CONQUÊTE ET COLONISATION ALGERIENNES
laiitine (1837); par cette avancée lointaine au sud du Tell, on esquissait un mouvement enveloppant au delà des massifs montagneux qui se dressent au sud-est d'Alger : c'est ce que signifient le voyage du maréchal Valée parterre, d'Alger à Constantin»', et le passage des « Portes de Fer » (1839),
Désormais la zone maritime et le Tell étaient garantis sur toute leur longueur, à l'exception des massifs montagneux occupés par les Kabyles; en revanche les hauts-plateaux de l'ouest restaient ouverts aux déprédations des nomades algériens, toujours prêts à razzier les riches pays du nord, et à leurs auxiliaires du Maroc. Bugeaud y achève, comme gouverneur général, l'œuvre qu'il avait commencée en qualité de commandant des troupes de l'ouest.
Valée avait refoulé l'invasion loin du Tell Algérien. Bugeaud, Baraguey-d'Hilliers, le duc d'Aumale poussent de victoire en victoire, jusqu'à Boghar, Saïda, et rejettent Abd-el-Kader dans le sud Oranais et de là au Maroc, après la prise de la Smala (1843). Quatre ans après, notre redoutable adversaire se rendait au général Lamoricière (1847). Dès ce moment les grandes opérations de la conquête algérienne étaient achevées. Le gouvernement de Louis-Philippe n'avait pas su tirer parti de la brillante victoire remportée en 1844 sur le Maroc; le traité de Lalla-Marnia, conclu le 18 mars 1845, loin de nous accorder un dédommagement territorial, nous frustra d'une part des anciennes dépendances d'Alger: Cette faiblesse, qui nous valut, dans la suite, nombre d'insurrections concertées entre Algériens et Marocains d'une zone frontière impossible à surveiller, pèse aujourd'hui encore sur notre politique.
Si l'Algérie était conquise, on était loin, dans le premier enivrement de la victoire, d'avoir nette conscience de sa valeur ; les discussions parlementaires et même les projets de colonisation des officiers généraux qui l'avaient le mieux étudiée et le plus aimée le prouvent avec surabondance. Les erreurs des Les Colonies, vol. I. 12
théoriciens qui condamnaient cette entreprise coloniale au même titre que toutes les autres n'ont rien qui surprenne; à prononcer, sur une matière si délicate, au nom de dogmes, on ne peut que se tromper. Mais que Clauzel, que Bugeaud, emportés par les plus généreux sentiments, n'aient point rigoureusement démêlé, après tant de campagnes et de voyages, tous les caractères d'une colonisation rationnelle de l'Algérie, voilà qui prouve l'extrême difficulté et la délicatesse infinie de cette tâche.
Il suffit d'étudier la correspondance récemment publiée et commentée du maréchal Clauzel pour comprendre quelle incertitude plana sur les débuts de l'entreprise (1). Pendant plusieurs années, le sort de notre établissement algérien fut laissé en suspens ; la politique d'occupation définitive et la poli tique d'évacuation avaient leurs partisans résolus qui venaient tour à tour au pouvoir. Et si ces contradictions n'empêchaient point nos progrès, du moins elles les retardèrent et les rendirent plus coûteux en vies humaines et en argent. Lorsque le général Clauzel succède au général de Bourmont, c'est de l'aveu <\yi gouvernement qu'il rédige et envoie en France son projet de ci (Ionisation du royaume d'Alger. Son enthousiasme répond aux instructions qu'il a reçues avant de partir. « Dans vingt « ans, » écrit-il, « et progressivement d'année en année, la « France importera en Afrique plus de marchandises qu'elle « n'en envoyait à Saint-Domingue et dans toutes les colonies « réunies, et à l'exception du café, l'Afrique fournira à la « France les mêmes et d'aussi beaux produits qu'elle retirait « de ses possessions aux Antilles. » Il y a là quelque exagération si l'on applique à l'Algérie seule les termes qu'emploie Clauzel;
(1) Cf., dans les annexes, des extraits de documents empruntés aux notes inédites de M. L. Mann, diplômé d'études supérieuresde l'Université de Paris.