XII PRÉFACE
r embryogénie^ déjà pressentie par les naturalistes du début de ce siècle.
Indépendance et variations des plastides et des mérides dans UN même organisme. — Nous venons d'indiquer comment semble avoir été réalisée la complication organique, simple conséquence de la multiplication indéfinie des plastides, de leur association et du mode d'arrangement qui leur est imposé lorsqu'ils demeurent associés. Tous ces phénomènes sont liés très vraisemblablement aux conditions mômes de la nutrition ; ils n'expliquent pas encore la grande variété qu'ont pu atteindre les organismes présentant un même degré de complication. Pour expliquer cette variélo, il est nécessaire de faire appel à des considérations d'un autre ordre. La multiplication des plastides, celle des mérides dans un même organisme ne sont au fond que l'affirmation de l'indépendance réciproque de ces formations qui constituent ce qu'on est convenu d'appeler autant àHndividtialités morphologiques. Dans une science qui se serait logiquement constituée, V indépendance des éléments anatomiqnes n'aurait donc pas dû apparaître comme une loi résultant de la généralisation de profondes recherches physiologiques, mais comme la règle fondamentale de la constitution des organismes.
Or, la forme et les propriétés des plastides comme des mérides résultent, dans une large mesure, des actions qu'ils éprouvent de la part du milieu extérieur et des réactions qu'ils exercent sur ce milieu. De leur indépendance dans un même organisme, il résultera donc qu'ils pourront, suivant les conditions dans lesquelles ils auront été placés, se modifier chacun pour son compte et arriver à un degré de variété mesuré par le degré de variété présenté par le milieu lui-même. Chaque plastide, chaque méride ayant une activité propre, la multiplication de ces unités aura pour conséquence d'introduire une variété de plus en plus grande dans les conditions qui leur sont faites au sein de l'organisme qu'ils constituent ; on comprend dès lors qu'il se soit diff'éreucié des éléments épithéliaux^ des éléments nerveux^ des éléments musculaires^ des éléments glandulaires^ des éléments conjonctifs de di-
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verses sortes ; on comprend aussi que les divers rameaux d'un organisme arborescent, les divers segments d'un Ver annelé ou d'un Insecte ne se ressemblent pas. Les rameaux ou les segments similaires se groupent souvent ensemble de manière à paraître former un même tout ; ces ensembles forment, par exemple, chez les organismes segmentés, ce qu'on nomme les régions du corps : tels sont la tête^ le thorax et Vabdomen d'un Insecte, respectivement composés de six, trois et onze mérides initiaux.
11 n'est pas rare que les mérides producteurs des éléments génitaux forment avec d'autres qui leur sont subordonnés des groupes capables de se séparer de l'organisme fondamental et qui ne présentent au premier abord aucune ressemblance soit avec cet organisme, soit avec les mérides dont il se compose. Ces phénomènes de dissociation compliqués de polymorphisme sont, pour la plus grande part, ceux qui ont servi de base à la fameuse théorie des générations alternantes,
La concuriœnce vitale et la division dd travail physiologique DANS l'organisme. — L'indépeudaucc relative des plastides et des mérides entraîne cette conséquence que dans l'organisme dont ils font partie, ils sont comme s'ils étaient libres, soumis à la concurrence vitale et par conséquent à la sélection naturelle.
Les éléments ou les groupes d'éléments, tissus ou organeSj les plus actifs, pourront prendre un développement plus ou moins considérable aux dépens des autres qui se réduiront d'autant ; nous sommes ainsi conduits à la loi du balancement des organes de Geoffroy Saint-Hilaire, et à la loi de la céphalisation de Morse. La première peut s'énoncer en disant que chaque fois qu'un organe prend un développemetit considérable^ un autre organe se réduit par compensation ; la seconde, qu'on peut considérer comme un simple corollaire, constate que chez les organismes segmentés^ la région antérieure du corps^ toujours très active^ tend à prendre un grand développement ; la région postérieure^ toujours plus ou moins inerte^ tend à se réduire ; d'où la formation si fréquente d'une têie et d'une queue.
La lutte entre les éléments organiques apparaît même sous la