‹ Les colonies françaises devant la Chambre des pairsChapitre 11 sur 36 · PRE · texte numérisé non relu

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Eh bien, Messieurs, je n'éprouve pas de difficulté à avouer que nous sommes anthropophages de ces idées exagérées de liberté , qui engendrent le trouble, la spoliation, l'agitation , le désordre; ces idées-là doivent avoir le sort des enfants de Saturne : il faut les dévorer à mesure qu’elles naissent , afin qu'elles ne dévorent pas leurs pères. (On rit.)

Messieurs , en 1804 on faisait un grave reproche à un homme de génie , qui était alors consul ou empereur; on lui reprochait de rétablir l'esclavage dans les Antilles. Il répondit : Je veux y rétablir l’esclavage , parce que je veux y rétablir l’ordre et le travail, parce que je veux mettre fin à l'anarchie, parce que je veux rétablir la sécurité détruite ; voilà pourquoi je veux l'esclavage. On ne pourra revenir à la liberté et la liberté ne sera possible qu'en revenant au point de départ; et il ajoutait: J'e suis dù parti des blancs, parce que je suis blanc.

M. le lieutenant général Cubières termine un discours plein de sagesse et de raison en déclarant que

Le projet du gouvernement doit être repoussé par la chambre, comme il l’a été par la commission. Et quant au travail que la commission a substitué au projet du gouvernement, quant à la loi qu'elle a élaborée , il s'oppose également à son adoption, comme . étant d’une application difficile, comme pouvant empirer les choses au lieu de les améliorer, comme étant de nature à porter la perturbation dans les rapports entre les maitres et les esclaves, et à compromettre la prospérité de nos colonies, si essentielle à celle de notre commerce maritime.

M. le duc d’Harcourt est à la chambre des pairs ce qu'il était à la chambre des députés, un orateur très spirituel, trop spirituel. Le noble due ne voit jamais comme la vulgaire. Il regarde du haut de sa grandesse : les questions de prit de revient, les questions financières, une plus ou moins bonne organisation du travail

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dans les colonies. Qu'est-ce tout cela? se demande-t-il avec un dédain qui sent un peu le talon rouge. Parlez- | nous donc des droits de l’homme et du citoyen!

Les noirs sont bien nourris, bien vétus, bien traités : qu'est-ce que cela me fait à moi? On engraisse nieux les cochons parce qu’ils ont plus de valeur au marché! (Textuel.)

Permettez , Monsieur le duc : s’il vousimporte penque les noirs soient bien nourris, bien vêtus, bien traités, il importe beaucoup aux noirs. Et quant à vos cochons qu’on engraisse , supprimez cela, Monsieur le duc, dans une deuxième édition, ou vous pourriez bien perdre, sinon votre réputation d'homme d'esprit, du moins votre réputation d'homme de goût.

I est évident aujourd’hui pour tout le monde que l'Angleterre a intérêt à poursuivre l'émancipation des noirs dans les colonies françaises, espagnoles, au Brésil, aux États-Unis d'Amérique.

L’Angléterre a voulu limposer au Brésil par un traité ;

À Cuba par son consul Turnbull, et, de l'aveu de M. le comte Beugnot, par la société des Agitaleurs, qui a son quartier général à la Jamaïque;

À la France par l'influence de sa diplomatie et comme rançon du droit de visite;

Aux États-Unis par la société abolitioniste d’Exeter- Hall, par ses missionnaires, par ses excitalions des états du nord contre les états du sud.

Le gouvernement des États-Unis s’en plaint (1).

(1) Voir la lettre de M. Calhoun, ministre des affaires étrangères , à À M. King, ministre plénipotentiaire des Etats-Unis d'Amérique à Paris, LR | Fe ANT à Fr | ÉPARRES

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Sir R. Peel reconnaît que la politique de l'Angleterre st de poursuivre partout l'abolition de l'esclavage (1).

M. le duc d'Harcourt le nie ; et, connaissant apparem-

ment mieux que l'Angleterre les intérêts de l'Angleterre, il soutient qu’elle désire conserver l’esclavage dans nos colonies. |

En vain les États-Unis d'Amérique, qui ont bien quelque raison de se préoccuper de la question, puisqu'ils comptent 2,480,000 esclaves, dénoncent-ils les projets de l'Angleterre, projets depuis long-temps conçus, projets à la réalisation desquels elle marche avec cette persévérance qui la caractérise : la destruction de la production tropicale en Amérique et sa translation dans l'Inde.

M. le duc d'Harcourt traite tout cela de chimèére, ou, pour parler son langage, de fantasmagorie.

L'Inde! Qu'est-ce que l'Inde? dit M. le duc d'Harcourt.

L'Inde ne rapporte rien à l'Angleterre, c’est un fort beau débouché pour les particuliers ; on va à comme en Algérie, y faire fortune , gagner des grades, des emplois qui y sont rétribués avec une extrême munificence.

Mais la compagnie de l'Inde ne rapporte rien au trésor anglais ; et non seulement elle ne rapporte rien, mais elle est trop obérée. El est très possible que ce colosse tout puissant, qui rappelle les conquêtes d'Alexandre , finisse de la facon la plus prosaique , par la banqueroute. La compagnie a offert maintes fois son marché au gouvernement anglais, qui n’en a pas voulu. Il a trouvé la succession trop lourde ; il n’a pas voulu l’accepter, même sous bénéfice d'inventaire !

Vous croyez, Monsieur le duc? Demandez donc à l’Angleterre qu'elle cède à la France quelque portion, si minime qu’elle soit, de cet héritage qui lui paraît si lourd !

(1) Séance de la chambre des communes du 93 février 18:15.

Essayez si elle nous permettrait d’arrondir nos comptoirs de Pondichéry, de Mahé, Karikal et Chandernagor.

Interrogez ses hommes d'état, et vous saurez par leur réponse si les Antilles tiennent le premier rang dans leur estime, si l’Inde ne vient qu'après !

Ayez la bonté de consulter les discussions du parlement anglais, les discours de lord Stanley et de lord John Russel, anciens ministres des colonies, dans les séances des 7 et 12 mai 1841 , et vous serez convaincu que le ministre whig, le ministre tory, sont parfaitement d'accord, non pour sacrifier l’Inde aux Antilles, mais les Antilles à l’Inde!

Si vous voulez vous résigner à lire la lettre de M. Calhoun à M. King, la correspondance de M. Upshur à M. Everett, ministre plénipotentiaire des États-Unis d’Amérique, correspondance que je viens de publier et que j'ai eu l'honneur de vous adresser, vous ne vous unirez plus à lord Palmerston pour célébrer les vertus de l’Angleterre (1); vos yeux se dessilleront, et vous verrez avec tout le monde que la philanthropie du gouvernement britannique est... de la fantasmagorie.

M. le duc d'Harcourt a été remplacé à la tribune par M. le prince de la Moskowa.

M. le prince de la Moskova s'était livré à des études longues et consciencieuses ; on voyait qu’il était maître de son sujet : aussi l’a-t-il traité avec une supériorité remarquable.

Il y a peu d'années encore, a dit M. le prince de la Moskova, on

(1) Lord Palmerston disait dans une des dernières séances du parlement : « Si l'émancipation des noirs profite aux intérêts politiques et‘commerciaux de l'Angleterre... c’est que La vertu a tôt ou tard sa récompense. »

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faisait preuve de courage, on bravait l'impopularité, lorsque, dans les discussions qui avaient pour objet l'examen des questions coloniales, on osait, obéissant à un sentiment consciencieux , ne pas professer une partialité en quelque sorte aveugle pour les intérêts prétendus des personnes de couleur.

Maintenant, grâce à Dieu, ces questions ont fait de grands pas.

Le spectacle que nous offre Saint-Domingue, car je suis loin de partager à l'égard de la prospérité de cette île l'opinion qui nous à été présentée tout à l'heure par M. le comte Beugnot; le spectacle, encore une fois, que nous offre Saint-Domingue, les conséquences de l'émancipation dans les colonies anglaises , les abus du droit de visite, ont ouvert bien des yeux, ont calmé bien des élans philosophiques, humanitaires. Le bon sens public, mieux éclairé aujourd’hui, accorde une latitude entière à l'exposé d'opinions conçues d’un point de vue moins étroit, moins exclusif. Je réclamerai tout à l'heure ma part de bénéfice dans ce progrès du bon sens public, que j'aime à constater en cet instant. |

Messieurs, la présentation de cette loi, dans les circonstances actuelles, a un intérêt politique que nous sommes tous forcés de reconnaître. Je n’entrerai pas à cet égard dans de grands développements ; quelques mots suffiront pour justifier mon assertion. Une citation pourra expliquer parfaitement ma pensée.

Dans la séance du 4 février dernier, lord Palmerston, à la chambre des communes, attaquant le projet de la commission mixte, disait au ministère tory : « Mais à quoi bon cette commission? Dans quel but l’avez-vous réunie ? Vous savez bien qu’elle ne peut aboutir à aucun résultat. Vous lui imposez l'obligation de trouver un moyen plus efficace ou aussi efficace que le droit de visite pour réprimer la traite des noirs. Vous savez bien que cela n'est pas possible : lui imposer une semblable obligation, c’est lui demander une impossibilité ; c’est comme si vous exigiez d'elle qu’elle vous prouvât que deux fois deux font plus ou moins que quatre. Je sais bien, il est vrai, que vous espérez par ce moyen obtenir l’affranchissement des esclaves dans les colonies françaises...» Messieurs , je n'irai pas plus loin dans ma citation; ces paroles

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