MADAGASCAR ET LES POSTES DE L'OCÉAN INDIEN
L'Angleterre n'avait pu prendre ombrage des modestes essais de notre colonisation sur la côte occidentale d'Afrique. Dans ce temps où le monde tropical américain et asiatique offrait encore à l'expansion ou au commerce européen de riches perspectives, et où personne n'avait besoin urgent de toucher à la réserve africaine dont on ne savait pas bien la valeur, nos chaînes de postes, consacrés à la répression de la traite et au négoce, de Dakar au Gabon, ne présentaient aucun danger aux maîtres de Gibraltar, de l'Ascension, de Sainte-Hélène et du Cap, aucun motif de jalousie aux propriétaires à peu près paisibles de l'Inde. Il en était tout autrement de Madagascar (pie de vieux amiraux de la Hotte britannique pouvaient avoir connue dans son rôle de ravitaillement des croisières d'Etat ou des corsaires français préparant des entreprises contre l'Inde; aussi la politique de Farquhar y fut-elle continuée soit par un appui indirect prêté aux Hovas, soit par une gênante alliance imposée à nous-mêmes. C'était beaucoup de précautions contre le gouvernement de Juillet qui se bornait à de simples opérations de police et de représailles à l'égard des ITovaset qui ne songeaitpoint à une politique nettement active ni sur l'océan Indien ni sur la mer Routée, témoin la faiblesse el l'inconstance de l'appui prêté à Méhémet-Ali partisan <ln
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développemenl militaire et commercial des ports égyptiens de la nier Rouge.
Or, {tendant que nous payons là, au prix d'un nouveau recul de notre influence, les douteux bienfaits de 1' « entente cordiale », l'Angleterre est en train d'achever sa conquête de l'Inde par la soumission du Sindh et de Laliore, en intervenant dans les affaires de l'Afghanistan ; enfin, deux brides nouvelles étaient mises aux détroits de l'Océan Indien par l'occupation de Singapoure (1836) et d'Aden (1839), tandis qu'à l'entrée sud-ouest de cette même mer le développement de la conquête anglaise en Cafrerie augmentait la valeur de la citadelle du Cap. Les dommages résultant de notre faiblesse étaient accrus par les progrès mêmes de nos rivaux.
Avant même toute menace de complication, on avait entendu proposer, en pleine Chambre française, en 1835, l'évacuation de Sainte-Marie-de-Madagascar; si l'amiral Duperré s'y refusa, nous supportâmes, du moins, avec une déplorable longanimité, la série d'exactions et de sévices que nous infligèrent les princes hovas. Ce ne fut point une consolation pour le déclin de notre influence que de voir, par « l'ordre » malgache du 13 mai 186o, les missionnaires et résidents anglais aussi durement traités que les nôtres : la coopération du capitaine de vaisseau Romain- Desfossés avec le capitaine anglais Kelly, commandant de la station navale anglaise, ne put qu'induire les Hovas à croire que nous dépendions de nos rivaux d'hier. Après un vain bombardement de Tamatave et une descente malheureuse, nos nationaux durent quitter l'île, non sans avoir été témoins du massacre des chrétiens indigènes; et le gouvernement français nr sut obtenir aucune réparation.
Toutefois, le souci de rechercher sur l'Océan Indien une station de ravitaillement meilleure queles rades foraines de la Réunion, amena les chefs de noire division navale à affirmer, sur quelques points de la côte occidentale ou des archipels