CHAPITRE XI
Ne rattachez donc pas seulement votre exisience au commerce des colonies; une naiion peut fort bien ne pas posséder de colonies et avoir un commerce maritime respectable ; et une nation peut au contraire posséder des colounies et cependant n'avoir qu'un commerce ma: rilime très secondaire.
(Les Colonies et la Métropole, chap. XI.)
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SomMMaAIRE. — Un autre cri de ralliement. — De nouvelles déclamations. — Des navires coloniaux. — Des marins coloniaux. — Des chiffres sans aucun calcul et des calculs avec beaucoup de chiffres. — Un savant galimaiias et un naïf raisonnement. — Grandes théories sans résuitat et un résultat sans grandes théories. — Réponses à six questions. — De la science en pure perte. — Gomment on trompe l'opinion publique. — Un premier mensonge. — — Un second mensonge. — Un troisième mensonge, — Silence de deux ministres. — Où s'arrête la tendresse des ports de mer pour les colonies. — Les deux plateaux de la balance. — 600,900 et
nl: 146 LA MARINE MARCHANDE.
1 out 33,000,000. — Les matelots des ports et les ouvriers des sucre-
ries. — Un repreche injuste. —Le cabotage de la France et la
navigation au long-cours. — Réfutation d'un factum colonial. — Encore des contradictions. —Il n’y à donc que du sucre aux colonies ! — La betterave et les vaisseaux de guerre. — Le sucre indigène et les arsenaux. — L'existence de la marine marchande n’est pas toute dans les colonies. — La possession coloniale peut quelquefois devenir funeste à la marine et pourquoi? — Rappro- + chement avec la situation actuelle. —Un faible remède à un grand mal. — Considérations élevées vues de trop bas. — Questions N aux ministres. — Questions aux délégués des ports de mer. — — Où sont les véritables abus ? — Législation incertaine de la ma
rine, — Intervention nuisible de l'administration. — Les matelots
de l'État, les mousses et les novices. — Droits onéreux. — Qua-
“Me rantaine. — Expertises. — Dépenses d'hôpitaux. — Droits d’an-
Ke Ê IH ES crage. — Droits de quais. — Droits de feux. — Système de con-
CHAT struction. — Système de Jeaugeage, — Profondeur des ports. — Prix de navigation. — Sälaire des marins. — Composition des ï. Équipages. — Réforme de ces abus. — Nouveaux débouchés loin- ; 1 tains. — Chargemens sur navires nationaux. — Pêche de la morue, Mia, pêche de la baleine. — Petite pêche. — La Seine et la Tamise.— L'ancienne France et le Nouveau-Monde, — Réflexions.
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DANS Nous n'avons plus de marine ! La marine mar ot chande est tout à fait peruvelne Que va devenir voie | notre navigation! Voilà le second cri de rallic- Ë Léa ment des défenseurs du sucre exotique ! Voyons a VA SE quoi se réduisent toutes ces déclamations, et exami-. ke de | nons si l'erreur et la mauvaise foi n'ont pas cher- 34 ché à tromper l'opinion publique sur cette impor-. sl . tante question de puissance nationale. ?
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LA MARINE MARCHANDE. 147 Si l’on devait s'en rapporter aveuglément à tout ce qui a été dit et écrit récemment, soit dans les audiences, soit dans les pétitions, soit dans les mémoires des colonies, des ports de mer et des villes L de commerce, pour démontrer la détresse de la ma- | rine, certes nous Serions les premiers à approuver | ces cris d'alarme. Mais instruits que nous sommes par les précédens , éclairés par toutes les vaines et menteuses déclamations qui ont été adressées aux Fu Chambres lors de la discussion de la loi de juil- fau LT let 1837, nous devons faire parvenir aux législateurs ï qui vont de nouveau prononcer sur cette question , | des éclaircissernens qui, les mettant à même d'apprécier toute la véracité des précédens documens qui leur ont été fournis, leur feront davantage sentir la nécessité d'examiner avec attention tous les nouveaux documens qui ne manqueront pas de leur être présentés.
. La question qui touchait au cœur les intérêts de Vie
là marine était nécessairement celle du nombre Na
. des navires et des marins que nécessitent les rap- ne ports des colonies avec la métropole, et par suite, LR le nombre de ces navires et de ces marins qui pour- DAT raient rester sans emploi si la fabrication du sucre FA indigène venait à occasionner de la diminution dans Gr là consommation des sucres coloniaux. Quels chiffres sont à cet effet venus influencer la décision de la Chambre lors de la dernière discussion ?
Dans une séance qui avait précédé la présentation du projet de loi un ministre avait dit que la navigation des sucres des colonies employait 450 bàtimens.
Lors de l'exposé des motifs, le ministre des finances annonça que le chiffre de ces navires était de 468.
Plusieurs délégués coloniaux ont été plus loin, et sans se donner la peine de présenter aucun caleul,
ils ont fixé ce chiffre de la navigation sucrière Co- |
loniale au nombre rond de 600 bâtimens.
Un autre délégué, alors député, avait eu au coniraire soin de présenter de très grands et de tres beaux calculs, mais tellement embrouillés d’exactitude, tellement obseurs de lumières et de clarté, que: sans prêter aucunement matière à réfutation 1mmédiate, et c'était l'important lorsque l'on avait l'adresse de les publier le jour même de la délibération de la Chambre : sans donner le temps d'examiner une longue série de calculs que beaucoup de monde trouvait d'ailleurs plus commode d'accepter tout faits : et en évitant ainsi la possibilité de chercher les relations de ces chiffres entr'eux et surtout d'en examiner les bases et les origines, ce qui eût peut-être été plus rationnel et plus équitable , on est arrivé à présenter, comme chiffres vrais du transport colonial, des bâtimens par mille et des marins par dixaine de mille ; bâtimens et marins, disait-on,
qui étaient exposés à rester sans emploi dans nos
ports par la fabrication du sucre indigène.
Et c'est ainsi que l’on parvint à porter la conviction dans les consciences par des raisonnemens, des phrases et des calculs à perte de vue, que notre | intelligence, nous devons l'avouer, a sans doute bien | mal saisis, mais dans lesquels il nous a été abso- «À lument impossible de découvrir d’autres interpré- | tations que les suivantes.
« Qu’après avoir multiplié par les distances moyennes que el parcourent nos navires , le tonnage des importatious des 21 na- | tions qui font avec la France le plus grand commerce maritime sans les colonies, et les importations que font avec la France les seules colonies , afin d'arriver à {rouver le nombre de tous les tonneaux transportés à une lieue par lous ces uavires, tant pour le commerce avec ces 21 nations que pour le commerce avec les . À 4: / colonies, et en prenant encore la somme lotale des entrées et des serties du tonnage des navires français qui font le commerce avec luus les peuples du monde excepté les colonies , et de ceux qui font le commerce seulement avec les colonies, on arrivait enfin à prouver que l’on sacrifiait à la légère, pour la fabrication du sucre indigène , 40 familles sur 140 des familles qui s’adon- N nent à toutes les indastries navales , et qu’en outre de cela, lors j L des grandes guerres futures où la marine devrait iutervenir dans Le" la Baltique , dans l'Océan et dans la Méditerranée , on priverait encore l'État de 40 hommes sur 140 hommes de son persontel | naviguant, et qu'ainsi en cherchant à défendre les intérêts de la UE f LEE betterave on âéfendait fort mal les intérêts de la force militaire Es] de notre patrie. » : |
Certes, nous ne disons pas que de tels documens Fa n'aient pas leur science, leur valeur, et qu'ils n'aient Fun pas été, de la manière opportune surtout dont ils ont été présentés, un des plus habiles aroumens
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des adversaires de la fabrication indigène. Mais nous qui nous bornons à raisonner tout naturellement sans rechercher de grands chiffres et de grandes théories, nous pensions, et nous pensons encore, que pour résoudre cette question si simple que l’on a rendue si compliquée , il suffisait de répondre à ces quelques demandes bien simples et bien naturelles :
{o Quel est en kilogrammes le chiffre de l’importation du sucre colonial ?
20 Combien entre-t-il, terme moyen, de kilogrammes dans un bâtiment ?
30 Combien de voyages fait par année un bâtitiment qui va aux colonies ?
4° Combien faut-il de marins pour manœuvrer un de ces bâtimens coloniaux ?
5° Combien faut-il donc de bâtimens pour l'importation en France du sucre colonial ?
6° Combien faut-il donc de marins pour manœuvrer ces bâtimens ?
À la première question, nous eussions répondu
paivement : L importation est généralement de 70
à 75 millions ; pour ne pas nous tromper, mettons 80 millions, car ce sera là le chiffre maximum de
nos productions coloniales.
À la seconde question, nous eussions dit : MM. de Jabrun et Favart, délégués des colonies, portent
le chiffre du tonnage moyen des bâtimens à 333 à vos GR tr CET : SA +
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