VI. — LES SATELLITES DE MADAGASCAR
La Réunion. — L'histoire de l'île de la Réunion est purement administrative. Nous devons simplement mentionner comme fait historique important la construction du port maritime de la Pointedcs-Galets, ouvert en 1886, et d'un chemin de fer à voie étroite de Saint-Pierre à Saint-Benoît par Saint-Denis, sur une longueur de 126 kil., ouvert en 1882.
La colonie de la Réunion est en face d'un grave problème qui occupe toute son attention, celui de la main-d'œuvre. Son agriculture meurt faute de travailleurs. Elle a tenté d'avoir une immigration indienne, indo-chinoise, javanaise. Mais le problème n'est pas encore résolu. Comme l'écrit un conseiller général de la Réunion, M. Hugot, « depuis l'année 1882, l'immigration indienne, la seule qui existât, ayant été arrêtée par l'opposition de l'Angdeterre, le nombre de nos immigrants a diminué au point qu'il se trouve réduit aujourd'hui à 18,000 environ, chiffre absolument insuffisant pour les besoins de notre agriculture. N'ayant plus à leur disposition les bras indispensables, nos propriétaires se sont trouvés dans l'absolue nécessité de diminuer leurs plantations. Notre production ^énéTale s'est trouvée atteinte à ce point que notre principal produit, le sucre, est tombé à 39,500 tonnes. »
Le commerce de la colonie a subi des fluctuations assez grandes. Les importations se sont élevées de 21 millions en 1870, à 30 millions en 1880, mais sont retombées à 21 millions en 1896, à 19 millions en 1898 et à 21 millions en 1899 ; les exportations, parties de 18 millions en 1870 et tombées à 12 millions en 1880, sont remontées à 17 millions en 1890 et ont atteint 19 millions en 1898, mais sont retombées à 15 millions en 1899. Les produits importés de France
en 1899 ont atteint 13 millions et les produits exportés en France 15 millions. En 1900, le total du mouvement commercial a été de 39 millions 1/2, dont 22 millions d'importations. La part totale de la France a été de 30 millions environ.
Diégo-Suarez, Nossi-Bé, Sainte-Marie. — La colonie de Diégo- Suarez, les îles de Nossi-Bé et de Sainte-Marie de Madagascar ne sont plus aujourd'hui que des parties de la colonie de Madagascar à laquelle elles ont été rattachées par la loi d'annexion.
Mayotte et Comores. — La colonie deMayotte, en vertu d'un décret du 9 septembre 1899, comprend l'administration de l'île de Mayotte et de l'archipel des Glorieuses, ainsi que celle des protectorats de la Grande-Comore, d'Anjouan et de Mohéli. Le gouverneur qui réside à Dzaoudzi est représenté dans chacune des trois Comores par un résident.
L'île deMayotte n'offre en ces dernières années d'autre histoire que celle de son développement agricole et commercial. Il faut noter que l'application de la loi douanière du 11 janvier 1892 (tarif général des douanes) a amené les commerçants, des Indiens pour la plupart, îi s'adresser à la France pour leurs approvisionnements, surtout pour les tissus. La France importe annuellement pour 000.000 fr. environet l'étranger (Bombay et Zanzibar) n'importe plus quepour -70.000 fr. Mayotte exporte aussi en France 3500 tonnes de sucre, un peu de café, 900 hectolitres de rhum et 3500 kil. de vanille et à Zanzibar et dans l'Inde 800 tonnes de sucre (1).
L'établissement de notre protectorat à la Grande-Comore date de 1886. Le sultan Saïd-Ali, vainqueur d'une rébellion dirigée par le chef Moussa-Foumou en 1883 demanda le protectorat de la France. Un naturaliste français, M. Humblot, informé des offres faites au Sultan par des Allemands et n'ayant pu obtenir du gouvernement français un protectorat formel, conclut lui-même avec Saïd-Ali une convention commerciale stipulant que le sultan ne pourrait placer son pays sous le protectorat d'aucun Etat sans le consentement de la France. Ce traité souleva une révolte contre Saïd-Ali qui était assiégé dans sa capitale parle chef Achimou lorsque le La Bourdonnais amena M. Gerville-Réache, gouverneur de Mayotte : le 0 janvier 1886 ce dernier signa avec Saïd-Ali un traité par lequel le sultan s'engageait à accorder une situation prépondérante au gou-
(1) Notice de M. Vienne, Exposition de 1000.
SO'l QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE VII
vcrnement français dans les affaires de l'île el à ne traiter avec les nations étrangères qu'avec l'assentiment de la France. Achimou, exilé à Diégo-Suarez, voulut profiter de la situation tendue créée par des dissentiments entre M. Humblot et le résident envoyé par le gouvernement français pour se révolter en arborant le pavillon allemand, mais le Beautemps-Beaupré vint au secours de Saïd-Ali et Achimou fut de nouveau vaincu. Une révolte des Comoriens amena en 1891 l'intervention du Boursaint : M. Humblot, qui avait été chargé de la résidence, organisa l'administration de l'île.
Saïd-Ali, qui s'était retiré à Mohéli, fut réinstallé à la Grande-Comore. Mais ses relations avec M. Humblot devinrent bientôt mauvaises et à la suite d'une tentative d'assassinat dirigée contre le beau-frère de notre compatriote, Saïd-Ali, dont la complicité avait été reconnue, fut exilé à Diégo-Suarez, puis à la Nouvelle-Calédonie.
Des troubles se sont de nouveau produits en 1899 à Moroni. Des indigènes, protestant contre une corvée de routes qu'on imposait à leurs femmes et à eux-mêmes, tuèrent un commissaire de police européen et envahirent la résidence. Le D'Estaing alla rétablir l'ordre. Cet incident montre que les Comoriens sont remuants, intrigants et peu susceptibles d'attachement et de fidélité et peutêtre pourrions-nous éviter le retour des troubles qui se produisent si souvent dans ce groupe d'îles en y maintenant une troupe, permanente, mais peu nombreuse, de soldats indigènes, des Sénégalais, par exemple.
C'est aussi en 4886 que notre protectorat fut établi sur Anjouan. Le sultan Abdallah, désireux de se soustraire à la tyrannie des planteurs anglais et américains qui lui avaient fait consentir un prêt par l'Oriental Bank de Maurice, se plaça avec empressement sous le protectorat de la France quand M. Gerville-Réache vint lui faire des offres au nom du gouvernement. Le traité fut signé le 21 avril 1886. Mais Abdallah refusa notre résident et il fallut débarquer des troupes pour qu'il l'acceptât dans un nouveau traité du 26 mars 1887, suivi d'une convention du 15 octobre 1887 créant à Anjouan un tribunal mixte. A la mort d'Abdallah, le 2 février 1881 , la guerre civile éclata entre son frère Saïd Othmann et son fils Salim. Ce dernier, vaincu, se retourna avec son oncle contre les Français et il fallut de nouveau débarquer des troupes le 23 avril. Les deux compétiteurs furent exilés et le prince Saïd-Omar fut nommé sultan d'Anjouan. 11
abolit l'esclavage et signa le 8 janvier 1892 un nouveau traité qui supprimait le conseil des ministres et augmentait considérableblement l'ingérence du résident dans l'administration de l'île. A la mort de Saïd-Omar, le 16 avril 1892, son fils, Saïd Mohamed, fut élevé au sultanat à sa place.
L'île de Mohéli a été placée sous notre protectorat par M. Gervillc- Réache, qui, le 26 avril 1886, intervenant dans les querelles de deux compétiteurs, donna le trône au prince Marjani en lui faisant reconnaître la suzeraineté de la France. L'île resta cependant en proie à la guerre civile et les partisans du concurrent évincé .Mahmoud continuèrent la lutte. Marjani, impopulaire, fui destitué en août 1888, et interné à Obock après un voyage à Paris. Le pouvoir fut donné à la princesse Sali mba-Machimba, fille de l'ancienne reine Djounbé-Fatouma qui, en 1848, s'était fait couronner parle commandant de notre division navale de l'Océan Indien. Celle princesse a été élevée dans un couvent de la Réunion jusqu'en 1S'.!Ô, date de son retour dans l'île. Un décret du 23 janvier 1896 a placé le sultanat de Mohéli sous la surveillance du résident d'Anjouan.
Le groupe des îles Glorieuses, qui se compose des deux îles, l'île Glorieuse et l'île du Lys, a été occupé au nom de la France le 23 août 1892 et placé sous la dépendance de Mayotte. La concession de la poche avait été donnée à un Français en 1873 et renouvelée en ISSU. En 1881 l'Angleterre a voulu les considérer comme une dépendance des Seychelles. Mais notre gouvernement protesta cl sa protestation fut admise. La garde du pavillon aux Glorieuses esl confiée au concessionnaire français qui habite l'île principale avec sa famille et une quarantaine de travailleurs et exploite les cocotiers, le guano et les tortues.
Au nord des îles Glorieuses se trouve un autre archipel à propos duquel une contestation s'est élevée en IS92 entre la France et l'Angleterre : Aldabra, Cosmoledo, Astove et Assomption. L'Angleterre les considère depuis 1826 comme siennes et la colonie des Seychelles a affermé la pêche de la tortue. Elle a fait occuper Albadra en 1892. Un débat a été soulevé à la Chambre à ce sujet, le i juin 1892, par M. de Mahy qui réclame ces îles comme françaises et y voit un archipel indépendant des Seychelles. M. Ribot, ministre des affaires étrangères, a constaté les prétentions anglaises sans les confirmer ni les infirmer. Aucun droit spécial n'existe à la faveur des Anglais.
La France possède encore d'autres îles dans l'Océan Indien, à mi-route du Cap et de l'Australie : les îles Saint-Paul et Amsterdam, où la mission scientifique de l'amiral Mouchez alla observer le passag-e de Vénus en 1874 et dont possession fut prise les 14 et 27 octobre 1892, îles volcaniques et dénuées de ressources, dont on pensa pouvoir faire un jour le point d'attache d'un câble sous-marin ; et les îles Kerguelen, archipel d'îles petites ou grandes, d'une faune maritime très riche, produisant un « chou de Kerg'uelcn » antiscorbutique fort utile aux marins, prises en possession en janvier \8\Y.\ parle transport Y Eure, et données en concession à un armateur Livrais : on a émis le projet d'en faire une colonie de transportation, mais le climat est trop rude et les ressources trop insuffisantes. Ces îles pourraient plutôt servir à l'élève du mouton comme les îles Kalkland, et l'explorateur belg-e de Gerlache, qui s'y est rendu en 1901 en mission scientifique, doit faire un essai dans ce sens.