‹ Les Colonies Familiales d'AliénésChapitre 24 sur 70 · CAT BR · texte numérisé non relu

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différent de celui du médecin d’asile. Bien choisir les malades, les associer entre eux, les associer aussi avec les nourriciers, instruire ceux-ci autant dans l'intérêt de leurs pensionnaires que dans leur propre intérêt, tout le fonctionnement de la colonie est dans ces détails. Fermeté, patience et tact, telles sont les qualités indispensables pour en imposer à l’aliéné et obtenir des paysans et des ouvriers auxquels on confie des malades, l’assistance physique et morale nécessaire à son état.

Sa satisfaction est d’ignorer les verrous, les clés, les cellules, les moyens de contrainte ; il domine ses malades par sa seule volonté et l'influence morale qu’il peut prendre sur eux. Il ne doit compter que sur lui-même, pour maintenir chez ses malades le calme relatif que leur assure la liberté.

Le médecin doit maintenir son influence morale par un contact incessant avec les malades. Pour avoir pas tout de suite trouvé le médecin, qui par quelques minutes d’entretien, rétablit momentanément l’équilibre, il est arrivé .que certaines malades ont réagi violemment,ou fait des tentatives d'évasion. IL faut que les malades sentent un protecteur dans le médecin, puissent à tout moment lui expliquer leurs désirs, leurs besoins et faire leurs réclamations. Au cours de ses visites régulières dans les placements, le médecin les engage à venir lui exposer leurs plaintes, ou lui faire part de leurs inquiétudes, le matin à l’heure habituelle de la visite médicale des infirmeries. Là elles peuvent voir le médecin seul,

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et se confier à lui, sans craindre l’indiscrétion des nourriciers et des voisins.

Tel st le rôle du médecin de colonie familiale. Nous allons voir maintenant dans quelles conditions se trouvent les malades, quelle est leur vie dans les placements, et leurs rapports avec les nourriciers.

Les malades arrivent à la colonie par transferts venant directement des Asiles de la Seine ou encore des asiles de province hospitalisant des malades au compte du département de la Seine.

Chaque transfert est composé d’une vingtaine de malades. I] ne faut pas que le nombre en soit trop élevé, car il nécessite beaucoup de places disponibles dans les locaux du siège central et des dépenses inutiles pendant quelques jours.

A leur arrivée les malades fatiguées par le voyage, sont soumises à un examen rapide et mises en observation dans les infirmeries et au pavillon.

Le lendemain elles sont photographiées et leur photographie est jointe à l’observation. Les médecins examinent leur état physique et mental et désignent celles qui doivent être placées à la ville ou à la campagne, chez tel nourricier de préférence à tel autre, ou bien ils jugent s’il n’y a pas lieu de prolonger l’observation à l’infirmerie. En fait de placement familial, il faut s'occuper non seulement de ce que l’état mental de la ma:ade peut avoir de

pathologique, mais encore de son caractère, de son tempérament, de son éducation première, du milieu dans lequel elle a vécu avant son internement, de son ancienne profession, en un mot de sa situation so” ciale, et si possible de son degré d’adaptabilité sociale.

Une malade, par exemple, qui a été domestique de ferme, sera désignée pour un placement à la campagne, dans un hameau où tous les nourriciers exploitent du terrain autour de leur maison et élèvent du bétail. Ces malades s’adaptent en général très vite en se trouvant dans une ambiance qui leur a été familière autrefois.

Par contre, les malades qui ont vécu à la ville, sont désignées de préférence pour les placements urbains, où le logement est plus coquet, où les mamères des nourriciers sont un peu plus raffinées et où elles sont susceptibles de trouver une occupation conforme à leur goût et à leur aptitude.

Pour que, dans le même placement, où elles sont habituellement deux ou trois, les malades vivent en bonne intelligence, il faut autant que possible grouper les personnes ayant les mêmes réactions.

Quelques pensionnaires se rendent d’elles-mêmes compte de ces affinités et demandent de cohabiter avec telles de leurs compagnes avec qui elles peuvent faire bon ménage.

Souvent deux malades venant du même asile demandent à être ensemble ; ce désir est satisfait toujours lorsque c’est possible. Elles s’aident ainsi à s’acclimater l’une l’autre.

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En règle générale, il faut placer les malades le plus rapidement possible, de façon qu’elles n’aient pas le temps de s’habituer au régime, soit des infirmeries, soit du pavillon. |

Les démentes chroniques calmes, sont de beaucoup les plus faciles à placer et celles qui s’adaptent le plus vite au système familial. Mais encore faut-il qu’elles soient surveillées jusqu’au jour où elles sont capables de reconnaître leur chemin, sinon elles marchent devant elles et s’égarent.

Pour les placements éloignés et isolés, on choisit de préférence des malades peu sociables et difficiles, de façon à éviter les causes d’excitation, plus fréquentes dans les agglomérations. En résumé, le bien être des malades, leur existence heureuse, dépendra du choix des nourriciers auxquels elles seront confiées. Ce choix n’est pas toujours aisé ; il est soumis à de nombreux facteurs. En plus de la connaissance du caractère de la malade, de son délire, de son aptitude à la sociabilité, il faut consulter ses goûts ; préfère-t-elle une solitude relative, ou bien la vie dans une famille nombreuse ? Aimet-elle les enfants ? Aime-t-elle une chambre élégante et ornée, au rez-de-chaussée ou au premier étage ? Préfère-t-elle le centre de la ville, Les faubourgs ou la campagne ? S’entendra-t-elle avec une compagne ? Sera-t-elle indifférente aux opinions politiques ou religieuses de ses nourriciers ? D'autre part, le nourricier lui-même, présente des qualités et des défauts, des préférences et des répulsions. S'il y a

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