‹ Les Colonies Familiales d'AliénésChapitre 44 sur 70 · MALADES INAPTES À BÉNÉFICIER DE L'ASSISTANCE FAMILIALE · texte numérisé non relu

MALADES INAPTES À BÉNÉFICIER DE L'ASSISTANCE FAMILIALE

Le choix des malades colonisables est toujours difficile à faire ; par contre, il est beaucoup plus facile de dire quels sont ceux qui sont impropres à la colonisation familiale.

En premier lieu, il ne faut pas envoyer à la colonie les malades qui ne sont pas assez valides pour jouir de la liberté, se promener à leur guise, se livrer à des occupations qui les distraient et satisfaire seuls leurs besoins élémentaires.

Les impotents plus ou moins complets ne sont pas d’un bon choix. Aucun nourricier ne voudra s’en charger. Cloués au ht, ou dans un fauteuil, ils ne pourront jouir de la nouvelle existence qui leur est offerte. En admettant qu’un nourricier, très dévoué, veuille se charger d’un de ces malades, quel que soit son dévouement, il ne lui donnera jamais les mêmes soins qu’à l’Asile. Dans l'intérêt même de ces malades, 1l est préférable de les conserver dans un quartier spécial. Dans ce groupe, composé de paralytiques,

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d'hémiplégiques, nous ferons aussi entrer les aveugles et les sourds. Ces derniers, à cause de leur infirmité, courrent un danger constant dans une petite ville ou même à la campagne. Ils peuvent être victimes d’accidents multiples qui pourraient mettre leur vie en danger et engager gravement la responsabilité du médecin.

Pour les mêmes raisons, les gâteux sont impropres à la vie familiale. Ils ne peuvent être placés et remplissent les pavillons. Les infirmeries ne doivent pas être un dépôt de gâteux.

D'une façon générale, à quoi bon placer dans une famille, un malade inconscient, désorienté, le plus souvent turbulent ; il ne voudra pas rester dans la chambre qui lui est réservée, ou dans la cour de la maison ; où bien il pénétrera dans les appartements des nourriciers, et croyant reconnaître ses affaires, il touchera à tout, et déclenchera la mauvaise humeur de l’entourage ; ou bien profitant d’un instant d’inattention de la personne chargée de veiller sur lui, il sortira de la maison, pourra s’égarer ou se Jeter à Peau. Malpropres, il répugne aux nourriciers de les voir à leur table. Enfin, souvent ils déchirent leurs vêtements et peuvent mettre le feu.

Cette question des impotents, des infirmes, et plus particulièrement des gâteux, a été traitée par la Société Médicale des Asiles de la Seine, qui, dans son rapport au Préfet de la Seine, en 1907, pose la queston suivante : les malades gâteux doivent-ils être placés en colonie ? Certains affirment, disent les au-

teurs, du rapport, (MM. Vigouroux, Trenel et Truelle) que les gâteux placés en. colonie trouvent des soins plus. personnel de la: part des nourriciers, chaque malade ayant en celui-ci-un infirmier particulier. C’est là un raisonnement spécieux, et si l’on songe aux multiples soins hygiéniques et thérapeutiques que réclame le gâteux, il est plus exact de dire que les gâteux sont des malades ayant justement besoin d’un personnel spécialisé, et d’une visite médicale journalière. impossible à assurer dans une colonie.

D'ailleurs, leur état nécessite une abondance de linge de corps et de literie qui n’existe que dans les établissements publics où le change s’en fait aussi souvent qu'il est besoin, tandis que le nourricier sera toujours parcimonieux de ce linge, même si l’Administration lui en fournit, pour éviter un blanchissage trop abondant, onéreux et difficile. La nuit, le change ne se fera pas. À l’heure actuelle on ne choisit plus de gâteux pour les Colonies.

Les affections longues et incurables, qui demandent des soins journaliers et assidus, comme le cancer, ne sont pas bien traitées dans les familles de paysans.

De même les aliénés atteints de maladies contagieuses, tuberculose pulmonaire en évolution, syphilis à la période contagieuse, ne doivent pas être placés dans une famille. Il faut craindre que le nourricier ou quelqu'un des siens reçoivent le germe de la maladie, et qu’à cause de la vie en commun dans une

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maison souvent étroite, toute une famille soit atteinte par la contagion.

I est aussi de toute nécessité d’écarter de l’assis tance familiale les malades ayant une affection cutanée trop apparente telle que : lupus, psoriasis, ichtyose, dermatites ulcéreuses, toutes affections qui dans un milieu paysan, peu instruit, feront considérer le malade comme un être repoussant à tenir à Pécart.

Le nourricier, les voisins, les autres pensionnaires même fuiront ce malheureux qui, banni de la Société pourra en venir à des réactions violentes envers les autres ou au suicide.

Tous les malades à la période aiguë de leur maladie, tous états d’agitation sont impropres à la vie famihale. Il faut s'abstenir d'envoyer des maniaques, même chroniques, leur tenue bizarre attire trop lattention ; leurs extravagances attroupent les enfants, leurs cris troublent le sommeil et la vie paisible du nourricier, leur gesticulation désordonnée, bien que la plupart du temps inoffensive, effraie. Ils ne peuvent rester en placement et viennent au bout d’un très court délai encombrer les infirmeries et y semer le désordre.

I ne faut pas que dans une ville l’ordre public soit constamment troublé par des individus aux gestes bizarres, aux allures excentriques, à la tenue souvent indécente. Le spectacle est choquant et pénible, aussi bien de la part de l’aliéné qui le donne que des personnes qui le regardent. Ce sont de plus des malades

taquins et mauvais compagnons, qui ont parfois des accès de colère dangereux.

Les intermittents à crises fréquentes, prolongées et violentes ne sont pas susceptibles de vivre en colonie.

Avec des pensionnaires agités, il arrivera fatalement que les nourriciers seront amenés à employer des moyens de contrainte ou de violence dont la surveillance quotidienne sera impossible. Tout le temps se passera en des enquêtes stériles qui aigriront chacun sans pouvoir presque jamais aboutir à une conclusion certaine.

Un autre groupe qui ne peut être confié à ce mode d'assistance est constitué par les impulsifs de toutes catégories, et particulièrement par les déments précoces et les malades atteints de psychose post-encéphaltique. |

Les déments précoces, simples, catatoniques et paranoïdes, sont inadaptables et indésirables. En plus de leurs impulsions toujours possible, ils sont indifférents, inactifs, incapables de subvenir à leurs besoins. Ils négligent les soins de propreté les plus élémentaires, sont sales, débraullés. Ils ne nettoient pas leur chambre, restent accroupis dans un coin pendant des Journées entières. Les nourriciers ne les comprennent pas et considèrent leur négativisme et leur opposition comme de la mauvaise volonté. Ils s’alimentent mal, maigrissent, car leur alimentation exige une surveillance sévère. En hiver, immobiles ils restent de longues heures auprès du poêle, ce qui a pu occasionner des brûlures graves.

Nous verrons dans le chapitre suivant que, cependant, dans certaines conditions on peut en admettre à la Colonie et ce qu’il faut penser des formes sch1zophréniques.

Les encéphalitiques, outre leurs impulsions, dangereuses par leur soudaineté et leur caractère d’ordre surtout génital, présentent des perversions, des troubles du sens moral qui les rendent absolument inaptes à la vie familiale.

À propos des perversions, nous dirons un mot des pervers constitutionnels, déséquilibrés mythomanes, fabulateurs, fous moraux, qui par leurs conversations, leurs lettres souvent anonymes, leurs plaintes aux autorités, occasionnent les pires ennuis et à la population et à leurs nourriciers et aux dirigeants de la Colonie.

Il en est de même de ceux atteints de perversions instinctives, maraudage, tendances au vol, érotisme, qui sont la cause de conflits entre l'Administration et la population. Puisque les colonies ont précisément pour but de rendre autant que possible les aliénés à la vie commune, il faut que ceux-ci n’aient pas de tares constitutionnelles qui les rendent impropres à cette vie. Ces dégénérés avec tendances érotiques sont une occasion de scandale par leurs gestes indécents ou leurs propos grossiers. Souvent, à l’asile, ils savent assez bien dissimuler des mauvais penchants qui n'apparaissent qu'après la mise en liberté. Pour apprécier la tenue d’un malade, ses réactions et ses propos, le médecin se rendra compte de l'effet produit,

non pas dans un asile fermé, mais dans une rue, sur une place publique, au milieu d’une population normale. Tel fait sans importance à l’asile, devient une occasion de scandale à la Colonie.

Pour en finir avec les malades qu’il faut absolument éliminer de l’assistance familiale, nous parlerons des épileptiques et des alcooliques. Si un épileptique est présenté à un médecin de colonie familiale, celui-ci devra être intransigeant, inflexible et ne pas l’accepter. Cette catégorie de malades ne présente que des inconvénients.

C’est un spectacle pénible pour la population, qui frappe désagréablement l’imagination, et n’encourage pas en faveur des pensionnaires, que celui d’une crise d’épilepsie. Aucun travail ne pourra être confié à un épileptique, les nourriciers ne voulant pas engager leur responsabilité. Ces malades sont exposés du fait seul de leurs chutes inconscientes et imprévues à des dangers constants. Le traitement gardénalique ne peut être suffisamment surveillé. Les équivalents de toutes sortes, les impulsions, les fugues, les accès de délire sont autant de complications qui peuvent surgir chez un épileptique. Enfin le caractère même de l’épileptique qui est essentiellement antisocial, suffirait à le faire rejeter de la colonie familiale. A ce sujet, on peut citer l’avis de la Société médicale des asiles de la Seine : « Le caractère épileptique rend ces malades insupportables, même dans les asiles, seul lieu cependant où il soit possible de subir leurs fantaisies. Ils en sont la plaie et il n’est pas sans

exemple qu'ils aient fomenté des révoltes. Il en serait dé même dans les colonies ».

Une autre catégorie de malades sont d’un effet désastreux dans une colonie. Ce sont les alcooliques non déments, récidivistes, ayant été internés plusieurs fois, incapables par conséquent de vivre en hberté.

Souvent très bons travailleurs, ils sont de ceux auxquels l’assistancé familiale peut être nuisible à cause de leur indocilité et, par suite, de la difficulté d’une surveillance assez assidue pour les empêcher de se livrer à leur penchant ; ils sont susceptibles de créer des incidents graves. La surveillance la plus rigoureuse ne Îles empêche pas de se procurer de l’alcool lorsqu'ils en ont le désir. Tant que leur intelhgence n’est pas complètement éteinte, ils concentrent tout ce qui leur reste d’activité psychique et physique vers ce but unique : se procurer de l’alcool. Ils demandent de l’argent à tous leurs parents, se mettent à travailler, à emprunter, à mendier, à vendre les effets de la colonie, à menacer même pour se procurer le poison. Ils boivent même s’ils n’ont pas d'argent. À la campagne, le verre de vin est la récompense de menus travaux faits chez des habitants différents au cours d’une même journée. Ils sont d’un très mauvais exemple pour leurs camarades de placements qu’ils entraînent parfois aux mêmes excès.

Leurs excès sont une cause de scandale. Ils jettent la déconsidération sur les autres pensionnaires, troublent l’ordre public, immobilisent le personnel

de surveillance, provoquent des rassemblements sur la voie publique et deviennent souvent dangereux.

Enfin on n’enverra pas à la colonie des malades ayant commis des délits de droit commun.

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