‹ Les colonies françaises: géographie, histoire, productions, administration et commerce (volume 2)Chapitre 103 sur 163 · III. — ADULIS, CHEIKH-SA1D ET MASCATE · texte numérisé non relu

III. — ADULIS, CHEIKH-SA1D ET MASCATE

Dans la mer Rouge la France possède des droits sur deux points d'une certaine importance, la baie d'Adulis et Cheikh-Saïd.

En 1859 le ras du Tigré, Négoussié, désireux de trouver des alliés contre la puissance croissante de Théodoros, envoya une ambassade à Paris demander à Napoléon III la protection de la France. Une mission fut décidée par le gouvernement français et confiée au capitaine de vaisseau Roussel. Celui-ci (1) étudia avec le plus grand soin la baie de Zoulla, l'ancienne Adulis, et l'île Disseh, qui la commande et en janvier 1860 il en obtint la cession du ras Négoussié. De retour à Paris il ne cessa de demander au gouvernement impérial une occupation effective de Zoulla et remit une note

(1) Castonnet des Fosses, L'Abyssinie et les Italiens, 1897.

en ce sens au ministre de la marine le 22 mars 1861 . La politique du gouvernement impérial, si souvent inconséquente, fit qu'aucune suite ne fut donnée au projet du commandant Russel.

Nos droits sur la baie d'Adulis n'ont pas été reconnus par 1rs Italiens (1), mais ils n'ont pas été abandonnés par le gouvernement français et ils pourraient être revendiqués si l'Italie renonçait à sa colonie Erythréenne.

A Cheikh-Saïd nos droits ont été acquis en 4868, par un groupe de négociants marseillais qui achetèrent ce territoire au Cheikh-Ali- Tabatt-Dourein. Le territoire acheté pour le prix de 80,000 talari part « de la pointe du cap Bab-el-Mandeb jusqu'à six heures de marche dans toutes les directions à partir du lieu dit Cheikh-Saïd ». La Turquie n'éleva à ce moment aucune protestation. Mais en 1870 des soldats turcs s'établirent à Cheikh-Saïd ; une protestation diplomatique auprès de la Porte et une reconnaissance du navire le Brual les en éloignèrent. Après la guerre le statu quo a été maintenu et il est encore en vigueur aujourd'hui. Les négociants marseillais qui occupèrent Cheikh-Saïd jusqu'en 1871 et qui y installèrentun dépôt de charbon, utilisé pendant laguerre, n'ont quitté ce territoire qu'après avoir stipulé auprès du Cheikh-Ali que cette interruption de leur action ne pourrait invalider leurs droits (2). Cheikh-Saïd a été visité en décembre 1900 par un voyageur français, M. Hugues Le. Roux ; il y a trouvé un pacha turc et une vingtaine de soldats qui lui ont interdit l'accès du promontoire.

Nous pouvons rapprocher de notre action politique dans les parages de Bab-el-Mandeb, l'affaire de Mascate. La France et l'Angleterre avaient signé, le 10 mars 1862, une convention garantissant l'indépendance de ce sultanat en même temps que celle de Zanzibar. Elle était ainsi conçue :

S. M. l'Empereur des Français et S. M. la reine du Royaume-Uni de la Grande-Brela»ne et d'Irlande, prenant en considération l'importance qui s'attache au maintien de l'indépendance du Sultan de .Mascate d'une part, et du Sultan de Zanzibar de l'autre, ont jugé convenable de s'engager réciproquement à respecter l'indépendance de ces deux princes.

Les soussignés, Ministre des affaires étrangères de S. M. l'empereur

(1) La France a aussi des droits suf deux autres points de la cùte italienne, Edd etAmfila.

(2) Rambaud, La France coloniale, 436.

Les Colonies, vol. I. ! •'■

des Français et ambassadeur extraordinaire de S. M. B. près la Cour de France, étanl munis de pouvoirs à cet effet, déclarent en conséquence, par le présent acte, i|iv leurs dites Majestés prennent réciproquement l'engagement indiqué ci-dessus.

En foi de quoi, les soussignés ont signé en double la présente déclaration et y ont apposé le cachet de leurs armes, l'ait à Paris, le 10 mars 1862.

(L. S.) (signé) : E. Thouvenel.

(L. S.) [signé] : Cowley.

Au commencement de l'année 1899, un incident s'est produit entre la France et l'Angleterre à propos de Mascate. La France avait obtenu du sultan la concession d'un dépôt de charbon dans l'une des criques de Mascate. Le vice-roi des Indes, lord Curzon, envoya l'un de ses résidents à Mascate sur un navire de guerre pour sommer le sultan de retirer la concession faite à la France. Sous la menace des canons anglais, le sultan demanda à la France de lui rendre l'acte de concession. Sur notre refus, il déclara la concession annulée. Cette intervention de l'agent du gouvernement britannique était d'autant plus singulière, que l'Angleterre avait elle-même établi un dépôt de charbon à Mascate. Aussi après de courtes négociations le gouvernement britannique reconnut que les droits de la France et de l'Angleterre à Mascate, étant identiques de par la convention de 1862 comme identiques leurs obligations, la France peut très légitimement y avoir à son tour un dépôt de charbon et il exprima son regret pour « l'intervention aussi incorrecte que spontanée » du vice-roi des Indes (1).

(1) Chambre des députés, G mars 1899, Discours du ministre des affaires étrangères, M. Delcassé.

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