V. — L'ORGANISATION ET LA MISE EN VALEUR
Jusqu'en 1887, nos possessions d'Indo-Chine formèrent deux groupes, la Gochinchine, dont le gouverneur, civil depuis 1879, était représenté au Cambodge par un résident, et l'Annam-Tonkin où un résident général, relevant du ministère des affaires étrangères, fut institué après l'expédition. Un décret du 26 janvier 1886 avait institué le protectorat de l'Annam et du Tonkin qui fut successivement exercé par les résidents généraux Paul Bert, mort à Hanoï le 11 novembre 1886, et M. Bihourd.
Des décrets du 17 octobre 1887 et du 21 avril 1891 réalisèrent l'union indo-chinoise en créant un gouverneur général de l'Indo- Chine française ayant sous sa haute direction le lieutenant-gouverneur de la Gochinchine et les résidents supérieurs du Cambodge, de l'Annam et du Tonkin ; le Laos et le territoire de Kouang-Tchéou- Ouan ont été ultérieurement rattachés au gouvernement général. Les fonctions de gouverneur général ont été successivement remplies par MM. Constans (1887-1888), Richaud (1888-1889), Piquet (1899-1891), de Lanessan (1891-1894), Armand Rousseau (1894- 1890), mort à Hanoï, et PaulDoumer, nommé le 28 décembre 1896.
Le commerce de l'Indo-Chine suit une progression ascendante. Il était en 1888 de 140 millions. Après une baisse qui dura jusqu'en 1892, il remonta à 156 millions en 1893, s'éleva à 205 millions en 1897 et à 252 millions en 1899. La Gochinchine et le Cambodge entrent dans ce dernier chiffre pour 177 millions, l'Annam pour 10 millions et le Tonkin pour 65 millions. Ce chiffre se décompose aussi en 115 millions d'importations, dont 58 millions 1/2 de France et 138 millions d'exportations, dont 22 millions pour France. En 1900, les importations se sont élevées à 186 millions et les exportations à 155 millions et demi, soit un total de 341 millions et demi, supérieur de 89 millions et demi à celui de 1899 : la France a compté aux importations pour 74 millions et aux exportations pour près de 35 millions.
Le régime économique de l'Indo-Chine est actuellement réglé par un décret du 29 décembre 1898. L'expérience de plusieurs années avait démontré la nécessité de modifier, sur certains points, le tarif
douanier rendu applicable en Indo-Chine par le décret du 29 novembre 181)2. Un nouveau tarifa donc été élaboré par une commission spéciale indo-chinoise et soumis, en exécution de la loi du 11 janvier 1892, aux délibérations du conseil colonial de la Cochinchine et du conseil du protectorat de l'Annam-Tonkin. L'administration locale a ensuite formulé ses propositions, qui ont reçu l'adhésion du ministre du commerce et du Conseil d'Etat.
Ce nouveau tarif, établi principalement en vue de favoriser la mise en valeur de notre colonie, supprime un certain nombre d'exemptions au tarif métropolitain et relève, pour d'autres articles, la taxe réduite dont ils bénéficient actuellement. Par contre, pour un petit nombre de produits qui pavent l'intégralité des droits du tarif métropolitain, des réductions de taxes ou l'exemption totale sont proposées. Les dégrèvements accordés aux produits étrangers en Indo- Chine se trouvent, en somme, sensiblement diminués et le nouveau tarif, se rapprochant davantage du tarif métropolitain, constitue, par suite, une protection plus efficace pour nos produits à l'entrée dans la colonie.
D'autre part, un décret du même jour a établi des droits sur un certain nombre de produits à leur sortie de la colonie et à destination des pays étrangers exclusivement. Ces droits ont remplacé les taxes de cette nature qui existaient dans les divers pays de l'Union indo-chinoise et qui frappaient les produits exportés, quelle que fût leur destination, même lorsqu'ils passaient simplement d'un pays de l'Union dans l'autre : ainsi sont tombées les barrières intérieures entre les diverses parties de la colonie.
Le régime minier de l'Annam-Tonkin a été fixé par un décret du 25 février 1897 qui a augmenté l'étendue donnée aux droits de recherches et d'exploitation des mines et qui a diminué les charges fiscales grevant cette exploitation. Les mines non reconnues sont concédées aux explorateurs, mais celles dont le rendement a été évalué sont mises en adjudication publique. M. Bel, ingénieur îles mines, a conclu, d'une mission scientifique accomplie par lui an Laos et en Annam, que le sous-sol de l'Indo-Chine ne paraît pas plus pauvre en substances minérales que celui de beaucoup d'autres pays, mais que l'industrie minérale indo-chinoise offre deux desiderata : l'organisation par le gouvernement du service des recherches et des renseignements et une confiance plus grande des capitaux dans les industries minières basées sur des recherches Les Colonies, vol. I. 00
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probantes. Le Tonkin, plus particulièrement, renferme de nombreux (l 'pots carbonifères.
Jusqu'en 1896 PIndo-Chine ne comptait comme voies ferrées que la ligne de Saïgon àMytho et celle dePhu-Lang-ThuongàLangson. Une loi de 1896 a autorisé le protectorat de l'Annam et du Tonkin à emprunter une somme de 80 millions qui devait être affectée, en même temps qu'à la liquidation définitive de sa situation financière, à l'exécution de divers travaux publics, parmi lesquels la transformation de la ligne de Phu-Lang-Thuong à Langson et le prolongement de cette ligne d'une part jusqu'à la frontière de Chine, et d'autre part vers Hanoï. Ce prolongement est aujourd'hui accompli.
En 1898, un nouveau plan de voies ferrées a été arrêté pour l'Indo-Chine. Il consiste en une grande artère qui part delà Cochinchine, longe l'Annam, traverse le Tonkin et aboutit au Yunnan. La colonie a été autorisée par la loi du 25 décembre 1898 à emprunter une somme de 200 millions pour exécuter cinq premiers tronçons de ce réseau :
1° De Haïphong à Laokay par Hanoï, Vietri et Yen-Bav, amorce du chemin de fer de pénétration au Yunnan. Un décret du 20 avril 1899 a autorisé les travaux du tronçon Haïphong- Vietri et un décret du 7 décembre 1900 ceux du tronçon Vietri-Laokay. Nous avons dit que des missions françaises ont étudié le prolongement vers Yunnan-Sen. Le gouvernement de l'Indo-Chine, par une convention approuvée par les Chambres en juin-juillet 1901, a été autorisé à concéder à une société anonyme formée par quatre établissements financiers l'exploitation de la ligne de Haïphong à Laokay qui doit être construite par le gouvernement de l'Indo- Chine et la construction et l'exploitation du chemin de fer de Laokay à Yunnan-Sen.
2° De Hanoï à Vinh par Nam-Dinh : le décret précité du 7 décembre 1900 a autorisé les travaux de la section de Nin-Binh à Giem-Ouinh.
3° De Quang-Tri à Hué et à Tourane.
4° Une ligne de Saigon par Tam-Linhau plateau de Lang-Bianget au Khan-Hoa.
3° Une ligne de Mytho à Yinh-Long et à Cantho.
Les tronçons Haïphong-Hanoï (92 kil.), Hanoï-Yietri (<i2 kil.) et Hanoï-Nam-Dinh-Binh-Dinh (118 kil.) seront mis en exploitation au printemps de 1903. Le tronçon Saïgon-Tam-Linh a été mis en
adjudication le 17 novembre 1900. Et les tronçons Ninh-Binh-Vinh, Tourane-Hué, Tam-Linh-Lang-Biang et Vietri-Laokay ont été mis en adjudication en mai 1001.
Le projet de Saigon au plateau de Lang-Biang offre un intérêt particulier: M. Doumer veut établir sur ce plateau un sanatorium à propos duquel il a fourni dans une interwiew les indications suivantes (1) :
Plus on en a étudié le projet, plus on y a vu d'avantages. Le commandant en chef des troupes l'a fait examiner de son côté. Il y est plus attaché que moi encore si c'était possible. N'est-ce pas une chose éminemment propre à fonder solidement notre domination dans l'Extrême- Orient que d'avoir entre 1,400 et 1,700 mètres d'altitude, avec des températures d'Europe saine et vivifiante, un plateau très étendu où l'on pourra installer d'une part un grand camp militaire avec d'immenses champs de manœuvre où nos troupes blanches pourront vivre et s'exercer dans des conditions rappelant celles de l'Europe, et, d'autre part, une ville d'été où nos colons et nos fonctionnaires pourront se refaire des chaleurs et de l'anémie du bas pays?
Le plan de pénétration par voie ferrée en Chine méridionale comprend : 1° le prolongement de la ligne Haïphong-Laokay vers Yminan-Fou, où tendent aussi le projet anglais Moulmeïn-Xieng- Hong-Semao (projet Colquhoun) et le prolongement anglais du chemin de fer de Rangoun àMandalay par Bhàmo ; 2° le prolongement du chemin de fer de Langson vers Long-Tchéou, Nanning et Pe-Se ; 3° le projet Pakhoi-Nanning ; 4° le projet de Kouang-Tehéou- Ouan vers Ouï-pou. C'est par ces voies ferrées que la France projette de faire la liaison, la « soudure », entre le Tonkin et les provinces chinoises limitrophes, le Kouang-Toung', le Kouang-Si et surtout le Yunnan.
(1) Temps, 15 mars 1901.