CHAPITRE VII
TRANSFORMATION DES COLONIES DE POLYPES HYDRAIRES EN COLONIES DE CORALLIAIRES.
Quand on vient à briser un polypier ordinaire, on s'aperçoil bien vite que les chambres comprises entre les lames calcaires d'un même calice sont divisées en étage, à différentes hauteurs, par de petits planchers transversaux, de nature calcaire comme le Polypier luimême. Ces planchers ne se correspondent pas dans deux chambres voisines, de sorte que celles-ci manifestent les unes par rapport aux autres une certaine indépendance et que la cavité centrale demeure plus ou moins libre. Dans un assez grand nombre de polypiers à lames généralement rudimentaires, cette disposition fait place à une disposition tout autre : les planchers successifs ne se limitent plus à retendue d'une chambre, ils s'étendent à toute la cavité des calices qui se trouvent ainsi divisés en étages superposés, dépourvus de toute communication les uns avec les autres. Les polypiers qui présentent cette structure particulière ont été réunis par MM. Milne Edwards et Jules Haime dans un même groupe, ei ils ont reçu le nom de Polypiers tabulés ; MM. Milne Edwards et Jules Haime les considéraient, d'ailleurs, comme formant une simple section dans l'ordre des Madréporaires. Il n'existe actuellement qu'un petit nombre de genres de ces polypiers tabulés ; presque tous vivent dans les mers chaudes : ce sont les Millépores aux
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frondes blanches, fragiles, très découpées, plus ou moins aplaties el percées, comme leur nom l'indique, d'une multitude de petits trous représentant les loges des Polypes ; les Héliopores dont le polypier aux ramures épaisses, cylindriques, présentant des calices plus distincts, est remarquable par sa teinte bleu-foncé ; les Pocillopores, formant des masses très irrégulièrement dendritiques, sur lesquelles on aperçoit des calices polygonaux, presque dépourvus de lames; enfin les Sériatopores^ reconnaissa-
Fig. 61. — HYDROCORALLIAIRBS. — Millepora (esp. indét., d'aprc« Mowley): g, gastroioïdes ;
(f, dactylozoïdes.
Mes à leurs ramifications terminées en pointes, sur lesquelles les talices sont disposés en séries sensiblement rectilignes, assez espacées les unes des autres. Mais un grand nombre d'autres genres sont fossiles et se trouvent surtout dans les terrains les plus anciens tels que les terrains silurien, dévonien et carbonifère.
Pendant longtemps, personne n'a douté que ces animaux ne fussent de véritables Coralliaires ; tout dans l'apparence générale de leur polypier semblait confirmer cette manière de voir ; les différences dont nous parlions tout à l'heure devaient sembler
effectivenrient bien légères en présence de ce fait que tous les polypiers calcaires dont on avait pu jusqu'alors étudier les architectes avaient manifestement pour auteurs des organismes voisins des Actinies.
En 1859, l'illustre naturaliste suisse Louis Agassiz, iSxé depuis peu en Amérique, eut, pour la première fois, l'occasion d'observer à l'état vivant les Polypes des Millépores. Il fut vivement surpris de ne leur trouver aucun des caractères bien connus des Coralliaires : c'étaient, à n'en pas douter, des Polypes hydraires, bien reconnaissables au petit nombre, à la forme, à la disposition de leurs tentacules, à l'absence de cloisons dans leur cavité générale. L'pxamen de la figure 61 suffira pour faire comprendre à quel point L. Agassiz avait raison.
Ce savant publia son observation en mai 1859, dans le cinquième volume de la Bibliothèque universelle de Genève; mais son opinion ne fut accueillie qu'avec la plus grande réserve.
« Au moment d'envoyer ce chapitre à l'impression, écrivait M. Milne Edwards, dans le troisième volume de son Histoire naturelle des Coralliaires (1), nous apprenons que M. Agassiz a étudié le mode d'organisation des parties molles des Millépores et a constaté que ces Zoophytes ne sont pas des Coralliaires, mais bien des Acalèphes hydroïdes voisins des Hydractinies. M. Dana partage Topinion de M. Agassiz et ce dernier pense que les Favosites, ainsi que les autres espèces dont les cloisons ne sont pas continues verticalement, c'est-à-dire nos Madréporaires tabulés et rugueux, doivent être considérés comme étrangers à la classe des Coralliaires. Mais les faits sur lesquels il se fonde ne sont pas encore assez connus pour que nous puissions en discuter la valeur, et, jusqu'à plus ample informé, nous continuerons à ranger les polypiers dont il est ici question d'après la méthode adoptée dans nos précédents ouvrages. »
En 1860, l'un de nos naturalistes les plus éminents, celui de tous les zoologistes français qui pouvait alors passer à bon
(\) Histoire naturelle des Coralliaires, par MM. Milne Edwards et Jules Haîme» t. III, p. 224, 1860.
droit pour connaître le mieux les Zoophytes, M. Milne Edwards, croyait donc devoir maintenir encore son opinion primitive, à savoir que les Millépores étaient des Coralliaires. Depui? cette époque jusqu'en 1875, deux naturalistes américains seulement eurent l'occasion d'observer les Polypes de Madréporaires tabulés. Le professeur Verrill put étudier les Pocillopores et le comte de Pourtalès constater de nouveau avec Agassiz que les Millépores étaient bien des Polypes hydraires. En 1871, AUman, dont nous avons rappelé si souvent les travaux sur les Polypes hydraires, hésitait pourtant S rapprocher de ces animaux les Polypes tabulés et rugueux. Verrill avait, du reste, été conduit par ses observations à une opinion diamétralement opposée à celle d'Agassiz ; il avait vu que les Polypes des Pocillopores possèdent tous douze tentacules simples ; c'étaient donc bien des Coralliaires de l'ordre des Zoanthaires, comme le voulait M. Milne Edwards. Enfin, pour compléter la confusion, un autre tabulé, VHeliopora cœrulea^ avait été autrefois décrit et figuré par Hombron et Jacquinot (1), comme ayant quinze ou seize tentacules; il ne rentrait en conséquence dans aucun des groupes connus.
C'est seulement en 1875, grâce au grand voyage d'exploration et de draguages entrepris sous les auspices du gouvernement anglais par le navire TAe Challenger^ que la question a été définitivement jugée. L'un des jeunes naturalistes de cette brillante expédition, H. N. Moseley, a pu étudier presque complètement soit à l'état frais, soit à l'état conservé, VHeliopora cœrulea aux Philippines, le Millepora alcicomis aux Bermudes, le Pocillopora acuta également aux Philippines. Il a pu faire des coupes au travers des animaux, après leur avoir préalablement enlevé leur substance calcaire, et ce n'est pas sans un réel étonnement qu'il a dû constater la parfaite exactitude des assertions différentes émises par les divers auteurs à l'égard des différents genres de Tabulés. Il était rigoureusennent exact que les Pocillopores étaient des Zoanthaires, comme le voulait Verrill, les Millépores des Hydraires, comme le voulait Louis Agassiz; mais, chose plus étrange encore, les Hélio-
(i) Voyage de X Astrolabe (Zoophytes, pi. XX, flg. 12, 13, «4).
pores n'appartenaient à aucun de ces deux groupes : c'étaient des Coralliaires voisins du Corail, des Gorgones, des Pennatules, des Alcyonaires en un mot (1). Ainsi dans ce groupe des Tabulés se trouvaient rassemblés des animaux appartenant aux deux grandes divisions primordiales de la classe des Coralliaires et des animaux appartenant à une classe différente, celle des Hydraires; des êtres absolument différents pouvaient sécréter des polypiers à peu près complètement semblables entre eux. Il était en outre définitivement démontré que les Hydraires, qui s'enveloppent habituellement de polypiers cornés, sont aussi capables de produire, comme les Coralliaires, des polypiers calcaires.
Là ne devaient pas se borner les découvertes de Moseley. Presque en tête de l'ordre des Madrépores, les naturalistes placent de charmants polypiers à structure compacte, à surface parfaitement polie, généralement ramifiés de la façon la plus élégante et dont les branches arrondies portent, de place en place, les calices isolés et saillants des Polypes. Ce sont les Oculinides dont quelques espèces, VOcuima vh^ginea^ par exemple, sont colorées du rose le plus tendre. Une section spéciale, établie dans cette famille, renfermait les plus délicats d'entre ces Zoophytes, les Stylaster (fig. 62). Là le polypier prend les formes les plus gracieuses : le Stylaster flabelliformis habite les parages de l'île Bourbon, où on le trouve jusqu'à des profondeurs de 160 brasses. Son polypier aplati est formé déveines solides, flexueuses, diversement divisées, émettant de toutes parts, toujours dans le même plan, une profusion de ramuscules arrondis sur lesquels se développent les Polypes. Toute cette dentelle de pierre figure une sorte d'éventail du blanc le plus pur. Le Stylastei* flabelliformis est certainement l'un des objets les plus élégants qu'on puisse admirer dans les collections zoologiques. Le Stylaster rosetfs, des îles Sandwich et de diverses
(I) On the structure and relations of alcyonarian Heliopora cœrulea, with some account of the anatomy of a species of Sarcophyton ; Notes on the stmctwe ofthe gênera Millepora, Pocillopora and Stylaster, and remarks on af/i' nities of certain Palœozoic Curais, by H. N. Moseley (Philosophical Transactions of the Royal socio.ty, London, vol. CLXVl, part. I, 25 november i87o). — On the structure of a species of Millept)ra occurring ai Tahiti^ Society Islands, by H. N. Moseley {Ibid., 6 avril 187<i).
autres régions du PacilSque, est de plus petite taille ; ses ramifications n'ont pas la même tendance à se produire dans un plan déterminé ; mais il se recommande par sa magnifique couleur rose. Deu\ espèces se rencontrent dans les mers européennes : leStylaster gemmascens, dans les parties profondes de FAtlantique, sur les côtes de Norwège; \e Stylaster Madeirensis à Madère. On trouve aussi sur les côtes de Norwège un polypier voisin des Stylaster^ VAllopora oculina, dont les congénères (fig. 64), parfois vivement colorés, ont été rencontrés à des profondeurs formidables dans diverses régions de TAtlantique et du Pacifique. Une autre espèce d'Oculinide, la Cryptohelia pudica (fig. 65), présente cette particularité tout exceptionnelle que chacun de ses calices est surmonté dune sorte d'opercule fixé seulement par un point de sa circonférence et derrière lequel le Polype se dissimule.
Dans un groupe assez éloigné des Oculinides, MM. Milne Edwards et Jules Haime plaçaient enfin des Polypiers rappelant un peu la physionomie des Stylast€i\ ornés comme eux de teintes rouges, mais bien faciles fi distinguer parce que, chez eux, les calices des Polypes ne sont jamais placés que sur la tranche des rameaux aplatis du polypier; ces calices forment ainsi deux séries opposées, d'où le nom de Distichopores donné à nos Zoophytes. Lespèce la plus commune, le Distichopore violet, est d'une teinte vineuse; il nous arrive des îles Fidji, des îles Sandwich et de plusieurs autres archipels du Pacifique.
Aussi bien que les Oculinides, les Distichopores étaient pour tout le monde de véritables Coralliaires.
Les Oculinides doivent compter parmi les groupes qui présentent au plus haut degré les caractères typiques de la classe. Eh bien ! les recherches récentes de M. H. N. Moseley (1) montrent d'une indiscutable façon que les Distichopores d'une part, et d autre part les Stylaster, les Allopora, les Cryptohelia, les Sporadopera, etc., considérés jusqu'ici comme des Oculinides, ne sont nullement des Coralliaires, mais bien des polypes hydraires.
(I) H. ?<i. Moseley, On the structure of tlie Stylasleridœ, a famUy ofthc hydroid stony Corals (Philosophical Transactions of the Royal society, London, ÎSfebruary 1878).
M. Moseley insiste avec raison sur les caractères qui rapprochent de la façon la plus nette les animaux qui nous occupent des Hydraires et sur ceux qui les séparent des Coralliaires. Préoccupé de bien établir son importante découverte, il est surtout frappé
Fig. 6i. — HYDROCOIIÂLLIAIRËS. — Stytaiter flaheWformis (daprès oalure,.
de ces derniers caractères et s'arrête après avoir- démontré la nécessité d'épurer la classe des Coralliaires, et de créer dans celle des Hydraires un ordre particulier, celui des Stylasteridm^ pour les animaux qui ont fait l'objet de ses habiles investigations. Estce à dire qu'entre les Coralliaires et ces Hydraires, capables de sécréter du calcaire, de produire des polypiers que rien d'essentiel
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tie distingue de ceux des véritables Coralliaires, il nV ait pas de réelles et profondes affinités? Nous allons voir, au contraire, que les Millépores, les Stylaster, les Distichopores et les nombreux Zoophyles voisins, récemment découverts par M. Moseley, nous
♦"•f. 63. — Spinipora echinala (grossi 15 fois). — A. tubes calcaires dans lesquels sont enfermés les daetyloioides DZ; GZ, gastrosoïdes ; d, petits dactylozoïdes (d'après Sloscley).
montrent le chemin qu'ont suivi les Hydraires pour se transformer «n Coralliaires, nous conduisent pas à pas, sans sauter une seule étape, des premiers aux seconds.
Si Ton examine avec quelque attention le polypier d'un Spora- <ioporaj d'une Errina^ d'un Spinipora^ ou même d'un Millépore, Edmond Periiibr. 20
on reconnaît bien \ite que les loges de polypes parsemées à sa surface, et qui ressemblent à une multitude de petits trous d'aiguille, sont presque toujours de deux ou trois dimensions différentes. Toutes ces loges ont leur bord également simple chez les Sporadopora; chez les Errina, leur bord inférieur se prolonge en une sorte de godet qui donne au polypier son aspect hérissé et qui semble destiné à soutenir la base du polype lorsqu'il se développe; chez les Spinipora, les grands orifices sont simples; mais les petits sont surmontés d'une sorte de cheminée, longitudinalement fendue en dessus (fig. 63), qui présente elle-même, vers sa base, un certain nombre de perforations. Ce sont ces fines cheminées, semblables à des épines, qui ont valu à ces animaux la dénomination générique choisie par M. Moseley. Les différences de dimensions des pores, les différences que présente leur structure, suffisent déjà à indiquer qu'ils ne doivent pas avoir le même rôle et que, s'ils sont les uns et les autres habités par des polypes, ces polypes ne doivent pas se ressembler.
On peut donc prévoir déjà qu'ils doivent présenter des phénomènes de polymorphisme analogues à ceux que nous avons dû reconnaître chez les Hydraires. L'examen anatomique vient absolument confirmer cette prévision. Quand, après avoir plongé une colonie vivante dans Talcool pour en durcir les parties molles, on la débarrasse du calcaire qui Timprègne en la faisant macérer dans un liquide acidulé, on peut facilement pratiquer des coupes dans les tissus qui restent, et aller chercher au fond de leur loge les polypes qui s'y sont retirés. On reconnaît alors que les plus grandes loges sont habitées par un Polype hydraire (fig. 63, GZ) absolument identique à ceux que nous avons si souvent décrits. Ce polype possède une bouche, des tentacules disposés en couronne, pleins comme ceux de la plupart des Hydraires et non rétractiles ; sa cavité stomacale ne présente aucune trace du cloisonnement caractéristique des Coralliaires. Nous sommes donc bien en présence d'un polype hydraire tout à fait typique. Ce polype ne présente pas trace d'appareil reproducteur ; il a une bouche et une cavité stomacale, c'est donc un polype nourricier, un gastrozoîde.
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Dans les petites loges, nous trouvons au contraire des polypes sans bouche, sans tentacules, évidemment de même nature que les individus astomes des Hydractinies, des Ophiodes et de divers Siphonophores : ce sont, en d'autres termes, de véritables dactylozoïdes{i). Entre ces dactylozoïdes et les gastrozoïdes, il n'y a chez les Sporadopores, les Errines, les Spinipores aucune relation de position ; les uns et les autres sont disséminés sans ordre à la surface du polypier, et se montrent ainsi comme des individualités parfaitement indépendantes. Les dactylozoïdes des Sporadopores et des Errines sont de simples tubes coniques, quelquefois légèrement renflés en massue, complètement rétractiles chez les premiers, incomplètement chez les seconds ; de là le godet qui les protège dans ce dernier cas. Les dactylozoïdes des Spinipores se rétractent seulement dans le tube qui surmonte leur loge ; ils présentent vers leur extrémité libre une sorte de prolongement eniorme de pioche, courbée vers Taxe du polypier (fig. 63, DZ) et sont ordinairement associés à de petits dactylozoïdes simples qui sortent par les trous pratiqués à la base de chaque tube saillant (fig. 63, rf). Les Labiopora possèdent également deux sortes de dactylozoïdes; mais là les individus se disposent en séries régulières. Chez les Distichopores, tous les individus sont également arrangés en une triple série linéaire sur la tranche du polypier, et chaque gastrozoîde se trouve ainsi avoir dans son voisinage au moins deux dactylozoïdes, mais ces deux sortes de polypes n'en contractent pas pour cela de rapports plus intimes les uns avec les autres.
Les coupes minces révèlent encore chez les Stylasteridee la présence d'autres loges sphériques, peu visibles au dehors et dans lesquelles se développent des bourgeons sexués (fig. 64 et 65, G) identiques, sous tous les rapports, à ceux des Hydres, des Cordylophora^ des Clava. Nous avons vu que ce sont là de véritables individus reproducteurs et nous les avons désignés sous le nom de
(I) Cest précisément pour le polype as tome des Stylasteridœ que ce nom de dactylozoïde a été imaginé par M. Moseley. Nous l'avons, par extension, appliqué aux individus dépourvus de bouche des premières colonies d'Hydraires que nous avons rencontrées afin de laisser aux faits que nous avions à exposer toute leur généralité.
gonozoïdes. Ces gonozoïdes sont absolument enfouis dans la substance même du polypier ; ils paraissent totalement indépendants des gastrozoïdes et des dactylozoïdes. Peut-être y aurait-il lieu de rechercher si leur indépendance, par rapport à ceux-ci, n'est pas plus apparente que réelle, s'il ne s'est pas produit là un phénomène analogue à celui que nous avons signalé chez les Agalmes et si, par conséquent, les dactylozoïdes ne sont pas, en réalité, les individus reproducteurs sur lesquels poussent les individus sexués qui se dissocient ensuite.
Chez les Sporadoporcs, d'autres cavités creusées sur le polypier ne sont pas autre chose que des cupules remplies de nématocystes à divers états de développement et dont les plus grands forment une sorte de pavage irrégulier fermant Touverture de la cupule. Il serait curieux de savoir si, pendant la vie, ces organes ne sont |)as capables de s'épanouir hors de la cupule comme les appendices protoplasmiques des Plumulaires.
On trouve donc dans les types qui nous occupent, en tenant compte des deux sortes d'individus sexués, quatre ou même cinq catégories d'individus, dont l'indépendance respective ne saurait être mise un moment en doute. L'identité avec les colonies d'hydraires est absolue : la nature calcaire du polypier est la seule différence qu'il soit possible de signaler. Grâce à l'énorme dévelop- [Hunent du polypier, les divers individus sont même plus distants les uns des autres, chez les Stylasteridœ, que dans les colonies ordinaires de Polypes hydraires ; leurs cavités générales ne communiquent plus directement entre elles. Elles sont mises en rapport par un réseau vasculaire très compliqué (fig. 63 et suivantes), dans les mailles duquel se dépose la substance calcaire. Les branches terminales de ce réseau vont s'ouvrir dans la cavité des dactylozoïdes et des gastrozoïdes. En général, chaque dactylozoïde n'est en rapport qu'avec une seule branche vasculaire dont il semble n'être que la continuation extérieure : plusieurs branches, au contraire, viennent recueillir dans la cavité des gastrozoïdes les matières alimentaires élaborées par eux, et les répartissent dans toutes les régions de la colpnie. Autour des gonozoïdes femelles, le réseau vasculaire tresse une sorte de cor-
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heille dans laquelle les œufs reposent comme dans un nid ; il envoie dans chaque gonozoïde mâle un rameau unique en forme de massue, qui n'est autre chose qu'un sac stomacal rudimentaire autour duquel se développent les masses de spermatozoïdes : c'est la disposition que nous avons précédemment rencontrée chez les Hydraires à Méduses atrophiées.
Evidemment, rien jusqu'ici ne rappelle les traits typiques des Coralliaires ; nous sommes absolument au contraire dans les données du type des Hydraires. Les Millépores présentent une première modification* intéressante. Comme si quelque force attractive les dominait, les dactylozoïdes viennent se ranger en cercle autour des gastrozoïdes (fig. 61). Sur le polypier on voit déjà chacun des grands pores entouré d'un cercle à peu près régulier de pores plus petits dont le nombre, sans être absolument constant, varie cependant dans des limites assez étroites ; on en compte ordinairement de six à huit. Ce nombre peut, du reste, varier suivant les espèces. 11 y a là un phénomène bien évident de concentration des dactylozoïdes autour des gastrozoïdes ; mais les divers individus restent cependant tout* aussi distincts les uns des autres que dans les genres précédents. Leurs rapports physiologiques s'établissent exactement de la même façon et les dactylozoïdes des Millépores sont même plus compliqués que ceux des autres types : ils sont pourvus de tentacules disséminés, terminés chacun par une pelote de nématocystes (fig. 61, rf). Le gastrozoïde (fig. 61 , g) est en revanche un peu plus simple : il ne possède que quatre tentacules massifs, très courts, terminés également par des pelotes de nématocystes. Les gastrozoïdes et les dactylozoïdes peuvent se retirer entièrement dans leurs loges dont l'entrée se ti'ouve alors défendue par de volumineuses capsules urticantes.
Dans les quatre genres Allopora (fig. 64), Stylaster, Astyhis, Cryptohelia (fig. 65), la concentration des dactylozoïdes autour des gastrozoïdes s'accentue d'une manière remarquable. Les dactylozoïdes ne sont plus simplement rangés circulairement autour du gastrozoïde, tout en demeurant à la fois écartéâ les uns des autres et écartés de ce dernier. Ils se rapprochent au point que les parties calcaires qui les soutiennent se soudent entre elles et
forment un calice continu, cloisonné comme celui des Coralliaires et au centre duquel se trouve le gastrozoïde (fig.64, GZ). Désormais ce dernier forme avec les dactylozoïdes qui Tentourent un seul et unique système, ayant son domaine à part dans la colonie, ses
Fig. 64. — UYDROCORALLIAIRES. — AUopora profunda (grossie 25 fois). » Coupe à travers l'an des calices, dont le calcaire a été dissous. P. muraille et cloisous du calice ; DZ, dactylotoidtf; Z, gastrozoïde ; GZ, gaine du gaâtrozoîde ; U, gonozoide ou indÎTidu sexué (d'après Hoselej).
organes particuliers et par conséquent une individualité déjà nettement accusée. Dans ce système, les divers individus tendent manifestement à descendre au rang d'organe. La ressemblance avec les* Coralliaires est suffisamment grande, chez les Allopora et les Stylaster^ pour que le seul examen des polypiers ne permette pas
à pnori de distinguer ces productions de celles des véritables Madréporaires. Nos Stylasteridœ présentent encore cependant, dans leurs parties molles et dans les rapports de ces parties avec les parties dures, des différences qui les éloignent sensiblement des vrais Coralliaires. Tout d'abord leurs gastrozoîdes et leurs dactylozoïdes ne communiquent entre eux que par l'intermédiaire du réseau vasculaire que nous avons précédemment décrit chez les espècesà dactylozoïdes irrégulièrement disséminés. Le gastrozoïde garde de la façon la plus nette son caractère de polype hydraire ; il possède même des tentacules, courts à la vérité, mais bien évidents. Les dactylozoïdes gardent aussi leurs caractères particuliers ; dans les deux genres, ils possèdent un prolongement latéral, semblable au prolongement en pioche desSpinipores et toujours dirigé vers l'axe du système. En réalité, les Stylaster et les Allopora ne sont pas autre chose que des Spinipora dont tous les dactylozoïdes sont venus se ranger en cercle autour des gastrozoîdes et se sont tellement rapprochés les uns des autres que leurs tubes calcaires protecteurs se sont soudés. Ces tubes en se soudant forment les calices. Les individus sexués ou gonozoïdes ont suivi eux aussi ce mouvement de concentration ; ils se sont enfoncés de plus en plus dans les tissus et sont venus se placer immédiatement au-dessous de chaque système, mais sans rien perdre non plus de leur constitution primitive. Nous sommes encore assez loin, comme on voit, du type Coralliaire ; nous demeurons franchement dans le type hydraire.
La ressemblance qui résulte pour les polypiers du cloisonnement des calices n'est elle-même qu'apparente. Il suit, en effet, du mode de formation des calices tel que nous venons de l'indiquer, que chez les Stylaster et les animaux voisins, les cloisons rayonnantes sont extérieures aux polypes, qu'elles alternent avec eux, les séparent les uns des autres, de manière que chaque dactylozoïde est placé dans la loge qui lui correspond absolument comme dans un étui. Chez les Coralliaires au contraire, les lames du calice, loin de séparer les tentacules, sont situées à l'intérieur même de la loge qui leur fait suite. Les tentacules les coiffent comme d'une sorte de bonnet charnu ; chacun d'eux, au lieu d'oc-