‹ Les colonies françaises: géographie, histoire, productions, administration et commerce (volume 2)Chapitre 84 sur 163 · III. — L'EXPANSION DE 1895 à · texte numérisé non relu

III. — L'EXPANSION DE 1895 à

Les cinq dernières années ont été la période d'achèvement de la constitution de notre empire d'Afrique occidentale. Chacune de nos colonies s'efforce d'étendre son arrière-pays dans l'intérieur de la boucle du Niger et, de même que le décret du 15 juin 1895 a établi un gouvernement général de l'Afrique occidentale chargé de diriger la politique de nos cinq colonies (Sénégal, Soudan, Guinée, Côte d'Ivoire et Dahomey), il semble qu'un plan d'ensemble préside à cette conquête de la boucle du Niger. Exploration et occupation marchent de pair et la poursuite de Samory continue en même temps que nous prenons possession des territoires de la Boucle et que nos missions engagent avec les missions anglaises etallemandes une rivalité qui fut particulièrement vive dans le haut Dahomey.

Dès 1894 la lutte s'engagea dans l'arrière-pays de cette colonie où M. Ballot avait fondé le poste de Carnotville et, où la France

envoyait la mission Decœur, les Allemands du Togo la mission Gruner-de Carnap et les Anglais la mission Lug-ard. La mission Decœur, après avoir conclu quelques traités près de la frontière allemande, se rendit à Nikki, chef-lieu du Borgou, où le 26 novembre elle conclut un traité; puis de retour à Carnotville Decœur envoya le lieutenant BaudàSay (1er février 1895) et se rendit lui-même à Sansanné-Mango (6 janvier) et de là à Fada N'Gourma : dans toute la traversée du Gourma les itinéraires de la mission allemande et de la mission française se croisaient, mais le lieutenant de Carnap était devancé à Fada N'Gourma, capitale du Gourma, et à Say. Pendant ce temps le capitaine d'artillerie Toutée s'était rendu au Niger en partant du Dahomey et avait abouti à Badjibo en aval des rapides de Boussa où, ne trouvant aucune trace de l'occupation anglaise affirmée par la compagnie du Niger, il avait établi le poste français d'Arenberg et d'où il avait continué à remonter le Niger jusqu'à Farca, en amont de Sansan-Haoussa. M. Ballot, gouverneur de la colonie, s'était également rendu à Boussa. Dès ce moment se précisait la rivalité entre les Anglais qui réclamaient Boussa et le Borgou où Lugard .s'était ou prétendait s'être rendu en môme temps que la mission Decœur, les Allemands qui voulaient pousser le Togoland par le Gourma j usqu'à Say et les Français qui désiraient la jonction du Dahomey d'une part au Niger, d'autre part au Soudan par le Mossi où le capitaine Destenave, résident à Bandiagara, commençait à exercer une action et où l'administrateur Alby avait pénétré jusqu'à quelques kilomètres de Ouagadougou et enfin à la Cote d'Ivoire que le lieutenant Baud avait atteinte à Bouna en contournant le Togo et la Cote d'Or par le nord (Sansanné-Mango, Gambaka, Liaba, Bouna).

La convention conclue le 15 janvier 1896 à Paris pour la délimitation des possessions de ces deux puissances en Indo-Chine sembla mettre lin à la compétition franco-anglaise, en disposant ainsi dans son article 5 :

Les deux ç-ouvernemenls conviennent de nommer des commissaires délégués par chacun d'eux et qui seront chargés tic fixer de commun accord, après examen des titres invoqués de part et d'autre, la délimitation la plus équitahle entre les possessions anglaises dans la région située à l'ouest du Bas-Niger.

Confiant dans les négociations engagées à Paris, le gouverne-

îiicnl français arrêta toute action locale en Afrique et l'année 1890 ne fut marquée que par l'heureuse descente du Niger par la mission hydrographique du Niger (mission Hourst) et par l'occupation de < >uag"adougou <•! l'établissement du protectorat sur le Mossi et le Gourounsi par les lieutenants Voulet et Chanoine. Nos rivaux profitèrent de cette inaction qui compromit les résultats fort brillants de nos explorations de 1895 : les négociations traînèrent en longueur, puis furent interrompues ; les Allemands occupèrent Sansanné-Mang-o et les Anglais préparèrent une colonne d'occupation des pays nigériens où l'on apprenait que leur influence était nulle jusqu'à ce jour et ils faisaient occuper Badjibo-Arenberg que nous avions évacué.

Heureusement à la fin de 1896 le gouvernement français renonça à la réserve qu'il avait gardée et pour défendre nos droits contestés à la fois dans le Mos;>i, dans le Gourma et au Niger, il conçut le plan d'occuper effectivement les territoires de la boucle du Niger en faisant partir du Dahomey deux missions subventionnées par le Comité de l'Afrique française, qui, s'avançant vers le nord pour ainsi dire en éventail, allèrent l'une au Niger pour s'y établir, l'autre dans le Mossi pour donner la main aux avant-postes du Soudan français. La première fut confiée par M. Ballot au lieutenant de vaisseau Bretonnet qui occupa le Moyen-Niger cl'Ilo à Boussa en février 1897 et se relia à Say où le Soudan détachait un poste. La seconde fut remplie par les capitaines Baud et Vermeersch qui devancèrent les nouvelles missions allemandes et qui, le 17 février 1897, rencontrèrent à Tibga la mission soudanaise Voulet : celle-ci avait occupé Ouagadougou le 1er septembre 1896 et conclu le 20 janvier 1897 un traité plaçant le Mossi sous le protectorat de la France. En même temps des colonnes, commandées par le commandant Destcnave et par le commandant Caudrelier, occupaient effectivement la région à l'est du Macina et la région de la Volta et nous rapprochaient de Samory qui, dans unguet-apens organisé à Bouna, parvint à nous tuer deux officiers, le capitaine Braulot et le lieutenant Bunas. Partout l'occupation effective était réalisée, et même au Fouta Diallon où M. de Beckmann renouvelait et exécutait en 1896 le traité de protectorat et où une petite colonne opéra en janvier 1897 pour réprimer les troubles nés lors du remplacement de l'Almamy Bokar Biro par Oumarou-Bemba.

La première conséquence de cette action fut la conclusion d'une

convention de délimitation avec les Allemands signée à Paris le ~2'.\ juillet 18(J7. Elle arrêtait l'expansion du Togoland vers le Niger, mais lui donnait le marché de Sansanné-Mango el Gambaka. En voici le texte, signé par MM. Félix de Muller, premier secrétaire de l'ambassade d'Allemagne, Zimmcrmann et Ernest Vohsen pour l' Allemagne, René Lecomte, sous-directeur au ministère des affaires étrangères, et G. Binger, directeur des affaires d'Afrique au ministère des colonies pour la France :

Art. 1er. — La frontière partira de l'intersection de la côte avec le méridien de l'île Bayol, se confondra avec ce méridien jusqu'à la rive suil de la lagune qu'elle suivra jusqu'à une distance de 100 m. environ au delà de la pointe est de l'île Bayol, remontera ensuite directement au nord jusqu'à mi-distance de la rive sud et de la rive nord de la lagune; puis suivra les sinuosités de la lagune, à égale distance des deux rives, jusqu'au thalweg du .Mono, qu'elle suivra jusqu'au 7e degré de latitude nord.

De l'intersection du thalweg du Mono avec le 7e degré de latitude nord la frontière rejoindra par ce parallèle le méridien de File Bayol qui servira de limite jusqu'à son intersection avec le parallèle passant à égale dislance de Bassila et de Penesoulou. De ce point, elle gagnera la rivière Kara, suivant une ligne équidistante des chemins de Bassila à Bafilo par Kirikri et de Penesoulou à Séméré par Aledjo, et ensuite des chemins de Sudu à Séméré et d'Aledjo à Séméré, de manière à passer à égale distance, de Daboni el d'Aledjo, ainsi que de Sudu et d'Aledjo. Elle descendra ensuite le thalweg de la rivière Kara sur une longueur de 5 kilomètres et, de ce point, remontera en ligne droite vers le nord jusqu'au 10" degré de latitude nord, Séméré devant, dans tous les cas, rester à la France.

De là, la frontière se dirigera directement sur un point, situé à égale distance entre Djé et Gandou, laissant Djé à la France et Gandou à l'Allemagne, et gagnera le lie degré de latitude nord en suivant une. ligne parallèle à la route de Sansanné-Mango à Pâma et distante de celle-ci de 30 kilomètres. Elle se prolongera ensuite, vers l'ouest sur le lie degré de latitude nord jusqu'à la Volta blanche, de manière à laisser en tout cas Pougno à la France et Koun-Djari à l'Allemagne. Puis elle rejoindra par le thalweg de cette rivière le 10e degré de latitude nord qu'elle suivra jusqu'à son intersection avec le méridien 3°52' O. de Paris (P'32' O. deGr.).

Art. 2. — Le gouvernement français conservera pour ses troupes et son matériel de guerre le libre passage par la route de Kouandé à la rive droite de la Volta par Sansanné-Mango et Gambaga, ainsi que de Kouandé à Pâma par Sansanné-Mango, pour une durée de quatre années à partir de la ratification du présent arrangement.

Art. 3. — La frontière déterminée par le présent arrangement est inscrite sur la carte ci-annexée.

Art. i. — Les deux gouvernements désigneront des commissaires qui seront chargés de tracer sur les lieux la ligne de démarcation entre les possessions françaises et allemandes, en conformité et suivant les dispositions générales qui précèdent.

La délimitation prévue par l'art. 4 a été opérée en 1899 par une commission mixte dirigée par le commandant français James Plé et par le commandant allemand de Massow qui durent réunir leurs troupes pour vaincre l'hostilité des indigènes.

Avec l'Angleterre, les négociations furent reprises à la fin d'octobre 1897. Elles furent longues et laborieuses, et le succès en fut cpm promis à diverses reprises par l'intervention de la presse britannique et aussi par l'enchevêtrement des postes français et anglais dans la région contestée, notamment à Béria et à Oua où les troupes françaises et anglaises se trouvèrent en présence : heureusement notre occupation fut maintenue notamment dans la région de Bouna et dans le haut Dahomey où le gouverneur Ballot, qui a joué un rôle si prépondérant clans toute cette expansion, l'organisa jusqu'à Boussa; Sikasso, dont le fama Bemba était devenu l'allié de Samory, était occupée par le colonel Audéoud après un sanglant combat, le 1er mai 1898. La presse anglaise, s'appuyant sur les conventions conclues par le nègre Fergusson, par la mission Henderson qui fut massacrée presque en entier par Samory et dont les débris furent recueillis et sauvés par les officiers français du Soudan, réclamait le Mossi et voulait limiter le Dahomey au neuvième parallèle.

La convention ne fut signée que le 14 juin 1898 à Paris par MM. Martin Gosselin et le colonel Everett pour l'Angleterre, et par MM. Bené Lecomte et Binger pour la France. Boussa était rétrocédé aux Anglais et la limite était remontée jusqu'au nord d'Ilo au confluent du Dallol Maouri. Mais le Mossi, le Gourounsi et le Gourma nous étaient reconnus, et deux enclaves nous étaient concédées dans le Bas-Niger. Les plénipotentiaires avaient, de plus, précisé la ligne de Say à Barroua établie par la convention de 1890.

Voici le texte de la convention qui achevait la délimitation de notre empire d'Afrique occidentale (1) :

(1) L'histoire du Sénégal pendant cette période se résume dans les

Art. 1er. — La frontière séparant les colonies françaises de la Cote d'Ivoire et du Soudan de la colonie britannique de la Côte d'Or partira du point terminal nord de la frontière déterminée par l'arrangement franco-anglais du 12 juillet 1893, c'est-à-dire de l'intersection du thalweg de la Volta noire avec le 9e degré de latitude nord, et suivra le thalweg- de cette rivière vers le nord jusqu'à son intersection avec le lie degré de latitude nord. De ce point, elle suivra dans la direction de l'Est le dit parallèle de latitude jusqu'à la rivière qui est marquée sur la carte no 1 annexée au présent protocole comme passant immédiatement à l'est des villages de Souaga (Zwaga) et de Sébilla (Jébilla). Elle suivra ensuite le thalweg de la branche occidentale de cette rivière en remontant son cours jusqu'à son intersection avec le parallèle de latitude passant par le village de Sapeliga. De ce point, la frontière suivra la limite septentrionale du terrain appartenant à Sapeliga jusqu'à la rivière Nouhan (Nuhan) et se dirigera ensuite par le thalweg de cette rivière en remontant ou en descendant, suivant le cas. jusqu'à un point situé à 3,219 mètres (2 milles) à l'est du chemin allant de Gambaga à Tingourkou (Tenkrùgu), par Baukou (Bawku). De là, elle rejoindra en ligne droite, le point d'intersection du 11e degré de latitude nord avec le chemin indiqué sur la carte n" 1 comme allant de Sansanné-Mango à Pâma par Djebiga (Jebigu),

Art. 2. — La frontière entre la colonie française du Dahomey et la colonie britannique de Lagos, qui a été délimitée sur le terrain par la Commission anglo-française de délimitation de 1895, et qui est décrite dans le rapport signé le 12 octobre 1896, par les commissaires des deux nations, sera désormais reconnue comme la frontière séparant les possessions britanniques et françaises de la mer au 9e degré de latitude nord.

A partir du point d'intersection de la rivière Ocpara avec le 9e degré de latitude nord, tel qu'il a été déterminé par lesdits commissaires, la frontière séparant les possessions françaises et britanniques se dirigera vers le nord et suivra une ligne passant à l'ouest des terrains appartenant aux localités suivantes : Tabira, Okouta (Okuta), Boria, Téré, Gbani, Yassikéra (Ashigere) et Dekala.

De l'extrémité ouest du terrain appartenant à Dekala la frontière sera tracée dans la direction du nord, de manière à coïncider autant que possible avec la ligne indiquée sur la carte n» 1 annexée au présent protocole et atteindra la rive droite du Niger en un point situé à 16,093 mètres (10 milles) en amont du centre de la ville de Guiris (Géré, port d'Ilo), mesurés à vol d'oiseau.

négociations avec les Maures Trarzas et Braknas. En 1897, M. André Lebon, ministre des colonies, se rendit au Sénégal et au Soudan en voyage officiel.

QUATRIEME l'ARTIE CHAPITRE III

Art. '.'>. — Du point spécifié dans l'art. 2, où la frontière séparant les possessions françaises et britanniques atteint le Niger, c'est-à-dire d'un point situé sur la rive droite de ce fleuve à 16,093 mètres (10 milles) en amonl du centre de la ville de Guiris (Géré) (port d'Ilo), la frontière suivra la perpendiculaire élevée de ce point sur la rive droite du fleuve jusqu'à sou intersection avec la ligne médiane du fleuve Elle suivra ensuite eu remontant la ligne médiane du fleuve jusqu'à son intersection avec une ligne perpendiculaire à la rive gauche et partant de la ligne médiane du débouché de la dépression ou cours d'eau asséché qui, sur la carte n° 2 annexée au présent protocole, est appelé Dallul Mauri, et y est indiqué comme étant situé à une distance d'environ 27,359 mètres (17 milles) mesurés à vol d'oiseau d'un point sur la rive gauche en face du village ci-dessus mentionné de Guiris (Géré).

De ce point d'intersection, la frontière suivra cette perpendiculaire jusqu'à sa rencontre avec la rive gauche du fleuve.

Art. i. — A l'est du Niger, la frontière séparant les possessions britanniques et françaises suivra la ligne indiquée sur la carte n° 2, annexée au présent protocole.

Partant du point sur la rive gauche du Niger indiqué à l'art, précédent, c'est-à-dire la ligne médiane du Dallul Mauri, la frontière suivra cette lieue médiane jusqu'à sa rencontre avec la circonférence d'un cercle décrit du centre de la ville de Sokoto avec un rayon de 160,932 mètres (100 milles). De ce point elle suivra l'arc septentrional de ce cercle jusqu'à sa seconde intersection avec le 14e degré de latitude nord. De ce second point d'intersection elle suivra ce parallèle vers l'Est sur une distance de 112,652 mètres (70 milles); puis se dirigera au sud vrai jusqu'à sa rencontre avec le parallèle 13°28' de latitude nord; puis, vers l'est, suivant ce parallèle sur une distance de 402,230 mètres (250 milles); puis au nord vrai jusqu'à ce qu'elle rejoigne le 14e parallèle de latitude nord ; puis vers l'est sur ce parallèle, jusqu'à son intersection avec le méridien passant à 35' est du centre de la ville de Kuka ; puis ce méridien vers le sud jusqu'à son intersection avec la rive sud du lac Tchad.

Le Gouvernement de la République française reconnaît comme tombant dans la sphère britannique le territoire à l'est du Niger compris entre la ligne susmentionnée, la frontière anglo-allemande, et la mer.

Le Gouvernement de Sa Majesté britannique reconnaît comme tombant dans la sphère française les rives nord, est, et sud du lac Tchad, qui sont comprises entre le point d'intersection du 14e degré de latitude nord avec la rive occidentale du lac et le point d'incidence sur le lac de la frontière déterminée par la Convention franco-allemande du 15 mars 1894.

Art. 5. — Les frontières déterminées par le présent protocole sont inscrites sur les cartes nos 1 et 2 ci-annexées.

Les deux gouvernements s'engagent à désigner, dans le délai d'un

an pour les frontières à l'ouest du Niger, et de deux ans pour les frontières à l'est de ce même fleuve, à compter de la date de l'échange des ratifications de la Convention qui doit être conclue aux fins de confirmer le présent protocole, des commissaires qui seront chargés d'établir sur les lieux les lignes de démarcation entre les possessions françaises et britanniques, en conformité et suivant l'esprit des stipulations du présent protocole.

En ce qui concerne la délimitation de la portion du Niger dans les environs d'Ilo et du Dallul Mauri visée à l'art. 3, les commissaires chargés de la délimitation, en déterminant sur les lieux la frontière fluviale, répartiront équitablement entre les deux puissances contractantes les îles qui pourront faire obstacle à la délimitation fluviale telle qu'elle est décrite à l'art. 3.

11 est entendu entre les deux puissances contractantes qu'aucun changement ultérieur dans la position de la ligne médiane du fleuve n'affectera les droits de propriété sur les îles qui auront été attribuées à chacune des deux puissances par le procès-verbal des commissaires dûment approuvés par les deux gouvernements.

Art. 6. — Les deux puissances contractantes s'engagent réciproquement à traiter avec bienveillance (a considération ») les chefs indigènes qui, ayant eu des traités avec l'une d'elles, se trouveront, en vertu du présent protocole, passer sous la souveraineté de l'autre.

Art. 7. — Chacune, des deux puissances contractantes s'engage à n'exercer aucune action politique dans les sphères de l'autre, telles qu'elles sont définies par les art. J , 2, 3 et 4 du présent protocole.

Il est convenu par là que chacune des deux puissances s'interdit de faire des acquisitions territoriales dans les sphères de l'autre, d'y conclure des traités, d'y accepter des droits de souveraineté ou de protectorat, d'y gêner ou d'y contester l'influence de l'autre.

Art. 8. — Le Gouvernement de Sa Majesté britannique cédera à bail an Gouvernement de la République française, aux fins et conditions spécifiées dans le modèle de bail annexé au présent protocole, deux terrains à choisir par le Gouvernement de la République française de concert avec le Gouvernement de Sa Majesté britannique, dont l'un sera situé en un endroit convenable sur la rive droite du Niger entre Léaba et le confluent de la rivière Moussa (Mochi) avec ce fleuve, et l'autre sur l'une des embouchures du Niger.

Chacun de ces terrains sera en bordure sur le fleuve sur une étendue de -iOO mètres au plus, et formera un tènement dont la superficie ne sera pas inférieure à 10 hectares ni supérieure à 50 hectares. Les limites exactes de ces terrains seront indiquées sur un plan annexé à chacun des baux.

Les conditions dans lesquelles s'effectuera le transit des marchandises sur le cours du Niger, de ses affluents, de ses embranchements et issues. ainsi qu'entre le terrain ci-dessus mentionné situé entre Léaba et le

.P>r»(S QUATRIÈME PARTIE CHAPITRE III

confluent de la rivière Moussa (Mochi), et le point à désigner par le Gouvernement de la République française sur la frontière française, Feront l'objet d'un règlement dont les détails seront discutés par les deux gouvernements immédiatement après la signature du présent protocole.

Le Gouvernement de Sa Majesté britannique s'engage à donner avis quatre mois à l'avance au Gouvernement de la République française de toute modification dans le règlement en question, afin de mettre le dit Gouvernement français en mesure d'exposer au Gouvernement britannique toutes représentations qu'il pourrait désirer faire.

Art. 9. — A l'intérieur des limites tracées sur la carte n° 5, annexée au présent protocole, les sujets britanniques et protégés britanniques, les citoyens français et protégés français, pour leurs personnes comme pour leurs biens, les marchandises et produits naturels ou manufacturés de la Grande-Bretagne et de la France, de leurs colonies, possessions et protectorats respectifs, jouiront pendant trente années à partir de l'échange des ratifications de la Convention mentionnée à l'art. 5 du même traitement pour tout ce qui concerne la navigation fluviale, le commerce, le régime douanier et fiscal et les taxes de toute nature.

Sous cette réserve, chacune des deux puissances contractantes conservera la liberté de régler sur son territoire et à sa convenance le régime douanier et fiscal et les taxes de toute nature.

Dans le cas où aucune des puissances contractantes n'aurait notifié, douze mois avant l'échéance du terme précité de trente années, son intention de faire cesser les effets du présent article, il continuera à être obligatoire jusqu'à l'expiration d'une année 'à partir du jour où l'une ou l'autre des puissances contractantes l'aura dénoncé.

En foi de quoi les délégués soussignés ont dressé le présent protocole et y ont apposé leurs signatures.

Fait à Paris, en double expédition, le 14 juin 1898.

{Signatures).

Bien que le tracé des lignes de démarcation sur les deux cartes annexées au présent protocole soit supposé être généralement exact, il ne peut être considéré comme une représentation absolument correcte de ces lignes, jusqu'à ce qu'il ait été confirmé par de nouveaux levés.

Il est donc convenu que les commissaires ou délégués locaux des deux pays, qui seront chargés, par la suite, de délimiter tout ou partie des frontières sur le terrain, devront se baser sur la description des frontières telle qu'elle est formulée dans le protocole.

Il leur sera loisible, en même temps, de modifier les dites lignes de démarcation en vue de les déterminer avec une plus grande exactitude n de rectifier la position des lignes de partage, des chemins ou rivières, ainsi que des villes ou villages indiqués dans les cartes susmentionnées.

Les changements ou corrections proposés d'un commun accord par

annexes .*;;><)

les dits commissaires ou délégués seront soumis à l'approbation des gouvernements respectifs.

Un modèle de bail est joint au traité. La délimitation de la frontière orientale du Dahomey a été commencée en 1899 par la mission Toutée, qui a choisi les deux enclaves l'une à la rivière Forcados, l'autre en face de Badjibo.

La fin de l'année 1898 fut encore marquée par un événement important, la capture de Samory. L'occupation de la région de la Volta et du Gourounsi et la reprise de Kong avaient rejeté l'almamy vers l'ouest. Une colonne, commandée par le chef de bataillon de Lartigue, fut chargée de lui donner la poursuite. Après plusieurs combats heureux à Tiafeso et à Doué, où le lieutenant Woelffel infligea aux troupes de l'almamy une sanglante défaite, Samory, harcelé par les troupes du commandant de Lartigue, fut rejoint et surpris par une reconnaissance dirigée par le capitaine Gouraud et capturé dans son camp le 29 septembre 1898 à Guélémou. Samory fut exilé au Congo où il mourut en 1900. Son armée fut dispersée et la pacification de l'Afrique occidentale fut désormais complète.

Mais il faut encore citer en 1900 les missions qui, reprenant les travaux de la mission Blondiaux, travaillèrent à la jonction de la Côte d'Ivoire et du. Soudan. Le capitaine Woelffel et le lieutenant Mangin, qui descendaient du Soudan vers la côte, se heurtèrent à une résistance acharnée et, après avoir fondé un poste à Nouantonglouin au sud de Nzô, furent rappelés au moment où le passage allait s'ouvrir devant eux. L'administrateur Hostains et le capitaine d'Ollone, partis de la Côte d'Ivoire, purent franchir la forêt en reconnaissant le cours du Cavally et aboutirent en 1900 au poste soudanais de Nzô. Ils reliaient pour la première fois la Côte d'Ivoire au Soudan depuis le voyage de Binger et prouvaient que l'influence du Libéria est nulle à quelque distance de la côte.

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