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Idiots. Imbéeiles. Débiles mentaux L’idiot complet ne paraît pas apte à bénéficier de
l’assistance familiale, telle qu’on la pratique à Dun Thèse Bobé. 42
et à Ainay. Au plus bas degré de l’échelle, réduit à la vie végétative, il réclame des soins constants, une hygiène spéciale qui le fait vivre. La plupart sont atteints d’affections neurologiques, hémiplégies, paraplégies infantiles, maladie de Little, qui les empêche de se mouvoir ; de plus beaucoup sont sales et gâteux.
Les imbéciles sont en grand nombre des pervers instinctifs, violents, méchants, érotiques. Ceux-là ne devront pas être placés à la colonie familiale, mais il en est chez qui les facultés morales sont plus développées que les intellectuelles, alors ils sont, au contraire, très susceptibles d’attachements, très reconnaissants des soins qu’on leur donne, et par suite, faciles à diriger. Placés dans une famille, surveillés, ils pourront s'adapter, et se trouveront très heureux de ce régime, d'autant plus que, susceptibles de faire une besogne simple, ils seront récompensés par quelques sous ou quelques suppléments de nourriture, dont ils apprécient toujours la valeur.
Pour cette catégorie de malades, il faudra tenir particulièrement compte de l’âge et surtout en ce qui concerne les femmes, 1l ne faudra pas envoyer à Dun, des imbéciles jeunes. Chez elles, le manque de jugement, la prédominance des instincts les met à la portée du premier venu.
Les débiles simples, non délirants, calmes, guéris de bouffée délirante polymorphe, internés plusieurs fois, qui se sont montrés incapables de vivre en société, seuls, sans appui, se trouvent bien du régime familial. La vie matérielle leur est assurée. Pébar-
rassés de tous les soucis de la vie quotidienne ils sont heureux de cette vie nouvelle dont ils jouissent avec une douce euphorie. Alors qu’à l'asile ils sont souvent insupportables dans un quartier, assaillant le médecin de réclamations continuelles, demandant leur sortie plusieurs fois au cours d’une même visite, à la colonie ils sont satisfaits, la liberté accordée leur est amplement suflisante.
Les dégénérés atteints de manie raisonnante ou de folie morale, les déséquilibrés, sont insupportables dans les familles. Ils exagèrent, sans mesure, les inconvénients de leur situation et se plaignent continuellement, [ls injurient et méprisent les paysans chez lesquels on les place. Ce sont avec leurs nourriciers des disputes incessantes, entraînant des mutations de placement continuelles. Puis vient un jour où ils déclarent qu'ils refusent d’habiter chez des paysans. Alors ils sont réintégrés dans un asile fermé.
En plus de ces difficultés qu'ils créent avec les nourriciers, les uns cherchent à s'évader, les autres causent du scandale sur la voie publique, par leurs gestes indécents ou leurs propos grossiers. Ce sont des individus qui, comme le dit Regis « avec toutes les apparences du jugement et de la raison se laissent aller d’une façon inconsciente et souvent paroxystique, à des écarts de conduite, à des inconséquences, à des excès, à des actes d’immorahté véritablement pathologiques ».
Les troubles mentaux présentés par ces malades, amoralité, inaffectivité, inadaptabilité, impulsivité,
font que pour eux une étude approfondie s'impose, avant de les laisser jouir de la liberté offerte par le placement familial et nous dirons même qu'il est bien préférable de ne pas en envoyer à la colonie
familiale.
Les délirants. Les persécutés
Les délires de toute sorte et surtout les délires de persécution, sont parmi les affections mentales, celles que l’on rencontre le plus fréquemment à la Colonie
familiale. Les persécutés, qu’ils appartiennent soit au délire systématisé chronique, soit au délire hallucinatoire chronique, soit au délire d'interprétation, sont nombreux à Dun et à Ainay. Comme partout ailleurs, un choix rigoureux s'impose. Tous ne sont pas bons pour ce mode d’assistance.
Les persécutés actifs, internés depuis peu, aussi bien à la Colonie qu’à l'asile, protestent contre leur internement. Mais à l’asile, à cause de la discipline et de la contrainte morale imposée par l’internement, l’individualité du malade, sous l'influence de son délire, ne se manifeste pas aussi librement qu’à la Colonie. Là 1l peut aller et venir, sortir de la maison, injurier et frapper les gens qu'il rencontre et qui lui déplaisent, et, à l’occasion des moindres incidents de la rue, alimenter son délire. Ceux-là ne sont pas aptes à bénéficier du placement familial:
Pour ceux qui, de persécutés, peuvent un jour
devenir persécuteurs, l’assistance familiale présente aussi de gros inconvénients. L’internement dans un asile fermé est la seule mesure qui donne des garanties indispensables contre les accidents. ts
Enfin, il faut surtout exclure de la Colonie les persécutés qui ont un caractère insociable. L’insociabilité se manifeste par des récriminations sans trêve qui lasseront la bonne volonté des meilleurs nourriciers. Le D' Truelle, écrit à propos des délirants aptes à bénéficier du placement familial : « Il n’y a guère qu’un critérium de capacité à vivre en Colonie familiale, c’est l’aptitude aux réactions. On a dit aussi très justement qu’il ne convenait d'admettre que des malades résignés à leur délire. Cela s’applique à toutes les variétés délirantes. Il est impossible de fixer des catégories parmi les formes pathologiques décrites que le malade soit un délirant chronique progressif ou un dégénéré, que son délire soit systématisé ou non, qu'il soit accompagné, alimenté par des hallucinations, ou surtout intellectuel, peu importe dans l’espèce.
Une seule question se pose : Est-il résigné à son délire ? Si c’est un persécuté, accepte-t-1l ses voix comme un phénomène banal ? A-t-il oublié tout projet de vengeance ! Si c’est un ambitieux, renoncet-il à faire valoir ses droits, ou rejette-t-il la réalisation de ses projets dans un avenir illimité ? Quelle que soit la variété du délire, le malade est-il définitivement soumis à son internement ? Ce sont là les points qui importent. Ce sera donc parmi les chro-
niques que le choix sera fait mais pas exclusivement. Il est des malades qui dès le début de leur délire, supportent leurs malheurs avec une résignation suffisante pour vivre en Colonie ; d’autres qui, bien que chroniques ne les supportent jamais. C’est donc particulièrement sur les réactions du malade que doit porter l'étude du médecin. L’examen du dossier et du comportement antérieur du malade donneront de précieuses indications. C’est une étude délicate, d’autant plus que les conditions d’existence à la Colonie sont très différentes de ce qu’elles sont à l'asile. De là, possibilité de réactions qui n'avaient pas l’accasion de se manifester dans ce milieu, et qui Pont à la colonie.
Aussi est-ce pour ainsi dire les réactions en puissance qu’il faut connaître, aussi est-ce impossible de ne pas se tromper souvent ».
Pour ce qui est des persécutés, en particulier, beaucoup après un long séjour dans un asile fermé, voient leur délire se stabiliser. À ce moment, ils deviennent des recrues pour les colonies et de bonnes recrues.
Dans un travail sur les malades aptes à vivre en colonie familiale, les DTS Marie et Vigouroux, ont étudiés particulièrement la question des persécutés. « Tout lé monde sait, disent-ils, et Falret en a fait depuis longtemps la remarque, que les réactions dangereuses des persécutés se montrent dans les pre- muères périodes de leurs psychoses, alors que les troubles sensoriels et les persécutions qu’ils subissent trouvent un terrain neuf, une énergie intacte. Pro-
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gressivement, leur énergie se fatigue et dans la période de persécution se produit une phase de résignation.
Nous la rencontrons fréquemment chez les malades de la colonie. Ce n’est plus, du reste, une résignation complète, totale : à l’occasion d’une recrudescence dans les troubles sensoriels ; d’une nouvelle orientation des idées de persécution, surviennent parfois des récriminations, des demandes de changement. Alors une simple mutation, le retrait pendant quelques jours à l’infirmerie centrale, suffisent pour longtemps à calmer cette exacerbation.
Il se forme chez ces malades comme un dédoublement de la personnalité, une personnalité délirante, victime du clergé, des francs-maçons, etc. une personnalité agissante travaillant avec intelligence et très à même d’apprécier les douceurs et les avantages de la vie familiale.
Arrivés à cette phase, les persécutés sont aptes à la colonisation familiale et sont appréciés par les nourriciers.
Il en est d’autres encore qui, moins résignés, plus délirants, peuvent aussi non seulement vivre à la colonie, mais bénéficier de cette vie, ce sont ceux qui, par leur tempérament, par leur éducation, ne sont pas portés aux réactions dangereuses, ceux, par exemple, qui pour toute réaction, se bornent à écrire. L'observation individuelle seule peut les désigner.
Enfin, à la période mégalomaniaque du délire, le dédoublement de la personnalité est encore plus net,
et le millionnaire ou le roi condescendent à vire dans une chaumière et à s’y trouver bien ».
On rencontre un grand nombre de ces malades dans les asiles qui seraient capables de vivre en liberté surveillée. Placés à la colonie, ils sont très sympathiques à la population. Ce sont des sujets en général propres, travailleurs, soigneux de leur personne, sobres, se tenant bien dans la rue et causant rarement du scandale par une attitude extravagante et des gestes bruyants ou désordonnés.
Ils sont, en vertu de leur affection mentale, peu communicatifs, distraits, hautains parfois. Leur tenue, leur correction, leur distinction même imposent le respect aux nourriciers.
Leur propreté, leur langage choisi et poli sont d’un très bon exemple. À Dun ces malades sont très nombreuses et l’expression employée dans beaucoup de placements de « nos dames » démontre qu’elles ont su se faire respecter des nourriciers.
La plupart taisent leurs ennuis antérieurs, sont d’une grande réserve, trouvent aisément du travail et arrivent à se faire une situation agréable.
Ce n’est que poussés par l’interrogatoire médical qu'ils consentent à laisser découvrir leurs ennuis et les persécutions qu’ils subissent. Car s’ils ont renoncé à leurs revendications et à leurs plaintes, si leur énergie a été fatiguée par une lutte sans résultat, ils n’ont pas renoncé à leurs idées de persécution, que bien souvent des troubles hallucinatoires les empêchent d'oublier. Le DT Pasturel donne au sujet
de ces malades un conseil fort judicieux : « Il faut se
garder de raviver leur délire, ou mieux de le cultiver.
en les interrogeant trop souvent. Chaque interview
non forcé avec eux, chaque conversation roulant sur
leurs troubles sensoriels et hallucinatoires joue comme -un stimulant et apporte un aliment nouveau à leur conception délirante. Ce sont des malades qu’il faut
savoir ne pas voir ».
On voit donc qu’un choix judicieux parmi les nombreux délirants chroniques qui encombrent les asiles, peut apporter un excellent contingent au placement familial. Ces malades qui, sans cesse réclamentleur liberté, seront heureux en arrivant à la colonie, de retrouver enfin cette liberté tant désirée et les nourriciers eux-mêmes seront très satisfaits d’avoir chez eux des pensionnaires capables d’apprécier leurs bons soins et aussi, il faut bien le dire, de leur rendre quelques services.
Les idées de suicide et la mélancolie
L’inopportunité et le danger de placer en colonie familiale des malades ayant présentés des idées de suicide, de quelque origine qu’elles soient, apparaîtraient évidents à un examen superficiel. Or, le nombre de ces malades placés à Dun et à Ainay nous oblige à un exposé présentant ceux qui sont capables de s'adapter et de vivre dans les conditions offertes par le placement familial. | :
Cette question du placement des mélancohiques est extrêmement délicate et a donné lieu à bien des dis- CUSSIONS.
C’est toujours un grand risque de mettre en liberté, même surveillée, des malades à idées de suicide. C’est encore là une question d'espèce ou plus étroitement de cas particulier.
Guislain n’était pas partisan d’une surveillance étroite et d’une séquestration absolue pour tous les mélancoliques. À leur sujet, il dit : « On imaginerait à tort que la séquestration dans une maison spéciale est rigoureusement exigée pour le traitement de tous les états mélancoliques. Au contraire, je ne crains pas de le dire, on voit plus d’une fois le cas des malades s’aggraver, malgré la bonne organisation de l'établissement. Il existe souvent trop de tumulte, on y rencontre trop d’impressions pénibles ».
Cette remarque de GuisLarn contient une grande part de vérité, mais il n’en reste pas moins vrai que le mélancolique ne peut guérir que si, d’une part, il est isolé du milieu dans lequel sa maladie à débuté, et d’autre part, s’il est réconforté et soutenu moralement. S'il ne convient pas d’enlever aux asiles tous les mélancoliques, un certain nombre cependant, à la condition d’être choisis avec soin, pourraient avantageusement être placés dans une famille étrangère à la campagne.
Parmi les mélancoliques, ceux dont l’état émotionnel est encore trop aigu pour faire craindre le suicide, ne sont pas des malades de colonie,
Les délires mélancoliques avec hallucinations pémbles, nombreuses et constantes, avec idées d’empoisonnement très arrêtées, délire hypocondriaque actif provoquant le refus d’aliments, la mélancolie anxieuse ou stupide, doivent être éliminés.
Les chroniques seuls sont susceptibles de pouvoir vivre en colonie et parmi eux, ceux chez qui l’affaiblissement intellectuel a fait des progrès suflisants pour atténuer l’acuité de l’état émotionnel pénibte. C’est une garantie incomplète sans doute, mais on ne peut exiger l’absolu, contre les réactions du suicide.
Parmi ces chroniques, ou mieux parmi les malades depuis longtemps internés, il faut encore établir une distinction. Certains mélancokiques qui ne manifestent plus leur délire et qui se soumettent passivement à la discipline de Fasile en imposent pour des malades tranquilles. En réalité, ils demandent une surveillance de tous les instants, peuvent s'évader, se suicider et même réagir avec violence contre lentourage. Ce n’est que quand ils sont dans un état de démence très avancé qu’il devient possible de les placer dans une famille.
Ce sont ces malades qui, à l’asile dissimultant leur désir de la mort, se suicident en arrivant à la colonie.
Mais la folie suicide n’est pas une entitée morbide.
"Les idées de suicide ne sont pas exclusives à la mélancolte, elles se rencontrent dans un grand nombre de maladies mentales et suivant le terrain qui les a
fait naître, le danger qu’elles présentent est variable. Il y a toute une série de malades qui, après une
première tentative de suicide avortée, ne recommencent plus. Ce sont ces malades à suicide occasionnel, qui pourront bénéficier le mieux du placement familial, car il est rare de voir un malade chercher à mourir quand les causes occasionnelles de la première tentative n’existent plus.
Les D'S Marie et Vigouroux, ont fort bien étudié quels sont ces malades, ces désespérés d’un jour, pour qui le placement familial est la meilleure mesure de sécurité. « Parmi nos malades, disent-ils, un grand nombre sont atteints de mélancolie «a miseria. Cette affection survient d’ordinaire après la ménopause, au moment où les forces mentales et physiques commencent à décroître, à l’heure aussi de la solitude, souvent après la mort du mari, le départ des enfants. À ce moment, les difficultés de la vie présente paraissent lourdes, la lutte pour le travail, pour l’existence est dure, l’avenir est incertain, sombre, le découragement apparaît, suivi bientôt d'idées mélancoliques, puis des idées et des tentatives de sui-. cuide. C’est la mélancolie légitime dont parle Lasègue, et les idées de suicide sont le produit direct de cet état.
Mais qu’un mode d’assistance quelconque survienne, fasse disparaître la misère présente et éclancisse l’avenir, les troubles cessent et les idées de suicide sont bannies. Plus le mode d’assistance est libéral, plus grande est la somme de bonheur sous forme de liberté, de douceur dont peut jouir la malade, moins les idées auront de chance de retour. On
, à vu dans des asiles fermés ces états de mélancolie légitime, guéris par le bien-être de l'asile, reparaître sous l'influence de la privation de liberté, privation que les malades sont tentés de considérer comme un châtiment. Et, cependant, cette assistance, cette aide doit durer toute la vie, car remettre en liberté ces affaiblis c’est les exposer à une rechute presque fatale. De
L'histoire de la vie de ces malades est toujours la même et peut être esquissée en quelques lignes après une existence de travail et de peine, ils ont perdu la force physique et l'énergie morale nécessaire à la lutte pour l’existence, ils ont vu mourir les êtres qu'ils aimaient et, se trouvant isolés, découragés, ils cherchent un refuge dans la mort.
A côté de ces mélancoliques légitimes, déjà affaiblis par l’âge, se trouvent des malades plus jeunes, non pas affaiblis, mais qui ont toujours été faibles, toujours inaptes à soutenir la lutte pour l’existence, toujours vaincus à l’avance, ce sont les dégénérés héréditaires. Pour ceux-là, la tentative de suicide est une réaction banale, à la moindre contrariété, au moindre échec, ils songent à en finir avec une existence trop pénible pour eux. Il leur faut un soutien, une direction, souvent la solitude leur est très mauvaise conseillère. Aussi voyons-nous l'assistance familiale leur être d’un très grand secours. Leur entourage d’une part, la direction médicale qu'ils sentent au-dessus d’eux, cette tutelle, légère il est vrai, mais réelle, sous laquelle ils sont placés, leur