REPRISE DE [/EXPANSION EN AFRIQUE OCCIDENTALE
L'attention publique et même la sollicitude des hommes instruits avaient pour objet essentiel, en matière coloniale, la conquête et la mise en valeur de l'Algérie. Clauzel croyait la nouvelle colonie appelée à remplacer les Antilles sur le marché métropolitain; Bugeaudy voulait fixer une robuste population empruntée à l'armée, comme jadis on avait hâté le peuplement du Canada en y expédiant le régiment de Carignan. Nos rivaux anglais, après quelques manifestations de mauvaise humeur, s'étaient résignés, d'autant plus facilement sans doute que l'acquisition de ce domaine était plus pénible et. coûteuse et qu'on y pouvait escompter notre découragement. Mais partout ailleurs, sous le gouvernement de Juillet comme sous la Restauration, nos efforts d'expansion furent surveillés de près, gênés, arrêtés à l'occasion par des remontrances directes ou par l'opposition d'intérêts particuliers.
Au Sénégal et sur la cote de Guinée il n'y eut, toutefois, aucun conflit notable. Il n'y avait pas, à vrai dire, de raison, pour que « l'entente cordiale », chère au gouvernement de Juillet, nous fut plus douce et plus profitable laque sur l'Océan Pacifique, si ce n'est la nécessité de se concerter pour la répression de la traite : et, notre humeur chevaleresque faisait le reste, on estimait avec raison que nous ne profiterions pas
ISli DEUXIÈME PARTIE 1830-1848
de l'occasion de ces croisières philanthropiques pour occuper autre chose que des stations de relâches destinées à faciliter la chasse des négriers. Chez nous aussi on mettait un point d'honneur à ne se point taire accuser d'asservir les noirs sur terre pendant que nous les libérions sur mer. Enfin les désagréables incidents de la reprise de possession du Sénégal avaient induit le gouvernement britannique à donner désormais des instructions plus conciliantes aux agents chargés de la représentation en Afrique Occidentale.
Mais ce qui explique le plus logiquement la prudence de nos interventions et la réserve de la seule puissance maritime qui pût alors rivaliser avec nous, c'est l'indifférence relative avec laquelle on envisageait les régions tropicales de l'Afrique. Les matières premières nécessaires à l'industrie et les produits alimentaires provenant de la zone tropicale n'étaient point encore réclamés par l'Europe en quantité telle que l'Inde, les Antilles, les colonies espagnoles ou anciennes colonies, fussent embarrassées pour y suffire ; et bien que l'ère des grands voyages" africains eût été inaugurée par Caillié, on était loin de l'enthousiasme de notre temps cpie nous prêtons trop volontiers aux colonisateurs même les plus convaincus de la génération qui nous a précédés. L'Afrique tropicale n'était point jugée à sa valeur; et notamment la croyance généralemenl répandue que la chaîne des monts de Kong limitait la Guinée riche à une série de petits compartiments côtiers, d'échelles, de comptoirs, avait pour effet d'arrêter toute tentative de pénétration comme dangereuse ou peu utile. Le savoir imaginaire eut là ses conséquences naturelles ; si nos officiers de marine, tenus à de pénibles croisières, connaissaient et faisaient connaître l'hydrographie des côtes et des estuaires du golfe de Guinée, on n'avait aucune raison, en France, de leur donner des instructions visant à l'étude des pays de l'intérieur. Mais leurs campagnes laborieuses dans ces parages vont les mener