CHAPITRE II
A) Fondation.
La crise cotonnière menace l’industrie française comme nous avons vu qu'elle menace l’industrie textile anglaise. La France se procure en Amérique la presque totalité du coton qu’elle emploie. Ses 300 filatures, ses 650 tissages, et les 250.000 ouvriers que cette industrie emploie se trouvent à la merci des États-Unis d'Amérique. La tendance de ceux-ci à tout monopoliser, leur prétention, se trouvant détenteurs de la matière première à se réserver à eux seuls le droit de la transformer en tissus pour alimenter l’ancien monde, pourrait ruiner d’un jour à l’autre cette industrie textile qui fait vivre tant d'ouvriers français. La menace même d’un trust n’est plus une crainte chimérique si l’on considère le développement prodigieux de leur industrie cotonnière.On peut, à l'appui de ces dires, citer la création aux environs de Saint- Louis, d’une usine qui avec ses 12.000 métiers et ses 500.000 broches égale le dixième de la production entière
de la France.
Le problème consiste donc à trouver les 800.000 balles que fournit actuellement l'Amérique à la France (près de 250 millions de francs).
Un seul moyen : implanter la culture du coton dans nos colonies à qui on devrait demander les matières premières qu’elles sont susceptibles de fournir et qui nous dédommageraient ainsi des lourds sacrifices faits par la France pour acquérir et garder son vaste domaine colonial.
Les syndicats cotonniers régionaux qui, en 1901, décidèrent de fonder le Syndicat général de l’industrie cotonnière française, appelèrent à leur tête M. Esnault-Pelterie, Celui-ci, dans une réunion tenue le 13 novembre 1901. posa nettement le problème et il acquit bientôt la certitude qu’on pourrait tirer un parti avantageux de certaines colonies réunissant les conditions climatériques nécessaires.
Le Comité du Syndicat général de l’industrie cotonnière française recueillit l'avis de M. Dybowski, directeur du Jardin colonial de Nogent-sur-Marne, qui attira particulièrement son attention sur le Sondan qui lui paraissait tout indiqué pour devenir un centre important de la culture cotonnière. Une mission, à la tête de laquelle était placé M. Yves Henry, ingénieur agronome, partait en Afrique occidentale, spécialement chargée d'étudier cette question.
Le Comité, de son côté, se livra à une enquête d'où il
ressort que depuis longtemps et dans presque toutes nos
432 Fÿ DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE Il
colonies, des tentatives de culture du coton ontété faites, mais l’unanimité des diverses personnalités compétentes interrogées, considère l'Afrique occidentale comme la contrée offrant les meilleures chances de succès.
En 1825, au Sénégal, on créa une prime pour chaque arbuste de cotonnier. Cette institution aurait eu un plein succès si les planteurs n’avaient vu surtout dans cette prime une occasion de réaliser sans risque des bénéfices importants par la fraude.
Dans la nuit précédant les inspections, on fichait en terre des branches de cotonnier et on abusait ainsi les inspecteurs qui les comptaient comme arbustes vivants (Nouveaux voyages dans le pays des nègres par M. Raffenel).
Au moment de la guerre de Sécession, comme nous l'avons vu plus haut, on établit des primes pour développer la culture cotonnière en Algérie.
En 1898, le général de Trentinian avait tenté d'’organiser l'expédition de coton indigène du Soudan. Gette première expérience ne réussit pas, mais permit toutefois de se rendre compte des difficultés à vaincre. Le général, après la dislocation du Soudan fut relevé de ses fonctions, el ses successeurs ne reprirent pas son œuyre.
Néanmoins on avait pu se rendre compte que ce coton pouvait se filer dans d'assez bonnes conditions et on pouvait espérer que par la culture et la sélection, les résultats seraient encore bien plus satisfaisants.
..Notre pays, aussi intéressé que l'Angleterre et l’Allema-
gne à la culture du coton avait encore pour exemple la Russie, qui la première s’est occupée de pousser d’une façon toute spéciale la culture du coton au Turkestan. En 1898-1899, la récolte fut dans ce pays de 76.000 balles de 500 livres ; en 1902-1903, on l'évaluait à 504.000 balles : c'était un exemple encourageant.
Après une conférence de M. Yves Henry, sur l'état de la question dans l'Afrique occidentale française, le comité du Syndicat général de l’industrie cotonnière française vota dans sa séance du 5 novembre 1902 à l’unanimité une motion invitant son Président à réunir une commission d'initiative dans la but de fonder une « Association pour favoriser le développement de la culture du coton dans nos colonies ».
Le 26 novembre 1902 eut lieu une assemblée préparatoire à laquelle prirent part 23 industriels de différentes régions ; l'assemblée arrêta des statuts provisoires et nomma un comité d'initiative à la tête duquel prit place M. Esnault-Pelterie, président du syndicat général de l’industrie cotonnière française et conseiller du commerce extérieur.
Le comité se réunit le 27 décembre et décide de faire appel à toutes les bonnes volontés : les commissionnaires en coton, filateurs, lisseurs, apprêteurs, commissionnaires en marchandises, armateurs, Courtiers, banquiers etc. sont tous plus ou moins intéressés à la réussite
de la nouvelle association.
Constitution.
L'association cotonnière coloniale fut définitivement constituée dans une réunion tenue le 14 janvier 19083 ; le comité d'initiative avait déjà réuni 158 adhésions.
Les statuts furent adoptés et le comité de direction nommé ; l'association ratifie un traité passé avec un agent habitant le Soudan qui commença des essais dès avril 1903.
C'était là un bel exemple de ce que peut l'initiative
privée, appuyée par la solidarité industrielle.
Programme
Le comité réuni le 28 du même mois arrête le bureau définitif et fixe par le programme suivant les moyens qui semblent les plus propres à obtenir la préparation et l’amélioration progressive du coton dans nos colonies :
1° Rechercher les régions où pousse actuellement le coton qui pourrait être utilisé par les filatures françaises ;
2° Acheter sur différents points des quantités suffisantes de ce coton pour en étudier les qualités et les défauts.
3° Créer dans les pays oùles moyens de transppot le permettront un mouvement d’achat de coton ;
4 Donner des subventions à des colons disposés à
étudier la culture du coton :
x L'ASSOCIATION COTONNIÈRE CULONIALE (FRANCE) 135
5° Chercher les moyens à employer pour obtenir des indigènes l'amélioration de leurs méthodes de culture ;
6° Expériences comparatives faites à l’aide d’ensemencements des graines indigènes sélectionnées et graines exotiques (Amérique, Egypte etc...) ;
1° Expériences comparatives d’égrenages faites avec les différentes types d’égreneuses connus ;
8° Etude de la création de centres d’achat, d’égrenage et de pressage ;
9% Action auprès des pouvoirs publics pour obtenir l'extension des moyens de communication, de transport etc
Les pouvoirs publics en la personne de MM. Doumergue, alors Ministre des Colonies : Trouillot, alors Ministre du Commerce ; Delcassé, alors Ministre des Affaires étrangères, ont favorablement accueilli le bureau de l'association. M. Binger, gouverneur des colonies et directeur des affaires d'Afrique au ministère des colonies, lui a assuré son concours le plus dévoué ; enfin, M. Loubet, alors Président de la République, à bien voulu accorder son haut patronnage à l’association cotonnière coloniale.
La presse, sans distinction de parti, ne lui à pas ménagé sa gracieuse collaboration, estimant que pour atteindre le but poursuivi, l'entente pouvait se faire entre toutes les opinions.
Dans une assemblée générale extraordinaire tenue le
12 mars 1903, M. Esnault-Pelterie rappelle que si jus-
qu'alors il a été parlé exclusivement de l'Afrique occidentale, c’est que les propositions dès l’abord ont toutes émané de cette contrée. Mais l'association cotonnière coloniale n’entend nullement se désintéresser des autres colonies telles que: Madagascar, l'Indo-Chine et même l'Algérie où la culture du coton a des chances de réussir.
A la date du 18 avril 4903, l'association compte 392 membres dont les souscriptions représentent un capital de 500.000 francs à répartir sur six années.
La plupart de nos colonies offrent à l’activité de cette entreprise vraiment nationale un vaste et magnifique ‘champ d'exploitation. Par le développement de la culture du coton elle sauvegardera notre industrie textile qui trouve dans les colonies un si important débouché. Les avantages que pourra procurer son succès sont considérables non seulement pour les colonies et l’industrie cotonnière mais pour les chemins de fer, la marine marchande et toutes les industries nationales qui de près ou de loin sont toutes intéressées au développement de notre empire colonial.
De plus, comme le faisait si justement remarquer M. Esnault Pelterie, dans le discours qu'il prononça au banquet offert à M. Roume, gouverneur général de la côte occidentale d'Afrique le 12 octobre 1903, les colonies de cette région prospèrent actuellement grâce à une seule culture : Arachide au Sénégal, caoutchouc en
Guinée, huile de palme au Dahomey. Qu'une de ces
ressources manque, soit par mauvaise récolte soit par modifications du marché et c'est la ruine pour la colonie, Le coton venant comme culture complémentaire dans chacune d'elles et c’est le péril conjuré.
À cette même date, M. Roume, gouverneur général de l'Afrique occidentale, disait que malgré l'étendue considérable dans cette colonie des terres propres à cultiver le coton, deux causes principales s’opposaient à l’exportation de ce coton et à sa mise en valeur par nos manufactures nationales : 1° l’absence souvent, presque toujours l'insuffisance des voies de communication, et 2° la médiocrité dans un grand nombre de cas et l’irrégularité du produit.
Il suffit, disait-il, d’'énoncer ces deux causes pour à première vue déterminer les sphères d’action de l’association cotonnière coloniale et de l'administration. Les voies de pénétration à ouvrir, les difficultés de transport à atténuer sont évidemment du ressort de l’administration. L'ensemble des voies de communication comprenant le chemin de fer de Kayes au Niger, le chemin .de fer de la Guinée française, le chemin de fer de péné- {ration de la Côte d'Ivoire, la navigabilité du Sénégal et du Niger, le chemin de fer du Dahomey déjà en partie en exploitation, sont à compléter et à perfectionner.
Pour ce qui est du deuxième terme du problème : la production abondante et régulière du coton d'une qualité suffisante, cette question est complexe et difficile ; en
tout cas il s’agit là d’une œuvre de longue.haleine.
Pour arriver à cette production, il paraît évident qu'il faut avant tout s'appuyer sur l’agriculteur indigène, le travailleur noir cultivant son champ en toute indépendance et toute liberté. Il faut écarter la théorie de grandes concessions territoriales où des escouades de noirs enrégimentés travaillent pour le compte de grandes sociétés.
Tous ceux qui connaissent l’Afrique occidentale, ont étudié les nègres et les mobiles qui les font agir, sont unanimes sur ce point. Outre ses avantages économiques le système du travail noir libre est la mesure qui est de nature à stimuler le plus en même temps que la production le développement moral et matériel du producteur lui-même.
Il reste encore l'étude des problèmes techniques, la détermination des habitats des différentes espèces de coton, l’application des meilleures méthodes de culture, le choix des espèces à introduire et de celles qu'il s’agit de conserver en les améliorant. L'administration en communauté avec l'association devra entreprendre cette étude et les fermes écoles telles que celle de Koulikoro sont les meilleurs moyens d’atteindrele résultat cherché. Enfin l'association doit étudier l’organisation d’un système d'achat qui permette au moins dans les premiers temps d'assurer au cultivateur noir l'écoulement de la récolte. Lorsque celui-ci sera certain d’être libre, de n'être pas spolié, de vendre régulièrement ses récoltes, il n'est pas douteux qu'il se mettra aisément à cette nou-
velle culture.
Dans une étude faite par M. Henri Lecomte sur la culture du cotonnier en Egypte, il fait remarquer avec juste raison, semble-t-il, que le problème est souvent mal posé. Presque tout le monde pense en effet que si le cotonnier existe à l'état spontané dans la région, on peut en déduire que sa culture sera profitable ; or cela semble faux, si nous prenons la vigne par exemple, chacun sait qu elle pousse dans toute la France et cependant ce n’est que dans une région située au dessous d’une ligne partant de Vannes pour aller jusqu’à Charleville que la culture industrielle de la vigne pour la fabrication du vin est possible ; il en est de même pour le coton. Il s’agit donc de savoir si dans un pays réunissant de prime . abord des conditions suffisantes il n’y a pas un empêchement tel que l’homme ne puisse le surmonter. En . Egypte par exemple ilexistait un empêchement, le manque de pluies, mais par l'irrigation l’homme a pu y remédier ; au contraire, si dans tel pays il pleut trop, et que par là mêmeles récoltes pourrissent, cette région est à éliminer. Il faut donc procéder par élimination.
1° Les terres convenant le mieux au cotonnier sont les terres sablo-argileuses. Il faudra donc exclure les pays tels que les savanes du Congo, où il n’y a que quelques centimètres de terre sur un schiste improductif, où les racines ne pourraient pas s’enfoncer ;
X% [l faut au cotonnier de la chaleur, mais il lui suffit d’une température moyenne de 15 à 20°, ce qu'il craint
avant tout ce sont les températures extrêmes. Il ne
faut pas qu'il gèle pendant la période de végétation. |
= Dece chef très peu de terres en Afrique sont à exclure de la région cotonnière. Mais la température ne doit pas être trop élevée car le cotonnier exigerait alors une grande quantité d’eau, quantité telle qu’on ne pourrait la trouver partout. Il lui faut de l’eau pendant que la graine germe, il luien faut pendant la pousse,au moment de la floraison, il lui en faut encore pour hâter la maturation.
Il lui faut donc des pluies mais il ne lui en faut pas trop, sans quoi les capsules s’ouvrant en temps de pluies, le coton se trouvera gâté.
Et en effet, aux Etats-Unis, la région de la Nouvelle- Orléans à Mobile, où il tombe 1.500 mill. d’eau par an, cette région est exclue de la région cotonnière. Aux Indes, sur la côte occidentale où il tombe 2.500 mill. d’eau par an, la culture cotonnière n'existe pas.
Il faudra donc exclure parmi nos colonies, les pays ne réunissant pas les conditions sus-énoncées, c’est-à-dire les savanes du Congo, les régions équatoriales où les pluies sont trop persistantes, que reste-t-il dès lors, le Sénégal et le Soudan.
Passons en revue avec M. Maigret, secrétaire général de l'Association cotonnière coloniale, nos diverses colo-
nies au point de vue qui nous occupe.
B) Revue des Colonies.
Aste.
. Au Tonkin et au Thanh-Hoa, des essais ont été faits avec des graines de toutes provenances qui n’ont donné aucun résultat.
L’Annam produit du coton un peu partout, mais les qualités obtenues ne sont pas susceptibles d’alimenter la filature française.
Au Cambodge. — Les qualités obtenues le long du Mekong sont bonnes, coton régulier, soyeux, propre; mais tout est détenu par les chinois, et le coton va en presque totalité au Japon.
En résumé, l’Indo-Chine pourra développer sa culture cotonnière, mais celle-ci ne sera donc d’aucun secours
pour l’industrie métropolitaine.
Océanie.
Nouvelle-Calédonie. — 11 pousse à l’état spontané, des essais furent tentés en 1869-1870-1871, les résultats furent négatifs ; les saisons sont irrégulières, le sol trop pauvre.
Iles Loyallty.— Le coton paraît y réussir assez bien, les saisons étant plus régulières.
Tahiti a fourni autrefois une quantité appréciable, mais actuellement le coton n’est plus cultivé, les indi-
gènes ne trouvant pas cette culture assez rémunératrice.
Afrique.
En A/gérie et Tunisie. — Nous avons vu le peu de succès des essais tentés.
Sur la côte des Somalis à Djibouti, dans une concession de 1.000 hectares, M. Gal a foré des puits pour obtenir l’eau nécessaire à cette culture ; on lui a expédié des graines en 1903, mais les nomades qui peuplent cette région, n’ont aucun goût pour l’agriculture, et il ne parait pas que cette culture puisse se développer.
À la Réunion, la rareté et la qualité de la main-d'œuvre ne permettent pas de tenter des essais avec quelque chance de réussir.
A Mayotte, à la Grande Comore, les échantillons sont beaux, mais la culture est actuellement abandonnée et en tous cas ces iles sont de trop peu d'importance pour jamais fournir une grande quantité.
A Madagascar avant l'introduction des cotonnades européennes, les malgaches s’occupaient de la culture du coton. En Emyrne et dans le Betsileo notamment la variété indigène est de qualité médiocre. Quelques essais ont été tentés à nouveau en 1903. M. le géneral Galliéni, alors Gouvirneur de Madagascar, s’intéressait tout particulièrement à cette question et créa sur le versant Ouest une station d'essais, l’association lui envoya 400 K. de graines de diverses sortes, mais les ressources insuffisantes ne permirent pas à l’origine de faire davantage.
Au Congo. — Gomme nous l’avons vu, outre le cli-
mat jugé défavorable par Les experts compétents, la maind'œuvre est trop élevée.
Au Dahomey.— Au delà de la forêt de palmiers à huile qui s'étend jusqu’à 120 kil. de la côte, on trouve une terre qui paraît convenir au cotonnier. Dans ces hautes régions le coton a toujours été cultivé par les indigènes pour leur usage personnel. L'indigène est doux et assez travailleur. Le jour où les voies de communication seront suffisantes et permettront le transport de la matière première à des prix abordables on peut espérer des résultats satisfaisants. Les saisons sont bien tranchées etle pays traversé par quatre rivières qui débordent irrégulièrement de mai à septembre. Depuis vingt ans, MM. Mante frères et Borelli se sont intéressés à cette culture, M. Borelli estimant qu’une plantation d'essai instruirait l’indigène et lui montrerait l'intérêt qu'il a à améliorer son produit.
Dès 1900,M. Liotard, Gouverneur général, s’occupait de cette question et en, 1903 l’association envoya une égréneuse qui à été mise à sa disposition.
En 1903, on expédiait 2.000 kilos de coton, mais cet envoi dut payer 1.026 francs de transport jusqu’au Havre pour une marchandise valant 400 francs, or, il était expédié de Savalou à 200 kilomètres de la côte on peut conclure qu'il est impossible d'exporter du Dahomey en France tant que la voie ferrée sera insuffisante.
Le coton provenant de Savalou a pu être filé et tissé par MM. Ancel-Seitz de Granges (Vosges) et a pu être comparé
au tissage au coton d'Amérique.
A da Côte d'Ivoire. — On trouve des cotonniers sauvages dans le nord de la colonie. Ailleurs les indigènes le cultivent. Les soins donnés à la plante sont très rudimentaires, et le produit obtenu court et irrégulier.
Sur les côtes de la Guinée Française les pluies sont trop persistantes pour permettre de rien tenter. Dans le Fouta-Djalon à 300 kilomètres de la côte, on rencontre des cotonniers indigènes dont la culture serait facilitée par la possibilité d’irragations.
En 1900-1901, dans la Aaute-Guinée le maréchal des logis chef Poirey a tenté au poste de Banco la culture du coton. Treize variétés furent semées, seules deux variétés égyptiennes se comportèrent assez bien. En 1902,M. Poirey prenant sa retraite s'établit à Kouroussa sur le Haut-Niger où aboutit le tracé du chemin de fer de Konakry. En 1903 l'association lui alloua une subvention et il entreprit des essais de variétés indigènes et exotiques sur une étendue de cinq hectares. La variété égyptienne Met-Afifi seule s'est bien comportée.
Les régions de Saloun et de la Casamanre paraissent présenter des conditions assez favorables à la culture du coton. La Compagnie des caoutchoucs de Casamance a tenté divers essais en 1901-1902. Le coton de la Louisiane réussit assez bien mais ces essais ne furent pas continués.
Au Sénégal. — Des essais furent faits avec des graines fournies par l'association et l’aide de subventions qu’elle ‘avait accordées à deux planteurs — à Richard Toll et à
Podor — le premier dans une plantation de sept hectares
environ située au confluent de la Taouey et du Sénégal, ce qui permet l'irrigation des champs, et présente en outre l'avantage que le Sénégal est navigable jusque-là, même aux basses eaux pour des navires de mer ayant un tirant d’eau de 14 à 15 pieds. Ces essais ont permis de reconnaître qu'il n’y a rien à faire dans ce pays sansirrigation. Les espèces américaines et égyptiennes s’y sontégalement bien comportiées.
À Podor par suite de circonstances exceptionnelles les premiers résultats furent à peu près nuls.
Dans le Æaut Sénégal, le commandant Bernardy a tenté des essais en égyptien et américain. Les graines américaines ont eu un meilleur succès.
Au Soudan. — Le Niger se compose de deux fleuves différents : le Djoliba et l’Issa-Ber. Le Djoliba fertilise ses bords et les irrigue à la saison des pluies : les cultures sont donc mises à l’abri de la sécheresse. Quant à l’Issa- Ber, sa crue joue le même rôle que le Nilen Égypte, et dépose un limon nourricier à l’époque même où la saison des pluies est complètement terminée. Toute la vallée du Niger est assez homogène au point de vue de la nature du sol, qui est assez favorable au cotonnier. La culture indigène du coton y existe depuis fort longtemps, elle est des plus rudimentaires. L’indigène rève d’améliorer sa situation, et a l’amour du gain. S'il est assuré que sa récolte le lui donnera, il améliorera et développera sa culture. La main-d'œuvre est suffisante pour mettre en valeur la
majeure partie des terres enrichies par la crue du Niger. G. — 10
146 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE Il
C) Travaux de l'Association cotonnière coloniale.
Le Soudan à donc paru à l'Association le pays le plus favorisé et remplissant les conditions permettant d'aboutir rapidement à des résultats pratiques et importants.
Elle s’assura le concours de M. Quesnel, habitant le pays depuis plusieurs années, et lui donna pour mission:
4° De créer un mouvement d'exportation de coton indigène vers la métropole :
> De persuader aux indigènes qu’ils doivent améliorer leurs cultures cotonnières pour tirer un meilleur parti de de leurs produits ; "
3° De distribuer gratuitement des graines exotiques aux indigènes qui lui paraîtraient suffisamment intelligents pour pouvoir les ensemencer et les cultiver avec chance de succès.
- Dès mars 1903 1.100 kil. de graines américaines, égyptiennes, indiennes et du Pérou furent adressées à M. Quesnel. Les graines furent distribuées dans les six cercles de Bammako. Segou, Sansanding, San, Djeuné et Bandiagara. M. Quesnel a enseigné aux cultivateurs la façon de semer les graines et a exigé le défrichement et l’arrachage des mauvaises herbes contrairement aux habitudes du pays. Il s'est appliqué à leur faire comprendre qu'ils avaient intérêt à obtenir un bon coton, rendant leurs fils et tissus plus beaux et leur permettant un jour
d'en cultiver de grands espaces pour le vendre aux com-
merçants et s'enrichir. Il leur a promis en outre d'acheter la récolte et de donner des récompenses aux travailleurs les plus zélés.
En même temps il expédiait en mai 1903 des cotons indigènes provenant de Segou qui,employés par M. Walter Scitz (Granges-Vosges) a donné des résultats assez satisfaisants. En résumé, on peut dire en toute sécurité que le Soudan donne bon espoir pour l’avenir.
Tandis que ces essais se poursuivaient, des égreneuses furent achetées en Amérique,qui furent expédiées à Saint- Louis (Sénégal), à Tamatave, à Kotonou et Koulikoro.
Malheureusement tant que les moyens de transport seront aussi défectueux, un mouvement d'exploitation important ne peut être créé vers l'Europe.
À la suite de ce rapport l'association émit les vœux suivants :
1° Que le gouvernement fasse exécuter sans plus tarder les travaux de raccordement de Dakar à Kayes par chemin de fer, parallèlement à ceux destinés à améliorer la navigabilité du Niger ;
2° Que pendant une période de cinq années à partir de 1904 le gouvernement de chaque colonie prenne entièrement à sa charge les frais de transport à l’intérieur des terres jusqu'aux ports d'embarquement de tout le coton que l'association achètera aux indigènes de cette colonie ;
3° Que le coton ne soit soumis à aucun droit de sortie dans aucune colonie ou que les droits de sortie soient
remboursés à son entrée en France.
En réponse à ces vœux, M. le Gouverneur général de l'Afrique occidentale a fait connaître les observations suivantes :
4° L'établissement des voies rapides de communication entre le bassin du Niger et la côte est l’objet des préoccupations constantes du gouvernement général. L'étude du chemin de fer de Thies à Kayes. celle de l'amélioration du fleuve sont de nature à donner salisfaction au premier vœu. Les résultats obtenus dans ces différentes études une fois terminées permettront de juger la meilleure solution à adopter ;
2° Le gouvernement général convaincu de l'importance que présente la culture du coton pour ses territoires à témoigné le vif intérêt qu'il porte à cette question en abaissant au taux minime de O0 fr. 05 la tonne kilométrique le prix du transport du coton sur la flotille administrative du Niger et sur la voie ferrée de Bammako à Kayes ;
3° L'association reçoit entière satisfaction pour le troisième vœu. Aucun droit de sortie ne frappant le coton et aucune modification n'étant prévue à ce régime.
En 1904, le Comité considérant qu'en raison de la modicité des ressources il était plus rationnel et plus sage de ne pas disséminer ses forces et que en ce qui concernait les essais pratiques tous les efforts de l’association devaient se porter sur la région de Segou qui, par sa situation géographique et sa proximité relative de
Koulikoro lui avait semblé particulièrement favorable.
a décidé que deux aides de M. Quesnel, agent de l’association pour l'Afrique occidentale, s'installent à Segou et distribuent aux indigènes de bonne volonté, conjointement avec les agents de l'administration, deux ou trois espèces de graines d'Amérique ayant le mieux réussi ; ils les engagent à augmenter le nombre de leurs lougans et surveillentles cultures etles soins à leur donner,d’accord avec les agents de l'administration.
De cette façon, l'essai pratique tenté en 1903 se continue sous une nouvelle forme fait sur une moindre étendue de terrain mais avec une quantité de graines plus importantes pour cette localité. Ces essais marquent une deuxième étape qui incite l’indigène déjà bien disposé en faveur des nouvelles graines à en continuer l’emploi.
En opérant ainsi, on a des quantités de coton plus importantes, ce qui facilite l'écoulement industriel. En même temps se créé à Segou un embryon de marché, tous les cotons que les agents achètent pour les filatures françaises sont égrenés à Koulikoro avec les égreneuses déjà installées.
De son côté, le service de l’agriculture du gouvernement s'efforce au Niger de trouver un type supérieur utilisable comme coton type américain. On pouvait y arriver soit par la sélection des types indigènes, soit par leur remplacement par des types américains. Les essais de l'association etde l'administration ont montré que les
types américains se développent et fructifient au Soudan ;
2° Que le coton fourni est de belle qualité et a conservé ses caractères distinctifs.
Ces résultats indiquent que les efforts doivent porter de ce côté. Tout le problème est de déterminer quel est celui des types américains qui, en fournissant le plus haut rendement, résistera le mieux à la dégénérescence.
L'administration installe en 1904, à Friguiagbé, en Basse-Guinée, une station cotonnière pour les recherches d’acclimatement.
” La station de Savalou au Dahomey, étudie et sélectionne les types locaux et doit assurer la vulgarisation des meilleurs.
Lors de la deuxième assemblée générale de l’association cotonnière coloniale le # mars 1906, M. Maigret, secrétaire général, caractérisait les travaux des deux premiers “exercices en disant que si 1903 avait été consacré à un
travail général de prospection, en 1904, l’association avait fait surtout une sélection basée sur les résultats obtenus par ses agents et les colons et par tous les renseignements qu'elle à recueillis sur des régions qu’au début on avait hésité à reconnaître comme ayant une certaine valeur cotonnière. Les efforts se sont portés particulièrement sur le Soudan, le Dahomey, Madagascar et la région d'Oran, en Algérie.
Soudan. — Dès la fin de 1903, l'agent général de l’association avait associé deux adjoints qualifiés à ses travaux ; l'association, en raison de la modieité de ses res-
sources, jugea que la prudence conseillait de ne pas
diviser ses forces et concentra son action dans la région de Segou, où se rencontraient de nombreuses cultures cotonnières indigènes et qui se recommandait de plus par sa proximité relative (176 kil. de Koulikobo sur le Niger terminus du chemin de fer de Kayessur le Sénégal),
La sécheresse presque générale en Afrique pendant celte année 1904 a donné à souffrir aux plantations. Aussi y a-t-il lieu de penser que dans certaines régions il sera peut-être nécessaire d'employer l'irrigation pour éviter de voir les récoltes exposées à une destruction presque complète par suite d’une sécheresse inattendue ou prématurée. C’est dans cette mesure que l’administration aura le devoir d'intervenir pour assurer le succès final des essais entrepris tant par ses soins que par ceux de l'Association.
Dahomey. — Un agent de l’association s'installa en août 1904 à Savalou. Tout en propageant la culture du coton indigène, cet agent a distribué environ une tonne de graines exotiques. On estime à 75 tonnes environ la récolte de coton fournie en 1904 par les régions de Savalou et d’Abomey. L'association a expédié au Dahomey une usine d’égrenage démontable et transportable, d’une valeur de 16.000 fraacs et comprenant deux égreneuses, une presse, un moteur à pétrole de 11 chevaux et un bangar en fer.
La sécheresse s’est fait sentir aussi d’une façon anormale dans ce pays, sans cependant y faire des ravages
aussi considérables qu’au Soudan.
Madagascar. — L'action de l'association cotonnière coloniale s’est fait aussi sentir vivement à Madagascar. Des essais en 1903 avaient déjà fait pressentir que la grande île sur la côte occidentale notamment pourrait fournir des produits remarquables. Sous l’active direction
‘ du général Galliéni, l'impulsion a été donnée: 2.000 kil. de graines ont été, en novembre 1904, distribuées aux habitants de la province de l’ouest des. Betsileo, graines expédiées par les soins de l'association cotonnière coloniale, deux autres tonnes étant en même temps réparties entre les diverses circonscriptions de la côte ouest
et nord-ouest, à Majunga ; une centaine d'hectares sont ensemencés par un colon. Sur la demande du gouver-
neur, une égreneuse est expédiée à Tamatave. Ainsi donc, dès 1904, la question cotonnière dans cette colonie est entrée dans une période d'activité complète.
31 balles de coton furent expédiées également de Nossi-Bé au Havre où ces produits ont été particulièrement appréciés; c'étaient les résultats des essais de 1903-
Algérie. — Dans l'Oued Rir, 30.000 pieds de coton furent plantés en 1904 sur un domaine de 4 hectares.
Dans la région d'Oran, un colon attaché au pays depuis trente ans, tentait de faire renaître la culture du coton, et l'association lui vota une aide pécuniaire, 200 kil. de graines égypliennes lui furent envoyés et distribués dans les plaines du Sig, de Perregaut et de Relizane. 3.000 kil.
de coton obtenu étaient de qualité remarquable et furent
bien appréciés sur la place du Havre. Aussi, à la fin -de l’année, un traité lia ce colon à l'association cotonnière comme agent en Algérie et lui alloua une somme de 10.000 francs pour la reconstitution des champs de coton dans la province d'Oran. La matière produite restant la propriété de l'association qui mit en outre une égreneuse à sa disposition. De nombreux ensemencements étaient prévus pour 1905 et l’on peut envisager aussi de ce côté l'avenir avec confiance.
A fin 1904, l'association avait distribué 13.298 kil. de
graines contre 3.025 en 19085.
En 1904, ces envois se répartissent ainsi :
Soudan, Sénégal. .....+. 6.026 kil.
Côte d'Ivoire, Dahomey.. 736 CONSO ETES A ne 339 Madagascar ..... Per Pt, Re 9.418 Alvérie. rt AE 473 IndOChINE PARAIT 310
De plus l'association acheta 22 égréneuses qu'elle expédia en Afrique ou garda au Havre et à Paris pour les essais et comme appareils de démonstrations. 9
En résumé, et dès ces premières années, si l'association n’a pu obtenir qu'une quantité de coton relativement minime par contre grâce aux connaissances acquises au cours de l’étude entreprise, elle a eu l’occasion de détourner d'entreprises qui seraient devenues désastreuses, des
capitaux qui pourront trouver un placement facile ‘et
rémunéraleur quand ses recherches auront permis d’in- “diquer les vrais points d'exploitation cotonnière. L'association poursuit son œuvre patriotique avec la conviction d'arriver tôt ou tard à un heureux résultat, elle y est ‘aidée d’ailleurs par des comités régionaux qui se créent chaque jour dans les régions d'industrie textile comme ceux de Amiens, Belfort, Remiremont, Saint-Dié, Tarare, Thizy, etc... ; mais cette œuvre n’est pas évidemment l’œuvre d’un jour. Il faut un long temps et une longue patience pour arriver au résultat cherché, qui est de fournir à la métropole la matière première dont elle a besoin. On peut citer à l'appui de cette thèse, l'opinion du Consul général des États-Unis à Berlin, qui dans un de ses derniers rapports écrivait : «Il peut se passer nombre d'années avant que la croisade européenne pour la culture du coton dans les colonies d’Afrique atteigne complètement le but qu’elle s’est proposé, mais que cela nous plaise ou non, le jour viendra tôt ou tard où le coton de nos Etats du sud ne sera plus maître absolu en dehors des Etats-Unis. »
Au cours d'une réunion du Comité de l'association cotonnière coloniale à laquelle assistait M. Merlaux-Ponty, gouverneur du Haut Sénégal Niger, on a étudié le plan de campagne 1905-1906 ; celui-ci était d'avis que le moment était venu d'entrer dans la voie de l'exploitation industrielle. Les essais faits parallèlement par l’administration et l'association cotonnière coloniale at-il
dit, ont prouvé que les indigènes étaient prêts à développer
cette culture et qu’ils ont adopté avec empressement les nouvelles graines qui leur sont fournies à tel point que ceux de Djenné et de San auxquels il n’en avait pas été distribué en 1904 allaient jusqu'à Segou supplier qu’on leur en donnât. Il n’y a donc plus qu'à marcher de l'avant puisque le coton produit par les graines américaines correspond à la qualité réclamée par l’industrie française.
M. Merlaux Ponty se déclarait certain de faire produire du coton en abondance aux indigènes dans la région du Niger-Bani.
La campagne 1905-1906 a été continuée avec les mêmes principes qui avaient présidé à l'élaboration du programme exécuté dans les années précédentes, et en suivant cette idée qu'il ne fallait pas risquer de compromettre la victoire en procédant à des expériences ou à des exploitations incomplètement et surtout trop hâtivement préparées.
Le nombre des essais individuels faits dans les diffférentes colonies par des fonctionnaires, des officiers, des colons, a été extrêmement considérable en 1905 et l’association cotonnière a reçu des échantillons innombrables de provenances très diverses, qui prouvent que la question cotonnière est maintenant posée dans toutes nos colonies.
On signale en dehors des colonies de l’Ouest africain où l’action de l'association cotonnière coloniale s’est par-
ticulièrement exercée, la côte d'Ivoire comme pouvant
aussi fournir grande quantité de coton. Dans la région de Baoulé, le licutenant Lebègue a remarqué que l'indigène cultive le coton ; la région est assez accessible, les communications y seront bientôt grandement facilitées par le chemin de fer de Baoulé, l'Hinteland est peuplé, les habitants industrieux. M. Bonnel de Mézières, administrateur des colonies, cite dans la haute côte d'Ivoire le cercle de Bondoukou comme aussi très favorable. La population est'évaluée à 100.000 habitants ; on trouve autour de tous les villages des champs de coton de 2 à 3 kil. d’étendue. La culture y est très répandue, les indigènes la connaissent parfaitement et la main-d'œuvre est abondante, seule l'absence de voies de communications rapides serait un obstacle à la mise en valeur de ce pays et à l’organisation d’une exploitation normale.
Au Sénégal, la région de Kaolak dans le Sine Saloun a été reconnue comme très propice, quelques essais ont été faits notamment par MM. Maurel de Bordeaux qui ont recueilli une quantité apréciable à Kelle sur la ligne ferrée de Dakar à Saint-Louis et M. Maine à Podor.
Les efforts de l'association se sont particulièrement portés sur l'Algérie, le Dahomay, Madagascar et le Soudan, et les résultats ont marqué un progrès sensible sur 1904-1905.
Algérie. — En mars 1905, M. Otten, agent de l’association distribua 2.187 kilos de graines, il espérait un ensemencement de 150 hectares, mais la sécheresse et l’inex-
périence de certains planteurs réduisirent fort ce chiffre;
de plus, on s’aperçut bientôt qu'un ver avait attaqué un grand nombre de plants, si bien quele produit ne donna qu'environ 6.000 kilos de fibres.
Au domaine de l’Union à Sig, 3 hectares 25 ares ont été ensemencés, la récolte a été de 425 kilos de fibres à l’hectare, qui ont donné un résultat d'environ 850 francs brut à l’hectare, les frais étant de 452 francs, le produit a donc été de plus de 350 francs à l’hectare. Pour 1906, un industriel lyonnais, M. Dufêtre, a généreusement proposé de faire à ses frais sur huit ou dix points, entre Philippeville et Oran, des essais de 5 à 10 hectares chacun et de les renouveler pendant trois années. Il pense ainsi arriver à établir par des expériences rationnelles dans quelles conditions agricoles et économiques la culture du coton est possible en Algérie.
Madagascar. — En général les cotons provenant de Madagascar possèdent cette particularité que les fibres ne présentent aucun signe de dégénérescence, en outre les sortes égyptiennes et les sortes américaines s’y reproduisent également bien suivant les régions. On ne peut douter que grâce à la merveilleuse impulsion donnée par le général Galliéni les résultats obtenus ne soient à brève échéance tout à fait remarquables. En 1905 nombreux ont été les essais entrepris dans l’île, le plus important par M. Bibault, directeur de la Compagnie du lac Aloatra, à 200 kilomètres environ au nord de Tananarive; l’inten-
tion de ce planteur est de faire venir des familles améri-
158 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE Il
caines pour ensemencer et cultiver 200 hectares et de monter une usine d’égrenage complète.
La culture du coton dans la province de Majunga s’étendait sur 426 hectares, et sur la demande de l’administrateur en chef de la région, le Comité de l'association décida d'y envoyer une égreneuse. Une seconde égreneuse fut envoyée dans la région du Maroway. Enfin, dans le Betsibo 4.000 kilos de graines furent semées dans le courant des deux dernières années et on décida d’y envoyer aussi une égreneuse.
Dahomey. — L'agent de l’association, M. Poisson, ne put acheter en 1905 que 19.500 kilos de coton indigène contre 20.400 en 1904. Sur cette quantité 10.500 proviennent de Savalou, 5.000 d’Abomey, 4.000 de Hollis. Cette dernière région en produit beaucoup; en effetelle a pu porter à Porto-Novo 30.000 kilos en plus des 4.000 fournis à l'association, et en expédia encore de fortes quantités à Abeo Kuta (territoire anglais du Lagos).
Le gouverneur, M. Liotard, a pris en conséquence des dispositions spéciales pour que dans l’avenir le coton du Dahomey ne soit plus drainé vers le Lagos ou le Togo, mais reste en territoire français.
IL est permis d'espérer pour l’année 1906, que les quantités achetées par M. Poisson monteront à 35 tonnes de fibres, à des conditions qui permettront de les vendre avantageusement en France.
Pour compléter les expériences faites à Abomey et ar-
river le plus promptement possible à une solution pra-
tique le représentant de l'association préconise l’établissement de fermes-écoles où l’on ferait l'éducation pratique de l’indigène, lui apprenant l'emploi de la charrue, de la traction animale, et où l’on pourraît produire sur place des graines sélectionnées ce qui supprimerait pour l'avenir les importations coûteuses de graines américaines.
Le comité a partagé l'avis de cet agent et à mis à sa disposition 20.000 francs pour créer une ferme-école de 150 à 200 hectares et décidé de plus l'installation d'une deuxième usine pour l’égrenage à Cotonou.
Soudan. — Tandis qu'au Dahomey la chance avait servi les efforts de l'association cotonnière coloniale et que de ce côté les résultats la forçaient à un effort cônsidérable, la maladie de deux de ses agents désorganisait ses forces au Soudan. Le comité fit alors appel à la collaboration intime de l’administration dont l’organisation déjà existante avec le concours de l’agent principal de l'association cotonnière coloniale, M. Quesnel, permettait de poursuivre les expériences pratiques du Soudan, et donnait le temps de préparer de nouveaux agents pour les campagnes suivantes. Le lieutenant gouverneur, M. Merlaut Poaty, entra tout à fait dans ces vues et son administration participa de moitié avec l'association cotonnière coloniale à la fourniture des graines nécessaires. Malheureusement une partie de ces graines achetées en Amérique arriva trop tard pour les semis. Toutefois 300 hectares purent être ensemencés dans la région de
Ségou. D'autre part le Fama Mademba qui, en 1906 à
Sansänding, avait obtenu des cotons très remarquables, à renouvelé ses essais sur une bien plus grande étendue et fourni un fort sérieux contingent cotonnier. Les cotons récoltés sont égrenés à l’aide des machines appartenant à l'administration et de celles que l’association cotonnière coloniale possède à Koulikoro. Les différents cotons importés en France ont été essayés à Giromagny, à Epinal par MM. David et Maigret et ces cotons se sont comportés exactement comme les cotons américains. Ges différents essais sont des plus intéressants et des plus concluants. [ls prouvent que les cotons du Soudan pourront remplacer les cotons d'Amérique.
- Grâce au chemin de fer du Niger au Sénégal on peut évaluer les frais de transport de Ségou jusqu'au Havre, ils montent de 80 à 90 francs la tonne et n’ont rien de prohibitif
Dans ces conditions, l’association cotonnière coloniale devait se préoccuper de créer un mouvement commercial. M. Esnault-Pelterie a pris l'initiative de la création d'un consortium pour l'achat des cotons récoltés au Soudan en 1905-1906. Deux cents parts représentant un capital de 100.000 francs étaient offertes, on en souscrivit 590, ces chiffres prouvent la vitalité de l’association. De plus une société s’est fondée sous le nom de « compagnie française d'études et d'entreprises coloniales » au capital de un million dans le but de créer des filiales aux points où le moment semble venu d’entrer dans la voie de l’ex-
ploitation. Enfin, l'association qui a vu son champ d’action
s'étendre rapidement a dû faire appel à l’aide d’une souscription nationale qui est en bonne voie pour augmenter ses ressources.
L'association a distribué 3.025 kilos de graines en 1903, 13.298 en 1904, 38.326 en 1905 et 80.000 en 1906.
Elle a livré à la filature en 1904, 1.037 kilos de cotons coloniaux représentant 1.841 fr. 90 ; en 1905 19.503 kilos représentant 28.151 fr. 75, soit :
4 balles la première année ; 87 — la deuxième année ;
250 à 300 —— la troisième année.
Voici la provenance des cotons livrés à la filature.
Kilos Prix 50 k. Kilos Prix 50 k.
DOHÉDAR sm D49 65 100 64 50 Haut-Sénégal et Niger. 3.985 70 379 101 DaROMEVA eee. 101575085700 562 85 MAdagastar Man. 1.415 108 » »
LADITE EN RRE 1902885. » »
ATTÉPICRR ERR nee D AUTAE 51 » »
L'association compte 30 égreneuses, 5 presses et 3
moteurs. Les ressources se sont montées en 1905 à