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CHAPITRE PREMIER

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LE CHOIX DES MALADES APTES A BÉNÉFICIER DE L'ASSISTANCE FAMILIALE

Dans la précédente étude, nous avons appris à connaître ce qu’est l’orgamsation actuelle de lassistance familiale. Nous avons décrit l'existence de l’aliéné à la colonie familiale, existence qui se résume dans la formule « Vie libre mais avec surveillance médicale active et continue ». Si nous avons parlé des malades, des conditions qui leur étaient offertes, nous avons laissé dans l’ombre tout ce qui avait trait aux formes de maladies mentales auxquelles ils appartenaient, et les conditions qu’ils devaient remplir pour pouvoir être envoyés à la

Colonie familiale, nous réservant de le faire dans une étude d'ensemble. |

Cette liberté même, qui est le principe de l’assistance familiale est la raison qui doit entraîrer un choix judicieux des sujets aptes à vivre dans les familles. Du choix judicieux des pensionnaires dépend la prospérité de la Colonie.

Le système de l’assistance familiale, nue aux aliénés, a 40 ans d’existence. Il a fait ses preuves, il n’est pas question de le discuter ici.

Néanmoins, si l’expérience a montré que ce système est possible, le choix des malades auxquels il

peut être appliqué doit rester soumis à certaines règles.

I est tout d’abord des conditions générales que doivent remplir les malades et ensuite des conditions particulières à chaque forme mentale; dans ce premier chapitre nous n’envisagerons que les premières. |

L'état général des futurs pensionnaires doit être satisfaisant. [l faut qu'ils soient capables de jouir de la liberté qui est le grand avantage de la colonie, mais il faut qu’ils ne soient pas disposés à en abuser ; il ne convient donc pas d'envoyer des malades cherchant habituellement à s'évader.

Tout malade dangereux doit être écarté, c’est-àdire tous ceux qui sont susceptibles de se livrer à des actes antisociaux. Le calme habituel est demandé; il faut qu’ils ne soient pas une cause de trouble pour l’ordre public, que par leurs gesticulations bizarres,

ho

leurs attitudes “excentriques, leur tenue indécente, ou simplement négligée ou extravagante, ils n’attirent pas d’une manière déplaisante l'attention des habitants. Doivent être aussi éliminés ceux qui dans leur langage tiennent des propos grossiers, orduriers, ou insultants. Des pensionnaires de mauvaise tenue, grossiers, voleurs, découragent vite les nourriCiers, leur causent des difficultés avec les voisins et, à la longue, tout un coin du pays sera hostile aux malades, |

Tout à fait au début de Vapplication du ne on n’admettait à Dun que des femmes âgées, calmes, tranquilles, sociables, non déliantes, simplement affaiblies intellectuellement, et à Ainay que des hommes âgés de plus de 60 ans. C’était une mesure prudente. Il fallait que ce choix fut sévère pour acclimater la population au contact des pensionnaires. |

C'était là une règle fondamentale pour la création d’une colonie, n’admettre au début que des malades tranquilles, propres, de bonne tenue, valides, ayant le caractère sociable et susceptibles de rendre quelques services aux habitants.

On ne s’est pas limité longtemps à cette catégorie de malades et actuellement on est loin des quelques déments simples des premières années.

La pratique a démontré que l’âge seul n’est pas une garantie suffisante. Un aliéné ayant dépassé la soixantaine, un dément sénile, peuvent aussi bien

devénir excités, violents, dangereux et inaptes à

jouir de la liberté que les aliénés plus jeunes. Parfois, les malades relativement jeunes ne créent pas plus d’embarras que les malades âgés ; convenablement choisis, ils sont aussi faciles à placer dans les familles que ceux-là. Tout dépend de l’individualité du malade et de la manière dont il réagit et manifeste son délire et les défectuosités de son état mental dans son nouveau milieu. L’expérience a montré que l’âge le plus favorable est entre 40 et 60 ans. Pour les femmes, à la considération d’âge est liée la question de l’activité génitale. Une femme jeune non réglée pourra être aisément désignée pour la colonie, tandis qu’une femme de 25 à 30 ans, normalement réglée devra, avant son départ de l’asile faire l’objet d’une étude toute spéciale du point de vue de son érotisme et après son placement être l’objet d’une surveillance particulière. Pour en terminer avec cette question de l’âge, nous dirons que la limite d’âge habituellement imposée au médecin dans le choix des malades, ne doit pas être une mesure absolue, intransigeante, mais par contre, il est de toute nécessité de n’envoyer à la Colonie les malades qu’après une observation prolongée, au minimum après un séjour de 6 mois dans un asile fermé.

Ceci permet aux médecins des asiles de se livrer à une étude complète du malade, de son caractère, de ses habitudes, de son individualté, étude qui seule permet de dire si le malade peut être envoyé dans une colonie familiale sans danger. Cette méthode permet d’éviter dans la plus grande mesure

possible des incidenis regrettables, tels qu’homicides, qui ont eu lieu à la Colonie de Gheel où le placement direct est admis.

Le meilleur juge de la sortie du malade de l'asile, en vue d’un placement familial, c’est donc le médecin traitant, qui, grâce à une longue observation connaît parfaitement les malades confiés à ses soins.

Ces considérations font comprendre que la véritable sélection doit se faire par l’observation. Avant de laisser un aliéné en liberté, il faut connaître sa personnalité avec ses extériorisations, ses tendances sociales, son délire, la manière dont il agit et réagit, la façon dont se combinent, s’amalgament ses idées délirantes avec les manifestations de sa vie extérieure.

On serait porté à penser que depuis la fondation des Colonies familiales en France, l'expérience ait fait connaître quelles étaient les affections mentales compatibles avec la vie familiale. Le Docteur Truezee disait avec raison : « Il n’y a pas de maladie mentale qui soit exclusive de la Colonie familiale, ul y a seulement des malades qui en sont exclusifs ».

Si on étudie, en effet, les statistiques des malades traités et entrés à Ainay et à Dun pendant les six dernières années, on voit que la plupart des formes cliniques des maladies mentales sont représentées dans les colonies.

Et si, demande-t-on, dans quel groupe il faut aller chercher de préférence les malades à envoyer en Colonie familiale, alors avec le docteur Lwoff on dira

qu’il semble, qu’en se tenant strictement aux nécessités de l’assistance familiale, on pourrait distinguer deux grandes catégories :

19 Les malades qui présentent des idées délirvantes et des troubles sensoriels multiples, des délires systématisés de tout genre et qu’on peut considérer comme des symptômes et des syndromes se rattachant à des psychoses diverses aiguës ou chroniques, en voie d'évolution.

Nous les désignerons sous le nom de déhrants.

20 Tous les affaiblis intellectuels, que l’affaiblissement soit congénital comme chez les idiots, les imbéciles et les dégénérés en général, ou bien qu'il soit acquis, sémilité, démence vésanique consécutive aux psychoses et aux intoxications diverses. Les idées délirantes et les troubles sensoriels se rencontrent sans doute très souvent dans ce groupe, mais ils ne jouent là qu’un rôle tout à fait secondaire, et . n’envahissent pas le champ de la conscience, ne forment pas le caractère prédominant de la mentalité du malade, comme chez les délirants, et ne deviennent que rarement les causes déterminantes de leurs actes.

Au point de vue pratique, le seul qui nous intéresse ici, les délirants présentent deux groupes bien distincts : |

19 Ceux dont le délire reste presque entièrement dans le domaine intellectuel ; |

20 Ceux dont les idées de se transforment plus ou moins en actes.

Te

On sait que toute idée à une tendance à se transformer en acte, mais cette tendance est souvent très faible, et le mouvement qui lui succède est à peine ébauché, non perceptible. Aussi des idées multiples et variées peuvent germer dans le cerveau sans se manifester en dehors, alors qu’une seule, peut, aussitôt conçue, donner lieu à une série d’actes. C’est là, au fond, ce qui distingue l’homme d’action du rêveur. On retrouve encore cette. différence chez les aliénés. Un délire très actif, des idées délirantes multiples peuvent ne pas se faire jour au dehors entièrement ou bien avoir la parole pour unique manifestation extérieure.

Par contre, une seule conception délirante, ou un manque d'équilibre psychique sans délire apparent peut donner lieu à une série d’actes déraisonnables et dangereux ; c’est ce qu’on désigne sous le nom de délire des actes. Mais qu'il s’agisse d’un délire des actes type ou d’un trouble mental chez un malade très agissant, cherchant à appliquer dans la vie courante toutes ses conceptions délirantes, on se trouve en présence d’un aliéné qu'il serait impossible de placer dans une colonie familiale,

Pour les délirants, il n’y a qu’un critérium de capacité à vivre en colonie familiale, c’est l'aptitude aux réactions, en prenant ce mot dans le sens le plus large.

Chez les malades dont le délire se cantonne dans le domaine intellectuel, la colonisation familiale est toute indiquée.

Dans le choix des malades, en dehors de toute

considération de délire doit entrer un élément d’appréciation particulier : le caractère. De la connaissance du caractère on appréciera tout naturellement, le degré de sociabilité. Cette étude du caractère prendra une importance toute particulière chez les femmes. Dans cette vie nouvelle, avec cette liberté plus grande, dans ces contacts continuels avec une population un peu fruste, aux expressions peu raffinées, habituée à des soins hygiéniques très sommaires, on conçoit que beaucoup de malades accoutumées à la vie parisienne, trouvent parfois des sujets de froissement. Les malades qui ont le caractère peu sociable exagèrent ces petites misères, les enveniment par leurs récriminations, fatiguent et exaspèrent les nourriciers. Ces caractères difliciles, qui ne supportent ni leur famille, ni une famille étrangère, sont la source de grands ennuis, aussi “est-il nécessaire de les connaître.

Nous en avons terminé avec ces considérations générales qui doivent guider le médecin dans le choix des malades aptes à vivre en colonie familiale.

En nous résumant, nous dirons, qu'ici plus que partout ailleurs en médecine mentale, les aliénés doivent être considérés et étudiés individuellement, ét au point de vue spécial de leur aptitude à vivre librement. Et avec le Docteur TRüELLE, nous dirons en concluant que «le critérium d’aptitude n’est pas dans des considérations d'âge, ni même de variété psychopathique, mais dans le degré de sociabilité des pensionnaires considérés isolément ».

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