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suffisent pour donner goût à l’existence et au travail. Ce sont encore des malades que l’internement complet pourrait désorienter et qui à la colonie se trouvent heureux et apprécient leur bonheur ».
Enfin, il est tout un groupe de malades qui, atteints d’infirmités physiques, sont, en dehors de l'asile, l’objet de moqueries et jugés inaptes au moindre travail qui puisse leur procurer une existence misérable, Pleins de bonne volonté, mais lassés de refus continuels à des demandes d'emploi, rejetés de la société, ils cherchent un refuge dans la mort.
Nous avons le souvenir d’une malade, atteinte de chorée chronique, entrée à l’asile de Maison Blanche, pour état dépressif avec idées et tentatives de suicide. Elle nous racontait que depuis de longs mois, elle ne pouvait plus trouver de travail, et qu'après avoir mangé ses petites économies, la seule solution pour elle avait été d’aller se jeter dans la Seine. Quelques Jours de repos, un bon régime alimentaire, l'absence de moqueries avaient suffi à lui rendre le désir de vivre, mais elle souffrait de son internement, du manque de liberté. La faire sortir aurait été la renvoyer aux mêmes difficultés et certainement elle aurait renouvelé ces tentatives de suicide. Envoyée à la colonie familiale, placée à la campagne chez de bonnes gens, elle se trouve très heureuse et son unique désir est de vivre longtemps encore dans des conditions qu’elle trouve excellentes pour elle.
Les exemples de ce genre sont nombreux.
En résumé, on voit que, idée de suicide, n’équivaut pas à internement à perpétuité, qu'il faut savoir faire une discrimination, et que beaucoup parmi ces malades peuvent vivre sans inconvénient à la colonie familiale. Toutefois, nous ferons remarquer que ces malades qu’on trouve à Dun et à Ainay, sont moins des mélancoliques vrais que des sujets ayant fait des tentatives de suicide pour ainsi dire accidentelles, sous linfluence d’états affectifs, émotionnels, pathologiques passagers, ou sous l'influence d’hallueinations à l’occasion d’un état déhrant transitoire.
Démence précoce
Précédemment, nous avons considéré les déments précoces, comme inaptes à bénéficier du placement familial. Bien que l'expérience ait montré qu’il était préférable de ne pas envoyer de tels malades à Ainay et à Dun, on en trouve cependant quelques-uns dans ces colonies, surtout des déments paranoïdes. L’indifférence démentielle à laquelle ils sont arrivés, les empêche de jouir de la liberté qui leur est accordée, de plus ils ont besoin d’une surveillance sévère et constante que ne peuvent leur donner les nourriciers. Aussi est-on bien souvent obligé de les ramener dans une infirmerie où ils encombrent des places qui seraient mieux données à d’autres malades.
Nous devons faire une restriction en ce qui concerne les schysophrènes. Quelques-uns bien choisis
pourraient avec avantage bénéficier du placement familial. On pourrait les utiliser à des besognes adéquates à leur état. Beaucoup d’entre eux pourraient rendre des services à la campagne, faire des petits travaux, n’exigeant pas d'effort intellectuel, par exemple : la garde des bêtes, le ménage, le jardinage même, sous la surveillance de leur nourricier.
Une occupation toute tracée apporterait une incontestable amélioration à l'affection de ces malades.
Mais le gros inconvénient que présente ces malades, qui est un danger à l’état latent, est le déclanchement brusque, inattendu, de mouvements, qui peuvent à tout moment, les faire devenir des êtres dangereux pour leur entourage immédiat.
Dans cette partie de notre travail, nous nous sommes efforcés de montrer les malades auxquels, actuellement en France, on réserve le bénéfice de l’assistance familiale : ils appartiennent tous au vaste groupe des chroniques calmes et inoffensifs pour la plupart affaibhis intellectuellement, mais conservant encore un Jugement suffisant, pour apprécier la liberté qui leur est rendue et ne pas en abuser. Ne relèvent naturellement pas du placement familial les malades qualifiés « aigus » dont le maintien à l'asile fermé est une mesure de préservation, et envers eux-mêmes, et envers la Société. Là seule-
ment, ils peuvent recevoir les soins que nécessite leur état. | NE D Plus loin, nous nous demanderons si le système d'assistance hétéro-familiale ne pourrait pas être étendu à d’autres catégories de malades atteints d’affection mentale et dans quelles conditions.
Thèse Bobé. . 13