‹ Les colonies et la métropoleChapitre 37 sur 77 · ss “ per l'opinion publique en disant que les bâtimens · texte numérisé non relu

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LA MARINE MARCHAKNDE. 154:

sante pour qu'on n'en trouve pas de disponibles, même lorsqu'on leur propose une solde beaucoup plus forte que celle qu'ils ont l'habitude de recevoir! Ajoutez donc foi à toutes ces déclamations dont la marine marchande a été l’objet lors de la diseussion du projet de loi; et que ces erreurs, que ces’ divagations mensongères d'alors servent au moins à apprécier la véracité des réclamations d’aujourd’hui. Croyons d’ailleurs, que si la marine marchande, que si la marine militaire , avaient été aussi compromises qu'on le disait, nous eussions vu, lors de la discussion du dernier projet de loi, s'élever pour les secourir les voix éloquentes de leurs défenseurs naturels : le ministre du commerce et le ministre de la marine. Nous avons déjà dit que le premier n'avait pas quitté son banc pendant toute la discussion , et l'on sait que le second n'est pas plus que son collègue monté une seule fais à la tribune.

Si, d’un autre côté, nous voulons connaître la sincérité de toutes les doléances que font entendre les ports de mer au soi-disant nom des colonies, voyons quelle est leur conduite lorsque l'on propose une mesure avantageuse aux colonies mais qui pourrait ne pas être aussi utile pour eux, ou bien même une mesure nuisible pour les colonies mais qui pourrait servir Les intérêts particuliers de quelques uns des spéculateurs des villes maritimes.

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Le conseil colonial de la Martinique sollicite l’autorisation d'exporter directement ses sucres sur les marchés étrangers par navires de tous pavillons; il fixe même à 30,000 barriques le chiffre de l’exportation. Les ports de mer s’y opposent, et à cela nous ne trouvons encore rien que de naturel, car, bien que cette mesure soit très utile aux colonies , il est juste qu'ils la combattent puisqu'elle serait pour eux très contraire.

Mais les délégués coloniaux à Paris demandent que cette autorisation soit accordée par navires français.. Le conseil supérieur du commerce est de cet avis et les ports de mer mettent encore opposition à cette seconde mesure qui ne fait qu'apporter quelques changemens dans leurs relations commerciales, mais qui doit en même temps contribuer à l'amélioration de la position coloniale pour laquelle ils éprouvent une si grande sympathie.

Enfin, et cette circonstance est remarquable, lorsque le projet de dégrèvement sur les sucres étrangers est tout à fait abandonné, lorsque les Chambres et le Gouvernement trouvent convenable de laisser la question se débattre entièrement entre les sucres métropolitains et les sucres coloniaux, lorsque cette mesure serait si funeste aux intérêts des colonies, ce sont encore les ports de mer qui la demandent ; c’est la chambre de commerce de Bordeaux qui vient solliciter avec instance un abaissement de taux sur les droits d'entrée de ces sucres

LA MARINE MARCHANDE, 197 étrangers, et c'est dans celte occasion qu'éclatent dans toute leur force la vive tendresse que les villes maritimes ressentent pour les colonies et toute la sollicitude qu'elles éprouvent pour leur prospérité.

Ce ne sont donc pas les intérêts des colonies que soutiennent les ports de mer.

Nous les verrons bientôt déclarer : « Qu'une nation peut fort bien n'avoir pas de colonies et cependant avoir un commerce maritime très étendu (1). »

Nous les verrons ensuite, en demandant la colonisation d'Alger, soutenir que les Antilles "sont de très peu d'importance pour la France, et qu'elles lui sont tellement onéreuses que la métropole ne doit pas plus long-temps continuer les priviléges qui Les alimentent (2).

Ce sont donc leurs propres intérêts qu'ils veulent défendre et cela est naturel, mais au moins il faut

avoir la franchise de le dire; et si on ne le dit pas, c’est que l'on sent fort bien que six ports de mer contenant 600,000 âmes, dont 150,000 tout au plus sont employés aux expéditions maritimes , figureraient bien mesquinement dans lun des pla-

(4) Déclaration de la Chambre de commerce de Bordeaux, présentée avec plus de détaiis au chapitre XVIHIL.

. (2) Pétition du commerce de Marseille, présentée avec plus de détails au chapitre X VIET.

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teaux de la balance lorsque l'autre plateau serait chargé de tous les intérêts immenses qui sont en opposition avec céux de cette si minime partie de la population de la France.

Et si de cette grave considération nous passons à une autré moins remarquable sans doute, inais également opportune à citer puisqu'elle s'applique particulièrement à la question qui nous occupe, nous verrons qu'en admettant pour chacun des 2,000 marins employés à la navigation colomiale , une solde moyenne par mois de 60 francs (ce qui. est un Tux très élevé), et en admettant éhcore que chaque homme touche cette solde perdant toute l'année (ce qui est très rare), la somme totale annuellement distribuée à ces habitans des ports de mer ne s'élève pas à un million et demi, tandis que les producteurs du sucre indigène distribuent également en salaires aux 300,000 ouvriers employés à « la culture et à la fabrication une somme qui peut” être évaluée au dessus de quinze millions de francs. |

Voyons done maintenant puisqu'il ne s’agit plus des colonies mais bien des ports de mer, ce que ceux-ci ont tant à redouter de Ia fabrication du su-

D'abord on a accusé cette fabrication d’avoir fait réexporter par mer plusieurs millions de sucre des

colonies qui étaient dans les entrepôts de la métropole, soit; nous prouverons ailleurs que ce reproche n'était pas juste puisque cette réexportation a été favorable aux colonies ; mais en admettant même la validité de cette inculpation par rapport aux colonies, faut-il au moins que l’on soit conséquent en attribuant au même sucre indigène le bien que par cette mesure il a fait à la marine; car on dit que l'on a réexporté du sucre par mer ; or, lorsque l'on réexporte par mer, ce n est pas dans des chariots ou des voitures à vapeur que l’on fait les chargemens : lorsque l’on expédie par mer plusieurs millions de kilogrammes de sucre on les met dans des navires Manœuvrés par des marins; et comme il devait en être ainsi et qu 1l en a été ainsi, 1l faut bien convenir que déjà en ce sens , loin de Les avoir ralenties, le sucre indigène a servi à augmenter les opérations de là marine du commerce.

Nous demanderons encore si, dans les ports du Nord, le cabotage et la navigation par la vapeur n'ont pas trouvé un aliment à leurs ehargemens dans l'expédition pour les grandes raffineries de Ia Seine-Inférieure d'une grande partie de la production des régions septentrionales, centre principal de la fabrication indigène?

Nous demanderons également, si les ports du Midi n’expédient pas aujourd'hui sur les ports du

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Nord, gràce au redoublement d'activité agricole et" manufacturière qui a procuré plus d’aisance dans ® cette partie de la France, des chargemens beaucoup plus forts qu'ils n’en expédiaient ayant la fabrication du sucre indigène; si Bordeaux, par exemple, htc dé n’envoie pas maintenant dans le Nord autant de vins RDA qu'il en envoie dans toute la Grande-Bretagne ; et ‘Are si les ports de la Méditerranée n'ont pas vu égale-

k; ment de ce côté augmenter leurs expéditions ?

Quant à la navigation au long-cours , disons que pre les millions répandus par le sucre indigène dans: | à LA l'intérieur de la France n’ont pas encore enlevé la ES plus faible somme à aucun des marins des ports de , mer , puisque , et nous l'avons déjà dit, le ministre fs des finances a déclaré à la Chambre des Pairs, le. PACE 29 mars 1838 , que loin d'avoir diminué, les imporie ! Le tations des sucres coloniaux avaient toujours été en L : FT augmentant jusqu'à Ja fin de 1837.— Voyons mainpe Fe : tenant pour 1838 !

it Croirait-on cependant qu'après une déclaration is aussi positive que celle que nous venons de citer de ( Eu M. le ministre des finances, MM. les Délégués des Ne colonies aient encore voulu dans le factum colonial EE qu'ils ont récemment fait distribuer aux Chambres , RRRESE soutenir : que les armateurs métropolitains ne vou- : ET laient plus entendre parler du commerce des su- ; 0 ï È f cres ; que quelques rares navires étaient envoyés par

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eux aux colonies , mais avec défense expresse d'ache -

ter ; et, que dans les Antilles on n’osait pas couper

les cannes en maturité parce que l’on ne trouvait

plus à vendre à aucun prix. — Mais ne voyons-nous ARE pas également avancer dans ce même exposé colo- “à nial que les colons ne veulent pas de leur côté s’ex- | poser aux chances de la vente en France, et qu'ils

ne laisseront pas sortir un seul kilogramme de sucre à moins qu'il n'ait été acheté par les armateurs de HUE la métropole! — Voyez où vous conduisent ces RUE deux raisonnemens ! :

Les armateurs, dites-vous, ont défendu à leurs capitaines d'acheter ! — Les colons, dites-vous, n'ont pas voulu exporter sans avoir vendu ! — Et le lendemain de la distribution de votre fuctum l'inexorable Moniteur vient nous apprendre qu'au lieu de 80,000,000 de kilogrammes, terme moyen des au- vu tres années, il est arrivé en France, en 1838, { 87,049,14% kilogrammes , c'est-à-dire une augmen- j tation réelle de 5,010,444 kilogrammes ! NE

Que deviennent donc avec ce chiffre toutes vos ja ls déclamations ? — D'après vos dires les sucres ne devaient sortir des colonies qu'après avoir été ven- un dus. Mais si 87 millions sont entrés en France ils Hate sont donc sortis des colonies; s'ils sont sortis des co- ‘ dE, “ Jonies ils ont donc été vendus ; s'ils ont été vendus if ils ont donc trouvé des acquéreurs. —Donc les arma- |

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teurs n'ont pas, comme vous le dites, renoncé à ce commerce ; donc les rades des îles françaises ne sont pas, comme vous le prétendez, restées vides de bâtimens pendant toute la saison.

Et voilà cependant cette indignation des ports! Ces doléances des villes maritimes! Ces souffrances des matelots! Ces bâtimens qui ne partent pas ou qui reviennent à vide! — 87,049,14% kilogrammes ! Oh! le chiffre malencontreux pour l'exposé colonial, le grand désappointement pour les déclamations de ces quelques maisons de commerce engagées dans les dettes contractées par suite de la traite des nègres! — 87,049,144 kilogrammes ! — Mn y a plus rien à répondre quant à présent pour la marine; Car, admettons un moment que tous ces kilogrammes n'aient pas été vendus; qu'il y ait eu dépréciation dans les prix et qu'il en reste encore une partie dans les entrepôts. Toujours est-1l que 87 millions de kilogrammes sont partis des colonies; que 87 millions de kilogrammes sont entrés dans les ports de France, et par conséquent que 87 millions de kilogrammes ont été transportés par les bâtimens de la marine ! — Ce n'est pas hous qui parlons, ce ne sont pas les adversaires des colonies qui proclament ces chiffres : c'est {e Moniteur, € est le gouvernement. — Nous espérons après cela que l’on ne viendra plus reproduire , pour le passe, ces éternelles doléances de la marine dont les états de la douane viennent de faire bonne justice ! |

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Nous avons dit pour le passé , car d'après ce que nous venons de prouver, ce ne serait plus que pour l'avenir que l'on pourrait concevoir des craintes à cet égard. Examinons jusqu’à quel point ces craintes pourraient être fondées ?

Qu à parlé jusqu'à ce jour d'interdire aux colomies la faculté et les moyens de toujours apporter leurs sucres à la métropole? Admettons que la concurrence indigène leur en fasse vendre quelques milliers de kilogrammes de moins, serait-ce cette diffétence de quelques milliers de kilogrammes qui ruigérait a marine coloniale ? et ses relations avec les Antilles, Cayenne et Bourbon, ne resteraient-elles pas à peu près ce qu'elles sont maintenant? Et d'’ailleurs la marine marchande n'était-elle pas aussi florissante qu'elle l'a été depuis quelques années lorsque les colonies ne produisaient que la moitié du sucre qu'elles produisent aujourd’hui ?

Pour cette diminution, encore incertaine, de quelques milliers de tonneaux de sucre, vous parlez déjà de la suppression de la totalité des bâtimens qui vont aux colonies et de l'inactivité de la totalité de leurs matelots; mais il n’y à donc que du sucre aux colonies; mais on ne peut donc pas en rapporter d’autres produits ; mais il y a donc impossibilité d'y cultiver d'autres denrées. Et si vous rapportez quelques chargemens de sucre de moins, ne pour-

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