‹ Les colonies françaises: géographie, histoire, productions, administration et commerce (volume 2)Chapitre 4 sur 163 · AI LECTEUR · texte numérisé non relu

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Nous avons également à cœur de rappeler qu'au moment où était nommée la commission officielle qui nous a délégué une part de sa tâche, M. Ernest Bousson, aujourd'hui chef de cabinet du préfet de Lot-et-Garonne, fut notre collaborateur. Sises fonctions administratives Vont constamment retenu loin de nous, il m s'en est pas moins intéressé à l'œuvre de ses anciens collègues ; et il nous a gracieusement priés de rappeler cette primitive confraternité d'études.

Le texte de notre étude historique est aussi bref qu'il nous a été possible ; nous avons évité tout développement oiseux de questions déjà élucidées et connues, et avons consacré nos efforts à la mise en relief de quelques idées nouvelles et de leurs preuves.

Les proportions et le dessein de l'ouvrage nous ont interdit l'appareil, si recherché aujourd'hui, d'une bibliographie ; et nous avons mieux aimé pécher par omission de livres lus que par étalage de titres entrevus ou de couvertures soupçonnées. Nous savons d'ailleurs que notre confrère M. Henri Froidevaux, secrétaire du bureau colonial de la Sorbonne, prépare une œuvre bibliographique où science et conscience auront satisfaction.

Les documents les plus caractéristiques et les plus probants ont été réunis, à la fin de chacun de nos chapitres, dans des appendices, et, quand il le fallait, accompagnés de commentaires. Le lecteur pourra, à l'aide de ces recueils, fixer sa conviction d'après les témoignages authentiques et contrôler l'œuvre que nous lui soumettons de bonne foi, soucieux de préparer par notre effort d'autres découvertes de faits précis ou d'idées. Il nous a paru qu'il n'y avait point de meilleur moyen de célébrer ta grande date à l'occasion de laquelle ce livre est composé.

AU SEUIL DU XIXe SIECLE

L'historien anglais Seeley, dont les études sur l'expansion coloniale de sa patrie sont justement devenues classiques, observe à plusieurs reprises (pie l'histoire britannique du xvine siècle est généralement mal appréciée et même mal connue de ses compatriotes ; et il explique les erreurs de jugement les plus fréquentes et les plus graves par la coutume anglaise de classer les faits par règnes au lieu d'en considérer l'enchaînement rationnel. Il note, en particulier, qu'il, y a cohésion parfaite entre les événements coloniaux datant de la révolution de 1088 et ceux dont la fructueuse consécration n'eut lieu pour la Grande-Bretagne qu'en 1815.

Ne devons-nous pas prendre à notre compte la philosophie de cette remarque, et chercher, dans l'histoire des idées et des mœurs de la fin du xvme siècle, les origines de la politique colonial*1 de la Révolution, du Directoire, du Consulat et de l'Empire? On s'exposerait à commettre une grave injustice en expliquant, par la naissance soudaine et quasi-miraculeuse d'une tradition nouvelle, ce que furent, au déclin du siècle dernier et à l'aurore du suivant, la politique et les pratiques

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coloniales des orateurs cl des hommes de gouvernement de la Révolution française; nombre de liens d'idées et de sentiments les rattachent à la lignée des artisans monarchiques de notre diplomatie maritime et coloniale, ce qui est tout à l'honneur des uns et des autres. Ils tiennent, à tant d'égards, comme leurs prédécesseurs immédiats, des « philosophes » et des « économistes », que leur conduite est inexpliquée si nous ne présentons, au début de cette étude, une exquisse des théories et des tendances de l'âge pendant lequel ils fuient formés. Et d'autre part, jetés éperdûment dans une lutte héroïque contre l'étranger, ils ont dû rompre avec nombre d'espoirs philosophiques et de chimères de leurs prédécesseurs, s'inspirer des intérêts d'une défense souvent improvisée, c'est-à-dire devenir hommes d'action. En lisant leurs écrits, en suivant le détail de leurs actes, on peut se convaincre qu'ils sont, par leur sens pratique qu'aiguisa l'épreuve, tout proches de nos plus anciens colonisateurs et marqués des meilleurs caractères de la race et de la tradition.

Il leur fallut un profond et clairvoyant patriotisme pour rompre avec les suggestions des théoriciens, des utopistes ou des frondeurs de la seconde moitié du xvuie siècle. Le désastre de 1763 avait déterminé l'éclosion de dangereux doctrinaires du renoncement colonial ; à l'aide de théories accommodantes et de maximes frivoles on s'efforçait de démontrer au peuple français qu'après tout, sa spoliation avait été, sinon un bien, du inoins une sorte d'anticipation du retour à sa vraie destinée. <-'est pourquoi la politique coloniale de la Révolution et des régimes qui en furent ou s'en déclarèrent issus jusqu'en 1815, l'ut une énergique reprise de nos traditions et une réaction caractéristique contre les conseils de défaillance.

En effet, si l'opinion publique se passionne, à la fin du xvine siècle, avant la crise révolutionnaire, pour les questions coloniales, ce n'est plus, comme jadis, en vue du seul intérêt

national. Désormais on s'efforce d'élucider des problèmes de doctrine : on discute la réalité et la légitimité du bénéfice tics entreprises coloniales ; on se prononce en vertu de certains principes de droit naturel, en vertu de doctrines économiques qui expliquentou paraissent expliquer la « richesse des nations ». Les titres des ouvrages publiés à cette époque sont caractéristiques ; beaucoup sont des dissertations théoriques comme le « Pour et le Contre » de Dubnissonct Dubuc publié en 1784. Forbonnais, Morellet, Montesquieu, Adam Smith, font loi el font école. On se désintéresse des questions de fait à force de se passionner pour les problèmes de droit pur : et les dogmatiques remplacent les hommes d'action.

Toutefois, parmi les administrateurs de profession et les hommes d'Etat, on comptait encore des représentants du vieil esprit français. Les « Instructions » du baron de Bessner el de Préfontaines sur l'établissement de colonies en Guyane, attestent, comme l'a prouvé M. Henri Froidevaux par leur publication et par son commentaire, beaucoup de savoir précis et de sens droit (l).Mais l'exemple le plus caractéristique de la persistance des traditions d'étude rigoureuse et de discernement.est fourni par un mémoire (2) écrit en 1758, au momenl de nos premières épreuves de la guerre de Sept Ans. L'auteur, « un simple citoyen qui ignore le secret du cabinet et les reste sources que les négociations peuvent avoir ménagées », montre à la fois une remarquable perspicacité diplomatique et une entente merveilleuse des conditions de mise en valeur de nos colonies. Solidarité de l'intérêt maritime et de l'iritérêl colonial, nécessité de réserver le plus possible à la métropole les marchés coloniaux et de demander aux colonies une large

(1) Henri Froidevaux, Recherches scientifiques de Fusée Aublet, etc. de.

(2) Léon Desehamps, Histoire de ta question coloniale, p. 2(il et suivantes.

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