‹ Les colonies françaises: géographie, histoire, productions, administration et commerce (volume 2)Chapitre 30 sur 163 · IV. — DANS L'OCEAN INDIEN · texte numérisé non relu

IV. — DANS L'OCEAN INDIEN

La période de 1830 à 1848 est à Madagascar une période de recul. Le gouvernement de Louis-Philippe se montrait désireux d'éviter toute entreprise nouvelle dans la Grande-Ile et il ordonna de cesser tout acte de guerre à Madagascar. Il fut même invité à évacuer Sainte-Marie. C'est en ces termes que dans la séance de la Chambre du 9 juin 1833, M. d'Angeville demandait l'évacuation :

Devons-nous conserver ce comptoir? Je ne le pense pas; en voici les motifs : à moins de prendre Tintingue, que l'on a abandonné ou Taraatave que l'on appelle encore à Bourbon le Tombeau des Français, l'on ne pouvait choisir un lieu plus défavorable sous le rapport sanitaire que l'île de Sainte-Marie. L'insalubrité de ce pays est-elle compensée par de grandes richesses, ou même par un bon port"? Non, messieurs, les cultures coloniales, essayées sur Sainte-Marie, n'y ont pas réussi; quant au port, il n'a aucune fortification, et un vaisseau de guerre ne saurait y entrer. Que faisons-nous donc sur cette côte? Nous sommes placés vis-i-vis d'une population qui a toujours eu la prétention d'être maîtresse chez elle; cette prétention, elle l'a eue de tout temps, même alors que la souveraineté était éparpillée sur son sol jusqu'aux limites de l'autorité patriarcale

L'amiral Duperré, ministre de la marine et des colonies, tëpon- (ll Annales de la marine et des colonies, octobre 1850.

ditqu'il se refusait à prendre l'engagement d'un abandon de territoire. Mais le gouvernement, dont la politique à Alger était irrésolue, se résigna à Madagascar, à une politique d'inertie qui eût eu des conséquences irréparables si les Hovas, se jugeant à l'abri des atteintes et des entreprises françaises, n'avaient usé envers les Anglais de la même politique de tracasseries et d'éviction. Les missions britanniques durent abandonner Tananarive, le commerce des traitants européens était entravé. Enfin le 13 mai 1845, Ranavalona fit publier l'ordre suivant :

A partir de ce jour tous les habitants et traitants seront tenus de prendre la loi malgache faite en ce jour concernant les étrangers, c'està-dire île faire toutes les corvées de la reine, d'être assujettis à tous les travaux publics, même ceux que l'ont les esclaves ; de prendre le tanguin (poison de l'épreuve judiciaire) lorsque la loi les y oblige ; d'être vendus et faits esclaves, s'ils ont des dettes; d'obéir à tous les officiers et même au dernier des Hovas, ne leur accordant aucune des prérogatives que la loi malgache accorde à ses sujets ; de ne sortir de Tamatave sons aucun prétexte et de ne faire aucun commerce avec l'intérieur de l'île. Quinze jours de réflexion sont accordés aux traitants et commerçants. Si à ce terme ils n'ont pas accédé, leurs clôtures seront brisées, leurs marchandises livrées auvol et au pillage, eux-mêmes seront embarqués de force sur le premier navire qui se trouvera en rade (1).

Les intrigues anglaises avaient donc abouti à l'éviction complète des Européens. L'Angleterre et la France ou plutôt leurs représentants dans l'Océan Indien, s'unirent pour punir cet outrage. Le commandant de la station navale de la mer des Indes, Romain Desfossés, envoya aussitôt la corvette la Zélée, lieutenant Fiéreck, devant Tamatave afin de protéger les Français et l&Zélée futbientôt rejointe par le Conivay, capitaine W. Kelly, puis par la corvette Berceau commandée par Desfossés lui-même. Les Hovas ayant conformément à la loi du 13 mai chassé onze traitants français et douze anglais et pillé leurs biens, les deux commandants envoyèrent le 15 juin un ultimatum au gouverneur de la place, Razakafedy. Ce dernier répondit :

Nous avons reçu votre lettre et nous vous déclarons que nous ne pouvons changer la proclamation que nous avons donnée comme loi de Madagascar. Je vous salue.

(1) Brunet, ouv. cité, p. lSi.

Le bombardemeiil fut aussitôl commencé, il dura deux heures. Puis les trois bâtiments débanjuèrent leurs troupes qui s'élancèrent à l'assaut i\u fort. Le lieutenant Fiéreck fut tué en franchissant la haie de manguiers, les soldats escaladèrent le mur d'enceinte et [Mirent même enlever le pavillon nova. Mais les munitions, mouillées par le débarquement, manquèrent et il fallut ordonner la retraite, une retraite précipitée qui ne permit pas d'enlever les morts (1). Leurs tètes furent piquées sur des sagaies plantées dans le sable que nos corvettes purent voir en quittant la rade de Tamalave après cet échec. Les crânes des soldats français et anglais demeurèrent dix ans exposés sur la place de Tamatavè.

La rupture fut complète entre la France, l'Angleterre ctlesHovas. Les étrangers tinrent abandonner l'île et les chrétiens indigènes furenl égorgés en masse. ,

Notre action avait été plus heureuse sur la cote occidentale. Le gouvernement de Louis-Philippe cherchait à obtenir un port de relâche et de ravitaillement dans la mer des Indes. En 1833 il fît explorer dans ce but par la Nièvre la baie de Diéço-Suarez que le capitaine anglais < Kven avait reconnue en 182!) et surnommée « la citadelle de l'Océan Indien », La station navale de la mer des Indes chercha le point d'appui désiré sur la côte occidentale et dans les dépendances de Madagascar et c'est ainsi que fut établie notre influence dans ces îles.

Le o mars 18il le capitaine d'infanterie de marine Passot, envoyé à Nossi-Bé sur les indications du capitaine de corvette Jehenne, commandant du Colibri, signa avec Tsoumeka, reine de Nossi- Bé et de Nossi-Comba un traité emportant cession complète à la France de ces deux îles et « de tous les droits de souveraineté que la reine tient de ses ancêtres tant sur ces îles que sur la côte depuis la haie de Passaudava jusqu'au cap Saint-Vincent, » La prise de possession eut lieu le 5 mai.

Le 2S avril 18 il le capitaine Passot sigma un nouveau traité avec le chef de Mavotte. Adrian Souli, qui avait pu se maintenir assez difficilement au pouvoir et qui céda à la France l'île de Mavotte en toute propriété, avec cette stipulation que les terres non reconnues propriétés privées appartiendraient de droit au gouvernement fran-

(1) Brunet, ouv. cité.

çais. La prise de possession fut opérée le 13 juin 1843, par le commandant Protêt, de la Lionne.

Celte campagne de 1841 se termina par l'annexion de l'île de Nossi-Mitsiou, cédée par le roi Tsimiaro, « sous condition d'être protégé contre ses ennemis et d'être traité comme sujet français. >>

Le commandant Protêt, eu prenant possession de Mayotte, conclut également un traité avec le sultan Salim et les principaux chefs de l'île d'Anjouan pour l'installation à Anjouan d'un ai>enl permanent de la France et pour la réception dans cette île des malades et convalescents de Mayotte.

Tous ces établissements parurent assez intéressants au gouvernement pour que, le 8 septembre 1847, il fît rendre une ordonnance organisant l'administration de la justice « dans les établissements fiançais du canal de Mozambique ». Cette ordonnance instituait à Mayotte un « conseil de justice » pour le jugement des crimes de rébellion el d'attental à la sûreté de la colonie et nu tribunal correctionnel et civil ; l'autorité des tribunaux indigènes était maintenue.

Signalons enfin le traité d'amitié et de commerce cpnelu le 17 novembre 1811 à Zanzibar entre Séid, sultan de Mascate, cl le capitaine de vaisseau Romain Desfossés :

Art. 1er. — H y aura paix constante et amitié perpétuelle entre S. M. l'empereur des Français, ses héritiers et successeurs, d'une part, cl S. A . FIman de Mascate, ses héritiers et successeurs, d'autre part, et entre les sujets des deux Etats, sans exception de personnes ni de lieux.

Art. 2. — Les sujets de S. A. ITman de Mascate pourront, en toute liberté, entier, résider, commercer et circuler en France avec leurs marchandises. Les Français jouiront de la même liberté dans les états de S.A. le sultan de Mascate, et les sujets de chacun des deux pays auront réciproquement droit, dans l'autre, à tous les privilèges el avantages qui sont ou pourront être accordés aux sujets des nations les plus favorisés.

Art. 17. — Les Français auront la l'acuité de former, soit à Zanzibar, soit sur tout autre point des états de S. A. le sultan de Mascate des dépôts ou magasins d'approvisionnements de quelque nature que ce soit.

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