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Déments séniles et vieillards mentalement affaiblis
Les déments séniles et les vieillards mentalement affaiblis ne trouvent pas tous leur place à la colonie familiale. Nous en avons déjà éliminé les gâteux, les impotents, les infirmes et ceux dont la désorientation est très profonde.
Certains sont bruyants, bavards, désordonnés de tenue et de langage, ils n’ont plus de mémoire, s’égarent, souvent ils sont égoïstes, et souvent maussades. D’autres présentent des épisodes délirants, délire de revendication et de persécution, avec idées de préjudice, jalousie. Ils deviennent méfiants, portent leurs récriminations à tous ceux qui veulent les écouter et sont souvent susceptibles d’actes de violence. Ces vieillards réclament une surveillance constante que leur entourage ne peut souvent leur accorder.
Les enfants appelés au dehors de la maison par le travail quotidien, ou bien las de les soigner et de les entretenir, les font recevoir à l’asile d’aliénés pour qu’ils y meurent et, où en attendant ce dénouement, leur vie consiste à manger et à dormir. La plupart ne souffrent pas de la privation de liberté.
D’autres, au contraire, qui à leur entrée à l’asile présentaient un léger état de confusion mentale avec excitation psycho-motrice, reconnaissant une cause toxique, après un certain séjour, après avoir reçu les soins que nécessite leur état, reprennent une santé physique plus florissante ; la vie réglée, le calme, le repos, agissent favorablement sur leur état mental. Ils redeviennent de bons vieillards, affaiblis mtellec-
tuellement certes, mais, capables cependant, de s'occuper à de menus travaux de ménage et de couture.
Leur affectivité n’est pas abolie, reconnaissants des soins qui leur sont donnés, des prévenances qui
les entourent, ils s’attachent à quelques-uns de leurs compagnons d’infortune et au personnel qui les soigne. Ceux-là souffrent de leur internement, et demandent à sortir. La famille, à ce moment, pourrait reprendre son malade, mais quelquefois elle est trop pauvre pour entretenir l'être inutile et encombrant qu’on veut lui rendre, ou bien, si elle est assez riche pour le faire, elle ne se soucie pas d’accomplir ce devoir. La plupart de ces vieillards, sont donc condamnés à être toute leur vie à l’asile, parce qu'ils ne trouvent pas chez leurs proches l’appui nécessaire à leur faiblesse mentale.
L'assistance dans une famille étrangère réalise pour eux un bienfait, en leur assurant une vie plus heureuse. À Dun, ces malades sont aimées des nourriciers à qui elles rendent des services appréciables.
En général, ces petites vieilles, en semaine ne sortent pas beaucoup, mais le dimanche, proprement vêtues, après avoir entendue la messe, elles vont par groupe se promener dans le pays, et rentrent pour déjeuner, n’oubliant jamais d’apporter quelques friandises qu’elles partagent volontiers avec les enfants de la nourricière.
D’autres malades, plus affaiblies intellectuellement que les précédentes, peuvent aussi bénéficier du placement familial, nous voulons parler du groupe des presbyophrénies chroniques. Ces malades avec un affaiblissement intellectuel profond, conservent souvent le sens des convenances sociales, elles sont polies et souriantes. Les nourricières veulent bien s’en
charger quand les médecins de la colonie, placent avec une telle malade, une ou deux pensionnaires lucides qui peuvent la surveiller et la diriger.
Dans ces conditions, on peut arriver à placer aussi quelques vieillards malpropres par intermittence, dont on prévient le gâtisme, le jour, en leur faisant accomplir régulièrement leurs besoins naturels et la nuit en les faisant lever à heure fixe.
Malgré cela, comme nous l’avons déjà dit, il faut éviter d'envoyer à la colonie des malades gâteux, et cette mesure de pis-aller, n’est acceptable que pour les malades dont le gâtisme s’installe après leur arrivée à la colonie. :
Parmi le groupe des démences organiques le choix est très restreint. L’état mental est à peu près le même que celui de la démence sénile, avec quelques modifications : l’émotivité, la sensiblerie sont peut être plus accusés. L’obstacle est constitué par l’état de déchéance physique. Certains aphasiques, pseudobulbaires frustes, syndromes de Parkinson, séquelles d’hémiplégie ancienne, en un mot, tout ce qui constitue la démence antériopathique, pourra bénéficier du placement familial.
Avec la surveillance médicale qui leur y est assurée, ces malades pourront vivre de longues années en colonie familiale sans incidents graves.
On sait que déments séniles et déments organiques présentent souvent, sous forme de colère, des réactions violentes. La première qualité requise pour le placement familial de ces malades, est qu’ils ne pré-
sentent pas de telles réactions. A Dun, une démente sénile, chaque fois que sa nourricière lui servait un mets qui n’était pas à sa convenance, lui lançait la nourriture à la figure et cassait les assiettes. Cette malade a été réintégrée dans un asile fermé. Il y avait dans ce fait incompatibihté absolue avec la vie familale.
” Paralytiques Généraux
L’étude des statistiques montre la faible proportion des paralytiques généraux à la Colonie familiale. Certains les ont rejetés catégoriquement de ce mode d’assistance, les autres, tout en reconnaissant la nécessité d’un choix sévère, ont voulu en admettre quelques-uns.
« Là, encore, dit le D' Marie, on ne peut dire que les paralytiques généraux, peuvent ou ne peuvent pas fournir des membres à la colonie familiale, si le plus grand nombre se montre incompatible avec cette vie, certains d’entre eux peuvent y vivre et en bénéficier, en particulier, les femmes paralytiques générales ».
Les paralytiques généraux susceptibles de bénéficier de ce genre de vie peuvent se rencontrer, mais ils sont rares, trop rares pour qu’on puisse recommander cette catégorie de malades pour la vie familale.
La plupart sont exposés à une déchéance souyent
rapide, et à des complications multiples, il faut aussi bien pour leur état mental, que pour leurs troubles physiques, une surveillance constante.
Cependant, certains d’entre eux, dont la maladie présente une évolution remarquablement lente, qui. ne présentent aucun délire sont parfois plus maniables que certains déments séniles.
L'évolution de la paralysie générale peut être entravée par les moyens thérapeutiques modernes, en particulier par le siovarsol et la malariathérapie.
Ici, plus que partout ailleurs, le critérium de guérison est donné par l'aptitude à la reprise de la vie sociale.
Ceux qui sont guéris dans ce sens, sortent de l’Asile et ne nous intéressent pas du point de vue auquel nous nous plaçons dans ce travail.
Chez beaucoup de ces malades, une thérapeutique active fait régresser l’état démentiel sans toutefois permettre le retour à l’activité sociale ; chez d’autres, l’action thérapeutique se borne à arrêter l’évolution du processus destructif, sans qu'il y ait régression de l’état de démence, c’est ce qu’on appelle les formes fixées de la paralysie générale ; chez d’autres enfin, traitées par la malariathérapie, le tableau clinique habituel de la paralysie générale, subit de profondes modifications, on voit se superposer une nouvelle psychose atypique, prenant soit la forme de débres systématisés hallucinatoires, soit la forme catatonique, soit la forme paranoïde.
Pour les premières formes, les formes régressives,
au cours desquelles les malades auront récupéré un jugement satisfaisant, une auto-critique suffisante, le placement familial sera tout indiqué. Là, ils seront surveillés, traités, ce pourra être pour eux une période transitoire, une sorte de moyen terme entre la vie d’asile et la vie sociale normale.
Pour les autres, la possibilité de vivre en colonie sera donnée par l’état d’affaiblissement intellectuel, le degré d’excitation psychomotrice, et, en général, par l’aptitude aux réactions.
Des essais d'adaptation de malades de ce genre ont été tentés à Dun depuis trop peu de temps pour qu’on puisse prendre parti. Cependant, on peut dire que chez quelques-unes de ces malades, l'excitation génésique était telle qu’il a fallu rapidement les réintégrer en asile fermé. C’est pour l’avenir une première indication d’orientation dans le choix de telles malades. |
Chez d’autres malades, d’ailleurs améliorées, on a pu noter une tendance marquée aux excès alcooliques. D'ailleurs il est d'observation courante, de les voir dès leur arrivée, chercher à s’employer chez les marchands de vin, dans les cafés, où elles pourront boire, s’amuser et faire étalage de leur coquetterie.
Leur suggestibilité, leur approbativité facile, peut les faire devenir beaucoup plus aisément que d’autres, la proie d'individus mal intentionnés ou en état d’excitation ébrieuse, d’où scandale possible et réintégration imposée. Il est aussi certaines P. G. qui à cause de leurs idées de grandeur ne veulent accepter
de porter les vêtements de la colonie ou d’être placées chez des paysans.
Le médecin hésite également souvent à choisir ces malades parce qu’il lui est pénible de ne pouvoir continuer chez les pensionnaires placées, un traitement ayant déjà amené une sérieuse amélioration.
Le traitement des P. G. demande en effet une surveillance assez minutieuse (prise de température, nourriture appropriée, réactions possibles). De plus les malades ne s’y soumettent pas aisément, ne viennent pas au jour indiqué pour la piqûre. Celle-ci amène parfois des périodes d’excitation psychique et les nourriciers s’étonnent de voir un traitement aggraver passagèrement l’état mental d’une pensionnaire autrefois calme.
Quant aux moyens de contrôle du traitement (ponction lombaire, prise de sang) ils nécessitent un séjour court mais indispensable dans des infirmeries toujours encombrées, qui facilite la désadaptation au placement familial. D’autre part, on constate que la suppression de cette cure d’entretien amène la rapide disparition de l’amélioration du début et on voit certaines de ces malades retomber peu à peu dans un affaiblissement démentiel, ou devenir gâteuses.