V. — L'ORGANISATION ET LA MISE EN VALEUR
L'organisation administrative de l'Afrique occidentale française s'est modifiée à mesure que la conquête s'étendait.
L'ancien Gouvernement du Sénégal subsista jusqu'en 1895. Le gouverneur du Sénégal avait sous son autorité le commandant supérieur du Soudan, institué par décret du 6 septembre 1890. Le lieutenant-gouverneur des Rivières du Sud, en vertu du décret du 1er août 1889, devint autonome avec autorité sur les résidents de la Côte d'Ivoire et du Bénin. Le décret du 10 mars 1893 constitua la Guinée, la Côte d'Ivoire et le Dahomey en colonies spéciales avec gouverneurs spéciaux et le décret du -1 novembre 1893 plaça le Soudan sous l'autorité d'un gouverneur civil.
Ce régime fut de nouveau modifié par le décret du 13 juin 1895, qui institua le Gouvernement général de l'Afrique occidentale française. Les considérants de ce décret faisaient valoir que « la situation créée dans le Soudan méridional par les opérations militaires qui ont eu lieu récemment au sud de Kong et les conflits d'attributions qui s'étaient produits déjà l'année précédente entre des gouverneurs voisins au sujet d'incidents survenus dans les contrées avoisinant notre protectorat du Fouta Diallon » avaient montré « la nécessité impérieuse de donner plus d'unité dans nos possessions du Nord-Ouest africain à la direction politique et à l'organisation militaire. » Le décret instituait un gouverneur général de l'Afrique occidentale française « représentant du Gouvernement de la République dans les territoires du Sénégal, du Soudan français, de la Guinée française et de la Côte d'Ivoire. » Ces trois dernières colonies étaient placées sous la haute direction politique et militaire du gouverneur g'énéral qui demeurait gouverneur du Sénégal, mais elles « gardaient respectivement leur autonomie administrative et financière sous l'autorité de gouverneurs résidant à Konakrv et à Grand-Bassam et d'un lieutenant-gouverneur résidant à Kayes. » Le Dahomey demeurait en dehors de l'action du g'ouverneur général, mais son gouverneur devait lui adresser un duplicata de tous ses rapports politiques et militaires. Le gouverneur général était déclaré responsable de la défense de son gouvernement et un officier général remplissait auprès de lui les fonctions de commandant
'•il chef des troupes de l'Afrique occidentale française. Les fonctions de gouverneur général furent confiées à M. Ghaudié, inspecteur général des colonies, jusqu'en 1000, où M. Ballay en a été chargé.
Un décrei du i.'i septembre 180(3 détacha la Côte d'Ivoire du gouvernement général et le gouverneur de cette colonie fut placé à l'égard du gouverneur général dans la même situation que celui du Dahomey.
L'organisation de l'Afrique occidentale française fut de nouveau complètement modifiée par le décret du 17 octobre 1800, qui prononça le morcellement de la colonie du Soudan français au profit des colonies côtières. Le décret du ministre des colonies, M. Decrais, faisait ressortir en ces termes, dans le rapport qui le précédait, la nécessité de cette nouvelle organisation, conséquence des progrès de notre expansion dans l'Ouest africain :
Depuis plusieurs années déjà, la domination française n'a cessé de se fortifier dans nos possessions de l'Afrique occidentale. La conquête de ces vastes territoires aura permis d'ajouter une page glorieuse à notre histoire coloniale, tantôt en donnant libre carrière à l'initiative hardie de nos explorateurs, tantôt en affirmant avec éclat les qualités brillantes de nos officiers et de nos soldats, la vaillance et la fidélité de nos troupes indigènes. Aujourd'hui, sur les pays de la boucle du Niger, comme dans les régions plus voisines de la côte, l'autorité française est suffisamment affermie pour que nous n'ayons à redouter désormais ni soulèvements étendus ni résistances organisées.
Celte extension progressive de notre influence, résultat fécond de si valeureux efforts, a réuni peu à peu, pour les transformer en un groupe compact, les différentes fractions de l'Afrique occidentale française. La jonction de ces divers éléments n'est pas seulement constituée, dans le domaine géographique, par l'ensemble des droits que des conventions diplomatiques nous ont reconnus; elle est devenue une réalité pratique aujourd'hui que des communications régulières, facilitées par un réseau terrestre de lignes télégraphiques, unissent entre elles et relient au Sénégal nos colonies de la côte d'Afrique.
Aucun obstacle de fait, aucun intérêt supérieur n'empêche dès lors de faire prévaloir dans les possessions françaises de l'Afrique occidentale les principes fondamentaux de notre organisation politique. Il est nécessaire désormais que le représentant le plus élevé de l'autorité centrale, le gouverneur général, assume entièrement la direction supérieure de nos diverses colonies, y compris la Côte d'Ivoire et le Dahomey, sans qu'aucun organisme politique ou militaire se constitue et agisse soit au-dessus de lui, soit en dehors de lui.
Pour entrer dans ces vues, il importe maintenant d'éviter, là du moins où elle n'est pas indispensable, toute confusion des pouvoirs administratifs et militaires; il paraît possible également de rattacher aux colonies, dont ils sont le développement naturel, les territoires aujourd'hui réunis sous le nom de « colonie du Soudan français » en un groupement manifestement artificiel et provisoire. C'est sous l'influence des mêmes considérations, enfin, qu'il semble sage, actuellement, d'instituer un commandant supérieur ayant sous ses ordres toutes les troupes de l'Afrique occidentale, les répartissant, selon les besoins, entre nos diverses possessions, mais demeurant toujours, dans les limites d'un rôle exclusivement militaire, l'auxiliaire du gouverneur général.
Le décret « disloquait » l'ancien Soudan en donnant au Sénégal les cercles de Kayes, Bafoulabé, Kita, Bamako, Ség-ou, I tienne, Nioro, Sokolo et Bougouni ; à la Guinée qui avait déjà reçu le cercle de Faranah en 181X5 les cercles de Dinguiray, Siguiri, Kouroussa, Kankan, Kissidougou etBevla; à la Cote d'Ivoire les cercles de Odienné, Kong et Bouna ; au Dahomey les territoires de Kouala et de Say. Les anciennes Région Nord, Région Est et Région de la Volta étaient réparties en deux territoires militaires ayant leur commandement à Tombouctou et à < Ouagadougou. Le gouverneur général est chargé « de la haute direction politique et militaire de tous les territoires dépendant du Sénégal, de la Guinée française, de la Côte d'Ivoire et du Dahomey ». Les quatre colonies gardent leur gouverneur spécial et leur autonomie financière. Un officier général remplit les fonctions de commandant supérieur des troupes en Afrique occidentale.
Un troisième territoire militaire a étéconstitué en 1900, à Zinder, sur la route du Tchad. L'n projet de réorganisation, formulé au moment de la nomination de M. Ballay aux fonctions de gouverneur général en remplacement de M. Chaudié (1900) serait favorable au transfert du siège du gouvernement général à Konakry avec institution d'un gouverneur pour le Sénégal de façon à ne laisser au gouverneur général que la gestion des intérêts communs à toute l'Afrique occidentale.
Le commerce des colonies occidentales d'Afrique s'est considérablement développé en ces dernières années. Il suit une marche ascendante.
Le Sénégal faisait en 189241 millions 1/2 d'affaires, dont 24 millions d'importations. Ce chiffre s'est élevé à 45 millions 1/2 en 1896,