‹ Les colonies et la métropoleChapitre 31 sur 77 · EE · texte numérisé non relu

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ne doit que lui porter assistance; qu'au lieu de faire diminuer ses recettes, elle est plutôt, de toutes manières, destinée à les augmenter ; mais avant de passer à ces détails, nous présenterons quelques observations sur les intérêts généraux.

Le Tré$or périclitera, nous dit-on , la France sera émue parce que le revenu public éprouvera un déplacement de chiffres dans telle ou telle partie de la perception de ces impôts; le pays même sera en danger parce qu'il arrivera momentanément une

faible diminution dans telle ou telle partie de ses

recettes, ou en d’autres tegmes, vous allez occasionner une grande perturbation dans l’État parce que la consommation du sucre qui a rapporté jusqu à ce. jour tant ou tant de millions au Trésor, lui en rapportera quelques uns de moins par suite de l'intro- …

duction de la culture de la betterave !

Mais pourquoi donc avons-nous un ministère des finances ? Pourquoi entretenons-nous à grands frais une vaste et large administration? Pourquoi payons-

nous si cher un ministre, des conseillers, des chefs

de douane, des directeurs d’impositions et de nombreux inspecteurs de finances, si ce n'est pour tendre à perfectionner chaque jour notre système financier, si ce n’est pour tâcher de découvrir Îles. modifications qu'il serait avantageux de faire à l'assiette de l'impôt, si ce n'est enfin pour rechercher .

LE TRÉSOR PUBLIC. 121 les améliorations qu'il serait convenable d'apporter dans toutes les opérations financières qui condur sent à la balance des recettes et des dépenses ?

Eh quoi! le moindre changement que l'on demande dans notre système usé de finances, effraie et fait entrevoir un bouleversement dans l'État !

Propose-t-on la suppression .de quelques contributions honteuses , de quelqu'impôt qui ne rapporte au Trésor qu’en ruinant les familles, peu soucieux du mal que cet impôt peut encore produire pendant de longues années , c’est un ministère auquel il faut de longues années pour se décider à le supprimer.

Veut-on, par une sage mesure, faire reflucr les capitaux de l’agiotage sur les campagnes et diminuer en même temps les charges annuelles de l'État; forcé qu’il est par la clameur publique, c'est un autre ministère qui feint d'adopter le vote des législateurs dont la nomination ne ressort que de la nation , et qui, pour le faire avorter, néglige à dessein de se servir de l'influence que lui donne le pouvoir sur les législateurs dont la nomination ne ressort que du ministère.

Une industrie nouvelle vient-elle à apparaître, qui peut un jour devenir une grande ressource pour le

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pays : au lieu de l’entrevoir dans l'avenir, au lieu d'en calculer pour la suite les immenses résultats, ce sont encore des ministres qui ne l’envisagent.que sous le rapport fiscal du moment, sous le rapport fiscal de la durée de leur pouvoir, .et qui ne voyant rien que par eux et rien après eux, sacrifient ainsi à la rentrée de quelques misérables écus, à la perception de quelques malheureux impôts, mais qui doivent être perçus pendant le temps qu'ils sont aux affaires, tout le brillant avenir de cette industrie qui devait porter de si beaux fruits, et qui tombe bientôt, forcée qu’elle est de verser dans les caisses du Trésor le peu de recettes qui devait être la ressource de ses nouvelles exploitations, obligée d'abandonner au fisc tout Le fruit de ses peines, ses seules sueurs de la veille qui devaient servir pour arroser et féconder ses efforts du lendemain !

Telle a été cependant la conduite de la plupart des divers ministères qui se sont succédés en France depuis quelques années. Lorsque l'on a voulu toucher à quelques parties de leurs vieux systèmes , toujours ils se sont opposés aux améliorations demandées, ou s'ils ont cédé, ce n'a été que comme contraints et forcés. xx prb,

Que l’on nous permette deux citations qui ont quelque rapport avec notre sujet.

Lorsque l'on a voulu supprimer la loterie , cette

LE TRÉSOR PUBLIC. 123 institution pernicieuse qui pesait particulièrement sur Ja classe illétrée, ce fléau qui était une des premières causes de la mendicité, ce jeu si illégal légalement autorisé par le gouvernement, et qui, dans l’espace seulement de trente ans, de 1798 à 1828, mises et gains compensés , a arraché à ses victimes la somme énorme de 491,628,802 francs ! Eh bien ! alors, les partisans du vieux système se sont écriés de tous côtés pour repousser cette demande ! On allait, disaient-ils, toucher aux voies et moyens! On allait toucher au revenu public ! Comment remplacerait-on ce qu'on allait enlever aux recettes ? Comment comblerait-on jamais le vide que cela allait faire dans le Trésor ? — Néanmoins, et malgré ces ardens défenseurs, on ne put résister aux demandes réitérées, à la réprobation universelle, à la elameur générale, on fut forcé de céder, et qu'en arriva-t-il? Un nombre considérable de familles ne fut plus exposé aux chances si attrayantes et si perfides de cette honteuse institution qui menait si rarement à la fortune et conduisait si souvent à la misère! La loterie fut supprimée. Et cependant la France ne fut pas ruinée, et cependant son Trésor n’en devint mi plus riche ni plus pauvre, “et cependant aucun bouleversement n'eut lieu dans les finances 1

Et n’en fut-il pas de même pour ee Trésor, lorsque plus tard on demanda la fermeture de ces maï-

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sons publiques, cette autre plaie sociale qui occasionn&it des maux incalculables, en n'offrant au gouvernement que des ressources très contestables, puisque les fonds provenant de cette source corruptrice ne figuraient au budget de l’État que pour quelques millions ? Ne vit-on pas encore, cependant, les mêmes résistances, les mêmes obstacles, surgir de la part des opiniâtres défenseurs du fisc, pour la conservation de ces maisons de jeu qui, depuis quarante années, de 1796 à 1836, avaient fait sortir de la bourse des malheureux et des insensés joueurs une somme énorme au dessus de 400,000,000 de francs ; pour la continuation de cas antres de perdition avoués du gouvernement de la France, le seul pays parmi les pays civilisés où les jeux publics étaient officiellement protégés; le seul

État, parmi les États policés où le fisc retirait et

enregistrait à son budget un lucre où étaient venus s’engloutir, avec leurs écus , l'honneur, les larmes et le sang des familles. Et ne vit-on pas cependant encore , lors de cette discussion, et dans un temps que l'on disait d'améliorations et de progrès, ces défenseurs du fisc demander sans rougir le maintien de ces berceaux du crime, parce que, disaient-

ils, cet impôt n'était que volontaire, et que d’ail-

leurs il rapportait beaucoup à l’État, puisque le jeu était calculé de telle façon que le gain était toujours sûr pour le banquier et que le joueur devait toujours y perdre ! | |

LE TRÉSOR PUBLIC. 125 - Nous paraîtrons peut-être, dans ces citations , avoir été au-delà de la question qui nous occuppe, et cependant, nous le répétons, ce n'est pas sans intention que nous les avons produites, elles ne sont pas entièrement étrangères à Ce que nous avons voulu établir par des faits antérieurs , et, nous l'espérons , déjà bien loin de nous, c'est-à-dire que l’opiniâtreté et l’aveuglement peuvent souvent faire soutenir avec ardeur une opinion erronée, si toute- {fois elle est consciencieuse, aux individus qui, dans les matières fiscales, ou dans toutes les autres matières législatives , préfèrent les voies tracées par l'usage et par la routine aux moyens d'amélioration que peuvent exiger les circonstances et les progrès de Ja civilisation.

Si maintenant de ces réflexions générales nous passons aux détails, voyons donc en quoi consistent cette prétendue perte du Trésor et cette si grande diminution dans le revenu public dont on parle avec tant d'affectation au sujet de la fabrication du sucre indigène. Et c'est ici que nous sommes obligés d'aborder la question avec des chiffres, mais non pas au moyen d'opérations à perte de vue dont les premières bases ne peuvent être ni vérifiées ni contrôléés , mais en ne citant que des pièces ofliciellement publiées et dont par conséquent on ne pourra pas révoquer la véracité.

Combien de fois n'a-t-on pas parlé, dans la dis-

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