pour constituer des colonies : les Myxodyctium sont des colonies de monères amiboïdes ; il existe des Foraminiferes et des Radiolaires composés; les Anthophysa, les Codosiya, les Phqlansterium^ les Dinobryoriy les algues de la famille des Volvocinées, les Magosphxra sont des colonies de cellules ciliées.

Toutes ces colonies sont formées d'éléments semblables entre eux. Ces éléments eux-mêmes sont souvent complètement indépendants les uns des autres. Toutefois, chez les Foraminiferes et les Radiolaires, de même que chez les Volvocinées, ils manifestent déjà une certaine tendance à s'unir d'une façon intime pour constituer une unité plus élevée à laquelle on peut donner le nom d'mdividu poly cellulaire. Chez les Éponges, la cellule amiboïde{Rg. 24, n** 5) et la cellule ciliée on flagellifère (fig. 24, n*»* 2, 3, 4) s'associent pour former des colonies qui sont, par conséquent, composées de deux sortes d'individus unicellulaires. De plus, ces individus s'unissent si étroitement qu'il n'est plus possible de voir en eux autre chose que les éléments composants d'un individu d'espèce nouvelle, Vindividu spongiaire (fig. 1, n® 1). Le plus grand désaccord a longtemps régné, il est vrai, parmi les naturalistes au sujet de ce qu'il faUait entendre par le mot individu chez les Eponges; mais Oscar Schmidt et surtout le professeur Hœckel, dans sa belle Monographie des Éponges calcaires, ont nettement montré, dans ces dernières années, comment on pouvait faire dériver les formes si variées de ces animaux d'un type simple, essentiellement le même pour toutes, et ce type est devenu par cela même le type idéal de l'individu spongiaire.

On se ferait, hâtons-nous de le dire, une idée très fausse de ce que peut être une Éponge si Ton ne connaissait que l'Éponge usuelle, l'Éponge de toilette. Le réseau fibreux que Ton emploie dans les usages domestiques n'e|J, en effet, qu'une sorte de squelette destiné à soutenir la masse charnue d'un organisme des plus singuliers dont il reproduit assez fidèlement la forme et les principales particularités anatomiq]ues. La composition chimique des fibres de ce squelette se rapproche beaucoup de celle de la soie. Chez certaines Éponges, au réseau fibreux viennent

s'associer des productions siliceuses de forme bien nettement définie, ce sont les spicules. Le plus souvent, les fibres manquent €t le squelette est alors tout entier constitué par ces spicules dont les formes, extrêmement variées, ont souvent une grande élé-

f\%. tL -> SPICULES b'ÉPONGES. — 1. Spicule en épingle d'Hymeniacidon eamosa. — S, 3. Halitktmiria iaenutaïu. — 4. T^thea ColUnçêU, — 5, 6, 11. Euplecleila aspergtUum. — 7, 10, il. HiféUmma mirabilis» — 8. Hymenodennia Johntonù — > 9. Halichondria variantia, — 12. Réseau tiliccu de Farrea.

gance (fig. 22). On y remarque des épingles, des crochets, des ancres, des étoiles à trois rayons, des clous à tête étoilée, des croix, etc. Le rôle des spicules n'est pas moins varié que leurs formes ; les uns soutiennent les parties molles de TÉponge et for-

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ment la base de son squelette (fig. 22, n*' 1, 2, 3, 10, 12) ; d'autres unissent ensemble ses divers tissus (même fig., n** 7, 8,9, 11); quelques-uns, terminés en pointe acérée, hérissent sa surface externe ou les parois de ses canaux, et deviennent ainsi de véritables organes de défense (même fig., n* 4) ; on voit enfin chez les Euplectelles (pi. I, fig. 2) de longs spicules dont la pointe est enfoncée dans le squelette tandis que l'extrémité est armée de crochets (fig. 22, n** 5 et 6) ; ces spicules servent à fixer TÉponge aux corps enyironnants.

Tantôt les spicules sont siliceux, tantôt ils sont calcaires. Nous voyons donc le protoplasme manifester encore ici des aptitudes chimiques différentes, mais exactement de même ordre que celles déjà connues de nous : les matières solides qui se déposent dans sa substance sont de trois sortes : elles sont de nature organique, calcaires ou siliceuses. Des spicules calcaires et siliceux ne coexistent jamais dans une même Eponge, de sorte que la composition chimique des spicules indique bien réellement ici une différence fondamentale dans les propriétés du protoplasme ; c'est un point sur lequel nous avons déjà insisté en parlant des Foraminifères et des Radiolaires. On pourrait donc se demander si les Éponges à spicules calcaires ou, pour abréger le discours, les Époiiges calcaires et les Epoiiges siliceuses ne descendent pas de Protistes différents qui se seraient développés parallèlement. Tout au plus y aurait-il entre elles, dans cette hypothèse, une parenté collatérale. Quelques Éponges, entièrement dépourvues de squelette, devraient peut-être alors former un groupe spécial : on leur donne le nom de Myxosponges ou Éponges gélatineuses.

Les fibres et les spicules des Éponges ont été étudiés avec un soin extrême ; leur forme, la façon dont ces formes se combinent entre elles, Tarrangement des diverses sortes de spicules ont été employés à caractériser des genres et des espèces. Ces productions ne sont cependant que l'accessoire de FÉponge, le principal c'est la masse chîH'nue dans laquelle elles se développent, masse creusée de canaux ramifiés en sens divers et aboutissant à des orifices extérieurs qu'on reconnaît encore facilement en examinant avec tant soit peu d'attention une Éponge de toilette. Cet examen montre

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bien vile que ces pores sont de deux sortes : les uns rares, de grand diamètre, dans lesquels on pourrait facilement placer le bout du doigt, sont les oscules ; les autres, extrêmement nombreux et de petit diamètre, sont les pores inhalants. On trouve assez fréquemment, dans les eaux douces, deux espèces de petites Eponges sili-

Fif. 23. — Coupe à travers une Éponge gélalincusc {//alisarca lobularis) montrant le système des rorfieilles vibraliles (c) placées sur le trajet des canaux correspondant aux pores inhalants ; la cavité eeoCralc (</) correspond à Toscule; dans lépaissour des colonnes charnues qui la traversent sont des embryons (o) à différents degrés de développement; en a, canaux interstitiels.

ceuses : la Spongilla laciistris et la Spongilla /luviatilis, dont les pores et] les oscules sont parfaitement évidents. Qu'on place ces Eponges dans un vase rempli d'eau tenant en suspension une poussière colorée comme de la poudre d'indigo ou de carmin. On ne tardera pas à constater, grâce au mouvement de cette poussière, qu'un courant d'eau continu pénètre dans la substance de l'animal

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