FORMATION DE L INDO-CHINE FRANÇAISE
l'imminence d'un heureux résultat, avait été lancée le jour même où Jules Ferry essayait vainement, sans trahir son secret sauveur, de maintenir, au Parlement, le calme et le sang-froid si nécessaires à l'intérêt du pays.
Le traité définitif qui fut substitué, le 9 juin 1885, à la convention de paix ou plutôt au simple rappel de l'acceptation du traité de Tien-Tsin par les deux Etats, fut avantageux, sauf l'abandon de l'excellent poste des Pescadores. Il réglait les procédés de pacification auxquels auraient recours troupes françaises et troupes chinoises des deux côtés de la frontière, prévoyait une délimitation amiable sur le terrain, enfin reconnaissait sans réticence la condition du protectorat français en Annam. La France et la Chine se concédaient mutuellement des avantages de tarifs douaniers, de protection consulaire et autres, pour leurs négociants.
La preuve de la bonne foi et même de la bonne volonté de nos anciens adversaires a été faite, à l'occasion de l'attentat annamite dirigé en juillet 1885 contre le général de Courcy à Hué, attentat qui ne donna lieu à aucun trouble chez les Chinois de l'Indo-Chine ou des confins, puis dans le cours des délicates opérations d'établissement de la ligne frontière et des négociations d'accords commerciaux (avril 1886 et juin 1887). Ces accords commerciaux ont préparé les pourparlers ultérieurs relatifs à l'étude et à la construction de voies ferrées intéressant les deux pays.
L'oeuvre purement française de la pacification de l'Indo- Chine fut heureusement menée par les gouverneurs qui s'y succédèrent jusqu'en 1897, date du rétablissement définitif de Tordre, et qui, malgré des divergences de principes ou d'applications, rendirent tous d'éminents services à notre colonie. Dans l'Indo-Chine comme à Madagascar, les officiers s'ingénièrent à seconder l'effort pacifique et civilisateur de nos agents civils : les généraux de Négrier, Jamônt, Voyron, Brissaud,
les colonels Frey, Pernot, Pennequin eurent part à l'honneur de purger le Delta des nombreuses bandes de pillards que les troupes chinoises, régulières ou irrégulières, avaient laissées derrière elles, de 1885 à 1892; les dernières campagnes de police, mêlées de négociations délicates, mirent en relief les talents des colonels Gallieni, Servière et Valière.
Il fallut ce succès de pacification graduelle obtenu par des moyens méthodiques pour ramener vers notre expansion indochinoise la faveur de l'opinion publique, troublée par la panique de 1885 et égarée souvent ensuite par des déclamations sans mesure, parfois même sans scrupules. En 1885, M. Brisson, président du Conseil, pour obtenir de la Chambre, à 4 voix de majorité, le vote précaire d'un crédit, avait été obligé de prononcer ces graves paroles : « Il ne faut pas qu'on puisse dire : la monarchie a donné l'Algérie à la France, la République a déserté l'Indo-Chine. » Qui donc pensa, dix ans après, à employer dans un sens injurieux le nom de « Tonkinois » appliqué à Jules Ferry avec une pareille intention? Si l'œuvre de pacification avait fait de rapides progrès, on doit dire aussi que l'opinion publique française s'était promptement mûrie et formée, et que partisans ou adversaires jadis acharnés de la politique coloniale travaillèrent souvent ensemble pour la cause que les uns avaient aimée, les autres combattue avec une égale passion.