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LA VÉRITABLE QUESTION. 235 Nous devons avouer que si jusque là nous avions demandé ce rapprochement, c'est que nous avions senti, comme beaucoup de monde sans doute, qu'avant de se décider à trancher au vif une telle question il fallait avoir essayé et épuisé tous les moyens de conciliation ; mais puisqu'on n'a pas répondu à notre appel, puisque ce qui est arrivé depuis plusieurs années, Ce qui arrive aujourd'hui et ce qui nous est déjà annoncé devoir arriver les années, suivantes, nous prouve essentiellement que chaque session des Chambres verra reparaître ces éternelles et mortelles discussions entre.les sucres coloniaux et les sucres indigènes , nous devons remercier nos adyersaires de nous avoir fourni l'occasion d'appeler la discussion sur un terrain plus large ; nous ne reculerons pas, devant une telle provocation, nous irons droit au cœur de la question et nous leur demanderons de nous y suivre.
Lu :
Mais encore ici hâtons-nous de déclarer que notre devise ne sera pas comme la leur une sombre parole de destruction, mais au contraire une de ces idées plus consolantes, et .que nous espérons faire partager à nos lecteurs, qu'en ne s'arrêtant pas à des considérations étroites et toutes du moment, mais à des vues élevées et toutes de prompt avenir , on pourra enfin arriver à concilier ces deux graves intérêts. Les colonies nous ont crié : « Mort
au sucre tndigène ! » Nous répondrons, nous : —Prospérilé au sucre indigène et sauvons les colonies !
Dans tout ce qui précède nous croyons avoir prouvé que notre esprit conciliateur ne nous avait pas abandonné; que nous ne voulions rien détruire et que nous voulions au contraire tout édifier. En réfutant tout ce qui a été dit d’absurde contre le sucre indigène, relativement à la marine, au commerce et au revenu public, nous avons plutôt soutenu que combattu ces graves intérêts en démontrant qu'ils étaient défendus par des considérations bien mesquines lorsqu'on les rapprochait des points de vue élevés sous lesquels on aurait dù envisager leur défense; nous avons établi que ces intérêts n'étaient pas si en opposition qu'on voulait le faire entendre avec ceux de la fabrication indigène , et nous avons formulé nos vœux et essayé d’indiquer pour la marine, pour le commerce et pour le revenu public des moyens de prospérité plus effivaces que les remèdes si innocens auxquels on voulait les soumettre. |
Et cette marche nous la suivons également dans |
l'examen de la question qui regarde plus spécialement les colonies, et nous dirons aux Chambres léislatives : F5 er
« La ‘prolongation de la crise qui depuis long-
LA VÉRITABLE QUESTION. 237 temps tourmente les colonies vient principalement de ce que l’on n'a jamais voulu l'envisager sous son aspect réel, parce qu'au lieu d'aborder le fond de la question l'on n'a jamais fait que l'effleurer et parce que l’on est toujours resté à côté du terrain de la discussion. |
» Le mal s’est accru parce que pour l'arrêter on n’a pris que des mesures incomplètes, et que l’on a toujours persisté à ne pas vouloir découvrir le véritable remède.
» Le mal va continuer parce que l'on présente encore une mauvaise loi; et l'on présente une mauvaise Loi pourquoi? Parce que l'on n'a pas le courage d'en présenter une bonne. »
Eh bien! ce terrain, qu'on l’aborde franchement aujourd'hui !
« Le sucre indigène peut-il vivre avec le sucre colonial? La fabrication coloniale peut-elle vivre avec Ja fabrication indigène? »
Voilà la question , la seule et véritable question. Qu'on la pose nettement dans la discussion des Chambres ! Si la réponse est négative, qu'on ait la franchise de le dire. Mais alors plus de demi-me-
sures, plus de demi-ménagemens qui fant périr
gens rare
MALE | #0 À 1h
tout le monde et qui ne sauvent personne. Que l'on se prononce hautement en faveur dé l'une où de l'autre de ces deux industries. Que l’une des deux triomphe, et que l’autre lui soit sacrifiée.
Mais il faut s'entendre.
La fabrication du sucré de canne, en ‘est pas là toutes les colonies.
Le choix fait entre les deux fabrications, et l’une des deux sacrifiée, l'équité, la justice veulent que vous recherchiez immédiatement comment vous r'éparerez légalement et loyalement le sacrifice que vous aurez été obligés de demander ? à l'une ou à l’autre de ces industries.
Examinez donc de suite comment vous indemniserez ou les fabricans métropolitains ou les fabricans coloniaux de la fabrication que vous leur aurez enlevée ou altérée dans des vues d'intérêt public.
Voyez alors s'il n’est pas possible de trouver d'autres ressources législatives, de découvrir d’autres moyens commerciaux, d'avoir recours à d'autres dispositions financières, pour parvenir à largeinent indemniser la partie, quelle qu'elle soit, momentanément sacriliée, et pour chercher énfin à arriver par une loi stable et de long avenir, et non par des
LA VÉRITABLE QUESTION. 239 demi-lois éphémères et provisoires, à cette prospérité que nous croyons encore possible de prédire à: la fois à la fabrication du sucre indigène et aux colonies.
Nous reconnaissons que pour arriver à une solution entièrement satisfaisante de la question que nous avons posée , il faudrait pouvoir traiter à fond toutes celles qui tiennent à l'existence des colonies ; on concevra que telle ne peut être notre intention , et, en eussions-nous tous les moyens, les limites et surtout la destination de cet écrit nous interdisent
toutes longues discussions dans lesquelles nous voudrions les approfondir. Toutefois nous espérons encore parvenir à notre but en nous bornant à réunir en faisceau les considérations principales qui se rattachent à ces intérêts.