‹ Les colonies françaises: géographie, histoire, productions, administration et commerce (volume 2)Chapitre 69 sur 163 · LA FRONTIÈRE TRIPOLITAINE ET LA PENETRATION SAHARIENNE · texte numérisé non relu

LA FRONTIÈRE TRIPOLITAINE ET LA PENETRATION SAHARIENNE

Il va en Tunisie comme en Algérie une question saharienne, et il y a de plus mw question de la frontière tripolitaine.

dette frontière, en effet, n'a été délimitée que dans le Sahel, et elle est indécise dans le sud. Le Dahar est occupé par les Oughamma (1), tribu tunisienne demi-nomade, très belliqueuse, dont le centre est Médenine. La portion nord de l'Erg est le domaine normal des tribus tunisiennes de Merazig et des Rherib et des tribus algériennes du Soufet des Châamba qui réclament l'Erg jusqu'aux portes de Rhadamès. Nous nous associerons sur ce point aux conclusions du commandant Rebillet :

Dans le Dahar et dans l'Erg-, les Turcs ont pris possession de trois points, Rhadamès, Sinaoun et Derdj, mais le pays ouvert, les points d'eau, les routes et les pâturages sont restés le domaine indivis de nos tribus tunisiennes, des Touareg et des bergers de Rhadamès et de Sinaoun sans que jamais les Turcs aient pensé à y faire acte d'autorité.

Nous ne devons jamais perdre de vue cette règle, et notre conduite à l'égard des Turcs dans cette région doit constamment s'y conformer. Elle a été établie dès l'origine de notre installation en Tunisie, et si nous ne pouvons faire que les faits accomplis relativement à Rhadamès, Sinaoun et Derdj n'existent pas, nous ni' devons pas du moins donner à ces faits une portée qu'ils n'ont pas en reconnaissant aux Turcs, en dehors de ces points, une autorité qu'ils n'ont jamais exercée et qu'ils n'ont jamais pensé à réclamer.

La convention franco-anglaise du 21 mars 1899 a déterminé la frontière tripolitaine, mais au sud du tropique du Cancer seulement : cette ligne part du point de rencontre du Tropique avec le 1B° E. de Greenwich (13°40' E. de Paris), descend au sud-est jusqu'à sa rencontre avec le 24° E. de Greenwieh (21°40' E. de Paris) et suit ce 24° jusqu'à sa rencontre avec la frontière du Darfour au nord du 15° de latitude. Cette convention a soulevé des protestations de la Porte qui considérait l'hinterland de la Tripolitaine comme s'étendant jusqu'au centre de l'Afrique et de l'Italie qui porte ses espérances sur la Tripolitaine et se considère comme l'héritière éventuelle de la Porte dans le Villayet.

Des négociations diplomatiques furent engagées entre l'Italie d'une part, l'Angleterre et la France d'autre part, et le 24 avril 1S',!(.), au Sénat italien, l'amiral Canevaro, ministre des affaires étrangères, après avoir rappelé les entreprises de la France et de l'Angleterre

(1) Commandant Rebillet : Les relations commerciales de In Tunisie avec le Sahara et le Soudan, 1890.

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QUATRIEME l'AKTIE CHAPITRE II

dans l'Afrique centrale et expliqué que la convention mettait fin aux dangers de guerre franco-anglaise, ajoutait :

Ce fut grand bien d'avoir éloigné le péril qui menaçait la civilisation et nous ne devons pas trop nous plaindre s'il en est résulté pour l'iiinterland tripolitain un préjudice futur incertain que d'ailleurs nous ne pouvions pas empêcher.

Le gouvernement n'a pas manqué de demander à la France et à l'Angleterre d'amicales explications qu'elles nous ont fournies amplement, de manière à écarter tout doute sur leurs intentions et en les accompagnant de témoignages d'amitié.

Les assurances qui ont été données établissent qu'il n'y a à redouter dans le présent ni dans l'avenir aucune entreprise de la France et de l'Angleterre contre la Tripolitaine, que rien ne sera fait pouvant entraver les communications commerciales entre la Tripolitaine et les régions centrales de l'Afrique.

Huant à la Porte, la convention du 21 mars 1899 semble avoir redoublé son activité dans le sud tripolitain ; on a signalé une réconciliation entre le sultan et le cheikh Senoussi qui a quitté l'oasis de Koufra pour l'Afrique centrale et pendant toute l'année 1900 des nouvelles de Tripoli apportaient la nouvelle d'un vague mouvement panislamique africain inspiré par les autorités turques de Tripoli, de Mourzouk, de Rhadamès et de Rhat.

Au résumé, la frontière tuniso-tripolitaine n'est déterminée que dans le Sahel et dans la partie comprise au sud du point d'intersection du tropique avec le 10° E. de Greenwich.

La question de la pénétration saharienne de la Tunisie consiste surtout clans les efforts tentés pour amener les caravanes sahariennes dans les marchés de la Régence. Le sud de la Tunisie, et en particulier l'île de Djerba, ont été longtemps le point d'aboutissement des caravanes qui ont été depuis lors détournées vers Tripoli par l'abolition de l'esclavage (1) et aussi par l'hostilité des Oughamma qui pillaient les caravanes de Rhadamès. Des efforts ont été accomplis depuis 1899 pour rétablir l'ancien état de choses. Les Oughamma ont été pacifiés et le commerce de Rhadamès a repris le chemin de la Tunisie ; depuis 1890, chaque année, des caravanes rhadamésiennes sont venues dans nos postes de l'Extrême-Sud tu-

(1) Fallot : Le développement économique de /'Extrême-Sud tunisien, Tunis, 1899.

nisien et le massacre de la mission du marquis de Mores, le 1) juin 1896 à El Ouatia, au sud-ouest de Sinaoun, n'a point arrêté ce mouvement. Le colonel Rebillet et M. Fallot demandent, pour l'activer, la création en Tunisie, à Gabès notamment, d'un marché transsaharien, centre d'approvisionnement et d'échange, semblable à Tripoli, destiné à faciliter aux caravanes sahariennes l'écoulement de leurs marchandises et la formation des chargements de retour et « dont l'influence puisse, dans un avenir plus ou moins rapproché, se faire sentir directement et sans intermédiaire jusqu'au Soudan » (1). Sur cette idée s'est greffé le projet d'un chemin de fer transsaharien tunisien dont le point de départ serait le port de Bou-Grara, situé en face de l'île de Djerba.

Actuellement, les efforts du gouvernement tunisien portent plutôt sur le développement économique de l'Extrême-Sud, de l'oasis de Gabès, de l'île de Djerba, etc.

L'Extrême-Sud de la Régence forme un commandement militaire dont le siège est à Gabès et qui comprend deux cercles, celui de Kebilli avec un poste de cavaliers méharistes du Maghzen à Douz, bureau de transit des caravanes sahariennes, et un bureau annexe des affaires indigènes à Matmata ; et celui deMédenine, avec bureaux annexes des affaires indigènes à Tatahouinc et à Zarzis et poste à Ben Gardane, centre agricole en voie de formation. De plus, le commandement militaire a détaché cinq postes ou bordjs pour la surveillance de la région frontière à Dehiba, Allouet el Ghounna, Sidi-Toui, Mechehed Salah etDjeneien.

(1) Rebillet, ouv. cité, p. 80-81. Dans le domaine de l'exploration, if faut citer le raid sur Ghadamès accompli en 1893 par les capitaines Cazemajou et Dumas et les reconnaissances de l'ingénieur Cornetz de 1891 à 1894 dans l'Extrème-Sud tunisien et à Rhadamès. Cf. aussi les brochures de M. Bonnard, en faveur d'un transsaharien menant de Bou- Grara à Loamra.

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