‹ Les Colonies Familiales d'AliénésChapitre 26 sur 70 · BAC ER · texte numérisé non relu

BAC ER

la nourricière, il est probable qu’elle restera assez longtemps en placement familial, son adaptation sera faite. On l’observera attentivement en vue de la possibilité d’une sortie. Celles qui les premiers jours paraissent s’adapter le plus vite, ne sont pas celles quelquefois qui sont les plus stables. D’autres enfin, après plusieurs essais infructueux, font preuve de leur inadaptabilité. Elles sont réintégrées dans un asile fermé.

Les conditions de la vie pour chaque malade, dépendent de plusieurs éléments : le nourricier, sa famille, sa maison, puis la chambre, la nourriture, le bien être, et enfin la ou les compagnes.

Un règlement, dont nous avons déjà indiqué les articles principaux, précise aux nourriciers quels sont ses devoirs envers ses pensionnaires. Chaque nourricier est munt d’un livret indiquant l’état civil de ses pensionnaires ; ce livret est parafé lors de chacune des visites, par le médecin, qui y inscrit les prescriptions et recommandations spéciales et ses appréciations sur les services du nourricier.

Les nourriciers, ou plutôt les nourricières, car ce sont surtout les femmes qui s'occupent des pensionnaires, sont en général de braves gens, dévoués et capables d’attachement à leurs malades. Comme le disait M. le Dr Marie, on observe chaque jour « le tact et la délicatesse de certaines paysannes, désireuses d'éviter le moindre froissement à une aliénée défiante et ombrageuse ».

Si le type de la bonne nourricière est fréquent,

EN, rs

on en trouve aussi de mauvaises, femmes maladroites et stupides, qui irritent les malades en discutant avec elles, et en essayant de les convaincre de l’absurdité de leur délire. D’autres encore, accordent la plus absolue confiance aux idées de leurs pensionnaires et croient à la réalité de leurs hallucinations. D’autres enfin n’ont qu’un seul but, réaliser le plus de bénéfices possibles sur la nourriture et le bien être de leurs pensionnaires. Sans aucun souci du règlement, elles réduisent les repas à l’offre d’une salade et d’un morceau de fromage. L'hiver, elles ne chauffent pas la chambre pour économiser le bois et le charbon, ou bien ne lavent pas le linge pour économiser du savon, etc. C’est à propos de ces mauvaises nourricières, qu'on peut dire avec M. le Dr, Truelle « qu'avant d’être les auxiliaires du médecin, elles sont les ennemies du malade ».

Ces cas sont heureusement fort rares, mais quand ils se produisent, voici comment 1l est procédé : les pensionnaires qui leur sont confiées, sont des malades conscientes, connaissant le règlement et capables de le faire observer, et d'adresser des plaintes aux médecins. Îl est facile de trouver de telles malades parmi le nombre des persécutées, qui savent exiger et se faire servir. La nourricière qui a eu successivement plusieurs malades analogues, ou bien, se conforme au règlement, ou bien si elle persiste dans sa maucaise volonté et sa négligence, se voit rayer définitivement de la liste des placements. Mais il faut bien le dire, cette mesure est extrême-

Page 1