LA POLITIQUE COLONIALE
Au nom de la 5e commission dont il est rapporteur, le camarade Van Kol, délégué hollandais, exprime la joie qu'il éprouve de voir pour la première fois la question de la politique coloniale inscrite à l'ordre du jour d'un congrès international socialiste.
(Test « un coup de clairon pour la prise en main de la politique coloniale que le Parti socialiste a jusqu'ici laissée dans la main de nos ennemis qu'il veut sonner)). 11 le fait en termes excellents. Après
avoir montré les méfaits de l'expansion coloniale à laquelle est acculé le capitalisme, il conclut :
Et quant aux peuples qui souffrent de ces crimes innombrables des nations européennes, je les ai vus. Ai-je besoin de rappeler aux Belges les centaines de nègres massacrés au Congo ; aux Français, les massacres de Madagascar et du Dahomey?
Le prolétariat doit être sur la brèche toutes les fois qu'il s'agit de défendre la solidarité humaine. (Applaudissements.)
Et il dépose la résolution suivante au nom de la 5e commission :
Le Congrès socialiste international tenu à Paris en 1000, Considérant,
Que le développement du capitalisme mène fatalement à l'expansion coloniale, cette cause de conflits entre les gouvernements;
Que l'impérialisme qui en est la conséquence excite le chauvinisme dans tous les pays et force à des dépenses toujours grandissantes au profit du militarisme ; Considérant,
Que la politique coloniale de la bourgeoisie n'a d'autre but que d'élargir les profits de la classe capitaliste et le maintien du système capitaliste tout en épuisant le sang et Pargent.du prolétariat producteur, et en commettant des crimes et des cruautés sans nombre envers les races indigènes des colonies conquises par la force des armes, Le Congrès déclare :
Que le prolétariat organisé doit user de tous les moyens en son pouvoir pour combattre l'expansion coloniale capitaliste et faire condamner la politique coloniale de la bourgeoisie et flétrir en toute circonstance et de toute sa force les injustices et les cruautés qui nécessairement en découlent dans toutes les parties du monde, livrées aux convoitises d'un capitalisme sans honte et sans remords ;
Dans ce but, le Congrès préconise plus particulièrement les mesures suivantes :
1° Que les divers partis socialistes mettent à l'étude la question coloniale partout où les conditions économiques le permettront ;
2° Encourager d'une façon spéciale la formation de partis socialistes coloniaux adhérents aux organisations métropolitaines.
M Créer des rapports entre les partis socialistes des différentes colonies.
Le citoyen Hyndman, délégué anglais, lui succède à la tribune :
J'ai parlé fortement en Angleterre, dit-il, parce que nous autres. An-
glais socialistes, nous n'avons pas pris part à cette guerre d'Afrique, que nous haïssons el que nous tenons à exprimer ici notre honte pour ce qui s'est passé là-bas. L'Angleterre est la plus grande puissance coloniale du monde. Il y a, à peu près 350 millions d'êtres humains opprimes par notre gouvernement. (Applaudissements.)
La politique coloniale suivie aux Indes met sous notre drapeau 300 millions d'hommes, et nous les dominons par l'épée. (Applaudissements.) (Test le régime delà force et du capitalisme. Je puis donner des chiffres. Les Indes sont le plus pauvre pays du monde. Une famille entière a pour toute l'année moins de 50 francs pour 5 personnes. De cette population misérable le capitalisme anglais tire, chaque année, 30 millions de livres sterling, 700 millions de francs.
En ce moment, il y a 75 millions d'hommes qui souffrent de la faim, parce que nous prenons leurs richesses. Voilà la politique, coloniale : saignera blanc la colonie. (Vifs applaudissements.).
Je hais cette politique. Pendant vingt ans, j'ai fait mon possible pour l'écraser. Et plus que la mort, c'est la dégénérescence pour ces êtres qui, à cinq, ne peuvent pas faire le travail d'un homme normal.
Nous ferons la même chose à la Chine avec les Français et les Russes.
J'espère donc que vous voterez une résolution condamnant le gouvernement anglais pour avoir ruiné une civilisation qui était peut-être meilleure que la nôtre. (Vifs applaudissements )
(Test au nom des ouvriers syndiqués et socialistes anglais que le camarade Quelch vient protester contre la politique coloniale :
('.'est la Hollande qui a le plus colonisé et elle a été suivie par l'Angleterre, je tiens à dire aux délégués anglais qu il n'y a pas de querelle entre les Hollandais et les Anglais sur ce point. Un dit : « A l'étranger, on n'aime pas l'Angleterre. » Eh bien ! je dis que la classe ouvrière du monde entier n'a pas de querelle avec les ouvriers anglais. (Applaudissements.) Et c'est en Angleterre que tous les réfugiés politiques trouvent le meilleur accueil. Les ouvriers anglais savent que les ouvriers du monde sont leurs frères, même ceux qui sont syndiqués sans être socialistes. 11 faut donc créer une presse puissante pour instruire le peuple qui a été aveuglé par la presse capitaliste.
Le Congrès devra reconnaître que c'est la presse qui est le meilleur moyen d'éducation du peuple, si elle est indépendante du capitaliste. (Applaudissements. )
Tu autre délég-ué anglais, le citoyen Pete Curran, dit toute l'humiliation profonde qu'il ressent d'appartenir à une nation qui se trouve actuellement hors l'humanité :
Puisqu'il n'y a pas eu beaucoup de délégués anglais parlant à ce Con-
grès, sur cette question, nous devons faire entendre notre protestation devant l'Europe. Je suis le représentant de cinquante mille ouvriers syndiqués, pas tous socialistes, mais tous en opposition avec la guerre impérialiste. On leur a dit quand ils protestaient contre la guerre : a Mais vous aurez plus d'affaires. » Ils répondent : << Nous avons des amis sans travail, qu'on les tasse travailler pour nous-mêmes! (Applaudissements.)
Cet esprit d'ambition, vous l'avez vu en France avec Napoléon, qui croyait conquérir le monde ; nous passons en Angleteterre par la même phase. (Applaudissements.) Les chauvins répètent en Angleterre dans les réunions électorales cette phrase célèbre: « Le soleil ne se couche pas soi- 1rs possessions de la Grande-Bretagne. » Eh bien, moi, je dis: « Il y a des endroits en Angleterre où le soleil ne luit jamais! » (Vifs applaudissements. )
On fait une véritable ovation au camarade Quelch quand il quitte la tribune.
En sa qualité de conseiller général socialiste de la Guadeloupe, Louis Maurice apporte au Congrès la consolation que l'idée socialiste commence à germer dans les colonies et en particulier aux Antilles.
Le délégué français demande au Parti socialiste de rédiger un programme colonial avec affirmation de principes et revendications immédiates.
Il faut, dit-il, organiser politiquement et économiquement le prolétariat international. (Applaudissements.)
La discussion est close.
Le citoyen Van Kol constate l'unanimité du prolétariat [tour réprouver et dénoncer les hontes et les crimes des expéditions coloniales. Il met aux voix la proposition de la commission qui est votée par acclamation.