‹ Les colonies françaises devant la Chambre des pairsChapitre 10 sur 36 · SP RO ER · texte numérisé non relu

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SET | es et, comme il le ditlui-même, pour témoigner en faveur des colons et de la vérité.

Il reproche à M. le comte Beugnot d'avoir manqué de prudence et de modération. I qualifie son discours de sentence exécutoire contre les colonies, ayant pour épIgraphe ce mot sorti d'une révolution au moment de l'enivrement de la victoire : IL est trop tard; mot par lequel le fait se pose impitoyable en face du droit, ou du moins du vaincu qui succombe.

M. le lieutenant général Cubières : Messieurs, nous pensons que le gouvernement ne saurait trop se prémunir contre l’ardeur de certains abolitionistes, qui veulent l'émancipation à tout prix, à l'instant, à la charge du peuple français. Nous croyons que le gouvernement devrait marcher avec les abolitionistes tempérés, avec ceux qui se montrent quelque peu difficiles sur les moyens d’en finir avec l'esclavage, quand quelques uns de ces moÿens tendent à la ruine de nos possessions et de nos compatriotes des Antilles : les intérêts de notre commerce et de notre marine, les principes de l'équité, lui en font une loi, il ne saurait s'en écarter sans manquer à tous ses devoirs. Messieurs, la cause de la philanthropie ne doit pas triompher par l'injustice. (Approbation.)

Le gouvernement de notre pays serait impardonnable de se lanceraveuglément, intempestivement, sans réserve et sans prudence, dans une voie de libération trop brusque et conduisant tout droit à l’anéantissement des colonies françaises. Le gouvernement serait d'autant moins exeusable, qu'il a sous les yeux l'exemple de l’Angleterre. Elle a échoué dans sa tentative du travail libre. Malgré le sacrifice d’un demi-milliard, malgré une dépense de 500 millions qui sont venus accroître sa dette, l'Angleterre a vu décroître sans cesse. la production dans ses Antilles, et cette décroissance arrivera bientôt à zéro. Mais l'Angleterre trouvera dans ses possessions de l'Inde une compensation plus qu'équivalente et qui est toute prête ; elle y trouvera son salut commercial. Oùserait notre compensation à nous ? Où serait le salut de notre commerce maritime? Sommes-

nous les maîtres de l’Inde ? L'Algérie peut-elle vous en tenir lieu ? Pouvons-nous, comme les Anglais, substituer au travail des eselaves noirs le travail de 50 millions de travailleurs jaunes, presque aussi asservis que s'ils étaient noirs? Assurément la situation n’es pas égale de part et d'autre.

Aujourd'hui il est visible aux yeux les moins clairvoyants que, pour l'Angleterre, l'émancipation des noirs a eu un but politique et commercial, non moins que religieux et philanthropique. Ce que l'Angleterre poursuit de tous ses efforts, ce qu’elle veut atteindre par l’affranchissement des noirs, c’est l’anéantissement, dans les îles et sur le continent de l'Amérique, de la culture du sucre et de celle du coton; c’est la transmigration des productions intertropicales dans l'Inde, pour s’en assurer le monopole. La notoriété de ces faits et de ces intentions nous dispense d'en dire davantage, et doit nous faire espérer que le gouvernement ne voudra pas persister, en compromettant le sort de nos colonies, et cela, en vue d'accorder certains dédommagements à nos voisins, ou certaines compensations qu'il croirait de nature à aplanir les difficultés que présentent les négociations relatives au droit de visite.

Mais s’il en était ainsi, s’il était vrai que des considérations étrangères à la loi même eussent décidé le gouvernement à vous la présenter et surtout à faire ses efforts pour l'obtenir immédiatement, nous ne serions plus, Messieurs, en présence d’une loi organique, d’une loi mûrement conçue, d’une loi à discuter sérieusement; mais nous serions en présence d'une loi de circonstance , d’une loi qui aurait un but secret, qui aurait un tout autre but que l’objet qu’elle devrait se proposer, d’une loi à faire vite, et nonà fairebien. Je ne pense pas que la chambre doive se prêter à des intentions plus ou moins avouées de trafiquer au dehors de nos décisions. Les lois que vous faites, Messieurs, ne sauraient être une monnaie servant à payer la complaisance de l'étranger: car pour cela il faudrait qu’elles fussent contraires aux intérêts français, et jamais de pareilles lois ne sortiront de cette enceinte.

Certes, rien ne présente autant de difficultés que de choisir, que de trouver un mode équitable autant qu'’efficace de procéder gra-

duellement à l’affranchissement et d’effectuer d’une manière COM -: piète l'abolition de l'esclavage dans nos colonies sans les anéantir. C’est là un problème compliqué , surchargé d'inconnues , dont la solution est environnée d’écueils ; les fautes y sont comme inévitables; profitons du moins de celles de nos voisins ; ne condamnons pas notre pays aux mêmes sacrifices , aux ES regrets , AUX mêmes dommages.

Pour arriver à la solution de la grande question de l’'émancipation, on s’est demandé si le gouvernement était dans la meilleure voie ; si les autorités locales, qui doivent l’éclairer, étaient entourées d assez de lumières ; si les conseils coloniaux étaient suffisamment consultés ; si l’on ne se défait pas trop de leurs avis ; si l’administration n’oubliait pas quelquefois que l'introduction dé mesures les plus libérales, les plus satisfaisantes , les plus influentes sur le bien-être des esclaves, était due aux assemblées coloniales, alors que, séparées de la métropole par la guerre, nos colonies se gouvernaient elles-mêmes. ]

L'intérêt de l'humanité réclame du gouvernement et attend de lui une surveillance constante, continuelle , sur la condition des esclaves ; mais aucune loi, aucune théorie philanthropique ou philosophique, ne saurait faire que les nègres travailleurs puissent cesser d’être attachés au sol, et, s’il est permis de le dire, à la glèbe, pour employer le mot historique, quelque défaveur qui s’y rattache ; rien ne saurait empêcher que les nègres ne soient les serfs de la terre, à moins qu'on ne veuille entrer dans une voie qui conduirait plus promptement qu’on ne le pense à la dépopulation des Antilles, à l'abandon du travail, à la ruine de notre commerce.

Messieurs, en tracassant, en tourmentant, en torturant une colonie pour la modeler sur la métropole, on croit la civiliser : on ne fait que la froisser, et c’est ainsi qu ’on se montre plus empressé de faire vite que désireux de faire bien. Mais, nous le demandons, serait-ce donc un sort si déplorable, faudrait-il gémir si les nègres parvenaient peu à peu, en se moralisant, en s'éclairant, à la condition actuelle du paysar russe, et qui était, iln”y a pas si long temps, celle du paysan curopéen.

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Je suis convaincu, quant à moi, et je voudrais convaincre la chambre de ce que je crois très vrai, à savoir que la condition des esclaves dans les colonies françaises est satisfaisante; que cette condition s’est constamment et considérablement améliorée sans l'intervention de la loi, et particulièrement depuis 1850; que cette amélioration est du fait des colons autant que du gouvernement ; que les améliorations qui sont encore désirables et qu'on peut effectuer se produiront par l'usage ; que l’amélioration des mœurs est ce qu'il y a de plus désirable; que les autres améliorations auront lieu par la seule influence du gouvernement , sans qu'il soit nécessaire de faire immédiatement des lois qui ne seraient pas en rapport ni avec l’état actuel, ni avec les coutumes des colonies ; de pareilles lois ne feraient que les froisser.

M. le comte Beugnot nous dit :

Mais vous n’en finirez pas ; et, si vous n'en finissez pas, les mulâtres en finiront pour vous. C’est là, Messieurs, une menace qui heureusement n’a rien de sérieux. Nous savons ce qui se passe aux colonies ; nous n’ignorons pas que l’affranchissement ÿ à produit une population flottante assez embarrassante, mais qui n'est pas en état d'imposer ses volontés.

C’est sur cette population affranchie que devrait se porter principalement l'attention du gouvernement ; c'est sur les moyens de la contenir, de lui donner du travail, de la moraliser, d'éviter qu’elle ne devienne dangereuse , qu’il y a des mesures à prendre.

On dit que cette population affranchie est d’un mauvais exemple pour les esclaves, et l'on ne croit pas que des esclaves affranchis puissent venir, comme on l'avait annoncé, puissent venir redemander leurs chaînes. Messieurs, les chaînes que redemandent les affranchis, c’est du travail; les chaînes du travail, nous les portons tous: elles sont aussi pesantes en Europe que partout ailleurs.

. M. le comte Beugnot vous a dit que, dans nos habitudes de tyrannie, nous ressemblions assez à ces sauvages qui ne voulaient pas renoncer tout d'un coup à manger de la chair humaine, ct qui consentaient à n’en manger qu’une fois par semaine.

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