EXTENSION DE LA COLONISATION FAMILIALE
Précédemment nous avons étudié l’état actuel de l’assistance familiale en France, son organisation, les avantages nombreux qu’elle présente, les inconvénients qu'on peut y rencontrer. Nous pouvons nous demander qu’elle extension pourrait être donnée à ce système. Seuls les aliénés du département de la Seine bénéficient du placement familial. Dans quelles conditions serait-il possible d'appliquer en Province, aux nombreux malades des asiles départementaux, ce système bienfaisant qui reste presque entièrement à organiser ? D’autre part n'y aurait-il pas lieu, dans le cadre des colonies existantes, d’étendre à d’autres catégories de malades le bénéfice du placement familial ?
Les asiles départementaux possèdent une population variant de 800 à 1.500 malades, suivant l’asile considéré, rarement moins, quelquefois davantage. Si l'on admet que quinze: pour cent au maximum
des aliénés traités peuvent être assistés en placement familial, on voit que pour chaque asile le contingent est relativement minime : un asile de 1:000 malades par «exemple, pourrait tout au plus placer dans des familles étrangères 150 pensionnaires. Ce petit calcul, fait apparaître d'emblée l'impossibilité, du simple point de vue économique, de créer dans chaque département une colonie autonome, fonctionnant comme celle de Dun ou d’Ainay. quesif Pratiquement irréalisable serait également, la création d’une colonie familiale unique destinée à recevoir les malades de tous les asiles du territoire français. Ce serait incommode à tous les points de vue. Au point, de vue pécuniaire, il faudrait ajouter, au prix de j journée de la colonie, le prix du voyage qui. serait assez onéreux, surtout pour les départe- : ments très éloignés du lieu choisi pour la colonie. En cas dé sortie, soit sortie définitive, soit réintégration en asile fermé, 1l faudrait ajouter le prix de nouveaux voyages. | | 4 Enfin un centre colonial. pour “la province serait néfaste aussi au point de vue moral, plaçant..le malade dans un milieu inconnu, dans un climat auquel il ne serait guère habitué, et, surtout, où il serait trop éloigné des siens et de ses visiteurs. Il faut donc abandonner le projet de création d’une colonie familiale commune, à tous les asiles de province. Renn PAU SAS Mais plusieurs départements ne pourraient-ils pas s’unir pour constituer une colonie inter-départe-
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mentale, vers laquelle 1ls dinigeraient leurs malades respectifs ? Un essai de ce genre a été ébauché par le. département du: Rhône en haison avec le département de la Seine, sans grand succès d’ailleurs. Par un arrêté en date du 5 octobre: 1925, le Préfet de la Seine a autorisé le placement à Dun et à Ainay de quelques malades de: l'asile de Bron, à titre d’essai. Nous ne croyons pas inutile de rapporter les léttres échangées à cette épaquer entre les sie intéressés: :
Lettre du Préfet pi la Se au. Préfet du Rhône : 29 novembre 1924:
« Par litre du 14 octobre dernier, vous m'avez fait connaître qu’en vue de la création éventuelle dans votre
département, de colonies familiales et agicoles d’aliénés,
le conseil général du Rhône avait demandé, à titre d’éssai, le placement à la colonie familiale de Dun-sur-Auron, et à Chezal-Benoît, de os malades de votre département.
Je suis tout su ur à autoriser le Diapément: dans ces conditions, d’aliénés du Rhône, à la colonie familiale de Dun-sur-Auron, qui est réservée aux femmés ahénées chroniques, innoffensives.
Une organisation analogue existe bien pour les hommes, mais à Ainay-le-Château (Aller).
Cet établissement. pourrait recevoir les malades raies du Rhône aptes : à bénéficier du placement famillial. »
D cut de l'Asie de Bron, au Directeur de Dun-sur-Auron : 18 mars 1925 : Me
€ Pour répondre aù désir exprimé par le Conseil Général Thèse Bobé. 18
du Rhône, Monsieur le Préfet de ce département a demandé à Monsieur le Préfet de la Seine, s’il consentirait à autoriser le placement à titre d’essai de quelques aliénés de l’asile de Bron dans les colonies familiales ou agricoles de Dun-sur-Auron et Chezal-Benoît. Monsieur le Préfet de la Seine a bien voulu répondre favorablement à son collègue du Rhône par une lettre en date du 29 novembre 1924. Tenant compte des indications données par Monsieur le Préfet de la Seine, la commission de surveillance de l'asile, envisagerait plutôt un essai de placement familial dans les colonies de Dun-sur-Auron et d’Ainay-le-Château. En conséquence, je vous serais chligé de bien vouloir me faire connaître les catégories de malades sur lesquelles devrait porter le choix des médecins-chefs de l'asile de Bron, et me dire notamment si les gâteux, les épileptiques améliorés et les demi-agités devraient être exclus de l’effectif très réduit d’ailleurs, des malades susceptibles d’être hospitalisés dans la colomie dont vous avez la direction.
Arrêté du Préfet de la Seine : 5 octobre 1925 :
« Je vous informe que sur là demande de Monsieur le Préfet du Rhône, j'ai autorisé le placement à titre d’essai dans votre établissement, de deux malades de ce département. f
Les formalités d'admission devront être remplies dans les conditions habituelles. Je vous demanderai, toutefois, de me tenir informé des placements ainsi effectués et de m'adresser copie des dossiers des malades dont les noms
devront figurer sur le registre matricule des aliénés de la Préfecture. »
Ces malades sont actuellement encore à Dun, il n’en a Jamais été envoyé d’autres.
De l'avis de tous ceux qui ont étudié l'application
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de la colonisation familiale aux aliénés des départements, seul le placement dans des familles autour de lasile reste possible. Lorsque la loi l’autorisera, il ne sera pas difficile de trouver dans les villages situés aux environs des asiles, des ménages consentant à prendre chez eux des pensionnaires. Pour faire accepter les malades, il suffira d’une petite propagande orale ou écrite, faite par les aliénistes dans leur département, analogue à celle menée jadis pour la création des colonies familiales de la Seine. Sécondés par les maires, mis au courant du système, par les conseils municipaux et par la presse locale, les aliénistes feront tomber les vieux préjugés contre les fous. |
Seuls, des malades valides, calmes, inoffensifs, susceptibles de rendre de menus services, seraient placés dans les mêmes conditions que les aliénés de la Seine à Dun ou à Ainay. Le prix de pension à payer aux nourriciers serait déterminé par le Directeur de l'Etablissement, soumis à l’approbation du Préfet et devrait toujours être inférieur au prix de journée de l’asile auquel appartiendrait le malade.
Le Docteur Fail (Thèse Paris 1927) a proposé un nouveau mode de placement familial, qui ne serait applicable qu'aux malades travailleurs. Voici d’ailleurs ce qu’il en dit : « On cherchera à placer les hommes de préférence à la campagne dans des fermes, tandis que les femmes pourront être placées tantôt à la campagne, tantôt dans les villages et dans les villes.
Le bureau de placement de l’Office du Travail pourra être utilisé comme intermédiaire entre les patrons cherchant de petites mains et le médecin qui aura des psychopathes à placer.
Avant de confier un psychopathe-travailleur ou un convalescent à un patron, il faudra que celui-ci remplisse quelques conditions « sine qua non » : il devra être connu par le maire de sa commune comme un citoyen honorable, sobre, sa ferme ne sera pas trop éloignée de l'asile pour faciliter le contrôle ; il devra consentir à suivre les indications du médecin plaçant et à recevoir les visites du contrôle.
L’asile fournit aux psychopathes placés les vêtements nécessaires : deux costumes de travail par an et un costume de sortie, le hnge et les chaussures. Il leur fournit en plus les médicaments nécessaires, les héberge pendant une maladie intercurrente, pendant une crise d’agitation, lors de l’aggravation de leur état mental ou lors d’un refus de travailler.
L’asile ne paie rien aux patrons : ils ne sont donc pas des nourriciers comme dans les colonies de la Seine, ils ne sont que des patrons qui nourrissent, logent, hébergent et payent en plus un certain pécule à leurs psychopathes-travailleurs.
Ceux-ci rendent à leurs patrons travail et services effectifs.
Le médecin visitera le «détaché » de temps à autre, régulièrement, mais inopinément,pour pouvoir contrôler le travail, la nourriture et l’hygiène du psychopathe.
Le patron pourra correspondre avec le médecin, et, en'cas, d'accès aigu chez le psychopathe.ou en cas d’inconvénient; quelconque résultant du malade, il pourra demander le réinternement du malade.
: Par contre, si le patron a commis une faute grave envers son malade, au point de vue hygiène (alcool) Ou par un mauvais traitement, le médecin pourra priver Ge:patron, immédiatement et, pour tenants de travailleurs. : Rec
-Reste à règler la ion budgétaires ‘On: peut la faire de deux façons : ou évaluer le nombre probable de journées qu’un. psychopathe-travailleur passera en moyenne à l’asile, péndant l'exercice, pour une raison quelconque (maladie intercurrente, accès d’aagitation, etc.), et y ajouter le prix de ses, vêtements, de ses médicaments et des frais liés à. son. déplacement, et faire payer tous:les frais au département, comme celui-ci fait pour ses indigents actuellement ; ou encore, connaissant Jes dépenses liées au séjour probable du psychopathe-travailleur à l’asile pendant l’exercicé, plus les prix de ses vêtements, de ses médicaments, et-les frais liés à son déplacement, exiger. cette somme du département, sous forme de pension minime payée. à forfait pendant toute la durée de figuration du: fyeAgpaiRe sur le registre de la loi. 1.
Notre plan Aa est très ne car 1l n’a aucune base solide. La pierre angulaire ‘de. notre nouveau budget sera la moyenne: de séjour du psychopathe-travailleur. à l’asile et de son travail chez
ses patrons. Or, cette prévision est impossible, en l'absence totale de données pratiques concernant cette question.
Il nous est aussi impossible d'évaluer, même de loin, les économies que le département tirera de notre mode d’assistance, car nous ne pouvons pas indiquer le nombre de psychopathes qui pourront jouir des bienfaits de notre programme.
Ce n’est qu’une pratique de longues années qui nous indiquerons la moyenne des psychopathes placés et la moyenne des jours de chômage où ils resteront à la charge de l’asile.
Une longue pratique seule permettra de juger quel mode de placement sera préférable pour diminuer les paperasseries, inutiles difficultés administratives : le paiement à forfait d’une petite somme, ou le paiement pour chaque malade d’une somme proportionnelle à son réel séjour à l'asile et aux frais qu'il cause.
Pour commencer, si notre programme était un jour accepté, le département continuerait à payer, avec le concours de la commune où le psychopathe a son domicile de secours, comme si le malade restait toute l’année à l’asile. Ce n’est qu’à la fin de l’exercice que l’asile pourrait évaluer les bénéfices réalisés par le placement et, après avis du conseil général, soit rembourser les sommes perçues en trop, soit les utiliser dans un autre but (réparation et amélioration de l’asile, agrandissement, ete.). »
Dans la deuxième partie de notre travail, chapitre III, nous avons montré quelles catégories de malades étaient actuellement assistés en placement familial. N'y aurait-il pas lieu d'envisager ce mode d’assistance pour les enfants arriérés et les convalescents ?
Le Conseil Général de la Seine, dans sa séance du 23 décembre 1905, avait approuvé la proposition d’apphcation du placement familial des enfants arriérés à Ainay-le-Château.
En 1905, 12 enfants furent placés chez des nourriciers, mais l’expérience ne fut pas continuée.
« Le placement fanuhal, dit le Docteur Bonnet dans son rapport de 1906, est excellent pour l’arriéré simple, pour celui qui n’a que des tares légères améhorables ou curables, et ne peut convenir à l’arriéré qui relève de l'asile.
L’arriéré chez lequel les troubles du caractère, du sens moral, les perversions instinctives, l'instabilité mentale, la tendance au vagabondage, au vol, etc. dominent la scène est impropre au placement farnial.
L’idiot simple est plus apte que l’imbécile, que le déhile mental. L’idiot simple est plus docile, c’est un extrasocial ainsi que l’a fait remarquer Sollier, tandis que l’imbécile est souvent un antisocial.
La dissémination, à la campagne chez les agriculteurs est le mode de placement qui convient le mieux
aux arriérés. Grâce aux mille choses simples qu’il leur est donné de voir et d'entendre, leur cercle d'idées s’élargit. L’arriéré trouve dans le milieu rural agricole, des conditions matérielles bien appropriées au développement intellectuel dont il est susceptible. Le travail des champs est celui qui lui convient le mieux.
Dans une ferme il est plus en contact avec la famille nourricière qu’il ne l’est dans un milieu ouvrier et urbain. Le placement rural est aussi celui qui lui convient le mieux sous le rapport de la moralité. Il a de plus l'avantage d’éviter les contagions fâcheuses. »
Le seul inconvénient est qu'il s’oppose à l’instruction, à cause de l’éloignement des écoles, et en admettant même que ces enfants puissent aller à l’école du village, à cause de l’absence d’un personnel habitué à ce genre d’éducation. C’est pourquoi il apparaît indispensable de n’envoyer ces enfants dans des familles étrangères qu'après un séjour prolongé dans un établissement spécial, analogue à celui de Perray- Vaucluse, où confié à des instituteurs spécialisés, ils auront donné le maximum au point de vue scolaire.
Depuis trois ans, le placement d'enfants arriérés dans des famulles a été tenté autour de l'asile de Naugeat (Haute-Vienne), grâce à lheureuse initiative du DT Bauer, que nous remercions des renseignements intéressants qu'il a bien voulu nous communiquer. Cette expérience a donné jusqu’à présent les résul-
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j tats les plus encourageants. Cette œuvre actuellement encore à ses débuts mais appelée à. prendre ‘une grande extension, fonctionne de la façon suivante : les placements sont organisés par la, Croix- Rouge. L’asile demande l'autorisation soit aux parents ou tuteurs, soit à l’Assistance publique, puis l'infirmière de la Croix-rouge cherche une place dans une famille donnant toute références de moralité. Au point de vue administratif ces enfants sont déclarés en permission. Quand le petit pensionnaire n’est pas bien chez son patron, ilest immédiatement changé de place.
Actuellement 7 enfants sont ainsi assistés, dont 6 garçons et une fille. Il est remarquable de noter que sur les 7 il y a 5 épileptiques mais dont le traitement a amené la suspension des crises. L’un d’eux fait une crise par an.
Les enfants ne sont pas placés avant l’âge de 14 ans, et quand au point de vue scolaire, ils ont donné toute leur possibilité.
Au début du placement, ils ne doivent pas être payés une somme inférieure à 40 francs, deux d’entre eux, respectivement âgés de 17 et 18 ans gagnent 200 francs par mois, logés et nourris.
Parmi les 6 garçons placés, 4 sont domestiques de fermes, 2 sont valets de chambre. La fille est placée comme aide-cuisinière dans un collège.
L'expérience tend à prouver que ce mode de placement donne des résultats supérieurs au retour dans la propre famille, surtout en ce qui concerne les épr-
leptiques ; car bien souvent, aussitôt rentrés dans leur famille ils ne reçoivent plus les soins que néeessite leur état, tandis que placés dans une famille étrangère qui reçoit pour eux gratuitement les médicaments de l’asile, ils continuent à suivre un traitement sérieux et régulier.
Un grand nombre de malades convalescents pourraient également être assistés avec avantage dans les familles. L'assistance familiale de éonvalescence reste à créer.
Au cours des maladies mentales, une fois les phénomènes aigus disparus, il arrive un moment où 1l s’établit une espèce de plateau mental, où l’état psychique du malade reste stationnaire, où l’on sent qu'il suffirait d’un poids léger pour faire pencher la balance en faveur de la guérison définitive. Ainsi pendant la convalescence de la dépression mélancolique, de l’agitation maniaque, de la confusion mentale secondaire, des délires toxiques, il se produit une période où le malade n’évolue pas plus vers la guérison que vers la chronicité. Ce facteur appréciable de guérison ne serait-il pas acquis par le changement de milieu, par le séjour à la campagne, par une vie plus familiale et plus libre, se rapprochant d’avantage de la vie-ordinaire ?
L’assistance dans une famille étrangère présenterait pour les convalescents cet avantage que, tout en les éloignant du milieu dans lequel ils étaient tombés malades, elle les soustrairaient à la vie déprimante de l'asile.
Le traitement familial, en colonie, des convalescents, n’a pas encore été réalisé en France. Un essai tenté à Lurcy-Lévy dans l’Allier, a échoué.
Les colonies de Dun et Ainay ne peuvent être utilisées dans ce but, elles sont trop éloignées des asiles de la Seine. Si l’on veut faire bénéficier les nombreux convalescents des asiles du placement familial, ikfaut créer un nouveau centre colonial proche de Paris. Les familles ne consentiraient pas à voir s'éloigner leurs malades du lieu de leur domicile, pendant la période de convalescence.
Enfin, la colonie familiale de convalescents doit être près de l'asile où la réintégration soit facile en cas de rechute.
En résumé, ce système aurait de grandes chances de hâter le retour d’aliénés curables à la vie sociale à laquelle leur séjour chez le nourricier, la liberté relatiwe dont ils Jouiraient, et le grand air de la campagne les réhabitueraient en peu de temps. De plus elle permettrait aux malades de reprendre petit à petit l'habitude du travail.
Cet exposé nous laisse entrevoir le développement - considérable que l’assistance familiale aux aliénés est appelé à prendre dans l'avenir. En attendant qu’elle soit appliquée aux enfants arriérés et. aux convalescents, ne serait-il pas possible de lui donner une extension nouvelle et immédiate, en acceptant des placements volontaires, sur la demande des fans dans les colonies d’Ainay et de Dun.
Jusqu’à présent, les placements dans les colonies
se sont faits par arrêté de transfert, les malades venant directement de l’asile où ils sont internés. Ces placements volontaires direct s’opéreraient de la inêmme façon que les admissions dans les asiles fermés, c’est-à-dire à l’aide d’un certificat médical et d'une demande de la personne he désire Le le malade. + “Sélon le prix de pension que la famille voudrait consentir. le nourricier assurérait au pensionnaire le logement et la nourriture correspondants. | Bien entendu, les pensionnaires volontaires admis diréetéemént seraient sous la surveillance et Le contrôle ‘administratif et médical de la colonie. Ils seraient soumis au même règlement que les autres ; la seule différence consisterait en des avantages matériels plus appréciables, si la famille consentait à payer aux nourriciers un prix de journée plus élevé que celui qui a été voté par le Conseil Général et qui est uniforme partout. Cela existe déjà à la colnie dé Gheël où l’on a eu qu’à se louer de cette mesuré ; il n’y a pas de raison pour qu'il n’en soit pas de même pour Dun et Ainay. À propos de ces malades payant, le Docteur Rodiet ‘fait remarquer très justement que pour ne pas créer de jalousie par la! distinction entre les fortunés et les malheureux, un villagé tout entier pourrait être réservé à ce nouveau pensionnat. de
Nous ne > voudrions pas en PRE avec cette diotion de l'extension des colonies familiales sans aborder un sujet très souvent discuté pendant ces dernières années. Pour en augmenter la population, on a proposé d'admettre dans les colonies familiales, telles quelles sont organisées actuellement, concurremment avec les malades soumis au régime de la loi de 1838, d’autres malades non soumis à cette loi, c’est-à-dire de transformer une partie de ces institutions en une sorte de service libre dont les malades proviendraient principalement du service dit de « prophylaxie mentale ». PT En nous plaçant sur le terrain strictement légal, la chose apparaît comme une impossibilité. Le Docteur Ameline, dans son rapport au Préfet de la Seine en 1926 a étudié le problème sous ses divers aspects. «On ne peut mélanger, dit-il, dans le même établissement des aliénés soumis à la loi de 1838 et des malades libres. La question s’est posée pour la création des annexes, par exemple, consacrées aux épileptiques non aliénés. On a exigé des quartiers et des locaux indépendants (exemple de Blois, Moulins etc.) des services des aliénés. Les nécessités administratives semblent déjà avoir obligé la séparation de l'asile clinique Sainte-Anne et. des Services de Prophylaxie mentale.
Il y a là une objection, un empêchement au placement des malades non soumis à la loi de 1838 sur
le territoire des colonies d’Ainay-le-Château et de Dun-sur-Auron.
Mais, poursuit le Docteur Ameline, si la législation changeait ? Serait-il désirable de mélanger les deux sortes de malades et ne vaudrait-il pas mieux spécialiser les deux établissements pratiquant la colonisation familiale et les éloigner l’un de l’autre ?
TI suffit de réfléchir au trouble qu’apporterait dans une colonie familiale d’aliénés « internés » la présence d’autre hospitalisés absolument libres, à l’effervescence que causerait parmi les premiers non seulement la présence des seconds, mais les rapports, les conversations, les exemples que donneraient ceux-ci à ceux-là.
Les malades envoyés en colonie actuellement sont déjà trop portés à réclamer leur sortie définitive, ne comprenant mi leur internement imitial, m la situation de demi-liberté à laquelle on essaie de les adapter en attendant, s’il y a lieu, la sortie définitive.
D'autre part, il est incontestable que si un aliéné « libre » à la suite d’alcoolisation, à la suite d’une simple rechute, se rendait coupable d’actes répréhensibles ou seulement de coups, les municipalités responsables du maintien de l’ordre devraient intervenir. Mais comment, ou plutôt avec quelle force ces municipalités remédieront-elles aux incartades, aux incidents que causeront ou créeront les malades libres ? Sans doute auront-elles recours à l'Administration de la colonie familiale, Mais de quel droit
celle-ci interviendrait-elle ? Le médecin de la colonie aura-t-1l le droit de rédiger un certificat d’internement ? Comment la colonie procèdera-t-elle au transfert de l’aliéné dans l'asile ? Il y a là des questions à régler au préalable.
Les difficultés que risquerait de causer aux municipahités le placement mixte, ne dégoûteront-elles point celles-ci du placement familial des aliénés et ne pourront-elles point, sous le coup de quelques scandales, interdire leur territoire à tout placement familial même d’aliénés placés sous le régime de la loi de 1838. |
Dans l'intérêt de la colonisation familiale des ahénés en général, conelut le DT Ameline, il convient donc de séparer les malades relevant de la loi de 1838 et les malades indépendants de ce cette loi. »
De son côté le DT Marie, dans un récent Congrès de Prophylaxie mentale, exprimait un vœu envisageant la création d’une colonie ouverte plus ou moins loin de Paris, munie de son centre de surveillance médicale éprouvé et compétent, ainsi que d’une infirmerie indispensable aux cas d’accès imprévus, de rechutes brusques ou d’affections intercurrentes quelconques. Dans le cas où l’un des malades du placement familial libre présenterait une rechute des troubles mentaux nécessitant le retrait, 1l serait l'objet d’un placement volontaire, la demande étant faite par l'assistant de la colonie.
Tel est actuellement létat de ce problème qui reste entièrement à reprendre et à étudier. Mais
nous sommes profondément convaincus que les deux catégories de malades ne devront pas être mêlés dans un même centre de colonisation familiale.