‹ Les colonies françaises devant la Chambre des pairsChapitre 29 sur 36 · PO PP · texte numérisé non relu

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un berger. D'autres libéralités des propriétaires adoucissent en core la situation de l’esclave ; lors de la roulaison (la fabrication du sucre), deux fois par jour chez certains habitants, à discrétion chez d’autres, chaque membre de l'atelier viendra prendre du vezou, liqueur excellente au goût et très nourrissante (1).

Beaucoup d'habitants prennent le soin de faire border les champs de cannes d’une haie de pois d’Angole, arbuste qui fournit en abondance et toute l’année une fève excellente. Les nègres ont droit de la cueillir, et chacun, au retour du travail, trouve le long du chemin, et presque en se promenant, de quoi se faire un bon plat de légumes. |

Le colon joue ici le rôle que les hommes religieux donnent à la Providence, qui partout montre le bienfait et cache le bienfaiteur, etc. (2).

Je ferai observer à M. H. Passy et à M. le comte Beugnot que les doublons des colons n’ont pas payé cet éloge. |

Et si M. H. Passy, si M. le comte de Montalembert, demandaient encore : Qui donc a écrit ces pastorales du Lignon, qui donc a composé ces idylles?

Je leur dirais : Ce n’est ni d'Urf, ni Théocrite, ni Gessner, mais M. Schœlcher !

A M. le comte Beugnot, qui estime 1 fr. 60 cent. le samedi nègre, j'opposerai le témoignage de M. Schælcher, qui a constaté que, quand Pesclave à le samedi, il peut gagner, outre Sa nourriture, 2, 3 ou 400 fr. par an; les hommes plus, les femmes moins.

Sur les habitations à grandes terres, les jardins sont quelquefois d’un et deux arpents; on en donne même

(1) Des colonies françaises; par Schælcher, 1843, p. 13. (2) I1d., p. 41. Lie NRE

aux enfants s'ils en demandent, dès qu’ils se sentent assez de force (1).

M. Schœlcher ajoute :

Le lecteur voit, quoi qu’il y ait à dire de l’esclavage, qu'il a ses douceurs possibles. On a réellement peine à supposer que la source de bien-être dont jouissent les esclaves soit compatible avec leur position. |

On en voit le dimanche en redingotes ou en habits très bien faits, avec gilet de satin, chemises à jabot, bottes, et l'indispensable parapluie (parasol). À la Basse-Pointe (Martinique), le jour de la fête du bourg, il nous fut dit que, pour la célébrer, l’atelier de la sucrerie Gradis, où nous nous trouvions , avait tué dix-sept cochons et cinq cabris (2).

Pour arriver à ces résultats, les noirs sont-ils condamnés à un travail excessif?

M. Schœlcher répond :

Sous ce rapport les esclaves font ce qu'ils doivent, et les maîtres aujourd'hui ne leur demandent pas plus qu'ils ne peuvent faire.

L’esclave donne neuf ou dix heures du jour : de cinq ou six à huit heures du mâtin, de neuf à midi, et de deux à six heures du soir. Le reste du temps lui appartient; et, si le chef le lui prend, il est rare qu'il ne le lui paie pas. |

Cette proportion est raisonnable et convenablement calculée pour un pays où le climat défend d’abuser des forces de l’homme. F1 y a d’ailleurs beaucoup plus de jeu dans la prise de l'ouvrage sur les habitations que chez les manufacturiers d'Europe ; on ne poursuit pas trop l'atelier ; et dix fois, pendant notre séjour à la campagne , nous l’avons vu partir à deux heures un quart, deux heures vingt minutes, au lieu de deux heures. Personne aux colonies ne se presse et ne presse les autres (3).

(1) Des colonies françaises, par Schœlcher, 1843, p. 11. (2) 14., p. 14, 15.

nr Mn 1 Lis (*

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