LA COLONISATION
Le rég-ime de colonisation agricole, qui s'inspire de la procédure de l'immatriculation, a été déterminé par divers arrêtés et l'exemple suivant que donne le général Gallieni dans son rapport de 1899 en fera nettement saisir le mécanisme :
M. X..., arrivant de France dans l'intention de se fixera Madagascar comme planteur, fait escale à Diego; il se rend au bureau de colonisation et y trouve un vérificateur qui lui met sous les yeux la carte générale de la colonie, sur laquelle sont repérées toutes les concessions accordées et tous les lots de colonisation offerts aux immigrants, et encore disponibles. Le chef du bureau de colonisation fournit au colon des renseignements généraux sur chacune des provinces, et le nouvel arrivant peut fixer son choix, d'après ses connaissances spéciales et suivant les capitaux dont il dispose, ou tels ou tels motifs particuliers. Le colon continue alors sa route sur Tamatave ou Majunga, suivant qu'il a opté pour la côte est ou ouest.
En supposant que M. X... ait débarqué à Tamatave, il trouverait au bureau de colonisation de cette ville les renseignements particuliers sur chacune des provinces de la côte est et du haut pays, et alors, s'iljuge, par exemple, que la province de Mananjary lui offre des chances particulières de succès, on lui indiquera aussi les moyens de s'y rendre et le prix des transports.
Arrivé à Mananjary, M. X... sera adressé par l'administration de la province au chef du bureau de la colonisation, qui le mettra tout de suite au courant du mouvement de la colonisation dans la région, des résul-
1,1 (s obtenus et des essais à tenter. Le colon aura alors à faire un choix (Mitre les terres domaniales mises à sa disposition et devra se décider entre un lot de colonisation déjà immatriculé ou une concession qu'il choisira lui-même et dont il Hxera les limites comme il le jugera convenable.
1er cas : Lot de colonisation. — M. X..., après avoirvisité les lots, désigne celui qui lui convient et en fait la demande au chef de la province, qui lui délivre aussitôt un titre provisoire d'occupation. Si le lot choisi est de 100 hectares, le colon aura à payer immédiatement 100 francs et pourra aussitôt commencer son exploitation.
Le jour où la propriété sera mise en valeur, M. X... obtiendra le titre définitif en demandant au chef de la province de faire constater l'importance des travaux exécutés. Si la commission estime que la prise de possession a été réelle, le gouverneur général décidera que le titre définitif doit être délivré; le transfert du titre immatriculé sera fait aussitôt au nom de M. X... qui, après payement de la somme de 100 fr. restant due au service topographique, sera mis en possession définitive de sa concession.
2e cas : Concession choisie par le colon. — M. X..., préférant choisir et limiter lui-même sa concession, adresse une demande au chef de la province, indiquant la situation et les limites des terres dont il demande la concession.
Le chef du bureau de colonisation fait aussitôt le bornage et le croquis de la concession, et, au retour, l'affichage de la demande est fait dans les formes prescrites.
Après un délai de huit jours, le chef de la province examine, s'il y a lieu, les oppositions ou les revendications qui ont été adressées au bureau de colonisation et, lorsque rien ne s'opposera à la délivrance du litre provisoire, il fera préparer aussitôt le titre d'occupation provisoire. Ce titre estremis à M. X..., après payement de la somme de 50 fr., en supposant la concession de 100 hectares.
Lorsque le colon aura mis la propriété en valeur et dans le délai maximum de trois ans, il pourra obtenir le titre définitif, en faisant constater l'importance de son exploitation. Si le gouverneur général décide que la demande de M. X... doit être accueillie, le bureau de colonisation adresse au sous-conservateur de la propriété foncière tous les documents permettant l'établissement de la réquisition d'immatriculation ; la procédure suit son cours ordinaire, et si l'immatriculation est prononcée, le colon obtient le titre immatriculé, transféré à son nom, après payement de la somme de 100 fr., restant due au service topographique (pour la concession de 100 hectares).
Les colons pourront ainsi obtenir, dans le plus bref délai, les titres provisoires leur permettant de s'établir sur les terres qu'ils auront choisies et pourront recevoir, dans les trois ans qui suivront leur installation, le titre immatriculé qui les mettra en possession définitive du sol.
De novembre 1896 à la fin de 1897 il a été délivré 219 concessions d'une superficie de 149.000 hectares et en 1898, 350 concessions d'une superficie de 58.000 hectares.
Une intéressante tentative de colonisation militaire, s'inspirant des idées du général Gallieni sur l'utilisation coloniale de l'armée, a été entreprise à Madagascar. Il dit à ce sujet dans son rapport de 1899 :
J'ai cru qu'il y avait le plus grand intérêt, non seulement en vue du développement économique de l'Imérina et du Betsiléo, mais au point de vue de la sécurité etde la défense du pays, à utiliser pour commencer le peuplement des régions centrales avec prudence, méthode et proportionnellement aux ressources que peut offrir le pays dans l'état actuel, cet élément qui est surplace et que ne désillusionneront pas les obstacles auxquels il pourra se heurter.
Les militaires du corps d'occupation n'ont pas, en effet, à se familiariser avec le milieu avant de rien entreprendre.
Habitués au climat, ils n'en redouteront pas les atteintes, mais sauront observer les règles d'hygiène indispensables. L'agriculteur français qui a rarement perdu de vue le clocher de son village, l'ouvrier des villes lui-même, bien que son esprit soit plus éveillé, sont tentés de considérer que les facilités de l'existence, le bien-être, doivent être le prix immédiat de leur expatriement et non d'efforts persévérants secondés par beaucoup d'initiative et d'énergie ; en outre, souvent craintifs et imprudents, sous un climat nouveau, ils peuvent être surpris, découragés bientôt par les difficultés qui surgissent inopinément dans un pays où il faut tout créer. Tel ne saurait être le cas pour les anciens militaires du corps d'occupation. Placés souvent en face de nécessités imprévues auxquelles ils doivent parer avec de faibles moyens, les difficultés inhérentes en ce moment à la création d'une exploitation agricole ne les surprendront pas; ils sont accoutumés à faire preuve d'ingéniosité.
Beaucoup d'entre eux ont acquis, au contact de la population indigène, la connaissance de la- langue, des mœurs et des coutumes locales, autant d'avantages précieux sur le colon nouveau venu. Appelé en de nombreuses circonstances à exercer son initiative, le militaire libérable, déjà préparé dans les postes où il servait à la création de pépinières, d'ateliers professionnels, à des essais de culture, à la construction de routes, se transformera vite en colon. Pris clans l'élite, son installation dans le pays répondra à une double nécessité : elle affirmera aux yeux de tous notre prise de possession définitive, absolue; elle constituera un noyau solide de colons énergiques qui, de soldats qu'ils étaient naguère, seront des défenseurs tout prêts en vue d'éventualités qu'il est toujours prudent d'entrevoir, et pourront, d'ailleurs, être appe-
lés à assurer le maintien de la sécurité; enfin ces colons constitueront des centres de groupement et serviront d'exemples e1 de guides aux nouveaux venus, lorsque la colonie étant munie de l'outillage économique destiné à aplanir les obstacles qui s'opposent maintenant à l'inst tallation de nombreux agriculteurs sur les hauts plateaux, le momensera arrivé de faire appel à ceux de nos compatriotes qui, disposant de quelques ressources, pourront se livrer à la petite colonisation.
Ces considérations m'ont amené à inviter, par une circulaire du 5 juin 1898, les chefs de corps et les commandants de cercles à encourager le plus possible l'installation, sur des lots de colonisation, de militaires accomplissant leur dernière année de service. Un premier essai a été tenté dans ce sens dans le cercle d'Anjozorobé, où a été créé, à la fin de l'année 1897, à Analabé, une colonie militaire composée du sergent L... et des soldats S... et A..., de l'infanterie de marine ; au début de l'année 1898, un lot de colonisation a été attribué à l'adjudant P... dans le cercle d'Ambatondrazaka, et M. le lieutenant-colonel commandant le 4e territoire militaire a, à son tour, installé dans le cercle d'Antrazobé quatre soldats libérables.
En dernier lieu, des terrains ont été remis, dans le cercle de Tsiafabv, à quatre soldats.
Tous ont activement travaillé; les premiers installés ont obtenu des résultats appréciables qui m'ont engagé à généraliser la mesure et à fixer dans le détail, par une circulaire du 22 janvier 1899, les conditions de son application.
J'ai ainsi décidé en principe que des titres provisoires de concessions seront accordés et que des avances, en nature autant que possible, seront faites à des militaires libérables du corps d'occupation dont le nombre sera fixé annuellement suivant les ressources du budget local, et qui seront choisis parmi les plus méritants. En retour des avantages qui leur seront concédés, ces soldats colons devront s'engager à concourir pendant trois années à dater de leur libération au maintien de la sécurité du pays; ils formeront en quelque sorte, avec leurs ouvriers indigènes, des corps de partisans qui permettront de restreindre peu à peu l'occupation militaire des régions centrales.