‹ Les colonies animales et la formation des organismesChapitre 9 sur 102 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

plus étroitement solidaires; c'est l'analogue de la centralisation dans les nations puissamment organisées.

Tant que cette centralisation est nulle ou faible, l'indépendance des mérides est tellement frappante que beaucoup de naturalistes ont cru ou croient encore que les organismes faiblement centralisés présentent un mode spécial de structure; ils les ont pris ou les prennent pour des animaux composés ; le nom de colonies animales a été imaginé pour les désigner et les distinguer des animaux simples^ constitués par un seul et unique individu. On n'a pas vu que ces colonies ne marquaient qu'une étape dans la réalisation de la complexité organique que présentent les animaux supérieurs, et comme tous les passages existent nécessairement entre les prétendues colonies et les prétendus indtvidtis, les discussions les plus ardentes et les plus stériles se sont élevées au sujet de la catégorie à laquelle il fallait rapporter certains êtres tels que les Siphonophores ou les Vers solitaires^ par exempl î. Bien que Geoffroy Saint-Hilaire ait déjà essayé de montrer q- e les Vertébrés et les Articulés ou animaux segmentés avaient, au fond, la même structure, Durand de Gros, en insistant sur ce qu'il appelle le polyzoïsme des Vertébrés, a été l'un des premiers à s'affranchir de cette opposition illusoire que bien des naturalistes éminents persistent encore à voir entre les organismes polyioïques ou colonies et les organismes monozoïques, hautement centralisés, par conséquent indivisibles, dont ces « colonies » ont préparé la formation.

Allomorphoses et automorphoses . — Étant données les substances vivantes et leur faculté fondamentale de se nourrir et de se multiplier sous forme de plastides, eux-mêmes capables de se modifier et de transmettre leurs modifications à leur descendance, le milieu extérieur est sans doute la cause déterminante de toutes les modifications que peuvent présenter les organismes. Mais ce milieu peut agir, soit directement, soit indirectement. Directement quand il ne provoque, au sein des substances protoplasmiques, que des modifications chimiques, telles que la formation de la chlorophylle et des pigments, ou

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qu'une suractivité de la nutrition aboutissant, par exemple, à une croissance plus rapide soit de Torganisme tout entier, soit de tel ou tel organe. Indirectement, quand la stimulation du milieu provoque de la part de l'organisme une réaction qui parait être la cause de la modification, comme dans tous les cas rattachés par Lamarck à Yusage ou au défaut d'usage des organes. On peut distinguer ces deux ordres de modification, malgré leur point de départ commun, et les désigner chacun par un nom ; les premiers seront des allomorphoses^ les seconds des automor phases. Un organisme à réactions externes très limitées, comme celui d'un végétal, ne paraîtra présenter que des allomorphoses. Au contraire, les automorphoses apparaîtront d'autant plus nettement caractérisées que, par le développement de la sensibilité et de la volonté, l'organisme sera plus capable de se soustraire à l'action du milieu, comme cela a lieu chez les animaux supérieurs.

On trouve déjà tous les intermédiaires entre les allomorphoses et les automorphoses chez les Protozoaires qui n'arrivent cependant pas à des automorphoses incontestables. Parmi les ïnfusoires ciliés, par exemple, ceux que l'on peut considérer comme primitifs ont une forme symétrique par rapport à un axe et qui ne semble déterminée que par la façon dont ces petits êtres se meuvent en tournoyant dans l'eau, leur « bouche » en avant (Enchelyid-e); chez ceux qui ajoutent à la natation un autre mode de locomotion, la marche, la face ventrale s'aplatit, et l'on peut encore ne voir là qu'un effet de la pesanteur ; l'aplatissement seffectue d'ailleurs d'une façon quelconque, et la bouche peut aussi bien être médiane (Colepid^, Tracheliidjî) que latérale. Lorsque la bouche est latérale, il se constitue le plus souvent une bande de cils puissants qui se dirige vers elle, en partant du côté de l'extrémité antérieure du corps dont elle est le plus éloignée (Hétérotriches); puis les cils de la face inférieure du corps deviennent plus puissants, et les autres finissent par disparaître (Hypotriches). Ce développement et cette localisation des cils vibratiles se rattachent à l'usage qu'en fait l'animal; que cet usage soit ou non volontaire, il y a là un commencement d'automorphose.

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Des automorphoses nombreuses apparaissent au cours du développement des animaux supérieurs. La forme originelle de ces organismes est, comme celle des Infusoires ciliés, un organisme ovoïde, se mouvant à l'aide de cils; mais cet organisme est creux, et sa paroi est formée de nombreux plastides disposés en une seule assise ; c'est ce qu'on nomme une blastula. Les plastides des embryons à l'état de blastula sont, en général, bourrés de réserves alimentaires. Ces blastula se meuvent en dirigeant en avant un de leurs pôles; les cils du demi-ovoïde correspondant à ce pôle sont particulièrement actifs, et leur activité entraîne la, disparition rapide des réserves accumulées dans les plastides qui les portent ; ces réserves persistent au contraire, dans la région postérieure. Dès lors, de cette région vers la région antérieure s'établissent des courants osmotiques qui amènent de nouveaux aliments aux plastides actifs ; ces courants entraînent à la longue avec eux la région d'où ils partent, et la moitié postérieure de l'embryon s'enfonce ainsi dans la moitié antérieure. La concavité de la région ainsi enfoncée communique longtemps avec le dehors par un orifice nécessairement postérieur que l'on considère souvent, à tort, comme représentant une bouche primitive et qui est le blastopore. L'embryon est désormais formé de deux sacs emboîtés l'un dans l'autre, l'un externe et formé de plastides actifs y Vexoderme^ l'autre interne et formé de plastides nourriciers, Ventoderme. Au contact des éléments nourriciers, c'est-à-dire tout autour du blastopore, se trouve une zone d'éléments dont la multiplication est particulièrement active ; les éléments qui résultent de cette multiplication sont naturellement entraînés dans le milieu nourricier, circonscrit par l'exoderme et l'entoderme ; ils y constituent une couche moyenne, le mésoderme.

Tous ces phénomènes confinent évidemment aux automorphoses. Mais les automorphoses les plus nettes sont celles qui résultent de l'activité même des organismes adultes, celles qui se produisent, comme disait Lamarck, sous le stimulant des besoins, lesquels mettent en jeu la sensibilité et la voloîité de l'animal. Les automorphoses ainsi produites ne sont pas seu-

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