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aratoires qui ont déjà produit des améliorations notables à Ia Guadeloupe.
Et alors ïl se présentera deux cas :
Ou les établissemens sucriers mieux administrés, mieux entendus sous lé rapport de la fabrication, mieux exploités sous le rapport de la culture, pourront toujours lutter avec avantage avec tous les autres sucres exotiques étrangers et avec tous les sucres indigènes européens, et alors les colonies pourront continuer la culture d’une aussi grande quantité de sucres que celles qu’elles exploitent atjourd'hui.
Ou elles reconnaîtront que le système de plantations qu'elles ont adopté est un système irrationnel, exagéré et tout à fait opposé à leurs besoins spéciaux et à leurs situations relatives, et alors elles devront s’empresser de l’abandonner.
Et en effet ne doit-on pas demander ici si les colonies n'ont pas elles-mêmes préparé leur ruine; si elles n'avaient pas depuis long-temps été prévenues dela concurrence qu’elles allaient rencontrer ; et si elles ne savaient pas, par l'enquête de 1828, combien le sucre indigène avait déjà fait de progrès en Europe et combien il devait en faire dans les eumes, suivantes ? | |
Et cependant ces avertissemens les ont-ils ermpéchées de continuer à arracher les caféyers , les cacaotiers , les cotonniers, les girofliers et autres plantes exotiques pour y substituer des plants de canne comme elles avaient commencé à le faire en 1814, par suite d'une élévation dans le prix des sucres ; et n'est-ce pas au contraire depuis l'enquête de 1828 | qu'elles ont redoublé d'efforts pour produire davan- |: tage.
Pourquoi ont-elles alors déshérité de leurs anciennes cultures tous les autres établissemens coloniaux?
* Pourquoi ont-elles accaparé les noirs des vieilles caféteries, des fabriques d’indigo, des fabriques de
rocou et de la culture des épices ?
Pourquoi ont-elles détruit jusqu’à la eulture des vivres et des légumes nécessaires à l'alimentation?
Pourquoi ont-elles sacrifié toutes les spécialités | du sol pour étendre la culture de la canne dans une UE proportion extraordinaire ? s «ti
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Et pourquoi enfin, ajouterons-nous encore, avoir employé tous les moyens possibles pour arriver à cette augmentation de récolte, en appelant jusqu'à la vanité à leur secours, en donnant le nom de grands
habitans à tous les colons propriétaires d'habitations à sucre, et en réservant celui de petits habitans aux quelques individus qui ont eu la sagesse de conserver dans leurs propriétés des “qui d'alimentation.
Quoi qu’il en soit le mal est fait, mais n’est-il pas encore temps de le réparer? Tout le monde a reconnu ? que le changement de culture avait été préjudiciable aux colonies ; pourquoi donc ne leur conseillerait-on pas d'y apporter des modifications; pourquoi n'essayeraient-elles pas à se remettre dans la position, | de laquelle elle n'aurait pas dû sortir, en variant. davantage leurs productions à l'avenir pour ne plus. se trouver à la merci d’un revers commercial comme celui dont elles sont menacées aujourd'hui ?
On a demandé si les colonies pourraient en produisant moins de sucre avoir des relations commerciales avantageuses, soit avec la France, soit avec les autres pays : et pourquoi non? Que faisaient-elles en 1789 et en 1790 époques où la France ne consommait que 23 à 26 millions de kilogrammes. Si nous nous en rapportons aux états de cette année 1790, la Martinique et la Guadaloupe luttaient avantageu- | sement avec Saint-Domingue qui fournissait à la France une grande partie de ses sucres, et cela parce que, indépendamment du sucre, elles produisaient comme ont produit un peu plus tard, Bourbon et la »
Guiane, une assez grande quantité de café, de coton, de cacao, de tabac, de girofle, de rocou, d’ indico, de poivre, de piment et de différentes gommes.
Eh bien! de même que l'on a depuis peu remplacé toutes ces cultures par des plants de sucre, que de même aujourd’hui l’on remplace les plants de sucre par ces premières cultures. Et ce conseil est d'autant plus rationnel et dans l'intérêt de la position future des colonies, que l’on ne saurait trop répéter que la culture de la canne est la seule pour . laquelle l’esclave noir soit indispensablement néces- saire, esclave, nous l'avons dit, que cette culture en- voie souvent à la mort ; tandis que le café, le coton, l'indigo et les autres productions peuvent se contenter soit du travail de l’homme libre, soit même, mur la plupart, du travail des animaux.
Que les colonies envisagent donc courageusement l'avenir ! Que dès aujourd'hui elles prennent leurs mesures pour arriver graduellement à ces transformations qui, nous le savons bien, ne peuvent être le résultat d’une seule année, mais qui demandent un commencement d'exécution d'autant plus prompt que Île rapport de cette exécution doit être plus éloigné. Il n'est pas à craindre d’ailleurs que toutes ces nombreuses productions des régions intertropicales puissent être comme le sucre remplacées par des similaires dans leszones tempérées. Que l'activité
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et l'intelligence des colons s'appliquent entièrement
à ces transplantations, c'est à un des plus grands avantages qu'ils puissent retirer de leurs rapports commerciaux; car la France donnerait-elle à ses colonies la liberté entière du commerce, elle aura toujours besoin de ces produits tropicaux qui sont | devenus pour elle, comme pour toutes les autres na- d tions européennes , des consommations de première … nécessité.
Enfin, s’il est encore un conseil profitable à donner aux colonies, c'est de les engager à se préparer. par toutes ces améliorations à l'importante question de l'émancipation des esclaves. "1
Les colons savent bien que ce grand acte ne sera que l'exécution de conventions depuis long-témps arrêtées ; car les colonies n’ignorent pas qu'elles ne furent rendues à la restauration par le traité de 1815, que sur la promesse positive que le gouvernement français se joindrait aux autres puissances, d'abord pour arrêter immédiatement l'abolition de la traite, et ensuite pour faire prononcer un peu plus tard l'émancipation des esclaves.
Trois années après, la première de ces conditions reçut son exécution, l'abolition de la traite fut arrêtée Le 15 avril 1818; et néanmoins, pendant plus de dix ans encore, cet abominable trafic fut, sinon ;
permis ouvertement, du moins toléré secrètement par le gouvernement, et c’est au moyen de cette contrebande homicide (1) que l'on à pu expliquer l'augmentation toujours plus forte à cette époque des esclaves dans nos colonies.
Quant à la seconde condition, on a demandé du temps pour y préparer les colonies, pour y préparer les esclaves; mais ce temps n'a-t-il pas été suffisamment accordé, et depuis si long-temps qu'il est question de l'abolition de l'esclavage ; depuis notre première révolution, combien de fois la législation n'a-t-elle pas averti les colonies que cette heure si désirée par tous les philantropes allait enfin sonner; et nous citerons entr'autreg avertissemens les lois du 8 mai 1790, 15 mai 1791 et février 1794, le traité de 1815 et les lois du 15 août 1818, 25 avril 1827, 1°" mai 1831 et 24 avril 1833. :
Et cependant qu'ont fait jusqu'à ce jour les colonies pour se préparer à cette éminente émancipation, pour donner à leurs nègres cette instruction qu'eux-mêmes proclament nécessaire pour les faire passer de l'esclavage à la liberté? Suffit-il de répé-
ter Sans cesse qu'il faut du temps pour les accoutu-
mer à cette transition, qu'il faut des années pour
améliorer insensiblement leur situation ? Mais qu'ont
(1) Rapport de M. de Remusat à la Chambre des Députés.
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essayé les colonies pour arriver à ce résultat? Ontelles adopté une seule mesure en amélioration de la position des esclaves ? Interrogez les procès-verbaux des délibérations des conseils coloniaux, et vous verrez que ces délibérations ont toujours été prises dans un sens contraire aux idées d’affranchissement.
Sont-ils consultés sur l'opportunité du principe de l'émancipation générale des esclaves ?
C’est (a Martinique qui répond que ce serait les soustraire à l'influence morale et industrielle des blanes et aux bienfaits d’une civilisation dont jouit maintenant, en raison de ses moyens intellectuels, celui qui ne semble pas, quant à présent, appelé aux devoirs élevés de la liberté civile.
C'est Bourbon qui prétend que l'esclavage est un fait légal et légitime, et que son abolition sera toujours incompatible avec l'ordre et la sécurité publique. | |
C'est la Guiane qui s'oppose également à cette mesure que l’on doit regarder comme encore bien, éloignée de sa solution.
Enfin c'est {a Guadeloupe qui déclare qu'elle n'a pas à délibérer sur celte question; ce qui ne l’em-
DES COLONIES. 293 pêche pas de signaler les dangers auxquels les colons seraient exposés par ces projets d'innovation, en ajoutant que lorsque l'instruction aura moralisé les masses et que l’on eonnaîtra le résultat de l'essai des colonies anglaises, il sera toujours temps de se prononcer.
S'agit-il de l’affranchissement par rachat forcé ou d’un projet de pécule qui doit par la suite être utile aux malheureux esclaves ? C'est encore la Martinique, c'est encore la Guadeloupe, c’est encore Bourbon et la Guiane qui s'entendent pour répondre d'une manière négative, et dans ce sens, que ces mesures seraient en contradiction avec l'état des lois existantes et tendraient à créer des droits incompatibles avec l'esclavage, et par suite amèneraient une confusion de principes qui pourrait causer des bouleversemens dans le pays.
Et n'a-t-on p#s vu combien la prise en considération de la proposition de l'honorable M. Passy a remué les antipathies des planteurs ?
N'a-t-on pas vu alors les journaux les plus deévoués à l'esclavage, ces feuilles obscures qui ne se sont fait connaître que par leur cynisme et par leurs personnalités , mettre en quelque sorte au pilori les députés qui se sont philantropiquement prononcés contre la servitude,
Et na-t-on pas enfin ‘écrit dernièrement de la Pointe-à-Piître ?
« Que les planteurs de la Guadeloupe étaient décidés à abreuver de dégoût Les missionnaires qui pourraient être envoyés dans les colonies pour moraliser les esclaves et les préparer à l'émancipation;
» Que l'on empêcherait les noirs de suivre leurs conférences s'ils ne consentaient à y parler de l'obéissance que l'on doit aux maîtres et du bonheur de l'esclavage ;
» Et qu'enfin si on donnait la liberté aux nègres, ceux-ci devaient s'attendre à n'avoir plus ni case, ni vêtement, ni nourriture, parce qu'ils fermeraient
plutôt leurs ateliers que de leur gonner de l’ouv'age.» .
Et cependant l'émancipation graduelle de l’esclavage ne serait-elle pas pour les colonies une mesure bien entendue dans l'intérêt de leur propre conservation? car si l'on a dit depuis long-temps , avec raison , que l'affranchissement des esclaves devait accélérer la chute du sucre colonial, que les
DES COLONIES. 2935 colonies réfléchissent qu'en retournant ce principe il est possible que d'une question d'économie politique bien établie on arrive à une question plus grave de morale et de justice, et que l'on pourrait prétendre avec autant de raison que la chute des colonies amènerait plus promptement le moment si désirable pour l'humanité où la France proclamera enfin l’entier affranchissement des esclaves de ses colonies.
Si donc, dirons-nous encore aux colons, on vous voit travailler de vous-mêmes à cette émancipation graduelle, si l'on vous voit seulement vous mettre en route et faire chaque jour un nouveau pas vers ce grand but de la civilisation intertrepicale , alors on vous saura gré de vos premiers efforts, de vos premiers sacrifices, on croira à vos bonnes intentions et l'on vous laissera le temps nécessaire pour l'accomplissement de ce grand acte de justice, par lequel vous vous serez vous-mêmes attachés vos nègres par le lien de la reconnaissance.
Que si, au contraire, vous ne cherchez pas à vous acquérir le mérite du bienfait ; si en n’aperçoit dans vos paroles que les mêmes désirs, que les mêmes intentions pour la conservation d'un régime social antipathique à notre époque et qui blesse tous les
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principes de justice, oh! alors, craignez d’être obligés d'accorder à la force ce que l'on n'aura pu obtenir de votre bonne volonté.
Redoutez pour vous l'effet de la réprobation générale.
Songez que s'il est une question sur laquelle le cri de la conscience publique se soit hautement manifesté, c'est sans contredit celui de l’affranchissement des esclaves ; car le cri de la conscience publique, c'est le bonheur général; c'est le bien-être de tous les membres de la grande famille, et ce ne
peut être l’anéantissement moral d’une partie de la race humaine,
Songez encore que pour presque tous les hommes l'esclavage est un crime aujourd'hui ; songez surtout que, dans l’idée de la grande majorité de la France, le maintien de l'esclavage dans ses colonies est une tache pour le caractère national.
Si donc vous ne voulez pas vous aliéner entièrement les personnes qui désirent encore franchement votre prospérité, allez promptement au deant de l'avenir qui vous menace, en préparant vous-mêmes les voies de l’affranchissement général :
n'oubliez pas que depuis long-temps vos noirs
comptent sur la liberté, que depuis long-temps elle leur est annoncée, que le Gouvernement à dit qu'il n'attendait que le moment de la proclamer, et que le poids des chaînes doit être encore plus lourd
pour le malheureux auquel on a dit qu'il allait être libre.
Ne dites donc plus que vos esclaves ne sont pas encore préparés à jouir de la liberté , lorsque tout nous prouve que C'est vous qui n’êles pas encore disposés à la leur accorder.
Ils ne s'en soucient en aucune facon , répélezvous sans cesse, et ils ne sont pas faits pour la comprendre ; ils n'ont ni esprit, ni intelligence, ni activité, ni industrie : c’est une espèce de bétail noir et rouge qui ne pourrait pas sortir de son abjection, c'est une race inepte qui ne saurait Jamais tenir une place dans la société.
Voilà en peu de mots les inconcevables raisons mises en avant par les partisans de l'esclavage,
Îls n'ont ni esprit, ni intelligence, dites-vous , et vous concluez de là que, portion secondaire et
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moins éclairée de l'espèce humaine , ils ne sont au monde que pour devenir la propriété de Ia première.
Mais si par Le seul fait de la couleur de votre épiderme, vous vous sentez tellement supérieurs à la race des nègres : au lieu de rechercher si leur angle facial est moins ouvert que celui des blancs ou si leur cerveau n’a pas une grande analogie avec celui de l'orang-outang; au lieu de les mépriser au point de leur contester le droit de bourgeoisie dans la société humaine, cherchez plutôt à leur montrer votre supériorité ; au lieu de les laisser dans l'ignorance, efforcez-vous de les éclairer ; au lieu de les
fustiger, tâchez de les instruire.
Et vous verrez alors que ces noirs si méprisés ,: que ces êtres qui dâns votre opinion ne savent obéir qu'aux sollicitations du fouet, que ces hom-. mes enfin que vous appelez des machines inertes, ne recevant de mouvement que d’une impulsion étrangère, sortiront bientôt de cet état d’ilotisme et d'abrutissement où vous les avez plongés !
Brisez leur esclavage, rendez-les à la race humaine, et ils sauront bientôt s'élever à la hauteur de leur nouvellecondition ; rétablissez-les dans leur dignité d'hommes, et vous les verrez aussitôt retrou-
ver l'esprit et l'intelligence dans le premier de tous les biens, le sentiment de la liberté !
Et alors, par cet affranchissement, vous aurez encore contribué à votre bien-être, car*en abolissant l'esclavage dans vos contrées vous y aurez multiplié les hommes; en y multipliant les hommes vous aurez multiplié autour de vous les intelligences et les talens, et par conséquent vous aurez multiplié
vos Chances d’accroissemens et vos moyens de prospérité !
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OQUATRIÈME PARTIE.
AUX CHAMBRES LÉGISLATIVES. ÿr
Dans les pays gouvernés par une sage Constitution , si le pouvoir peut quelquefois oublier ses promesses, les chambres législatives sont principalement instituées pour lui rappeler qu'il est des droits acquis et des principes de loyauté (4 à qu'un gouvernement ne saurait jamais impuné- j' ment violer,