‹ Les colonies françaises: géographie, histoire, productions, administration et commerce (volume 2)Chapitre 109 sur 163 · I. — DE 1885 A · texte numérisé non relu

I. — DE 1885 A

Au point de vue diplomatique la période de 1885 à 1895 fut marquée par les négociations qui amenèrent la reconnaissance par les puissances européennes de notre situation à Madagascar. La notification du traité de 1885 publié au Journal officiel du 6 mars 1886, fut acceptée sans observations par toutes les chancelleries.

De plus, l'Angleterre reconnut solennellement notre protectorat par la déclaration que signèrent à Londres le 5 août 1890 lord Salisbury et M. Waddington, ambassadeur de France. La France reconnaissait le protectorat de l'Angleterre sur Zanzibar, acceptait comme délimitation dans l'ouest africain la liffne de Sav à Barroua et recevait l'acceptation de son protectorat sur Madagascar dans le paragraphe suivant :

Le soussigné, dûment autorisé par le gouvernement de la République française, fait la déclaration suivante :

1. Le Gouvernement de Sa Majesté britannique reconnaît le protectorat de la France sur l'île de Madagascar, avec ses conséquences, notamment en ce qui touche les exequaturs des consuls et agents britanniques, qui devront être demandés par l'intermédiaire du résident général français.

Dans L'île de Madagascar les missionnaires des deux pays jouiront d'une complète protection. La tolérance religieuse, la liberté pour tous les cultes et pour l'enseignement religieux, sont garanties.

Il est bien entendu que l'établissement de ce protectorat ne peut porter atteinte aux droits et immunités dont jouissent l^s nationaux anglais dans cette île.

L'Allemagne reconnut solennellement aussi notre protectorat par une communication échangée à Berlin le 17 novembre 1890 entre le baron de Marschall, ministre des affaires étrangères, et M. Herbette, ambassadeur de France.

S. Exe. M. Herbette, Ambassadeur de France à Berlin, à S. Exe.

M. le baron Marschall de Biberstein, Secrétaire d'Etal

aux Affaires Etrangères.

Berlin, le 7 novembre 1890.

Monsieur le Baron,

Au cours des entretiens que nous avons eus ensemble au mois d'août dernier, sur les rapports réciproques de l'Allemagne et de la France à la cote orientale d'Afrique, Votre Excellence m'a déclaré que le Gouvernement Impérial était disposé à reconnaître le protectorat de la France à Madagascar avec toutes ses conséquences.

De mon côté, j'ai été en mesure de vous donner, lors de notre entrevue du 6 de ce mois, l'assurance que, dans ces conditions, le Gouvernement de la République française n'élèverait pas d'objection contre l'acquisition par l'Allemagne de la partie continentale des Etats du Sultan de Zanzibar ainsi que de l'île de Mafia.

Il a, d'ailleurs, été entendu que les ressortissants allemands à Madagascar et les ressortissants français dans les territoires cédés à l'Allemagne par le Sultan de Zanzibar bénéficieraient, sous tous les rapports. du traitement de la nation la plus favorisée.

Dans le but de consacrer définitivement le complet accord des deux gouvernements sur les points ci-dessus spécifiés, j'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence la présente communication, et je vous prie de m'en faire parvenir un accusé de réception confirinatif.

Veuillez agréer, Monsieur le Baron, les assurances de ma très haute considération.

Signé : Jules Herbette.

De plus les droits de notre pays sur Madagascar furent solennelloment reconnus par les puissances à la Conférence de Bruxelles alors que les délégués des divers Etats confièrent à la France le soin de faire appliquer dans la grande île les mesures édictées par l'Acte général (1).

(1) Les plénipotentiaires français, sur la demande qui leur fut adressée, firent la déclaration suivante :

a Le gouvernement de la République déclare qu'il s'engage à provoquer les mesures nécessaires pour empêcher l'exportation des armes et des munitions de guerre de Madagascar et de l'archipel des Cornons, à destination des possessions de la côte orientale d'Afrique et à exercer un contrôle efficace dans les ports de ces îles. »

A Madagascar l'histoire du protectorat est faite dès le début «le difficultés de toutes sortes. M. Le Myre de Vilers, notre premier résident, arrive le 14 mai 1886 à Tananarive. Il doit presque aussitôt s'opposer au contrat conclu entre le gouvernement hova et l'Anglais Kingdom en vue d'un prêt de 20 millions et il parvient à faire opérer le prêt par le Comptoir d'escompte. Une ligne télégraphique est installée de Tamatave à Tananarive en 1887. Des difficultés s'élèvent au sujet de la délimitation de Diégo-Suarez et M. Le Myre de Vilers, ne pouvant s'entendre avec le gouvernement hova, fait nommer un gouverneur spécial de Diégo-Suarez chargé d'étendre le plus possible la colonie dans le sud. Puis dès 1887 commence la série des difficultés relatives à l'exequatur des consuls étrangers, le premier ministre refusant d'admettre que les demandes d'exequatur et les réponses passent par l'intermédiaire du résident de France.

Les difficultés continuent sous la résidence de MM. Bompard (1889), Lacoste (1891) et Larrouy. Elles allaient aboutir à un nouveau conflit.

Pendant cette période intermédiaire l'exploration fit de nouveaux progrès.

MM. Gatat et Maistre réunirent des renseignements intéressants sur le nord et le sud de l'île : ils fixèrent la ligne de partage des eaux des principales rivières du sud-est, rectifièrent la limite septentrionale du grand massif central et la distribution des forêts tant aux environs de Fort-Dauphin qu'au nord de l'Antsihanaka et relevèrent le cours de l'Ivondrona depuis sa source, aux grands marais de Didy, jusqu'à la mer. Leur compagnon,. M. Foucart, explorait de son côté le cours inférieur du Mangoro.

M. Douliot explora une grande partie de la côte du canal de Mozambique et la région occidentale entre Maintirano et le Mangoka. Il mourut au cours de ce voyage. Après lui, M. Emile Gautier acheva l'exploration de la côte occidentale et parcourut en deux voyages le pays des Betsiléo et le Ménabé L'exploration de M. Millier fut interrompue par l'assassinat de ce voyageur. Le Dr Besson et M. d'Anthouard parcouraient les régions encore peu connues des Tanalas, du Ménabé et du Boéui.

Enfin deux missions hydrographiques, Favé etCauvet en 1887-88 dans le nord, Mion et Fichot en 1889 dans le sud-est, procédèrent à la revision des cartes marines des côtes de Madagascar.

Les Colonies, vol. I. 4 8

t.)l QUATRIEME PARTIE CHAPITRE VU

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