‹ Les colonies françaises: géographie, histoire, productions, administration et commerce (volume 2)Chapitre 16 sur 163 · SÉNÉGAL · texte numérisé non relu

SÉNÉGAL

La reprise de possession du Sénégal eut lieu dès 1817.

L'expédition de reprise avait été constituée dès les premiers mois de 1816. Elle avait à sa tête le colonel d'infanterie Schmaltz, chargé de la direction des établissements du Sénégal avec le titre nouveau de «commandant et administrateur pour le Roy », et elle comprenait un personnel civil et militaire, des troupes de garnison et une

(1) Cette organisation fut appliquée le 21 août 1825 à Bourhon, le '■• février 1827 aux Antilles et le 27 août 1828 à la Guyane.

mission d'une trentaine de personnes chargées d'étudier un plan de colonisation établi par de Villeneuve, aide-de-camp du chevalier de Boufflers. La division navale composée de \a Méduse, deY Echo,

• le la Loire et de l'Argus, quitta l'île d'Aix le 17 juin 1816.

Le 2 juillet l'inexpérience de M. de Chaumareys, commandant

• le la Méduse, ancien émigré parvenu à ce commandement en vertu de la fameuse ordonnance du 25 mai 1814, réintégrant avec un grade supérieur les officiers de marine qui n'avaient point servi l'Empire, Ht naufrager lafrégate sur le banc d'Arguin. Les épisodes de cenaufrage, celui du radeau notamment, sont devenus légendaires.

C'est donc en naufragé que le colonel Schmaltz, échappé au danger sur le grand canot du bord, arriva le 9 juillet devant la barre de Saint-Louis. Il allait constater sans retard les dispositions hostiles des Anglais(l).Brereton, lieutenant-gouverneur de Saint-Louis, répond à la demande de restitution qu'il n'a point reçu d'ordres et qu'il ne dispose d'aucun moyen pour évacuer ses troupes. Schmaltz écrit alors à M. Mac-Carthy, gouverneur des possessions britanniques de l'Afrique occidentale à Sierra-Leone. Ce dernier répond que l'évacuation se fera dès l'arrivée des navires nécessaires au transport des troupes et il promet la bienveillance des Anglais du Sénégal pour le personnel de l'expédition et pour les malheureux naufragés qui arrivent successivement. Cette promesse ne fut pas tenue. Le commandant de Gorée s'oppose à l'entrée à l'hôpital des malades les plus atteints ; il autorise M. de Foncin, commandant désigné de Gorée, à transformer une maison de la ville en hôpital, mais il est blâmé de sa courtoisie par Mac-Carthy qui lui écrit que « dès que les Français débarqués seront assez rétablis, il conviendra de les éloigner de Gorée » et ces prescriptions sont exécutées ponctuellement. Le colonel Schmaltz se plaint avec vivacité à Brereton et il écrit au ministre :

Les ordres prétendus donnés pour le soulagement de l'expédition, les offres continuelles de service ne sont qu'un échafaudage d'humanité et de bonne volonté dont l'effet est honteusement éludé. Les phrases :On fera tout ce qui pourra être fait ; on recevra autant de malades qu'on pourra en admettre dans les hôpitaux ou tout ce qui pourra s'accorder avec mes devoirs, sont autant de subterfuges à l'aide desquels, sous l'ap-

(1) Voir les Intéressants détails que M. Y. Tantet donne à ce sujet dans l'Expédition de lu Méduse, Revue hebdomadaire, avril 1893.

parence de vouloir diminuer les souffrances et les inconvénients <1<* l'expédition, on s'assure les moyens de refuser toute espèce de soulagement.

L'indignation du colonel Schmaltz était d'autant plus explicable que le naufrage de la Méduse le laissait dénué d'argent et qu'il avait dû demander un crédit de 50,000 francs à une maison de commerce française. Il avait cru que la restitution n'eût été qu'une simple formalité et qu'il lui eût suffi de produire la copie de la lettre suivante de lord Bathursl :

Downing-Street, 20 février 1816.

Monsieur, je vous transmets ci-joinl copie de l'ordre donné le 30juillet 1814 pour la remise des Forts et établissements de Corée et du Sénégal aux commissaires désignés par le gouvernement français pour en prendre possession, et je désire que vous preniez les mesures nécessaires pour mettre à exécution les instructions qui y sont contenues, le .... étant désigné pour cet objet.

De plus l'inscription de rente stipulée par la convention du 20 novembre 1815 comme condition de la rétrocession avait été faite dés la lin .le 1815.

rleureusement à la fin du mois de septembre 1810, la situation se modifie. Lord Bathnrst, mis au courant du conflit, blâme catégoriquement Brereton :

Comme il est très important, lui écrit-il, d'éviter les soupçons que votre refus peut avoir fait naître sur la bonne foi du gouvernement britannique, je vous enjoins dans le cas où les établissements du Sénégal et de Corée ne seraient point encore rendus, de les remettre immédiatement après la réception de la présente, à l'officier, quel qu'il soit, de S. M. T. C. qui sera dûment autorisé à les recevoir et qui produira l'ordre donné par S. A. R. le Prince Régent pour leur rétrocession.

Malgré ces ordres impératifs la remise est encore ajournée et telle est l'acrimonie du colonel Schmaltz qu'il conclut dans une lettre adressée à M. Forestier, intendant du Roi, que les Anglais semblaient n'avoir eu qu'un but, le déterminer à quitter la côte, et il va jusqu'à écrire : « N'est-on pas en droit de conclure qu'ils calculent avec une froide barbarie la destruction des sujets de Sa Majesté ?» On dit autour de lui que Brereton a voulu ménager l'existence de

ses soldats on les tenant éloignés dos garaisons insalubres de Sierra- Leone el de la Gambie et qu'il laisse cyniquement les nôtres dépérir à Dakar. Peut-être aussi les Anglais craignent-ils de « perdre par la remise une grande partie des avantagées que leur procurent les captures el dont la totalité est abandonnée aux capteurs. »

Enfin, après de nouvelles tergiversations, les Anglais remettent la colonie le 25 janvier 181 7. Ils l'occupaient depuis le 14 juillet

Le colonel Schmaltz et ses successeurs se préoccupèrent à la fois d'expansion et de colonisation.

Le 8 juillet 1818 un personnel et un matériel déjà important avaient été envoyés de France pour faire dans la colonie des essais de cultures indigènes.

Texte des principaux articles du traité de Ngnio (8 mai 1819), document dont les stipulations commerciales sont remarquables:

Art. 1er. — |j(> mi Amar Boye, Brack du pays de Wallo, les chefs cidessus dénommés et tous autres invitent le commandant, pour le roi et administrateur du Sénégal et dépendances, a diriger les sujets de S. M. T. ('.. sur les terres du pays de Waîlo poury former, conjointement et avec le secours des habitants indigènes, des établissements de culture dans toutes les positions qui lui paraîtront les plus avantageuses.

Art. 2. — En conséquence de l'article ci-dessus et pour son exécution, le roi Amar Boye', Brack du pays de Wallo, les chefs dénommés cidessus el tous autres s'obligent et promettent de céder, remettre et transporter à S M. le roi de France, en toute propriété et pour toujours, les îles et toutes autres portions en terre ferme du royaume de Wallo qui paraîtront convenables, au commandant pour le roi et administrateur du Sénégal et dépendances pour la formation de tous établissements de culture qu'il jugera à propos d'entreprendre dès à présent et par la suite. Lesdites cessions faites en retour des redevances ou coutumes annuelles qui seront déterminées ci-après et en considération du désir qu'ils ont d'augmenter la prospérité de leur pays par sa mise en valeur et le commerce, et des secours qu'ils trouveront dans une alliance avec le gouvernement français.

Art. 'A. — La tranquillité du pays de Wallo et la sûreté des établissements de culture qui y seront entrepris, nécessitant des mesures i\r protection suffisantes pour mettre les personnesel les propriétésà l'abri de toutes incursions de la part des peuples voisins, Amar Boye, Brack du pays de Wallo, les chefs ci-dessus dénommés et tous autres demandent qu'il soit construit par le gouvernement français un fort au village de Dagana, situé sur sa frontière avec le pays de Toro, et des

postes moins considérables dans les autres parties du royaume, partout où ils seront jugés nécessaires par le commandant pour le roi et administrateur du Sénégal et dépendances, et qu'il y soit placé les garnisons qu'exigera leur défense.

Art. 9. — Il ne sera rien changé aux lois et usages actuels du royaume de Wallo en ce qui concerne les rapports maintenant existants entre le roi, les principaux chefs et sujets ou subordonnés; ils conserveront, comme par le passé, l'entier exercice de buis droits et de leur police sur les indigènes qui ne seront point employés dans les établissements de culture formés par les habitants français.

Art. 10. — En retour des dispositions ci-dessus el de l'empressement avec lequel les habitants du royaume de Wallo ont recherché l'alliance du gouvernement français et se sont prêtés à ses vues, le commandant pour le roi, au nom du roi de France, s'engage et promet de traiter toujours le roi Amar Boye, Brack du pays de Wallo, comme un ami distingué, et les chefs ci-dessus dénommés et tous autres avec la considération propre à leur assurer le respect <•( l'obéissance de leurs subordonnés; d'em oyer former dans leur pays des établissements de culture ; de faire payer, par les propriétaires aux chefs de village qui fourniront des cultivateurs et rempliront les conditions présentes, l'allocation annuelle de quatre barres par chaque tête d'individu dont l'engagement aura été complètement rempli ; de l'aire rendre exactement justice aux contractants ; de construire à Dagana le fort demandé et des postes armés dans tous autres lieux où il jugera nécessaire d'en établir pour assurer la conservation des propriétés et la tranquillité du pays; de placer dans lesdits forts et postes des garnisons suffisantes pour les défendre; enfin, de protéger les habitants du royaume de Wallo contre toutes incursions de la part de leurs voisins.

Des centres agricoles furent immédiatement créés dans le Oualo. Mais ce mouvement de colonisation lut entravé par l'hostilité des Maures Trarzas qui, prétendant avoir des droits sur le Oualo, se liguèrent avec les Braknas et le damel du Cayor contre les Français et attaquèrent en août 1819 deux bateaux français qui remontaient le fleuve. Une colonne organisée contre eux les vainquit. Le 7 juin 1821, Amar Moktar, chef des Trarzas, signait le traité suivant, avec le baron Lecoupé :

Art. 1er. — La mésintelligence qui existait entre la tribu des Trarzas et les Français cesse à compter de ce jour; les escales seront rouvertes ri les anciennes relations rétablies à dater du moment de la signature du présent traité.

Art. 2. — Le roi et les princes Trarzas prétendent avoir des droits sur les terres du pays de Wallo que les Français ont achetées à Brack. Le

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gouverneur croil que ces droits sont réels, mais prétend alors leur acheter la faculté d'y faire des établissements, moyennanl une nouvelle coutume qui sera stipulée plus bas.

Art. 'A. — Le roi Amar-Moktar et les princes Trarzas consentent à (•('■lier aux Français, moyennanl celle coutume, tous leurs droits sur le Wallo; ils s'engagent non seulement à respecter tous les établissements qu'il plairait aux Français de former sur la rive gauche, mais eut nie à les défendre, les conserver et les protéger et à contribuer de tous buis : ">\ eus à leur prospérité.

An i . i. — Le roi Amar Moktar et les princes Trarzas engagent le gouvernement français à s'établir clans leur pays sur la rive droite; ils lui concèdent à cet effet tous les terrains où il jugerait convenable d'élever des habkations et de faire des lougans, lui promettant d'y contribuer eux-mêmes de tout leur pouvoir, de les défendre, respecter et faire respecter, etc. Ils verront avec plaisir les Français bâtir chez eux des cases et des maisons et fonder des établissements.

Art. 10. ■ — Le roi et les princes Trarzas s'engagent à favoriser de tous leurs moyens toute espèce de culture et particulièrement celle du coton, soit dans le Wallo, soit sur la rive droite, à déterminer et pousser les habitants des deux rives à en venir vendre aux bâtiments qui vont traiter, et, dans le cas où quelques nègres des habitations établies viendraient à déserter, ils promettent et s'engagent à les ramener à leurs propriétaires gratuitement.

Art. 17. — Il est entendu entre le gouverneur du Sénégal et le roi et les princes Trarzas que les Français ne prétendent s'immiscer en rien dans les affaires du pays des Trarzas, soit entre eux et leurs sujets et qu'ils n'ont aucune prétention de souveraineté dans le pays des Trarzas, hors leurs établissements de culture.

Le 25 juin, traité identique avec Hamet-Dou, chef des Braknas :

Art. 1er. — Hamet-Dou, roi de la tribu des Braknas, promet et s'engage de favoriser par tous les moyens qui seront en son pouvoir la traite de gomme qui se fait à son escale et tout autre commerce qui pourrait s'ouvrir par la suite entre les sujets du roi de France et. les siens dans toute l'étendue du pays.

Art. 7. — Le roi Hamet-Dou promet et s'engage de respecter et faire respecter par tous ses sujets les terres et habitants du pays de Wallo, les regardant comme faisant partie de l'île et habitants de Saint-Louis. Il reconnaît et garantit en outre au commandant pour le roi et administrateur du Sénégal et dépendances tous les arrangements qu'il a faits avec les chefs de ce pays et toutes les concessions stipulées par eux et le gouvernement français.

Art. 8. — Le roi Hamet-Dou engage le commandant pour le roi et administrateur du Sénégal et dépendances, à faire dans son pays des

établissements de culture; il lui concède à cet effet tous les terrains où il jugerait convenable d'élever des habitations et de taire des lougans, lui promettant d'y contribuer lui-même de tout son pouvoir, de les défendre et faire respecter. Il permet en outre au gouvernement français d'élever des forts ou batteries pour la défense et protection des habitations et lougans qui pourront se former par la suite.

Art. 9. — Le roi Hamet-Dou s'engage à favoriser de tout son pouvoir toutes espèces de culture, et particulièrement celle du coton sur les terres qui sont sous sa domination; il promet, en outre, d'engager et de porter ses sujets à en cultiver et à en vendre aux bâtiments qui vont traiter.

Nous reproduisons ces deux documents parce qu'ils mont ion i nettement les deux caractères de l'expansion sénégalaise à cette époque : préoccupations d'ordre agricole et commercial et stipulation de « coutumes » c'est-à-dire de redevances annuelles, en faveur des chefs maures (1). Déjà le 7 février 1821, Moktar, prince des Dowiches, s'était engagé, moyennant une coutume, à établir une escale sur le fleuve à Bakel, à y envoyer toutes les gommes recueillies dans son pays et à protéger le commerce)

Pour donner plus d'efficacité à cette stipulation, on commença le 3 juillet de la même année à Bakel la construction d'un poste fortifié. Dès lors la traite de la gomme prit une grande activité et elle remplaça presque totalement la culture du coton et de l'indigo que l'absence de main-d'œuvre indigène rendait trop coûteuse.

De nouvelles difficultés se produisirent avec les Trarzas. Déjà le 19 août 1824, il avait fallu leur imposer un second traité par lequel ils s'engageaient à faire porter toutes les gommes de leur pays à une escale ouverte sur le fleuve pendant la saison de traite et à respecter le Oualo. Cette promesse ne fut pas tenue. Les Trarzas envahirent le Oualo à la voix d'un de ces faux prophètes comme il en surgira en Afrique occidentale jusqu'à la fin du siècle, Mohamed- Ci) Voici, à titre de curiosité, la coutume stipulée en faveur du chef des Dakhelifas : 4 pièces de guinée bleue, 1 fusil double, fin ; 10 livres île poudre, 200 balles, 200 pierres à feu, de plus lorsque Ibrahim-Ould- Moktar viendra à Saint-Louis pour y prendre sa coutume, ou lorsqu'il y sera appelé pour le service du gouvernement, il recevra un souper, composé chaque jour de : 6 moules de mil ou l'équivalent en riz, 2 livres de pain ou 2 livres de cassonade, 7 livres de viande fraîche. Ce souper ne sera délivré qu'à lui personnellement et jamais à ses envoyés.

Ainar. Le capitaine de vaisseau Brou les châtia sévèremenl el Mohamed-Amar lui pendu près du poste de Richard-Toll. Le lo avril 1829, le gouverneur ratifiail le traité suivant qui mettait lin provisoii*emen1 aux difficultés avec les Trarzas :

Ait. I'r. Le traité conclu le 7 juin 1821 entre M. Lecoupé, commandant el administrateur du Sénégal et dépendances, et Amar-Ould- Mokhtar, roi des Trarzas, dont l'effet avait été momentanément atténué reprend toute sa force à partir de ce jour. Les deux parties contractantes s'en confirment réciproquement les articles et jurent d'y adhérer en huis points.

Art. 7. — Les tribus maures qui sont actuellement dans le Walo seront libres d'y demeurer ou de passer sur la rive droite. Au cas où il resterait dans le Walo des Maures tributaires des princes Trarzas, ceuxci pourront, comme autrefois, exiger les redevances dues par ces tributaires, mais, ea cas de difficulté, ils s'abstiendront d'employer envers eux aucun moyen de rigueur avant d'avoir prévenu le gouverneur du Sénégal ou ses agents en rivières afin qu'ils puissent intervenir pour arranger les différends à l'amiable.

Par mesure de sécurité, le gouverneur traitait le 25 avril avec les .Maures Dakhelifas qui s'engageaient à coopérer avec lui pour repousser toute agression étrangère contre les établissements français du Oualo, à l'informer dos événements de leur région et à employer leur influence auprès des Trarzas et auprès des Oualos en laveur des Français.

Il est remarquable d'observer que dès 1820 les Anglais suivaient avec intérêt nos efforts de colonisation au Sénégal et redoutaient notre expansion dans l'ouest africain. Voici à ce sujet quelques lignes fort caractéristiques extraites d'un ouvrage publié à Londres, en 1820, par James Grey Jackson, chargé de mission diplomatique et commerciale au Maroc et relatif au voyage d'un Marocain, àTonibouctou en 1787 (An account of Timbuctoo and Housa, Londres. 1820) :

Comme cela devait arriver, les Français ont cherché à prendre le sceptre du commerce et tandis (pie nous nous efforçons en vain d'abolir la traite des noirs en capturant les navires chargés d'esclaves, ils ont subrepticement introduit sur les rives du Sénégal la culture du coton, du café, du sucre, de l'indigo et de différents autres produits coloniaux.

Ainsi, si nous continuons à ne pas nous préoccuper de leurs impor-

tants essais agricoles en Afrique, ils seront, d'ici quelques années, capables de nous supplanter sur le marché européen, dans le commerce des denrées d'Amérique.

En effet, au Sénégal, la main-d'œuvre des nègres affranchis étant peu coûteuse, les Français peuvent cultiver à un prix de revient très inférieur à celui de nos possessions des Antilles. La distance est inférieure de moitié et il faut prévoir que d'ici peu de temps le marché européen s'approvisionnera de denrées coloniales au Sénégal, l'importation de ces denrées en Europe coûtant moitié moins cher que si on les importait de nos possessions des Antilles.

La Grande Bretagne sera ainsi évincée du marché des produits coloniaux, sauf ou à peu près, en ce qui regarde sa propre consommation.

Les Français commencent à recueillir les fruits de ce plan à la réalisation duquel ils travaillent depuisque nous leur avons laissé prendre pied sur les rives du Sénégal. Leur ex-empereur, Bonaparte, se complaisait dans cette idée que le malin génie de Talleyrand lui avait suggérée pour compenser la perte de Saint-Domingue.

En outre, les français qui défrichent avec une ardeur infatigable le sol du Sénégal seront, d'ici quelque temps, non seulement en mesure de fournir tous les marchés d'Europe de produits coloniaux, mais encore, puisqu'ils seront devenus les maîtres de l'Afrique, ils pourront établir un nouveau Ceuta sur le promontoire du Cap Vert et au cas d'une guerre, porter un préjudice considérable à notre commerce des Indes.

D'autre part ils sont susceptibles de former au Cap-Vert avec le concours des Américains toujours disposés à les aider, un entrepôt des pins précieux produits des Indes et les introduire de là en Afrique et en fiance, à l'exclusion presque totale de l'Angleterre.

Si nous voulons bien pensera empêcher ces événements de s'accomplir, nous pouvons nous approprier plusieurs de leurs mesures. Les temps ont bien changé et en ce qui regarde les affaires africaines nous devons nous montrer plus vigilants, plus actifs, plus énergiques que jamais.

Nous espérons que ces réflexions attireront l'attention des ministres de Sa Majesté. Ou'ils surveillent avec l'œil de l'aigle et la prudence du serpent les empiétements sans cesse grandissants des Français sur nos marchés coloniaux.

Pendant cette période «le 1815 à 1830, le mouvement du Sénégal vers l'est se prononce déjà. Douze ans après la mort do Mungo-Park, noyé dans les rapides de Boussa en 1800 ou, suivant une autre version, assassiné près de ce village, un jeune commis de marine Mollien, survivant de la Méduse, quittait Saint-Louis en janvier 1818. avec, un interprète et quelques marchandises pour tenter de recon-

naître les sources de la (lambic et du Sénégal : il découvrit les premières près de Bandeia, atteignit Timbo, puis les sources du Sénégal et rentra par Bissao après avoir encouru de nombreux dangers.

L'assassinat du major anglais Laing, frappé en 1826, au retour de Tombouctou, qu'il avait atteinte par le nord, attira l'ai lent ion sur la ville mystérieuse que Mollien et de Beaufort avaient déjà rêvé de reconnaître. René Caillié était, lui aussi, de l'expédition de reprise du Sénégal, mais il avait pris passage non sur la Méduse, mais sur la Loire et il arriva à Saint-Louis avec l'enthousiasme pour les grandes aventures que lui avait donné la lecture de récits devoyages.il fit, en 1818. un premier voyage dans le Bondou et, après un assez long repos en France, il revint, en 1824, au Sénégal et fit un séjour d'une année chez les Maures Bracknas afin de se familiariser avec l'islamisme et les coutumes indigènes.

A sa rentrée à Saint-Louis, il sollicita une subvention pour un voyage vers Tombouctou. L'assassinat de Laing et l'ignorance où l'on était de l'importance de cette ville préoccupaient l'opinion publique. La Société de géographie de Paris venait de publier un « encouragement pour un voyage à Tomboctou et dans l'intérieur de l'Afrique ». Elle offrait de récompenser le voyageur qui pourrait atteindre Tombouctou et rapporter « des lumières certaines et des résultats positifs sur la géographie, les productions, le commerce de ce pays et les contrées qui sont à l'est ». L' « encouragement » ajoutait : « Le succès d'une telle entreprise ne serait pas sans fruit pour notre industrie commerciale. »

La demande de Caillié fut rejetée par le gouverneur intérimaire du Sénégal. Le jeune voyageur, — il avait alors 27 ans, — résolut de tenter le voyage à ses risques et périls; il s'équipa avec ses modiques ressources, se déguisa en Arabe et partit de Sierra-Leone le 22 mars 1827 en se présentant aux indigènes comme un Arabe d'Egypte enlevé à sa famille par les Français lors de leur expédition au Caire, emmené par son maître au Sénégal, affranchi par lui et rentrant en Egypte auprès de ses parents.

Nous n'avons pas à faire ici le récit détaillé du remarquable voyage de Caillié, dont l'énergie fut vraiment surhumaine. En voici l'itinéraire : après avoir traversé le Fouta-Diallon, il passa le Bafing et le Tankisso, atteignit le Niger à Kouroussa, séjourna cinq mois à Turié, se joignit à une caravane, traversa Tcngréla, Bangoro, Débéria, Toumané, arriva à Dienné le H mars 1828, le 20 avril à

Tombouctou, y séjourna jusqu'au 4 mai, gagna le Maroc en se mêlant à une caravane qui emmenait plus de 1400 chameaux et arriva le 7 septembre, sans ressources, épuisé, chez le consul de France à Tanger, M. Delaporte, qui le fit rapatrier.

Les résultats qu'il rapportait étaient surtout d'ordre géographique et scientifique (1). Mais il avait recueilli en même temps d'intéressants renseignements sur le commerce, la navigation et l'agriculture, ainsi que des données précises sur l'état politique des pays qu'il avait traversés. C'est ainsi qu'il définissait très justement les relations des Touareg avec Tombouctou et l'exploitation de cette cité industrieuse par les pillards du désert. C'est pour mettre fin à cette situation que nous avons été appelés et que nous sommes allés à Tombouctou en 1894. On pouvait à cette date encore la retracer comme l'a fait Caillié :

Le commerce de Temboctou, écrit-il, est considérablement gêné par le voisinage des Touariks, nation belliqueuse qui rend les habitants de cette ville tributaires. Ces derniers, pour avoir leur commerce libre, leur donnent pour ainsi dire ce qu'ils demandent", indépendamment des droits que paient les flottilles à leur arrivée à Cabra : s'ils se refusaient à les satisfaire, il en résulterait des inconvénients fâcheux, parce que les Touariks sont très nombreux et assez forts pour interdire toutes les communications entre Temboctou et Cabra : alors cette ville, qui n'a par elle-même aucune ressource en agriculture, se trouverait réduite à la plus affreuse disette, ainsi que les pays qui l'avoisinent... Quand le chef de cette peuplade arrive avec sa suite à Temboctou, c'est une calamité générale; et cependant chacun le comble de soins. et de présents pour lui et les siens.

(1) Ces résultats confirmaient notamment l'indépendance du bassin du Niger et de celui du Nil. C'était la principale question discutée à partir de 1820 dans le monde géographique. Déjà de 1822 à 1824, Denham, le lieutenant Clapperton et le Dr Oudney qui mourut dans le Bornou, atteignirent le lac Tchad par la Tripolitaine et explorèrent le Bornou, le Haoussa, le Sokoto. Clapperton, accompagné de son domestique Richard Lander, alla de nouveau à Sokoto en 1826 en parlant de la cùle de Guinée et en passant le Niger près de Boussa : il mourut à Sokoto en mars 1827. Dès ce moment, les géographes avaient conclu à la séparation du Nil des Noirs et du Nil d'Egypte, mais ils le considéraient encore comme un affluent du lac Tchad et Jomard présentait le 28 avril 1825 à l'Académie des Sciences un mémoire détruisant la légende de la communication des deux bassins et une carie conduisanl le Dioliba ou Niger sous les noms de (Juolla et de Yaou dans le Tchad. H regrettait en

I ï'2 LA LIESTAURAT10N 1815-1830

La Société de géographie donna à Caillié la récompensé promise par F « Encouragemenl » au premier Européen qui rapporterait des données sur Tombouctou,etelle le défendit par l'organe de son président Jomard contre les attaques et contre les doutes qui furenl émis surtout en Angleterre sur la réalité de sa traversée d'Afrique. Mais la commission chargée de faire un rapport sur ce voyage ne signala point les avantages commerciaux que l'on pouvait retirer du voyage de Caillié, les « fruits » que « l'industrie commerciale », que la colonisation devaient recueillir. Le rapport, rédigé par Jomard, se borne à prévoir qu'une voie nouvelle est ouverte à l'exploration : « A présent, dit-il, que la possibilité du voyage et du retour est prouvée par l'événement et non par des conjectures, tous les hommes dévoués que tant de catastrophes répétées coup sur coup avaient pu détourner de leur dessein, vont reprendre courage et tenteront l'entreprise. »

Jomard était mieux inspiré, il comprenait la valeur du voyage de Caillié au point de vue colonial, quand il publiait, en 1830, à la suite du récit du voyageur qu'il n'avait cessé de protéger, des « remarques et recherches géographiques sur le voyage de M. Caillié » dont il faut détacher le passage suivant :

Les notions de commerce ont été recueillies avec soin. M. Caillié ne manque presque jamais d'indiquer les marchandises indigènes ou étrangères qui sont sur chaque marché, leur prix et l'espèce des monnaies. Il nous confirme que les marchandises d'Europe parviennent dans l'Afrique centrale; des objets de fabrique anglaise se voient à Djenné comme à Saccatou (d). Sur le commerce de l'or du Bouré, le voyageur

quelque sorte sa conclusion : « S'il était vrai, écrivait-il, que le Dialli-bà, le Ouolla, le Yaou, le Bahr Dago et le Bahr-el-Ahyad ne fissent qu'un seul et même courant avec le Nil d'Egypte, quelles conséquences n'en résulterait-il pas pour les communications à ouvrir entre l'Afrique orientale et l'Afrique occidentale V Dans cette hypothèse, il n'y aurait presque aucune barrière entre la mer Rouge et l'Atlantique. L'Europe aurait l'espoir de lier un jour par son industrie les bouches de la Gambie et du Sénégal avec les embouchures du Nil et avec les marchés de l'Arabie. » Mais lui-même établissait que cette hypothèse était sans fondement. Ce fut le domestique de Clapperton, Richard Lander, qui la détruisit définitivement en 1830 en se rendant à Boussa, en se lançant en pirogues sur le fleuve et en débouchant par la rivière de Brass dans le golfe du Bénin.

(1) Sokoto.

ANNEXES J i;>

donne des renseignements qui paraissent aussi positifs que neufs et propres à diriger peut-être les calculs des spéculateurs ou les efforts des gouvernements européens. Nous ne savons encore que vaguement quel est, le degré actuel des richesses des mines de Bouré, et la quantité de l'or qui est maintenant dans le commerce : mais on ne peut révoquer en doute l'abondance de l'or dans ce quartier de l'Afrique. Nous savons de plus positivement que ce riche pays est à cent vingt ou cent- quarante lieues en ligne droite 'les établissements de In Gambie et du Sénégal. Si l'on pouvait ouvrir un jour une communication directe, on éviterait le trajet de Bouré à Ségo, de Ségo à Djenné, de là à Temboctou, puis à Maroc à travers le grand désert . ; on ferait plus que raccourcir le chemin d'au moins quatre cents lieues en ligne droite; on échapperait à l'avidité des Maures et des Juifs, qui absorbent la plus grande partie des bénéfices; on échapperait encore à la férocité des brigands du désert. Avec peu de sacrifices, et en peu de temps, on obtiendrait ce résultat, si l'on voulait y consacrer une petite partie des efforts dépensés en pure perte pour des objets moins utiles. Quoiqu'il arrive, la géographie et le génie des déconcertes auront eu le mérite de signaler une source nouvelle de richesses a notre vieille Europe, surchargée de dettes et de population, et prête à succomber sous ce double fardeau, si l'on nouerait bientôt quelques débouchés à son industrie.

Jomard prévoyait ainsi que l'exploration, le « génie des découvertes », devait jouer en Afrique un rôle considérable en signalant au commerce les débouchés et les sources de richesses.

2° Madagascar

A Madagascar la reprise souleva de grandes difficultés dès la signature de la paix, Farquhar, gouverneurde Maurice, revendiqua au nom de l'Angleterre la propriété entière de l'île de Madagascar qu'il qualifiait «dépendance de l'île de France » et le 25 mai 1816, il écrivait au général Bouvet de Loziers, commandant de l'île Bourbon :

Monsieur, j'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que, par une dépêche des ministres de Sa Majesté en date du 2 novembre 1815, j'ai reçu l'ordre du gouvernement de Sa Majesté de considérer l'île de Madagascar comme ayant été cédée à la Grande-Bretagne sous la désignation générale de dépendances de l'Ile de France.

Cette interprétation que Farquhar avait déjà formulée par une

lettre du 28 juin 1815 fut signalée au ministre des affaires étrangères par le ministre de la marine le 12 juin 1816 et le 17 septembre de la môme année, le même ministre adressait à son collègue la communication suivante (1):

Le gouverneur de l'île Maurice a fait connaître au commandant pour le roi à l'île de Bourbon, dans une lettre du 28 juin 1815, qu'il considérait les possessions françaises sur la côte de Madagascar comme étant une dépendance de l'Ile de France et comme telle une propriété de S. M. B., attendu que par traité de paix du 30 mai 1814, l'Ile de France cl ses dépendances sont cédées à l'Angleterre. «L'article 8 du traité cité porte (pie S. M. B. restitue à S. M. T. C. les comptoirs et établissements de ton) genre que la France possédaitau 1er janvier 1792 dans les mers et sur les continents d'Afrique à l'exception toutefois de l'Ile de France et de ses dépendances nommément Rodrigue et Seychelles.

Les dépendances de l'Ile de France sont Rodrigue et' Seychelles, l'île Plate, l'île Ronde, l'île. aux Serpents, le Coin de Mire, l'île d'Ambre, l'île de la Passe, l'îlot Hill, l'île aux Dames, etc.

Ces îles, ou plutôt ces îlots, sont si peu importants qu'on n'a pas cru devoir leur donner place dans le traité du 30 mai. On s'est borné à y désigner les deux plus étendues, pour déterminer la nature des dépendances qu'on jugeait inutile de spécifier.

Si les rédacteurs de l'article dont il s'agit avaient pu considérer comme une dépendance de l'Ile de France la côte française de Madagascar, dont l'étendue est de 300 lieues, on ne peut croire qu'ils eussent manqué de l'indiquer nommément, puisqu'ils ont pris ce soin pour deux îlots de peu d'importance.

Une seule observation doit même dissiper toute incertitude à ce sujet.

L'expression « dépendances » dût-elle être entendue dans un sens absolu, l'île de Bourbon soumise, dans tous les temps, au gouvernement établi à l'Ile de France, serait nécessairement restée sous la domination de S. M. B. puisque la rétrocession à la France n'en est pas nommément faite à l'article 8 du traité. C'est cependant en vertu de ce même article qu'elle a été remise à S. M. T. C.

Il est évident que par l'article dont il s'agit, on a voulu seulement désigner des îlots qui sont placés à l'entour de l'Ile de France, lesquels dépendent eu effet naturellement de son territoire, et que la côte est de l'île de Madagascar nous est rendue en toute propriété par le traité du 30 niai 1814, comme l'île de Bourbon qui n'a pas été nommée dans l'article 8 du traité.

(I) LouisBrunet, député, La France àMadagascar. 1845-1895, Hachetl

(( J'ai l'honneur de prier Votre Excellence de vouloir bien faire auprès du ministère de S. M. B. les démarches nécessaires pour que la rétrocession de cette partie de nos possessions d'Afrique soit effectuée sans délai et de me donner connaissance du résultat des soins qu'elle aura bien voulu prendre à cet égard. »

Le 30 novembre 1816, nouvelle note adressée par le ministre de la marine et des colonies au garde des sceaux, ministre des affaires étrangères :

« Lorsque M. le conseiller d'Etat Portai et M. Desbassyns remirent à Sir Charles Stuart une première note au sujet de la réclamation de Madagascar, cet ambassadeur en interrompit la lecture en disant qu'il n'était pas nécessaire pour lui d'entrer dans de plus grands détails, que le droit de la France était incontestable et que notre demande ne pouvait souffrir de difficulté ; l'ambassadeur ajouta même qu'il croyait se rappeler avoir entendu dire à lord Castlereagh, avec lequel il se trouvait à Paris lors de la conclusion du traité du 30 mai 1814, que la France n'avait jamais renoncé à la possession de Madagascar, et il y a lieu de croire que cette opinion n'a pas changé.

« Une difficulté avait toutefois été élevée dans le principe, relativement à la démarcation des limites de notre possession, mais M. Farquhar ayant revendiqué au nom du ministère de S. M. B. la propriété entière de file, par cela seul qu'il la considérait comme ayant été cédée à /' Angleterre dans le traité, le ministère se trouve avoir implicitement reconnu que la France possédait la totalité du territoire, et des lors toute discussion de limites doit cesser. Quant à la propriété en elle-même, j'ai démontré à Votre Fxcellence, dans une lettre précédente, combien était fausse l'interprétation donnée à la lettre du traité.

« Comment supposer en effet qu'on aurait nommé dans cet article deux îles d'aussi peu d'importance et d'aussi peu d'étendue que Rodrigue et les Seychclles, tandis qu'on aurait compris dans le terme général dépendances et qu'on aurait négligé de désigner l'île de Madagascar, qui a 800 lieues de tour? Comment enfin aurait-on rendu à la France l'île de Bourbon qui n'est pas nommée dans l'article en question, si ce mot dépendances avait pu comprendre et atteindre celle de Madagascar parce qu'elle n'y est pas réservée Y

Les énergiques protestations du gouverneur français amenèrent la reconnaissance de nos droits et le 18 octobre 1816, lord Bathurst écrivait à Farquhar :

« J'ai l'honneur de vous informer que Sou Altesse Royale le prince régent a bien voulu admettre l'interprétation que le gouvernement fran-

Lcs Colonies, vol. 1. 10

I iG LA RESTAURATION 1815-1830

çais a donnée à l'article du traite de paix du 30 mai 1814, qui stipule la reddition de certaines colonies que la France possédait au 1er janvier 1792, dans les mers et sur les continents d'Afrique ; et je vous transmets en conséquence les ordres de Son Altesse le Prince Régent qui sont que vous prendrez les mesures nécessaires pour remettre aux autorités françaises ;t Bourbon les établissements que le gouvernement français possédait sur les côtes de l'île de Madagascar, à l'époque susmentionnée. »

Farquhar ne se tint pas pour battu, il évacua les territoires possédés par la France en 1792, mais ne voulut pas reconnaître nos droits sur l'île entière et quand les administrateurs de Bourbon lui envoyèrent le capitaine de frégate Martin de Lacroix, pour procéder à la rétrocession il leur répondit par la lettre suivante datée du 30 août 1817 :

« Pource qui concerne Madagascar, je dois vous déclarer, messieurs, (jue j'ai reçu en février passé, du gouvernement de S. M., l'original de la dépèche à laquelle vous vous référez, daté du 18 octobre. 1816. Les instructions que renferme cette dépêche m'ordonnent de prendre les mesures nécessaires pour remettre aux autorités françaises à Bourbon lesétablissements que la France possédait sur les côtes de Madagascar au 15 janvier 1792.

« Comme dans une mesure de cette importance, il est essentiel que je me conforme strictement à mes instructions, jevous prie, messieurs, de me faire connaître clairement et nommément quels sont lesétablissements que vous regardez comme ayant appartenu à la France à l'époque précitée sur la côte de Madagascar.

« Toutefois, je vous demande la permission d'observer que le gouvernement de Maurice n'a conservé à Madagascar aucun établissement sur les lieux et emplacements où les Français avaient auparavant fixé leurs postes ou palissades sur cette île. Sous ce point de vue, il est clair que ce gouvernement-ci n'a rien à remettre aux Français.

« Dans tous les cas soyez bien .persuadés, messieurs, qu'aussitôt (pue j'aurai reçu une réponse aux explications que j'ai cru ne pouvoir me dispenser de demander à ce sujet, dans une dépêche spéciale du mois de février dernier, je mettrai tous mes soins à'prévenir les obstacles qui pourraient s'élever dans l'exécution des ordres du gouvernement de S. M. »

Martin de Lacroix répondit en énumérant les acquisitions e1 occupations de la France sur différents points de l'île. Farquhar répliqua qu'il considérait le territoire de Madagascar comme propriété des naturels, qu'il n'avait formé aucun établissement aux

lieux où les Français étaient établis en 1792 et que par suite il n'avait rien à remettre.

En même temps il nouait des intrigues sur la Grande-Terre, distribuait argent et cadeaux et prenait pour base desapolitique, pour instrument de sa lutte contre l'influence française, [Radama, chef de la tribu des Hovas, qu'il reconnut « King of Madagascar and its dependencies ». Il lui envoya un officier, Le Sage/qui éblouit Jean René, chef deTamatave, en lui apportant le titre d'« aide de camp correspondant » et fut reçu à Tananarive en grande solennité par Radama. Le traité secret qui fut conclu stipulait que les Anglais permettraient à Radama de soumettre Jean René : eux-mêmes engagèrent ce chef à se reconnaître le vassal de Radama.

Farquhar obtenait aussi un port ouvert sur la côte. Il ne tarda pas à en profiter. Le 23 octobre 181 7 un de ses officiels, le capitaine Stanfell, signait à Tamatave, avec les délégués de Radama, un traité relatif à l'interdiction de la traite et dont voici les principaux passages :

I. — Les parties contractantes s'engagent respectivement et chacune pour sa part, à maintenir et à perpétuer pour jamais les liens d'amitié, de confiance et de fraternité reconnus par la convention ci-après.

II. — Les deux parties contractantes emploieront tous leurs efforts. ;'i dater de la signature du présent traité, à empêcher que les esclaves ou toute personne autre, ne soit vendue et transportée des états du roi Radama ou des territoires soumis à son influence, dans un autre état, île ou pays, quelle que soit la puissance qui gouverne ou à qui appartiennent ces territoires.

Radama, roi île Madagascar, s'engage à défendre à ses sujets par une proclamation et par une loi, et à toute personne sous sa domination, la vente d'un esclave pour le transporter hors de Madagascar. Celui qui aura concouru ou prêté son appui à une vente faite dans un tel dessein, sera lui-même réduit en esclavage.

La proclamation de Radama fut immédiatement faite par les délégués, contresignée par l'officier anglais. Le début mérite d'être

cité :

Habitants de Madagascar,

Personne de vous n'ignore l'amitié que nous sommes heureux de |>orter au gouverneur île Maurice et l'attachement dévoué que nous lui avons déclaré.

A la différence dos autres représentants des nations étrangères qui mil visité nos rivages, il s'est attaché à augmenter notre bonheur et notre prospérité. En aucun instant, il n'a cherché à nous priver de nos lois et de nos biens. Jamais il n'a souffert que les blancs emmenassent nos enfants comme esclaves. Il nous a envoyé des maîtres pour nous enseigner les arts et l'industrie inconnus jusqu'ici, pour nous défendre contre nos ennemis et empêcher la famine, en nous enseignant une meilleure manière de cultiver.

Nous sommes plus heureux et plus tranquilles depuis que la Grande- Bretagne a établi son pouvoir près de nos états et nous en sommes reconnaissants à notre bien-aimé Père, qui a attiré sur nos tètes de telles bénédictions.

Farquhar s'empressa de se rendre à Londres pour faire ratifier le traité conclu avec le « roi de Madagascar ».

Sur ces entrefaites, la reprise de nos possessions avait été résolue en France. Le 15 octobre 1818, le capitaine de frégate de Mackau reprit possession de Sainte-Marie. On avait agité en France un plan d'action à Madagascar. Forestier, envoyé en 1817 dans la grande île, fut d'avis de s'établir à Sainte-Marie et d'aborder Madagascar par Tintingue. Albrand et Ca rayon, envoyés après lui, préféraient Fort-Dauphin. Mais en 1819, le conseil d'amirauté se prononça pour l'occupation de Sainte-Marie « afin d'en faire avec la baie de Tintingue le port de notre station navale dans la mer des Indes ». Cette décision avait été vraisemblablement inspirée par les efforts de Sylvain Roux qui avait repris possession de Tamatave et était rentré en France en juillet 1819. Il fut chargé de prendre le commandement de l'expédition, mais les difficultés de la préparation et les lenteurs administratives ajournèrent son départ jusqu'au 7 juin 1821.

Farquhar avait déjà regagné son poste et renoué ses intrigues. Il avait envoyé à Tananarive son agent Hastie qui avait renouvelé avec Radama, au nom du gouvernement britannique, le traité du 23 octobre 1817 conclu avec Farquhar et y avait fait ajouter le paragraphe suivant :

En conséquence de ce traité, il est reconnu entre M. James Hastie, agent du gouvernement, représentant Son Excellence le gouverneur Farquhar, et le roi Radama, que ledit M. James Hastie s'engage, au nom de son gouverneur, à prendre avec lui vingt sujets libres de Sa Majesté le roi Radama pour leur enseigner l'art des mécaniciens, des joailliers, des tisseurs, des charpentiers et des forgerons.

Dix d'entre eux seront envoyés en Angleterre et les dix autres dans l'île de Maurice aux frais du gouvernement anglais.

De plus, Hastie avait organisé l'administration et l'armée des Hovas et avait dirigé contre nous toute l'organisation dont il avait jeté les bases.

Certain de l'appui de Radama, Farquhar, dès qu'il apprit le débarquement de Sylvain Roux à Sainte-Marie, le oO octobre 1821, lui envoya le capitaine Moresby, sur la frég-ate Menay qui, le 23 novembre 1821, le mit en demeure de lui dire dans quel but et en vertu de quels pouvoirs il venait s'établir sur ce point de Madagascar. Sylvain Roux ne se laissa pas intimider et il répondit par cette lettre très digne :

<( Je suis venu en cette île où je suis arrivé depuis plus de vingt jours pour y former un établissement d'après les ordres du roi mon maître. J'ai relâché au cap de Bonne-Espérance, où j'ai eu l'honneur de voir M. Donckin, gouverneur de cet endroit, et auquel j'ai participé ma mission sans qu'il m'ait fait aucune observation.

« Je ne crois pas avoir besoin de vous informer quels sont les endroits où je devrais établir des postes militaires, des colonies ou autres comptoirs à Madagascar. De tout temps les Français ont eu droit particulièrement sur toute la cote orientale de Madagascar; ils y ont formé ei établi presque tous les endroits de cette côte depuis le fort Dauphin jusqu'au cap d'Ambre dans le nord.

« Je n'ai pas de qualités pour entrer en ce moment en discussion de nos droits ; je vous renvoie, à cet effet, à ce qui s'est traité en 1817 entre M. Martin Delacroix, agissant au nom de MM. Delafitte et Desbassyns, et M. le gouverneur Farquhar ; vous y verrez, Monsieur, que le gouvernement français n'a voulu ni pu faire aucune concession au gouvernement britannique, sur les droits de la France sur l'île de Madagascar; droits que je dois considérer comme imprescriptibles, et pour lesquels je proteste formellement, au nom de mon gouvernement, dans h1 cas où il y serait porté atteinte d'une manière quelconque.

« Le roi, mon maître, en m'envoyant à Madagascar, m'a nommé commandant particulier des établissements français en cette île, avec le rang de capitaine de vaisseau de la marine royale ; elle m'a placé sous les ordres de M. le gouverneur et commandant pour le roi de l'île de Bourbon, duquel je dépends. Ma mission est de coopérer avec lui, et Son Excellence le gouverneur de Maurice, à l'extinction de la traite des nègres. Personne à Sainte-Marie, ni dans aucun endroit à établir par nous, n'aura le droit d'avoir des esclaves, et tout naturel ou homme noir qui serait introduit dans cet établissement est de suite affranchi, et ne peut jamais être esclave.

« Je crois avoir répondu aux divers articles de votre lettre; comme vous, je désire éviter Imite espèce de mésintelligence ou de malentendu entre nos deux gouvernements. »

Moresby en référa à Farquhar; ce dernier répondit qu'il considérait Madagascar « comme une puissance indépendante, actuellement unie au roi d'Angleterre par des traités d'alliance et d'amitié et sur le territoire de laquelle aucune nation n'avait de droits de propriété hors ceux que cette puissance serait disposée à admettre » et « qu'il avait été notifié par cette même puissance au gouvernement de Maurice et au commandant des forces navales britanniques dans ces mers, qu'elle ne reconnaissait le droit de propriété sur le territoire de Madagascar à aucune nation européenne. »

Quelque temps après, le 14 février 1822, Radama lançait en effet la proclamation suivante :

« Le roi Radama croit de son devoir de prévenir messieurs les administrateurs européens et tout particulier étranger de Madagascar, de quelque nation qu'il puisse être, qui viendra résider dans cette île : que toutes acquisitions de terre qui leur seront laites par quelques chefs, soit des côtes, soit de l'intérieur, seront de nulle valeur s'il ne les approuve pas, attendu que, dès ce moment aucun chef n'a droit ni d'en vendre ni d'en concéder sans son approbation.

ci En conséquence, tout administrateur et tout particulier étranger qui en feront de pareilles acquisitions, sans une autorisation expresse du roi Radama, seront considérés comme désobéissant aux lois; et les acquisitions qu'ils y auront acquises rentreront au domaine royal :

« Fait à Tananarive, ce 14 février 1822.

« Radama. »

Sylvain Roux ne se laissa pas davantage intimider. Il demanda une entrevue à Radama qui répondit :

« Monsieur,

« Mon général, le commandant de Foulpointe, m'ayant envoyé en service une copie de votre- lettre à son adresse en date du 19 janvier dernier par laquelle vous avez intimé un désir d'avoir un entretien particulier avec moi,

« La présente est pour vous informer que je lui ai donné des ordres de vous annoncer que je partirai d'ici dans le mois de juin pour visiter mon territoire de la côte de l'est, et établir une tranquillité fixe dans toute cette partie de mon indépendance, et comme c'est toujours mon

désir d'avoir des entrevues amicales avec des officiers distingués, vous aurez cette occasion de me voir et vous pouvez être assuré d'être reçu avec toute considération et jouir du respect que je dois à la Très Chrétienne Majesté.

« Recevez, je vous prie, l'assurance de mon estime et de mon affection,

« Radama, « roi de Madagascar. »

Le gouvernement français demeurait inactif et ne sut même pas profiter de l'insurrection des tribus contre les Hovas. Radama, excité contre nous par ses conseillers britanniques, tenta même de rendre le séjour de Sainte-Marie impossible. Il défendit aux commerçants de notre île d'acheter du riz et du bétail à Madagascar, sauf à Fouipointe et à Fénérife où la douane percevait des droits exorbitants, et réduisit en esclavage ceux qui violèrent cet ordre.

La mort de Hastie, notre implacable ennemi et de Radama (27 juillet 1828) modifia brusquement la situation générale. Ranavalona, femme de Radama, proclamée reine, par les chefs du peuple, renia tous les engagements pris par Radama avec les Anglais et refusa de recevoir Lyall, désigné comme agent britannique en remplacement de Hastie.

Quelle attitude allait prendre la France vis-à-vis de la nouvelle reine ? Avant la mort de Radama Hyde de Neuville s'était préoccupé d'assurer nos droits à Madagascar. L'ordonnance du 21 août l<S2'i. qui organisait le gouvernement de l'île Bourbon, définissait ainsi notre situation à Madagascar.

Art. 190. — Les dépendances de l'île de Bourbon sont l'île de Sainte- Marie et les établissements français à Madagascar.

Art. 191. — Les chefs" de ces divers établissements sont placés snul'autorité du gouverneur. Ils reçoivent ses ordres et lui rendent compte.

Art. 193. — Une ordonnance spéciale réglera tout ce qui concerne le commandement et l'administration de l'île de Sainte-Marie et des possessions françaises à Madagascar.

Le ministre avait résolu, à la nouvelle de l'hostilité'de Radama, de faire occuper Tintingue, d'exiger lareconnaissance de nos droits sur Fort-Dauphin et la partie orientale de l'île allant de la rivière d'Yvondrou, près de Tamatave, jusqu'à la baie d'Antongil ainsi que sur les autres points soumis anciennement à la domination française, de rétablir sous le protectorat français les anciens chefs

dépossédés par Râdama él de lier avec les peuples de Madagascar des relations d'amitié el de commerce. Très sagement il laissait an conseil colonial de Bourbon le soin de décider de la date de l'expédition el du lien de débarquement.

Des ouvertures faites à Ranavalona ayant échoué et nos nationaux ayanl été spoliés et quelques-uns tués, M. de Cheffontaines, gouverneur de Bourbon, et le conseil colonial organisèrent l'expédition o! la confièrent au capitaine de vaisseau Gourbeyre. Arrivé devant Tamatave le (.) juillet 1829, Gourbeyre fit transmettre à la reine un ultimatum conçu dans les termes mêmes du programme tracé par Hyde de Neuville. La réponse lui parvint à Tintingue qu'il avait occupé le '2 août :

« Je recevrai avec plaisir, écrivait Ranavalona, les ambassadeurs du roi de France, mais je ne consentirai jamais à ce que vous vous établissiez sur mon territoire; si c'est parce que je suis femme que vous m'avez écrit sur un ton arrogant et que vous croyez me faire la loi dans mes états, je vous montrerai que vous vous ôtes trompé. »

Et la reine interdisait par une proclamation la fourniture de vivres aux Français. Gourbeyre revint devant Tamatave et le 11 octobre, après sommation, il bombarda la ville et l'occupa, et deux jours après le capitaine Schoëll chassait les Hovas d'Ambatou Manoui. Mais Gourbeyre subit un échec devant Foulpointe : le 27 octobre le corps de débarquement se trouva en présence de positions solides derrière lesquelles l'armée hova ouvrit un feu violent qui tua plusieurs soldats-, dont le capitaine Schoëll, et mit le désordre dans les rangs. Gourbeyre vengea cet insuccès en enlevant Pointeà-Larrée le i novembre. L'exiguité de ses forces l'obligea de rentrer à Bourbon après avoir laissé une garnison à Tintingue.

L'expédition Gourbeyre n'eut pas de lendemain, legouvernement ne répondit point favorablement aux propositions de Bourbonetde Gourbeyre, la politique d'abandon et de recul triomphait.

3° Autres colonies

La reprise de la Guadeloupe avait eu lieu dès le mois de décembre 1814. Mais elle fut reprise par les Anglais pendant les Cent- Jours : l'amiral Linois, qui avait été nommé gouverneur, dut capituler. La colonie fut rendue à la France le 25 juillet 1816. L'histoire

de la colonie de 1815 à 1830 n'offre aucun antre fait remarquable que la promulgation des ordonnances réglant le régime administratif et judiciaire. A la Martinique, au contraire, le maintien de l'esclavage amena des troubles graves. Les noirs tentèrent à plusieurs reprises de recouvrer la liberté ; le 14 octobre 1822, à la voix de quatre d'entre eux, ils se soulevèrent, massacrèrent de nombreux colons, incendièrent les plantations et les récoltes; le soulèvemenl ne fut arrêté que par une répression sanglante. En 1824, un mulâtre nommé Bisette organisa une nouvelle révolte ayant pour but l'expulsion des blancs, mais ses intrigues furent découvertes et le mouvement échoua (1).

La rétrocession de Saint-Pierre ne donna lieu à aucun incident : les anciens colons revinrent en grand nombre, relevèrent le bourçde Saint-Pierre et fondèrent celui de Miquelon.

La Guyane ne fut réoccupée qu'en 1818. Toute son histoire jusqu'en 1830 est faite d'entreprises plus ou moins heureuses de colonisation sous les gouvernements de Carra-Saint-Tyre, du baron de Lausset, de Catineau-Laroche et du baron Milius.

Ce dernier notamment avait entrepris de former un établissement agricole à la rivière de la Mana. Malgré l'hostilité des agrariens du Parlement qui combattaient les entreprises coloniales à la Guyane comme au Sénégal, un crédit de 400.000 francs fut ouvert en faveur de cette entreprise. Malheureusement elle échoua : les colons de la « Nouvelle-Angoulôme », anciens militaires et orphelins, s'adonnèrent à l'ivrognerie et à la paresse et le 23 mai 1827, de Chabrol, ministre de la marine, annonçait à la Chambre l'insuccès de cette tentative de peuplement : « Tous les mémoires, disait-il, qui avaient été présentés à mes prédécesseurs sur le travail des bras européens à la Guyane, les vérifications qu'ils avaient fait faire avaient pu les engager à tenter un essai. Il n'a pas été moins sage de déférer aux leçons de l'expérience qui depuis plusieurs années semble avoir dépouillé cette entreprise des illusions dont elle avait été environnée. » Les débris de la Mana furent recueillis par Mme Javouhey, supérieure des sœurs de Saint-Joseph de Cluny, qui ai'riva à la Nouvelle-Angoulême en 1828 avec 36 sœurs et 40 cultivateurs. Ces derniers abandonnèrent l'exploitation à l'expiration de leur contrat «le trois années.

(1) Les Colonies françaises, notices illustrées de l'Exposition de 188!».

La reprise de la Réunion eut lieu dès le 6 avril 1815. La colonie il ni se défendre de nouveau vigoureusement contre une nouvelle tentative des Anglais pendant les Cent-Jours. Les gouverneurs durent se préoccuper de l'application de l'abolition de la traite et des relations avec Madagascar.

La reprise de l'Inde fut opérée par une expédition qui arriva à Pondichérv le 16 septembre 1816. La remise ne fut faite par les Anglais que le 4 décembre pour Pondichérv et Chandernagor, le 14 janvier 1817 pour Karikal, le 22 février pour Mahé et le 12 avril pour Yanaon. La délimitation de Mahé donna lieu à des pourparlers et à des négociations qui durèrent jusqu'en 1853.

En Indo-Chine, l'influence française avait subi un recul considérable depuis la mort de l'évêque d'Adran (octobre 1798). La mort de Gia-Long (1820) ne fit qu'accentuer ce recul. Son fils, Minh- Mang, expulsa les Français en 1824 et refusa en 1825 de recevoir le capitaine de vaisseau de Bougainville.

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