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vti» désignés par Busk, qui a le premier attiré sur eux Tattenlion, sous le nom de nématophores {{). Quand on observe peuplant quelque temps une colonie bien vivante de Plumidaires ou d'Antennulaires (fig. 49, n° 1), on ne tarde pas à voir sortir des
f ig. 49. — 1. Anîennularia antenninay montraot deux polypes et six nématophores à divers étals de contraction. — S à 6 : Gkaftolitbs : 2, GroptoUtes turrieulatu»^ Barrande; 3, GraptoUtes priodon, Brono; 4. Diplograpsus folium^ Hisinger; 5, Prionotya geminuê, Hisinger; 6, GUuUolUes Gmniixiama, Bamode.
petites loges en question des masses charnues, qui s'allongent en s'amincissant jusqu'à dépasser de beaucoup les Polypes propre-
(1) Busk, Uunterian Lecture delivered ai the Royal Collège of SurgeoiiSy London, 1857.
Edmond PEnniEF. 16
ment dits. On ne reconnaît en elles aucune structure : ces masses sont d'abord presque cylindriques ou coniques, mais peu à peu leur surface se hérisse de prolongements irréguliers, de véritables pseudopodes, en tout analogues à ceux des Protozoaires. L'être qui habite les petites loges d'une colonie de Plumulaires n'a rien de l'organisation d'un Polype hydraire; il est exclusivement formé de protoplasme, ou plutôt de masses protoplasmiques diversement fusionnées entre elles. S'il existait seul, si l'on supprimait par la pensée tous les individus nourriciers et reproducteurs, on ne pourrait manquer de considérer la partie restante de la colonie comme une colonie de Rhizopodes. Il faudrait placer les Plumulaires, les Antennulaires et tous les Hydraires qui ont comme elles des nématophores, à côté des Foraminifères et des Radiolaires. Eh bien, il est une période de la vie de ces singuliers Polypes, où cette condition est réalisée, où les individus protoplasmiques^ les nématophores, existent seuls. Quand la jeune planule qui provient d'un œuf de Plumulaire se fixe, ce sont les individus protoplasmiques avec leur appareil protecteur qui naissent les premiers (1). La Plumulaire est caractérisée, dès le début de son développement, par ces individus. Or, c'est une loi fondamentale du développement embryogénique des êtres — tel que l'interprète la doctrine transformiste — que les métamorphoses éprouvées par chaque individu, dans le cours de son évolution, ne font que reproduire, en abrégeant leur durée, les diverses formes qu'a traversées, dans la suite des temps, l'espèce à laquelle il appartient pour parvenir à sa forme actuelle. Les Hydraires auraient-ils donc apparu tout d'abord sous la forme de simples colonies de Rhizopodes qui se seraient graduellement compliquées, comme l'ont fait depuis les colonies d'Hydraires elles-mêmes? C'est l'opinion d'un homme qui s'est illustré par ses recherches sur ces animaux, le naturaliste anglais Georges James AUman : c'est aussi l'opinion de l'un des savants qui occupent les rangs les plus élevés dans la science européenne, Thomas Huxley.
(\) Allman, A Monograph of Gymnoblastic or Tubidarian Hydroids. Part. II,
Cette hypothèse que suggère Fembryogénie semble du reste confirmée par la paléontologie. Dans les terrains les plus anciens, dans les couches siluriennes, on trouve des fossiles délicats, semblables à des Mousses d'une grande régularité, dont les folioles seraient remplacées par de petites loges toujours disposées, suivant une loi déterminée : ce sont les Cfraplolites, aux formes aussi nombreuses qu'élégantes et variées (fig. 49, n*" 2 à 6). Ils sont généralement constitués par un axe solide sur lequel viennent se placer des loges pressées les unes contre les autres, presque toujours soudées entre elles, et formant tantôt une seule série occupant Tun des côtés de Taxe, tantôt deux séries symétriquement disposées de chaque côté de ce dernier. L'axe peut être absolument rectiligne, comme chez lesDiplograpsus, ou bifurqué et gracieusement courbé de manière à figurer une accolade, ou enroulé en spirale et présenter encore d'autres dispositions fort diverses. Les loges ne sont pas moins variables d'aspect. Quelquefois elles sont en forme de cornet comme celles des nématophores des Plumulaires; souvent aussi leur ouverture se rétrécit brusquement de manière à devenir à peine visible, et l'on ne peut supposer qu'un organisme comparable à une Hydre ait pu jamais passer à travers une pareille filière. Nous avons vu, au contraire, les Rhizopodes habiter des loges ou des coquilles qui les enveloppent complètement et ne laissent qu'un étroit orifice pour permettre au protoplasme demi-fluide, qui forme le corps de ces animaux, de se répandre à l'extérieur ; on est donc conduit à penser que les êtres qui ont formé les Graptolites étaient de nature protoplasmique, comme les Rhizopodes que nous connaissons, et, par conséquent, tout à fait semblables aux nématophores des Plumulaires. Les Graptolites étaient des colonies de nématophores, comme les jeunes Plumulaires, réduites à leurs nématophores, sont ellesmêmes de véritables Graptolites.
Ces rapprochements jettent une vive lumière tout à la fois sur la véritable nature des Graptolites et sur la généalogie des Polypes hydraires. Les Hydraires, comme les Éponges, sont ainsi rattachés aux Rhizopodes ; mais pour ces deux groupes la généalogie s'établit d'une façon différente. Les Éponges sem-
blent avoir exigé la formation préalable d'éléments cellulaires de deux sortes : c'est sur les éléments qu'a porté tout d'abord la division du travail ; Y individu 5|ponytaiW n'est venu qu'après, et ses colonies ne se sont jamais élevées bien haut. Chez les Hydres, Vindividu hydraire s'est formé avant toute spécialisation des éléments qui le constituaient, et^ dans la suite, les plus essentiels de ces éléments, ceux qui constituent l'exoderme et l'entoderme, sont encore demeurés de même nature. Les Hydraires primitifs, les Graptolites se sont très vite constitués en colonies, et c'est seulement entre les individus de ces colonies complexes qu'a commencé la division du travail.
Ily a donc eu, dès l'origine, une différence profonde dans le mécanisme de formation des Éponges et des Hydres. Les unes et les autres dérivent des êtres protoplasmiques et des organismes monocellulaires, et sont encore trop près de cette origine pour ne pas manifester quelques analogies ; chez les unes et les autres, le progrès organique s'accuse par la production d'une cavité dans laquelle les matières alimentaires sont retenues pour être élaborées ; mais là se borne la ressemblance et les parties qui entourent cette cavité, les éléments constitutifs de ses parois, les individus monocellulaires qui contribuent à former l'individualité nouvelle sont déjà de nature différente. Ce ne sont pas, en un mot, les mêmes Protozoaires qui ont formé les Éponges d'une part, les Hydres de l'autre.
Aussi le progrès s'arrête-t-il très vite dans le premier de ces groupes, tandis que nous allons voir les colonies des Polypes hydraires se transformer en individualités nouvelles, plus complexes et d'une haute importance.