LES ROTIFÈRES. 2S
dans la cavité de l'organe une lanière en forme de flamme sans cesse ondulante ; les deux tubes viennent s'ouvrir dans le tube digestif (fig. 126, n*"* 3, le). Ce sont là des organes en tout semblables à ceux qui constituent l'appareil rénal des Vers annelés et qui, se répétant dans chaque segment, sont, pour cette raison, désignés chez eux sous le nom à^organes seginentaires. Les varialions de la forme extérieure des Rotifères sont des plus intéressantes et rapprochent tour à tour ces animaux soit des formes larvaires les plus caractéristiques des animaux segmentés, soit des Bryozoaires, de telle sorte qu'ils apparaissent véritablement comme un type pri-
Fig. I2U bit. — ROTIFÈKES : 1. Troehosphxm x n, kaDdelelle nerveuse; a, organe scnsilir-, «, < tl, cloaque ; le, canal uéphridien ; g^ glandes œsopl ^"î^fl'i ganglion nerveux (d'après Scraper). — 2. g, yeux; c, bande ciliée; m, m\ m", n, n\ bandes rf, appendice dorsal ; /, /', appendices latéraux.
mitif dont la descendance aurait et On peut considérer comme le Roti*^*^*^ j^ma inminn m curieuse Trochosphœi'a œqualorialis découverte par Semper dans les rizières des îles Philippines. Elle reproduit à ce point les caractères de la larve primitive des Annélides que le même nom s'applique le plus justement du monde aux deux formes (fig, 96, nM, p. 473, et fig. 12(J bis^ n** 1). Comme la larve primitive des Annélides, la Trochosphœra œquatorialis de forme sphéroidale, se meut à Taide d'une ceinture équatoriale de cils vibratiles. Au-dessous de cette ceinture s'ouvre la bouche; le tube digestif est arqué à angle
droit; il y a une paire de néphridies; seule la présence de glandes reproductrices indique que le Trochospliœra xquatorialis n'est pas un embryon, comme sa sœur, mais un être adulte.
Déjà les Rotifères dont le corps se prolonge en arrière en une sorte de queue bifurquée à son extrémité et plissée transversalement, qu'on nomme le pied^ rappellent singulièrement l'aspect des Crustacés copépodes ; tel est le Brachiotius plicatilis (fig. 126, n* 3); cette indication est singulièrement précisée par l'existence de Rotifères pourvus non seulement de deux paires d'appendices latéraux garnis de soies, disposés comme ceux de l'embryon primitif des Crustacés, le naiiplius (fig. 118, p. 257, n" 1, 3 et 4;, mais encore de cornes impaires pareilles à celles des Zoès ou larves de Crabes (fig. 119, p. 529). Le Pedalion miroti (fig. 126^^, n*'2), par exemple est une sorte de nauplius compliqué de disques vibratiles. Les recherches récentes de M. de Zograf sur le système nerveux primitif de la Trochosphère et du nauplius (1) ont montré entre ces formes larvaires des ressemblances qui laissent très vraisemblable leur communauté d'origine. La disparition des cils vibratiles chez une forme voisine des Pedalion aurait transformé celle-ci en une sorte de nauplius qui aurait été l'origine de tous les animaux segmentés, sans cils vibratiles, c'està-dire des Arthropodes.
Enfin un certain nombre de Rotifères, tels que les Melicerta (fig. 126 n** 4 et 126 ter, n« 3,) vivent fixés et se sécrètent ou se construisent peu à peu des tubes d'habitation. Dans ces formes sédentaires les disques vibratiles s'élargissent démesurément, se lobent et leur pourtour finit môme par se découper en longs bras {Stephanoceros, fig. 126 ter, n^ d). En même temps, le tube digestif se recourbe en U, et l'anus devient dorsal.
De tels Rotifères se rapprochent évidemment des Bryozoaires d'autant plus qu'assez souvent dans les espèces qui habitent dans des tubes, les divers individus accoUent leur tube à celui de leurs voisins, et peuvent ainsi former d'assez volumineuses associations
(1) N. de Zograf, Recheirfies sur le sijsièmc nervetix embryonnaire des Nauplius et de quelques larves d'animaux inarim, Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. CXXIF, p. 248, 1896.
[Lacinularia, ConochiluSy etc.). Il suffirait de quelques pas de plus et de Tapparition du bourgeonnement pour que les deux groupes ne puissent être séparés. Les Bryozoaires doivent donc être consi*
Pig. 126 ter. — Organisation des ROTIFÈRES. — 1. Stephanoceros Eichhornii tu par Iransparence. — 2. Région antérieure du même plus grossie. — 3. Diagramme de Melicerta, — pr, frange vibralile principale; iv, frange vibralile accessoire ; hf^ entonnoir buccal; cA, menton; ce, coupe ciliée ; a, antennes dorsales ; a\ antennes latérales ; rj Vg, pavillons népliridiens ; A, crochet ; mx, mastax ; â*, fMophage ; gg^ glandes gastriques; «, estomac; /e, canal nôphriJien ; o, œufs; i, iuleslin; c/, cloaque; r, rectum: c, vésicule contractile ; f, tube gélatineux ; g^ ganglion nerveux; /, muscles (d'après Hudson).
dérés comme les descendants de Trochosphères qui se seraient fixées, de même que les Vers annelés descendent de Trochosphères demeurées libres. L'influence de la fixation sur la direction prise par le bourgeonnement apparaît donc ici bien indépendante de la nature de l'organisme qui se fixe, puisque nous voyons se répéter pour les Trochosphères fixées les phénomènes que
nous ont présenté déjà les Olynthus pour les Eponges, les Hydres pour les Polypes. Cette indépendance sera plus évidente encore si Ton se rappelle que les mêmes faits sont présentés par les Ascidies d'où sont dérivées les Ascidies composées, les Pyrosomes et les Salpes. Or les Ascidies ne sont plus de simples mérides, mais des animaux apparentés aux Vertébrés, c'est-à-dire, comme nous le verrons bientôt, à des organismes segmentés dont la fixation au sol a fait disparaître la segmentation primitive.
Tout en demeurant à Tétat de mérides, les Rotifères qui s'adonnent exclusivement à la reptation prennent d'ailleurs des caractères qui les rapprochent des Vers annelés; leur corps s'allonge, une face ventrale se caractérise [Adineta)^ et il conduisent ainsi vers des animaux toujours formés d'un seul méride, mais nettement vermiformes, les Gastéro triches dont les affinités multiples ont vivement frappé les zoologistes.
Les Gastérotriches (i) ressemblent vaguement à de petits poissons microscopiques, comme le rappelle le nom dUchthydium donné par Ehrenberg à l'un des genres. Assez souvent, le dos est protégé par des écailles chitineuses disposées en quinconce et qui peuvent être lisses [Lepidoderma] ou porter des aiguillons allongés (Ckâstonotus, fig. 126, n* 2; Chœtura). La face ventrale présente deux bandes latérales de cilsvibratiles rappelant la couronne ciliée ventrale des Rotifères du genre Adinela^ et il existe parfois aussi des couronnes ciliées céphaliques [Dasydytes saltitans). Le corps est d'ordinaire bifurqué à son extrémité comme celui des Rotifères. Le tube digestif s'étend en ligne droite de l'extrémité antérieure à l'extrémité postérieure du corps ; il est dépour\Tide mastax^ mais il se divise nettement en un œsophage musculeux et allongé et en un intestin proprement dit. Il existe de chaque côté du corps un tube excréteur très pelotonné [s] qui débute par un long cylindre à lumière vibratile, comparable à une ampoule terminale. Par le plus grand nombre de leurs caractères les Gastérotriches se rapprochent donc des Rotifères ; ils s'en éloignent
(i) De Y3taTT]p, ventre; OpiÇ, cheveu, Metschnitkoff et Claparède. Ce groupe ne comprend que les genres Ichthydium, Lepidoderma Chœlonotus, Chxlura, Dasydytes, Gossea et quelques autre?» genres douteux.