CONQUÊTE ET COLONISATION ALGÉRIENNES 17(J
mais déjà, comme beaucoup de ses compagnons d'armes, il (Mil revoyait les avantages d'une progression vers le sud; H peut-être concevait-il la liaison des territoires de notre nouvelle colonie avec les yieilles possessions sénégalaises ; ces projets étaient déjà dans quelques esprits hardis.
Les orateurs hostiles ne manquèrent pas de riposter au Parlement ; les plus fougueux de tous furent les disciples des économistes attachés sans restriction aux idéesdu libre-échange, et qui, pleins d'espoir dans la mise en commun de toutes les colonies, allaient logiquement jusqu'à déclarer toute colonisation inutile et funeste : tel le comte de Sade qui s'écria : « Il y a « peut-être encore des gens assez arriérés pour croire qu'un « accroissement de territoire est un accroissement de forces. « Mais on a compris maintenant qu'il n'en était pas toujours « ainsi, et qu'en particulier les colonies nous coûtent beaucoup « plus qu'elles ne nous rapportent. Si l'on veut coloniser en « Afrique, il eu sera de même : il faudra y envoyer des soldats « dont l'absence diminuera notre force. Le seul parti raison- « nable à prendre est (l'entretenir «les relations amicales avec « h; pays afin (Vy exporter nos produits, mais ce dont il faut « se garder surtout, c'est d'envoyer des troupes. » A ces arguments de théorie pure les défenseurs de l'expansion française répondaient, dès 1830, par la bouche d'orateurs comme de Montalembert : « Le ministre qui signerait l'ordre d'évacuation « mériterait d'être traduit à cette barre comme coupable de « haute trahison. »
Le danger fut beaucoup plus grave lorsque Soult réduisit le corps d'occupation à 10,000 hommes, au moment même où Clauzel venait d'engager une action de grande porté»; par l'occupation de Médéah. La correspondance échangée fut des plus vives et mérite d'être rappelée : « Vous vous bornerez « jusqu'à nouvel ordre », écrivait Soult, « à occuper Alger sans « envoyer aucun détachement à Boue ni à Oran. En principe,
(i vous devez voir par toutes ces dispositions que ['intention « du gouvernement est de ne rien préjuger sur l'occupation « ultérieure d'Alger, mais de s'y maintenir provisoirement avec « les moyens réduits que je viens de vous indiquer. » Clauzel lit entendre la plus énergique des protestations, en disant, sans ambages, que le gouvernement l'induisait à manquer à sa parole : « L'abandon d'Alger », répliqua-t-il, « ou, ce qui « reviendrait au même, une réduction des troupes, telle qu'il « fallut renoncer à continuer les travaux publics et particu- <( liers commencés sur la garantie que f ai été autorisé à don- « ner que l'occupation définitive était décidée, l'abandon d'Al- « ger, dis-je, serait une faute grave dont la France demanderait « un jour un compte sévère au gouvernement. L'honneur « national en serait entaché. »
Dans les discours prononcés par Clauzel au Parlement, comme dans sa correspondance administrative, si libre d'allures, on trouve l'expression éloquente et vraie de la tradition française ; on lui doit, pour une forte part, le revirement de l'opinion des gouvernants que finit par émouvoir la révolte de l'opinion publique, déjà forte et bien dirigée. On sait avec quelle vivacité il railla ce qu'il appelait le « cours d'histoire ancienne » du président Dupin, cherchant des arguments favorables à l'évacuation clans le détail des conquêtes romaines. Viennet, Laurence, Mauguin, le comte de La borde secondaient de leur talent le défenseur de l'Algérie. Le gouvernement dut capituler. En 1834, le maréchal Soult déclarait « qu'il n'est « jamais entré dans la pensée du gouvernement d'évacuer la ,, régence d'Alger. » Enfin, le 20 mai 1835, Guizot commençait un discours parfaitement net et catégorique par ces paroles : « La France a conquis la régence d'Alger, la France gardera sa conquête. x> C'était la fin des tergiversations officielles.
L'opposition des doctrinaires continua, obstinée et stérile :